[Infographie] Le carburant est-il vraiment cher ?

Comme tous le monde, j'observe l'agitation autour du prix des carburants. Et du coup je m'interroge : est-ce que le prix du carburant est vraiment élevé ? Pour répondre à cette question, j'ai comparé le carburant à d'autres produits de consommation courante avec l'aide des données de l'INSEE sur les prix moyens de vente au détail :

Infographie : le carburant est-il trop cher ? Comparaison du prix de l'essence à d'autres produits du quotidiens
Cliquez pour agrandir

Le résultat me parait sans appel : non, le carburant n'est pas cher. Au contraire.

Parmi les liquides que nous consommons au quotidien, seuls l'eau et le lait sont meilleur marché. Lorsqu'on songe à tout le travail qui est nécessaire pour amener un litre de pétrole dans votre réservoir - financement, exploration, extraction, transport sur des milliers de kilomètres, raffinage..., il semble même incroyable qu'en bout de chaîne le prix au litre soit inférieur, par exemple, à celui de l'huile de tournesol qui est un produit local et infiniment moins technique.

Si vous vous dites que ça vous fait une belle jambe parce que vous avez beaucoup plus besoin d'essence ou de diesel que de lait ou d'huile, c'est peut-être de là que vient votre problème et non du prix.

Publié le 15 novembre 2018 par Thibault Laconde

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Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 45

Le choix de la rédaction

Le coût de l'électricité renouvelable continue à chuter

Selon la banque d'affaire Lazard, le coût des énergies renouvelable bat des records à la baisse : l'éolien terrestre et les grands parcs solaires photovoltaïques sont désormais moins chers que toutes les énergies conventionnelle à l'exception de certaines turbines à gaz. Ces installations deviennent même concurrentielles par rapport aux centrales nucléaires et charbon existantes. > Lire le rapport
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Dans E&D cette semaine

Pas de nouvel article cette semaine mais vous pouvez jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur avec cet article de l'année dernière : Budget 2018: Coup d'accélérateur pour la taxe carbone, qui détaillait notamment l'augmentation prochaine du prix des carburants.

A venir :

  • Article en préparation : la politique énergétique française vue comme un mégaprojet (basé sur le travail de Bent Flyvbjerg)
  • Prochaine revue de presse le 16 novembre
  • Une analyse détaillée du projet de PPE dès sa parution
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La donnée de la semaine

Pour la première fois, le nombre d'habitants de la planète sans accès à l'électricité est inférieur à un milliard.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, plus d'un demi-milliard de personnes supplémentaires ont eu accès à l'électricité depuis 2011 dont 120 millions en 2017. La plupart se trouvent en Asie, l'Ethiopie ou le Kenya ont aussi enregistré une forte progression de leur taux d'électrification. Mais 992 millions de personnes attendent encore... > Lire l'article


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Actualités et parutions énergie

  • L'Allemagne vient au secours du réseau électrique belge menacé par les arrêts de réacteurs nucléaire. > Lire l'article 
  • En Grande Bretagne, le parc électrique renouvelable dépasse pour la première fois la capacité fossile avec 42GW contre 40,6. > Lire l'article
  • En France, l'armée de terre s'intéresse à l'énergie solaire. > Lire l'article
  • En Chine, la fracturation hydraulique est accusée de polluer les ressources en eau. > Lire l'article
  • Selon l'Union of concerned scientists, un tiers des centrales nucléaires aux États-Unis sont menacées de fermeture. > Lire le rapport
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Actualités et parutions climat

  • Seuls 16 pays se sont dotés d'objectifs nationaux compatibles avec leurs engagements dans le cadre de l'Accord de Paris. > Lire le rapport
  • Aux États-Unis, les élections de mi-mandat déciment les élus républicains ouverts sur les questions climatiques. > Lire l'article
  • En Bavière, l'accord de coalition du nouveau gouvernement prévoit de faire de la lutte contre le changement climatique un objectif constitutionnel. > Lire l'article
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Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 44

Le choix de la rédaction

L'énergie n'est pas épargnée par la chute des bourses

Le secteur de l'énergie américain a vécu son pire mois en bourse depuis 7 ans : le XLE, un indice du secteur, a perdu 11% en octobre. Jeudi, Total signait la plus forte chute du CAC40. Le secteur de l'énergie pourrait retrouver son rôle traditionnel de refuge dans les période de volatilité après les résultats du 3e trimestre (publiés vendredi 2 octobre pour Exxon et Chevron).
> Lire l'article

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Dans E&D cette semaine

Pas de nouvel article cette semaine mais vous pouvez vous réchauffer (ou vous refroidir selon les cas) en redécouvrant la série d'été consacrée à la façon dont nos ancêtres ont réagi aux changement climatiques du passé :

A venir :

  • Article en préparation : la politique énergétique vue comme un grand projet (basé sur le travail de Bent Flyvbjerg)
  • Prochaine revue de presse le 9 novembre
  • Une analyse détaillée du projet de PPE dès sa parution
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La donnée de la semaine

Aux États-Unis les émissions de CO2 de la production d'électricité ont baissé de 28% depuis 2005.

Elles sont aujourd'hui 43% plus basses que dans un scénario "business as usual". Ce résultat encourageant est attribuable pour 50% environ à une demande stable, pour 25% à la substitution gaz-charbon et pour 25% au développement des énergies renouvelables (Source : EIA)



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Actualités et parutions énergie

  • L'Espagne abroge sa taxe sur les installations solaires et simplifie les procédures pour les petites installations. > Lire l'article
  • A la veille de l'hiver, un dixième des foyers de Grande Bretagne doivent de l'argent à leur fournisseur d'énergie. > Lire l'article
  • Avec 11,3 millions de barils en août, soit une hausse de 4% par rapport à juillet, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole. > Lire l'article
  • Aux États-Unis, la production de charbon est encore ralentie par les pluies de l'été. > Lire l'aticle
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Actualités et parutions climat

  • Lors des élections de mi-mandat aux États-Unis, les habitants de l'état de Washington se prononceront aussi sur un projet de taxe carbone. > Lire la proposition
  • Après le passage de l'ouragan Florence, l'état américain de Caroline du Nord se donne des objectifs climatiques compatibles avec l'Accord de Paris. > Lire l'article
  • Selon Platts, la sécheresse et la baisse du niveau du Rhin ont fait passé le coût du transport par barge de 4 à 5$ par tonne en temps normal à plus de 40. > Voir la source
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Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 43

