Vagues de chaleur : hier et aujourd'hui

Quelles ont été les conséquences des canicules du XVIIIe et du XIXe siècle ?
Je ne résiste pour entamer cette série d'été consacrée aux impacts humains de la météo et du climat dans l'histoire à aborder un sujet d'actualité : il fait chaud, non ?

Depuis la canicule de 2003 et ses quelques 70.000 morts prématurées en Europe, les vagues de chaleur sont devenues une des manifestations les plus remarquées du changement climatique.
Et ce n'est pas prêt de s'arrêter : dans un scénario d'émissions modérées (RCP4.5), le nombre de jours où la température dépasse 35°C pourrait augmenter d'une vingtaine par an dans le sud de la France. Si les émissions se poursuivent sur la tendance actuelle (scénario RCP8.5), on pourrait dépasser une soixantaine de jours par an au-dessus de 35° et jusqu'à une vingtaine au-dessus de 40°C.

Cet article fait partie d'une série d'été consacré au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Les canicules du passé : quel bilan ?


C'est entendu : la fréquence et l'intensité des vagues de chaleurs augmentent. Mais cela ne veut pas dire que ces phénomène sont inédits : notre pays a déjà rencontré au cours de son histoire de nombreux étés chauds voire étouffants. Ces épisodes nous sont connus au travers des témoignages de contemporains et de divers indices comme les dates de vendanges ou l'observation des cernes des arbres.
Alors quels étés ont été caniculaires ? Sans doute ceux de 1420, 1636, 1719, 1747, 1779, 1846, 1893 et 1911. Cette liste n'est pas exhaustive...

Si on préfère s'appuyer sur des données chiffrées, la plus ancienne série de mesures thermométriques est anglaise et commence en 1659. On peut considérer qu'un été est exceptionnellement chaud en Angleterre et peut-être dans le reste de l'Europe, lorsque cette série indique une température moyenne de plus de 17°C pendant les mois de juin, juillet et août : ce n'est arrivé qu'une seule fois entre le début des mesures et 1800, en 1781. Deux fois au XIXe siècle : en 1826 et 1846. Et sept fois entre 1911 et et 2003...

"La température a été mesurée régulièrement en Angleterre depuis 1659. Cette serie n'enregistre qu'un été caniculaire avant 1800, 2 au XIXe siècle et 7 entre 1911 et 2003."



Même plus rares qu'aujourd'hui, nos ancêtres ont donc bien connu des vagues de chaleur. Quels ont été les conséquences de ces événements ? Sont-elles différentes de ce que nous voyons en ce moment ?

Le petit journal : vague de chaleur de 1911 en FranceLe premier point commun entre les canicules passées et présentes ne vous surprendra probablement pas : les étés chauds, hier comme aujourd'hui, sont l'occasion pour un nombre inhabituellement élevé de nos semblables de rejoindre leur créateur.
L'ampleur de cette surmortalité, par contre, a de quoi étonner : lors de la canicule de 1719, on compte plus de 400.000 morts supplémentaires comparé à un été normal... au sein d'une population française qui dépasse à peine 20 millions d'habitants ! Celles de 1747 et 1779 emportent chacune près de 200.000 personnes.

Outre leurs proportions cataclysmiques, ces événements ont une autre différence avec les vagues de chaleur contemporaines : la cause directe des décès. Aujourd'hui c'est surtout la chaleur elle même (déshydratation, hyperthermie...) qui tue, suivie de près par les maladies cardiovasculaires. Dans le passé, les maladies infectieuses étaient la principale cause de mortalité lors des étés caniculaires. La baisse du niveau des rivières et des nappes phréatiques facilitaient la contamination de l'eau et causait des épidémies, notamment de dysenterie.
Ce sera ainsi jusqu'au début du XXe siècle : lors de l'été 1911, la dysenterie fait encore près de 40.000 morts en France.

"Les canicules du XVIIIe siècle ont été oubliées mais elles sont terriblement meurtrières : celle de 1719 a tué plus de 400.000 personnes en France, soit 2% de la population de l'époque."




Un autre point commun entre les vagues de chaleurs du XVIIIe siècle et celles que nous vivons aujourd'hui c'est leur capacité à passer relativement inaperçues - au moins jusqu'à la canicule de 2003.
Vous  avez, par exemple, probablement appris au lycée qu'en 1755 un séisme puis un raz-de-marée ont ravagé Lisbonne faisant 70.000 morts. Vous avez peut-être lu ce que Voltaire a écrit à ce sujet et vous vous souvenez sans doute que l'évenement a ému toute l'Europe.
Mais, honnêtement, aviez-vous déjà entendu parler des canicules de 1719 ou 1747 ? Elles affichent pourtant un bilan au moins trois fois plus lourd...