Le choix de la rédaction

En Angleterre, la montée des eaux menace

Selon le Committee on Climate Change, l'organisme indépendant chargé de conseiller le gouvernement sur le changement climatique, le changement climatique pourrait créer un risque d'innondation pour 1.2 millions de logements en Angleterre.  Sont également menacés 1600km de routes, 650km de voies ferrées, 92 gares et 380.000 hectares de terres agricoles.
> Lire le rapport

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Dans E&D cette semaine

PPE et nucléaire : analyse de quelques scénarios sur le mix électrique français 

En attendant la parution de la programmation pluriannuelle de l'énergie, l'analyse de quelques trajectoires possibles montre que l'objectif de 50% de nucléaire ne sera probablement pas atteint avant uen vingtaine d'années et qu'en cas de retard certains réacteurs français voir leur durée de vie allongée au-delà de 60 ans.
> Lire l'article

A venir :

  • Prochaine revue de presse le 2 novembre
  • Une analyse détaillée du projet de PPE dès sa parution
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La donnée de la semaine

D'ici à 2024, le Kenya prévoit de mettre en service près de 3GW de production électrique renouvelable.

Soit 1355MW de centrales électriques géothermiques, 841MW d'éolien, 703MW de solaire, 89MW d'hydroélectricité... Auxquels il faut ajouter les 981MW du projet de centrale à charbon de Lamu.
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Actualités et parutions énergie

  • En Chine, la croissance de la consommation d'électricité à ralentie en septembre > Voir les chiffres
  • En France, EDF cherche à acquérir des terres pour étendre ses centrales nucléaires. > Lire l'article
  • Le gouvernement ne devrait pas décider la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France avant 2021. > Lire l'article
  • En Indiana (Etats-Unis), il est plus rentable de remplacer les centrales à charbon par des renouvelables que de continuer à les exploiter. > Lire l'article
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Actualités et parutions climat

  • La sécheresse perturbe la navigation sur le Rhin et la logistique en Allemagne et en Suisse. > Lire l'article 
  • Aux Etats-Unis, le passage de l'ouragan Florence a fait évolué l'opinion des républicains de Caroline du Nord sur le changement climatique. > Lire l'article 
  • Au Bangladesh, la Croix Rouge aide les habitants à élever des canards plutôt que des poulets, plus vulnérables aux événements climatiques extrèmes. > Lire l'article
  • La Banque d'Angleterre va imposer aux banques et aux assureurs de désigner un responsable du risque climatique. > Lire l'article
  • Le procureur de New York poursuit Exxon Mobil pour avoir trompé les investisseurs sur le changement climatique. > Lire l'article
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PPE et nucléaire : analyse de quelques scénarios sur le mix électrique français

Vous vous souvenez de la programmation pluriannuelle de l'énergie ? Mais si ! Cette grande stratégie énergie pour la France qui devait être publiée en juin, ppuis à la rentrée, puis en octobre et qui devrait maintenant arriver fin novembre...
Pour s'échauffer en attendant ce grand jour, je vous propose de nous pencher sur quelques trajectoires qui pourraient se retrouver dans la PPE et d'analyser leurs conséquences sur le mix électrique français dans les prochaines décennies.

Scénario 1 : la PPE ambitieuse selon Matthieu Orphelin


Le premier scénario est proposé par Matthieu Orphelin, député LREM après avoir été porte-parole de la Fondation pour la Nature et l’Homme (aka Fondation Nicolas Hulot). Sur son blog, il propose :
  • "Un rythme de fermeture d’au moins un réacteur nucléaire par an dès 2022, et de deux par an dès que possible". Je traduis le "dès que possible" par 2027 : nous aurions donc une fermeture de réacteur par an entre 2022 et 2026 puis 2 à partir de 2027 et je fais l'hypothèse que les fermetures se font dans l'ordre de mise en service des réacteurs. M. Orphelin n'évoque ni Fessenheim ni Flamanville je suppose donc que la première ferme et la deuxième ouvre comme prévu en 2019 et je ne compte pas les deux réacteurs de Fessenheim parmi les fermetures à effectuer après 2020.
  • "La fermeture des quatre [dernières] centrales à charbon d’ici à 2022" et je laisse les autres énergies fossiles (gaz et fioul) à leur niveau moyen des dernières années.
  • Une apologie non chiffrée des énergies renouvelables que je traduis par un respect des engagements de campagne du candidat Macron (doublement de la production solaire et éolienne sur le quinquennat) avec une poursuite de la croissance au même rythme par la suite. Les autres énergies renouvelables (hydroélectricité et biomasse) ne changent pas. 
Avec ces hypothèses, l'évolution du mix électrique français est la suivante :
Evolution du mix électrique français avec le scénario de PPE proposé par le député Matthieu Orphelin
La production électrique se stabilise à un niveau proche de son niveau actuel et commence à décroître doucement en 2027 - la progression du solaire et de l'éolien ne suffisant pas compenser la fermeture de deux réacteurs par an.
L'objectif de 50% de nucléaire dans le mix électrique français, fixé à 2025 par la loi de transition énergétique de 2015, n'est atteint qu'en 2039. La durée de vie de tous les réacteurs français doit être prolongée au-delà de 40 ans - l'échéance actuellement prévue. Et 43 des 58 réacteursen service doivent fonctionner après leur 50e anniversaire.


Scénario 2 : La PPE version Orphelin light


Si cela vous a échappé, 2022 est une année électorale. Curieux hasard... En 2021, je suis à peu près certain que M. Macron et ses ministres auront mieux à faire que de tordre le bras à EDF pour obtenir la fermeture d'un réacteur à la centrale de Bugey. Il n'est pas déraisonnable de penser que ce sera aux élus tous frais livrés mi-2022 de s'y coller. Et ils seraient remarquablement efficaces s'ils y arrivaient en moins de temps qu'il en faut au gouvernement actuel pour pondre une PPE, qui n'est somme toute qu'un décret.
Disons donc que, après Fessenheim, la première fermeture a lieu en 2025 et que le rythme s'accélère à 2 réacteurs par an en 2030 plutôt qu'en 2027. Toutes les autres hypothèses restent inchangées.

Dans ce cas, l'évolution du mix électrique serait la suivante :
Evolution du mix électrique français en cas de retard dans la fermeture des réacteurs nucléaires

Faute de baisse du nucléaire, la production électrique française croit jusqu'en 2030 pour atteindre 560TWh (contre 540 en moyenne sur les dernières années) puis elle baisse lentement.
L'objectif de 50% de nucléaire est atteint en 2041. Sur 58 réacteurs, seuls 9 sont arrétés avant leur 50e anniversaire et surtout 16 atteignent ou dépassent 60 années de fonctionnement.

Scénario 3 : Orphelin + SFEN

Reprenons notre premier scénario, nous avons supposé qu'il n'y aurait pas de nouveaux réacteurs construits après l'EPR de Flamanville. Que se passerait-il avec de nouvelles constructions ?
Prenons les revendications de la SFEN, le lobby du nucléaire français : une paire d'EPR mise en chantier avant la fin du quinquennat et inaugurée en 2030 puis une nouvelle paire tous les 5 ans pour atteindre 8 nouveaux réacteurs en plus de celui de Flamanville. Dans ce cas, l'évolution du parc nucléaire français serait la suivante :
Evolution de la puissance du parc nucléaire français dans un scénario de PPE
Cela ne change pas grand chose à la trajectoire du mix électrique d'ici à 2030, ni au nombre de réacteurs qui dépassent la cinquantaine. Par contre évidemment la date à laquelle la France passe sous 50% de nucléaire serait (un peu) retardée : ce serait en 2042.

Quelques éléments de conclusions


Que retenir de ce petit exercice ? Plusieurs conclusions intéressantes :
  1. La PPE ne fera pas de miracle : la proposition de M. Orphelin est sans doute dans la tranche haute de ce que le gouvernement pourrait décider, pourtant elle conduit à reculer de 15 ans l'objectif de diversification du mix électrique français initialement prévu pour 2025 et oblige à prolonger la durée de vie de la grande majorité des réacteurs au-delà de 50 ans.
  2. Il n'y a plus guère de marge d'erreur : le scénario "Orphelin light" montre que 2 ans de retard - ce qui est bien peu au regard des succès foudroyants de la politique énergétique français depuis 10 ans - nous obligeraient à pousser un quart de nos réacteurs au-delà de soixante années de fonctionnement. Un pari hasardeux, pour dire le moins... Le mix électrique se manoeuvre comme un paquebot et les retards apparemment anodins que nous accumulons aujourd'hui peuvent très bien nous mettre sur la route d'un naufrage dans une ou deux décennies.
  3. Ces trajectoires ne sont pas des trajectoires de baisse de la production d'électricité : le discours politique classique tourne autour de la réduction de la consommation d'électricité, du développement des renouvelables et d'une baisse du nucléaire mais les trajectoires proposées collent rarement. En l'occurrence, on aurait dans tous les scénarios une production croissante ou stable jusqu'à 2030 au moins. Exit donc la sobriété et l'efficacité, sauf à ralentir sur les renouvelables ou à trouver de nouveaux débouchés pour notre électricité.
  4. L'objectif de 50% de nucléaire est peu sensible au scénario : cet objectif tend à devenir l'alpha et l'omega de la politique énergétique et il y a des chances que la PPE soit jugée largement sur la date à laquelle elle permettra de l'atteindre. Pourtant cet indicateur n'indique pas grand chose : même si nos trois scénario conduisent à des situations très différentes en milieu de siècle, les 50% sont atteint à la même date à ± 2 ans, preuve encore une fois que cet objectif est mal conçu.

Vous vous demandez comment sont obtenu ces projections ou vous souhaiteriez étudier d'autres scénarios : consultez cette page.


Publié le 24 octobre 2018 par Thibault Laconde


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Le climat dans l'ombre des révolutions ?

Avec ce dernier article, cette série va se terminer là où elle aurait pu commencer : 1789. La Révolution française est, en effet, un des exemples les plus fameux d'influence de la météo sur l'histoire. Peut-être même trop fameux pour être honnête...

Orage de grêle (illustration de 1708)

Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Un climat de révolte


Au XVIIIe siècle, la France connaît un climat chaotique, tantôt favorable tantôt pourri. La décennie 1780 ne fait pas exception. Elle commence bien : 1780 et 1781 fournissent de belles récoltes qui ont peut-être facilité l'engagement du royaume dans la Guerre d'Indépendance des États-Unis, ou du moins limité les effets inflationnistes de ce conflit. Les années suivantes cependant sont plus mitigées et quand 1788 arrive les calamités semblent s'enchaîner...

"Un an avant la prise de la Bastille, le 13 juillet 1788, un orage de grêle traverse le nord de la France détruisant des récoltes déjà endommagées par une année trop chaude."




L'hiver 1787-1788, d'abord, a été doux et comme dit le proverbe : "il vaut mieux voir un voleur dans son grenier qu’un paysan en chemise en janvier"... Avec environ 2 degrés de plus que la normale, l'hiver favorise la prolifération des insectes ravageurs et des mauvaises herbes.

Vient ensuite une fin de printemps elle aussi trop chaude. Or les journées ensoleillées n'annoncent pas toujours de belles récoltes pour le blé : si un coup de chaleur survient lorsque les grains sont encore fragiles, ils peut interrompre la croissance et ruiner les cultures en quelques jours seulement. C'est ce qui arrive en 1788 : le blé est échaudé comme le confirment les observations de l'époque et des récoltes précoces et faibles.

C'est alors que survient, un an presque jour pour jour avant la prise de la Bastille, le fameux orage du 13 juillet 1788. Cette véritable tempête accompagnée de grêle abondande a marqué les esprits du temps par sa violence : au château de Rambouillet, où séjourne Louis XVI, 11 749 vitres et ardoises sont brisées ! Dans la bassin parisien et jusqu'aux Flandres, les récoltes sont malmenées.

En se cumulant, ces aléas météorologiques entrainent des récoltes inférieures de 20 à 30% à la normale - le niveau le plus bas depuis la Guerre de Farines de 1775. Le prix du pain monte. D'autant qu'ignorant la crise qui s'annonce Louis XVI a renouvelé en juin les autorisations d'exportation de blé. Malgré leur suspension à la fin de l'été, la population gronde.
Phénomène classique, l'agitation s'amplifie au fur et à mesure que la période de soudure - le moment où la récolte de l'année précédente est épuisée et où celle de l'année est encore sur pied - s'approche. Nous connaissons tous la suite...