Quel est le bilan humain et materiel de la chaleur ?


Ce n'est pas votre faute :  les gazettes, de l'époque sont muettes sur le sujet : aujourd'hui comme hier, une "surmortalité" émeut beaucoup moins qu'une mort violente... Songez qu'en proportion de la population française, l'été 1719 a presque autant tué que les guerres napoléoniennes ou la première guerre mondiale ! Mais notre mémoire collective semble penser que cette mort diffuse, qui touche surtout les plus fragiles - nourrissons, malades, personnes âgées... - est une triste fatalité, pas une catastrophe. Et certainement pas de l'histoire.
Ce biais pourrait bien devenir un de nos pire ennemis au moment où nous abordons un siècle de lutte contre les effets du réchauffement climatique.

D'ailleurs, le bilan de ces périodes chaudes n'est pas seulement humain. La chaleur et la sécheresse créent des conditions favorables pour les incendies à une époque où ils sont encore un risque majeur dans les villes. C'est peut-être le cas lors du grand incendie de Londres en septembre 1666.

"En septembre 1666, le grand incendie de Londres survient après deux mois très chauds. Selon un chroniqueur contemporain : Après une si longue sécheresse, tout était combustible, même les pierres."


 
Selon la définition que nous avons énoncé plus haut, l'été 1666 n'est pas caniculaire mais c'est seulement grâce à son mois de juin relativement tempéré (15°C en moyenne) : juillet (18°C) et août (17°C) suffisent à faire cet été un des 20 plus chauds dans la série de 1659.
Lorsque le feu se déclare le 2 septembre, c'est donc après deux mois particulièrement chauds. Y a-t-il un lien ? Pour le chroniqueur de l'époque Samuel Pepys ça ne fait aucun doute : le 2 septembre, il note dans son journal "après une si longue sécheresse, tout était combustible, même les pierres des églises."

Le grand incendie de Londres fait suite à des mois de juillet et aout particulièrement chaud
Le grand incendie de Londres dans son 3e et avant-dernier jour

Bien sur c'est un boulanger imprudent qui a allumé l'incendie, pas la chaleur estivale. Mais celle-ci a sans doute facilité l'embrasement... Voilà une figure que nous retrouverons probablement au cours de cette série : le climat ne fait peut-être pas l'histoire, mais parfois il aide à transformer une modeste étincelle en brasier mémorable.


Les principales sources pour cette articles sont :


Publié le 25 juillet 2018 par Thibault Laconde



Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.


5 commentaires :

  1. Les épisodes de canicule sont bien sûr à redouter, mais il ne faut pas oublier que le plus grand danger climatique pour l'humanité, c'est le froid !

    Je suis justement tombé aujourd'hui sur un article de phys.org qui contient une intéressante vidéo de 4 minutes (compréhensible même par des anglophones peu expérimentés) qui traite des conséquences des 5 dernières "catastrophes volcaniques", y compris (sauf pour la Montagne Pelée) leurs conséquences sur le climat.
    Il s'agit des éruptions de:
    - Montagne Pelée (1902)
    - Krakatoa (1883)
    - Mont Tambora (1815)
    - Huaynaputina (1600)
    - Laki (1783)
    On voit que ces catastrophes se reproduisent à des fréquences de l'ordre du siècle, et qu'il serait sage que notre civilisation soit bien préparée aux vagues de froid qui suivra la prochaine !
    Signé: papijo

    RépondreSupprimer
  2. Une très belle illustration de cet article est parue aujourd'hui sur le site de la BBC
    Lien traduction en français par Google.

    Je recommande en particulier la très belle vidéo sur la station de relevage des eaux d'égout de Crossness (visible uniquement sur la version en anglais en fin d'article).

    Les ingénieurs de l'époque visiblement avaient les moyens !

    RépondreSupprimer
  3. La touche "Corriger" semble ne pas donner les résultats que j'attendais.
    Pour compléter, il s'agit de l'été 1858 à Londres, et voici le lien vers l'article original de la BBC.

    RépondreSupprimer
  4. Le lien vers la traduction en français ne marche pas non plus. J'essaie à nouveau (merci de regrouper ces 3 derniers messages en un seul cohérent, si c'est possible !)
    Signé: papijo (pour ces 3 derniers messages)

    RépondreSupprimer
  5. j'avais un grand honneur puisque j'ai visité ce blog.

    RépondreSupprimer