Les historiens et la grêle de 1788 : expliquer ou exorciser ?


Assez vite, l'orage de 1788 devient un classique de l'histoire de la Révolution. Dès 1789, Bernadin de Saint Pierre (dans Voeux d'un solitaire) en fait, sinon une cause, du moins une métaphore des troubles révolutionnaires.
On retrouve à sa suite la grêle de juillet chez Chateaubriand (Mémoire d'outre-tombe, 1841) ou Michelet (Histoire de la Révolution, 1853) et jusqu'à aujourd'hui, par exemple chez Onfray (La Religion du poignard, 2009).

"Les historiens, qui prêtent en général peu d'attention au climat, ont retenu la météo de 1788. Mais s'agit-il d'expliquer la Révolution française ou d'exorciser un événement trop brutal ?"




Pourtant l'orage du 13 juillet n'est probablement pas aussi déterminant que cette littérature le laisse entendre : la grêle est un phénomène localisé et malgré son ampleur celle de 1788 a épargné la grande majorité du territoire.
De la même façon, l'éruption du Laki en Islande en 1783 et le refroidissement qui a suivi sont souvent cités comme prémices de la Révolution. Là encore le lien n'est pas évident : l'effet des éruptions volcaniques sur le climat dure 2 à 3 ans, en 1789 l'ombre du Laki est dissipée depuis longtemps. D'ailleurs les malheurs de 1788 sont plus liés à la chaleur qu'au froid...

Fondées ou non, ces thèses sont omniprésentes chez les grands historiens de la Révolution - Georges Lefebvre, Georges Duby, Albert Soboul, Ernest Labrousse, etc. Voilà qui a de quoi surprendre : d'ordinaire, les historiens s'attardent peu sur le climat lorsque le lien de causalité n'est pas évident.

Ne serait-ce pas parce que l'événement paraissait trop inattendu, trop inconcevable que les contemporains, suivis par des générations d'historiens, ont cherché des causes et des signes qui rendraient la rupture moins brutale ? François Furet parle à ce sujet d'une "illusion rétrospective" qui rend tous les événements précédant la Révolution annonciateurs de la Révolution elle-même.
Ou bien est-ce parce que les hommes du temps ne parviennent pas à admettre qu'il a suffit d'une poignée d'individus pour renverser en quelques mois mille ans de monarchie ? Les penseurs contre-révolutionnaires comme de Maistre, qui fait des révolutionnaires les simples instruments d'une providence qui les dépasse, s'illustrent tout particulièrement dans cette recherche de causes cachées.


Climat et liberté


Les révolutions suivantes permettent de prendre du recul sur la question. Il semble bien exister une "météo des révolutions" : Les années 1827 à 1831 sont froides et humides, les récoltes déficitaires... Et tant pis pour Charles X. Pendant les années de 1845 à 1848, les hivers sont neigeux (avec un maximum glaciaire dans les Alpes), les étés humides favorisent la propagation du mildiou qui ruine la culture de la pomme de terre et 1846 est aussi une année d'échaudage du blé, tout celà concourt à la crise de 1846-1847 et annonce le Printemps des peuples l'année suivante.
Mais ces conditions ne sont pas suffisantes : 1840, par exemple, remplit aussi les conditions agro-météorologiques pour devenir une année révolutionnaire, il n'en sera rien malgré des émeutes de subsistance dans le centre et l'ouest de la France.

Les conditions météorologiques défavorables sont une cause d'agitation populaire mais celle-ci ne devient révolutionnaire que si elle rencontre un mouvement politique contestant l'ordre établi. Le soulèvement populaire lui apporte alors la force du nombre et la nécessité d'une action immédiate. De ce point de vue, le climat peut amplifier les convulsions historiques mais il ne les crée pas.

"Le climat fait partie du cadre physique dans lequel les hommes agissent, il ne nous prive ni de notre autonomie ni de nos responsabilités. "




Si on se tourne maintenant vers l'avenir : l'évolution du climat détermine-t-elle déjà notre destin comme il a pu influencer certains événements passés ? Ou pour le dire plus brutalement : sommes nous encore libres au moment où nous nous engageons dans un changement climatique sans précédent ?
La réponse est bien évidemment oui : le contraire serait aussi absurde que de dire que la gravité ou l'alternance jour-nuit limite notre libre arbitre.

D'une manière plus générale, le climat fournit un cadre physique dans lequel les hommes agissent mais il ne les prive pas de leur autonomie. Et ne les exonère pas de leur responsabilité.
Même si ce cadre change, nous y restons libres aussi longtemps que nous ne nous résignons pas à le subir : étudier l'évolution du climat et la façon dont il interagit avec nous, ce n'est pas accepter une fatalité. Bien au contraire, c'est chercher à découvrir de nouveaux moyens d'action, de nouveaux possibles...

Alors au boulot !


Les principales sources de cet article sont :
  • Trente-trois questions sur l'histoire du climat d'Emmanuel Le Roy Ladurie et Anouchka Vasak (en particulier les questions 21, 22 et 23)
  • L'article de Anouchka Vasak, L'orage du 13 juillet 1788, publié en 2004

Publié le 22 août 2018 par Thibault Laconde


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Le printemps 1907 : y a-t-il de bons changements climatiques ?

Pour le quatrième épisode de cette série d'été consacrée à l'influence de la météo et du climat dans l'histoire, j'aimerais aborder une question que vous vous êtes peut-être posée en lisant les articles précédents. Jusqu'à présent nous avons parlé de vagues de chaleur, d'un refroidissement multiséculaire et d'un hiver volcanique. Que de tels événements aient de lourdes conséquences pour ceux qui les subissent, voilà qui ne devrait surprendre personne. Mais que se passerait-t-il si, au contraire, le climat changeait pour devenir plus tempéré, plus stable... bref, a priori, plus favorable ?
Dans cet épisodes nous allons voir au travers d'un exemple que ces variations apparemment positives du climat  peuvent être tout autant destabilisantes que les autres.

Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Le réchauffement du début du XXe siècle et son effet sur la vigne


Nous sommes à l'aube du XXe siècle. En Europe occidentale, le climat se réchauffe sensiblement depuis les années 1890. Les derniers frimas du petit âge glaciaire se sont estompés et le mercure commence lentement à monter sous l'effet des émissions de gaz à effet de serre de la Révolution Industrielle.
Ce changement climatique reste pour l'instant insoupçonné : il faudra attendre Guy Callendar pour le démontrer en 1938. Mais même imperceptible pour nos sens, il commence à avoir des effets sur l'environnement, en particulier pour une plantes que l'humanité observe avec espoirs et anxiétés depuis au moins cinq millénaires : la vigne.

Ces années chaudes et sèches entraînent des vendanges précoces (en 1904, 1905 et 1906) et chargent le raisin en sucre ce qui donne en général de bon millésimes (1900 et 1906, en particulier, sont restés dans les mémoires).
L'effet sur les volumes est encore plus remarquable, d'autant qu'il est cumulatif : une année chaude renforce la vigne et annonce en général une belle récolte pour l'année suivante. Entre 1902-1903 et 1904-1907, le rendement à l'hectare double presque. La production de vin française s'envole : en 1902, elle est de 39 millions d'hectolitres, 35 en 1903, 60 en 1904, 57 en 1905, 52 en 1906, 66 en 1907...

Ces bonnes vendanges vont-elles réjouir les vignerons, stimuler les régions viticoles encore marquées par la grande crise du phylloxéra et, puisque la France est déjà à l'époque le premier producteur mondial de vin, profiter à notre pays ?
Hé bien non, tout au contraire : ces belles années loin de la bénédiction que l'on aurait pu en attendre annoncent une des pires crises de la Troisième République.


L'Europe est noyée sous le vin...


Le problème, c'est que les conditions climatiques favorables à la vigne sont aussi présentes en Espagne (production en hausse de 48% en 1904), en Italie (+ 16%) et globalement dans tous les pays producteurs d'Europe : Portugal, Autriche, Suisse, Hongrie, Grèce, etc. battent des records de production. Le continent est littéralement noyé sous le vin...
Cette situation tire les cours vers le bas. Dans le sud de la France, le prix du vin est divisé par 4 sous l'effet de la surproduction... et même bradé il  se vend mal.

Des curieux observent une pièce rare : une demi-barrique de vin qui a trouvé preneur (caricature de 1906)
Comme souvent, les déterminants climatiques de la crise restent dans l'ombre et on trouve d'autres responsables. Dès 1905, le sud de la France s'agite contre le vin importé et les "falsificateurs" qui mouillent ou sucrent le vin - il faut dire que la loi du 28 janvier 1903 a abaissé les taxes sur le sucre et favorisé la chaptalisation.

En février 1907, les vignerons de Baixas, dans les Pyrénées Orientales, se mettent en grève fiscale. C'est le début de la révolte : de village en village, comme une trainée de poudre, le mouvement s'étend jusqu'à embraser tout le midi de la France.
Le 12 mai, lors d'une manifestation qui réunit 150.000 personnes à Béziers, les meneurs du mouvement lancent un ultimatum exigeant du gouvernement qu'il relève les cours du vin avant le 10 juin. Le 19 mai, 170.000 manifestants défilent à Perpignan. A Carcassonne, le 26 mai : 220.000. A Nîmes, le 2 juin : 300.000. Le 9 juin 1907, il y a au moins 500.000 manifestants à Montpelier... C'est la plus grande manifestation de la Troisième République. Ce jour-là, un habitant de la région sur deux est dans la rue !

"Au début du XXe siècle, une succession d'années favorables à la vigne... met à genoux les régions viticoles, causant une des plus graves crises de la Troisième République."




Juin 1907 : le Languedoc est au bord de l'insurrection


De Paris, le mouvement est observé avec condescendance. George Clémenceau, alors président du conseil, affirme que "tout ça finira par un banquet"... Le 10 juin, pourtant, l'ultimatum expire sans solution. Près de 450 maires démissionnent, la désobéissance civique est déclarée. Les affrontements se multiplient.
Le 17 juin, le Languedoc est occupé par 12 régiments de cavalerie et 22 régiments d'infanterie. L'arrestation des meneurs, le 19 juin, met le feu aux poudres. Des barricades sont dressées, l'armée ouvre le feu. Le 20 juin, la préfecture de Perpignan est attaquée. Le 21, le 17e régiment d'infanterie de ligne, cantonné à Agde, se mutine. Les soldats, parmi lesquels de nombreux fils de vignerons, pillent l'armurerie et prennent la direction de Béziers où ils fraternisent avec les habitants. Les voies ferrés sont coupées pour ralentir l'arrivée de renforts. A Lodève, le sous-préfet est pris en otage. L'insurrection générale semble imminente.

"Conditions climatiques favorables, surproduction, crise politique... En 1907, cet engrenage amène le midi de la France au bord de l'insurrection générale."




C'est alors que Marcelin Albert, un des derniers meneurs du mouvement encore en liberté, fait son apparition à Paris. Il demande, sans succès, à être reçu à l'Assemblée. Clémenceau lui ouvre sa porte. Lors de cet entretien le président du conseil lui remet un sauf-conduit et 100 francs pour regagner le midi. L'épisode savamment détaillé à la presse décrédibilise Albert aux yeux de ses camarades. Les leaders sont soit emprisonnés, soit vendus... le mouvement se débande.
D'autant plus facilement que le gouvernement et les parlementaires prennent enfin des mesures. Le 29 juin, une loi contre le mouillage et l'abus de sucrage des vins est promulguée, elle est complétée par plusieurs textes réglementaires dont le décret du 21 octobre 1907 qui crée le service de répression des fraudes. En prime, les vignerons sont exemptés d'impôts sur les récoltes de 1904 à 1906.


Y a-t-il de bons changements climatiques ?



N'est-il pas paradoxal ou au moins inattendu que de beaux étés, en stimulant la production de vin, finissent par pousser les régions viticoles à la révolte ?
Le climat était certes favorable à la production de vin, mais parce que celle-ci s'intègre dans un système économique plus large ce qui semblait a priori une bénédiction s'est transformé en malheur. Le mouvement des vignerons a un slogan que je trouve particulièrement révélateur : "Abèré tant de boun bi et pas pourré mangea de pan", "nous avons tant de bon vin mais pas de pain à manger". Comment dire mieux l'ironie cruelle de cette situation !

"Nous avons tant de bon vin mais pas de pain à manger"
Plus généralement, nous pensons intuitivement que l'impact d'un phénomène sur une collectivité est l'addition de l'effet qu'il aurait sur chacun de ses membres pris individuellement. C'est faux, on le voit bien en 1907 : trois années ensoleillées dans le Languedoc auraient été une bonne nouvelle mais étendues à toute l'Europe elle deviennent une catastrophe...

"Nos sociétés se sont construites autour d'un climat relativement stable. Toutes les perturbations bousculent cet équilibre : il n'y a pas de bon changement climatique."




Nous ne pouvons donc pas juger de l'impact, positif comme négatif, d'un changement climatique à l'aune de notre expérience individuelle. Il faut se méfier de nos intuitions : si elle sont correctes à notre échelle elles ne peuvent pas s'extrapoler simplement à l'ensemble de la société. 
Et justement si on revient à notre réchauffement climatique contemporain, il n'est pas rare d'entendre qu'un peu de chaleur en plus n'est pas un mal. Déjà au tournant du XIXe et du XXe siècle, le suédois Svante Arrenhius, un des précurseurs de la climatologie, espérait que "nos descendants [...] vivraient sous un ciel plus chaud et dans un environnement moins hostile que celui qui nous a été donné". Cette idée nourrit notre insouciance...

Pour ma part, je pense qu'il n'existe pas de changement climatique positif : toutes les sociétés se sont construites autour d'un climat relativement stable auquel elles se sont lentement adaptées. De notre régime alimentaire à notre architecture en passante par les rythmes de travail, de nombreux éléments de notre vie quotidiennes sont destinés à tirer le meilleurs parti du climat sous lequel nos ancêtres ont vécu. Un écart par rapport au climat historique, quel qu'en soit la nature et le sens, ne peut que perturber le fonctionnement de cette machinerie complexe.

Publié le 16 août 2018 par Thibault Laconde,

Illustration : via Wikipedia



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Hiver volcanique et litterature fantastique

Victor Frankenstein et sa créature, illustration du roman de Mary ShelleyLe 5 avril 1815, en Indonésie, un panache de fumée de 30 kilomètres de haut s'élève au-dessus du mont Tambora. C'est le début d'une des éruptions volcaniques les plus violentes que l'humanité ait connu.
Comme toutes les grandes éruptions, celle-ci va causer un bref refroidissement climatique et, par ce biais, avoir des répercussions mondiales : par un enchaînement inattendu, le Tambora va même contribuer à donner naissance à quelques uns des personnages les plus connus de la littératures fantastique moderne...


Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

L'éruption du mont Tambora


Cinq jour après el réveil du Tambora, le 10 avril 1816, trois colonnes de flammes s'élèvent au-dessus du volcan puis fusionnent dans une éruption cataclysmique. Tous les flancs du volcan sont recouverts par une nuée ardente qui annihile les villages environnant, 90.000 personnes sont tuées.
L'explosion est entendue jusqu'à Sumatra, à 2600 kilomètres de là. En un instant, le volcan perd 1500 mètres de hauteur : son sommet est remplacé par une caldera de 6 kilomètres de diamètre. L'éruption a atteint un indice d'explosivité volcanique de 7 "méga-colossal" sur une échelle qui en compte 8.

Le plus spectaculaire est passé mais les chutes de cendres se poursuivent encore 3 mois, jusqu'au 15 juillet, et les émissions de fumées continuent jusqu'au 23 août. Au total, 150 km³ de poussières ont été rejetés dans l'atmosphère - 60.000 fois le volume de la grande pyramide de Gizeh...

Comme c'est le cas après chaque grande éruption volcanique, cette immense masse de particules ne retombe pas tous de suite. Elle reste un temps dans l'atmosphère et, pendant quelques mois, empêche une partie du rayonnement solaire d'atteindre la surface de notre planète. Ce phénomène entraîne un hiver volcanique, un refroidissement sensible du climat qui peut durer quelques années après l'éruption.


"L'année sans été"


En 1816, le refroidissement est de l'ordre de 0.5°C. Comme la semaine dernière, cette baisse de température vous paraîtra peut-être négligeable, et pourtant ! Elle a des conséquences dramatiques : l'Europe connaît une de ses dernières grandes famines, aux États-Unis, les mauvaises récoltes poussent les fermiers vers le Middle-West engageant un siècle de conquêtes, en Chine, le dérèglement de la mousson entraîne des inondations catastrophiques dans la vallée du Yangtze... 

"L'éruption du Tambora en 1815 entraîne l'année suivante un refroidissement climatique de 0,5°C et une des dernières grandes famines européennes."



Mais ce refroidissement va aussi avoir des conséquences plus imprévisibles : dans les mémoires, l'année 1816 est restée comme "l'année sans été". Or, l'été, c'est ce qu'une bande d'aristocrates britanniques était justement venu chercher cette année là sur les bords du lac de Genève...

Nous avons là Lord Byron, 6e du nom : poète romantique, amant scandaleux, dandy insolvable et révolutionnaire d'opérette... il finira par trouver une mort sans gloire en 1824 pendant la guerre d'indépendance grecque. A ses cotés, John Polidori, son médecin personnel et souffre-douleur, il ne tardera pas être renvoyé - à moins qu'il se soit enfuit, et mourra 5 ans plus tard, accablé de dettes et probablement suicidé.
Il y a encore Percy Bysshe Shelley, poète lui aussi, tout aussi scandaleux mais un peu moins mémorable que Byron, il va se noyer en 1822 peu avant son trentième anniversaire. Enfin voici Mary Wollstonecraft Godwin. Cette jeune fille, qui n'a pas 20 ans, est celle qui va faire passer cette réunion dans les mémoires. Son nom ne vous dis rien ? C'est sans doute que vous ne la connaissez que sous son éphémère nom de mariage : Mary Shelley.
Notre histoire commence en mai 1816 : Percy Shelley, Mary et leur jeune fils voyagent en Suisse - il ne fait pas bon à Londres pour Percy qui est marié à une autre femme. Ils sont accompagnés de la belle soeur de Mary, Clara Clairmont, qui se trouve être la maîtresse du moment de lord Byron.
Byron lui-même arrive peu après sur les bords du lac Leman où il loue pour 5 mois la villa Diodati. Percy et Mary ont tôt fait de s'inviter.


Quelques nuits d'ennui, des créations inoubliables


Mais voilà, selon les mots de Mary Shelley : "l'été se révéla humide et désagréable, la pluie incessante nous retenait parfois des jours à l'intérieur". Depuis l'autre coté de la terre, ce foutu volcan indonésien vient gâcher la fête !
Que peuvent faire ces jeunes gens cloîtrés par le mauvais temps ? Dans la villa traînent quelques romans fantastiques allemands traduits en français qu'ils lisent pour tuer le temps. Et voici finalement Byron qui propose un jeu : chaque membre de la compagnie devra inventer à son tour une histoire de fantôme.

Mary peine d'abord à relever ce défi. Mais inspirée par des discussions autour des travaux d'Erasmus Darwin (le grand père de Charles) et de Luigi Galvani, elle finit par donner naissance pendant une nuit d'insomnie à une créature monstrueuse composée de morceaux d'êtres humains ramenés à la vie par la science. Encouragée par ses compagnons, elle développe l'histoire et bientôt elle donne au monstre un créateur peut-être plus hideux encore : le professeur Victor Frankenstein.
Deux ans plus tard parait Frankenstein ou le Prométhée moderne. Peu apprécié des critiques de l'époque, le roman a pourtant un succès extraordinaires et des centaines d'adaptations et de pastiches en librairie, au théâtre, au cinéma...

"Frankenstein et le vampire moderne sont nés au même endroit : dans une villa suisse où une bande d'aristocrates britanniques étaient retenus par le mauvais temps."




Mais ce n'est pas tout. Vous vous souvenez du petit docteur Polidori ? Hé bien, lui aussi participe au jeu. Son histoire met en scène un lord britannique captivant et dépravé - peut-être inspiré de Byron... mais aussi immortel et se nourrissant du sang de ses conquêtes. Elle deviendra une nouvelle publiée en 1819 sous le titre The Vampyre.
Les vampires, c'est entendu, n'ont pas été inventés par Polidori. Loin de là... Mais sa nouvelle est généralement créditée pour avoir popularisé le thème et surtout elle a créé l'archétype du vampire contemporain : froid, séduisant et aristocratique.

The Vampyre, nouvelle de John Polidori, qui créé l'archétype moderne du vampire
The Vampyre, édition de 1884 (attribuée à tort à Byron)
C'est ainsi que l'année froide et ténébreuse engendrée par l'éruption du Tambora a contribué à donner naissance à deux des personnages les plus incontournables de notre imaginaire. Comment ne pas voir dans les oeuvres de Shelley et Polidori un échos du monde assombri dans lequel elles ont été conçues ?

"L'évolution de l'environnement influence la façon dont les artistes voient le monde, et en retour la façon dont nous nous voyons nous même. Le changement climatique actuel aura des conséquences culturelles..."




Et est-ce surprenant ? Après tout, comme le disait Buffon (le monde est petit) : "toutes les idées des arts ont leurs modèles dans la production de la nature". Un changement climatique est probablement le phénomène le plus violent et généralisé qui puisse affecter notre environnement, il est normal qu'on en retrouve la trace dans la façon dont les artistes voient le monde, et par ricochet dont nous nous voyons nous-même.
De même, je suis convaincu que le changement climatique dans lequel nous nous engageons aujourd'hui aura, au-delà de ses impacts écologiques, économiques et sociaux, des conséquences culturelles massives.


Les principales sources pour cet article sont :

Publié le 8 août 2018 par Thibault Laconde



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La chasse aux sorcières et le petit âge glaciaire : un climat de suspicion

Si vous cherchez un événement historique qui symbolise à la fois l'obscurantisme le plus profond, la cruauté la plus féroce et les sentiments humains les plus vils, il y a des chances que la chasse aux sorcières vous viennent à l'esprit.

Se pourrait-il que les cette face obscure de la Renaissance européenne ait été, pour tout ou partie, causée l'évolution du climat ? Nous allons voir que l'hypothèse n'est pas aussi loufoque qu'elle peut sembler au premier abord.
Et si c'est le cas, cela ne devrait-il pas nous faire redouter encore plus le changement climatique dans lequel, à notre tour, nous nous engageons ?
Sorcières invoquant le mauvais temps (illustration de 1489)
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La chasse aux sorcières est contemporaine d'un refroidissement du climat


Commençons par le commencement : la chronologie.

La chasse aux sorcières prend naissance dans les Alpes au milieu du XVe siècle. Elle est lancé "officiellement" par une bulle papale de 1484. Un temps contenue par les critiques des humanistes, embrase l'Europe dans la seconde moitié du XVIe siècle et culmine au tournant du XVIe et du XVIIe siècle. Pendant cette période, au moins 110.000 procès en sorcellerie ont lieu dont 60.000 se terminent par une exécution.

Cette époque correspond à un changement climatique en Europe : après l'optimum climatique médiéval, une période relativement douce qui s'étend grosso-modo de l'an 1000 aux alentours de 1300, le continent se refroidit progressivement. Ce "petit âge de glace" s'amorce au XIVe siècle et culmine au XVIIe.
Entre le point le plus haut de l'optimum climatique médiéval et le point de plus bas du petit âge glaciaire, la température moyenne baisse de l'ordre de 1°C en Europe. C'est peu, beaucoup moins que la variation de 2 à 4°C qui nous attend certainement au cours du XXIe siècle, mais c'est largement suffisant pour bousculer les sociétés qui subissent ce refroidissement.

"La chasse aux sorcières, qui a fait au moins 60.000 victimes en Europe, se déroule au moment où le continent entre dans le petit âge glaciaire. Changement climatique et persécutions sont-ils liés ?"




Evidemment les contemporains ne savent rien de ce petit âge de glace. Ce qu'ils voient ? Des hivers plus longs et plus froids que ceux auxquels ils sont habitués. Des cultures qui déperissent entraînant parfois avec elles des pans importants de l'économie : c'est l'époque où la vigne et le vin, par exemple, disparaissent du centre et du nord de l'Europe. Et des phénomènes climatiques - tempêtes, grêle, gelées et neiges tardives... - qui leur apparaissent sans précédent...


Pour la théologie médiévale, le diable peut intervenir dans le climat


Face à ces phénomènes qui les dépassent, ils vont naturellement chercher des explications. Or à depuis la fin du Moyen Âge, la doctrine chrétienne admet les interférences humaines dans le climat.
Selon les termes de Saint Thomas d'Aquin : "le monde des corps obéit naturellement à celui des  esprits pour ce qui est mouvement local. Par conséquent le diable a le pouvoir de causer dans ce monde inférieur tout ce qui peut provenir du mouvement local". Or la météo est bien un de ces mouvements locaux puisque "le vent, la pluie et d'autres dérangements similaires peuvent être causés par le seul mouvement de la vapeur libérées par la terre ou par l'eau", rien n'empêche dès lors que le démon et ses alliés s'en mêlent.
S'appuyant sur ce passage de St Thomas, le fameux Malleus Maleficarum, manuel de référence en matière de sorcellerie publié à Strasbourg à la fin du XVe siècle, est parfaitement explicite : "le diable et ses disciples peuvent par sorcellerie créer des éclairs, des orages de grêle, des tempêtes".

La manipulation de la météo se retrouve donc dans d'innombrables procès en sorcellerie. La sorcière faiseuse de grêle en particulier est un classique de la démonologie : en Lorraine, dans les années 1590, sur près d'un milliers de procès, 22% mentionnent (entre autres) l'invocation de la grêle. Au XVIe siècle, elle figure dans un acte d'accusation sur 5 à Zurich...


Un orage allemand en 1562 a-t-il relancé la chasse aux sorcières en Europe ?


La cas de l'été 1562 en Allemagne illustre le lien entre caprices de la météo et vagues de persécutions. En aout 1562, l'Europe centrale est traversée par une violente tempête. Après quelques années froides et humides, qui ont amené leurs lots de récoltes endommagées, d'innondations et d'épidémies, la sensibilité de la population à ce type d'événements est déjà exacerbée : la foule gronde et réclame des responsables.
Dans la petite ville de Wiesensteig, entre Stuttgart et Ulm, le seigneur local accepte d'emprisonner quelques femmes. Mais loin de faire cesser les persécutions, ces concessions les attisent : les arrestations sont suivies de torture et, inévitablement, d'aveux et de dénonciations... qui mènent à de nouvelles arrestations, etc. Une mécanique implacable se met en route et bientôt les bûchers fonctionnent à plein régime. Avant la fin de l'année 1562, 63 femmes sont brûlées à Wiesensteig.

Ce massacre, qui a inspiré rapidement plusieurs livres qui seront traduits et réédités, est parfois cité comme le vrai début de la chasse aux sorcières en Europe.
Représentation contemporaine de l'orage de grêle de 1562
La cas n'est pas isolé : on retrouve le même scénario en Allemagne encore en 1570 (famine causée par deux années froides), en Europe centrale à la fin des années 1570 (famine aussi), en Franconie en 1626 (gelée tardive : à Bamberg 600 personnes sont brûlées vives, 900 à Wurzburg...), etc.

"A la Renaissance, un orage de grêle, une gelée tardive ou tout autre événement météorologique qui semble anormal peut conduire des dizaines voire des centaines de personnes au bûcher."



Ces chasses aux sorcières semblent souvent avoir été initiées par un mouvement populaire. Dans certains cas, la foule va jusqu'à élire des délégués qui mènent l'enquête, arrêtent et torturent pour ne remettre les "coupables" aux autorités qu'une fois les aveux obtenus. Au milieu de cette hystérie collective, que font les élites ?.


Les élites : souvent dépassées par un mouvement populaire


Il est intéressant d'observer le rôle de la noblesse et du clergé face à ces désordres. Beaucoup vont laisser-faire et attendre parfois très longtemps l'occasion de reprendre en main la situation : dans la principauté archiépiscopale de Trèves, il faut une décennie (de 1581 à 1591) et 350 bûchers pour que la populace se calme... Quelques uns vont prendre eux-même la tête de la chasse.
Mais d'autres, plus courageux ou plus éclairés, vont tout de même se soulever contre ces pratiques barbares : c'est le cas par exemple de l'archevèque de Reims en 1644, lorsque la foule réclame des responsables pour les gelées tardives qui ont détruit le raisin.

"Face aux calamités, la foule se charge souvent elle-même de trouver les responsables et d'obtenir des aveux. Là où elles ne se sentent pas assurées de leur pouvoir, les élites laissent faire, parfois pendant des années..."



Ce sont finalement ces élites politiques qui auront raison de la chasse aux sorcières. A la fin du XVIe siècle des États forts se construisent en Europe occidentale : la France, l'Espagne, l'Angleterre ne tolèrent plus les élans populaires et décriminalisent la sorcellerie. Les législateurs, sur ce sujet, ont devancé les philosophes...
Mais dans l'Europe centrale et orientale qui reste morcelée et aux mains de dirigeants instables, les persécutions se poursuivent tard dans le XVIIIe siècle.


En conclusion


Il est donc clair que des épisodes météorologiques défavorables ont joué un rôle dans le déclenchement de certaines vagues de persécutions, mais peut-on aller jusqu'à dire que la grande chasse aux sorcières dans son ensemble est causée par la variation du climat que l'Europe connaît à la même période ?
Pour l'historien allemand Wolfgang Behringer, la réponse est oui : selon lui, en provoquant des événements climatiques d'apparence anormale voire surnaturelle, l'entrée dans le petit âge glaciaire a provoqué le retour de la chasse aux sorcières dans la seconde moitié du XVIe siècle et l'a amené à des dimensions inconnues jusqu'à là. D'autres, dont le spécialiste français Emmanuel Le Roy Ladurie, se montrent moins catégoriques.

Retenons simplement ce qui est certain. Les événements météorologiques extrêmes frappent les esprits et détruisent en un instant de longs efforts. Encore plus insidieuses, les évolutions lentes du climat ruinent et tuent sans qu'il soit toujours possible de vraiment discerner les causes de ces calamités. Tout cela appelle des boucs-émissaires. Il en sera probablement de même demain.

Serons-nous capables de mieux nous comporter que nos ancêtres face aux dérèglements du climat ? Evidemment, nous sommes bien mieux informés qu'eux, et déjà à la Renaissance la science était un des antidotes à la barbarie : c'est en partie pour réfuter toute intervention diabolique que la météorologie commence à se développer, sous l'impulsion par exemple de Leonhard Reynmann.
Mais malgré toutes nos connaissances, face aux éléments, n'y-t-il pas un fond d'humanité, ou d'inhumanité, qui reste inchangé - la peur, l'instinct de groupe, le besoin d'explications simples - et qui pourrait l'emporter ?


Les principales sources de cette articles sont :

Publié le 1er aout 2018 par Thibault Laconde


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