Le climat dans l'ombre des révolutions ?

Avec ce dernier article, cette série va se terminer là où elle aurait pu commencer : 1789. La Révolution française est, en effet, un des exemples les plus fameux d'influence de la météo sur l'histoire. Peut-être même trop fameux pour être honnête...

Orage de grêle (illustration de 1708)

Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Un climat de révolte


Au XVIIIe siècle, la France connaît un climat chaotique, tantôt favorable tantôt pourri. La décennie 1780 ne fait pas exception. Elle commence bien : 1780 et 1781 fournissent de belles récoltes qui ont peut-être facilité l'engagement du royaume dans la Guerre d'Indépendance des États-Unis, ou du moins limité les effets inflationnistes de ce conflit. Les années suivantes cependant sont plus mitigées et quand 1788 arrive les calamités semblent s'enchaîner...

"Un an avant la prise de la Bastille, le 13 juillet 1788, un orage de grêle traverse le nord de la France détruisant des récoltes déjà endommagées par une année trop chaude."




L'hiver 1787-1788, d'abord, a été doux et comme dit le proverbe : "il vaut mieux voir un voleur dans son grenier qu’un paysan en chemise en janvier"... Avec environ 2 degrés de plus que la normale, l'hiver favorise la prolifération des insectes ravageurs et des mauvaises herbes.

Vient ensuite une fin de printemps elle aussi trop chaude. Or les journées ensoleillées n'annoncent pas toujours de belles récoltes pour le blé : si un coup de chaleur survient lorsque les grains sont encore fragiles, ils peut interrompre la croissance et ruiner les cultures en quelques jours seulement. C'est ce qui arrive en 1788 : le blé est échaudé comme le confirment les observations de l'époque et des récoltes précoces et faibles.

C'est alors que survient, un an presque jour pour jour avant la prise de la Bastille, le fameux orage du 13 juillet 1788. Cette véritable tempête accompagnée de grêle abondande a marqué les esprits du temps par sa violence : au château de Rambouillet, où séjourne Louis XVI, 11 749 vitres et ardoises sont brisées ! Dans la bassin parisien et jusqu'aux Flandres, les récoltes sont malmenées.

En se cumulant, ces aléas météorologiques entrainent des récoltes inférieures de 20 à 30% à la normale - le niveau le plus bas depuis la Guerre de Farines de 1775. Le prix du pain monte. D'autant qu'ignorant la crise qui s'annonce Louis XVI a renouvelé en juin les autorisations d'exportation de blé. Malgré leur suspension à la fin de l'été, la population gronde.
Phénomène classique, l'agitation s'amplifie au fur et à mesure que la période de soudure - le moment où la récolte de l'année précédente est épuisée et où celle de l'année est encore sur pied - s'approche. Nous connaissons tous la suite...


Les historiens et la grêle de 1788 : expliquer ou exorciser ?


Assez vite, l'orage de 1788 devient un classique de l'histoire de la Révolution. Dès 1789, Bernadin de Saint Pierre (dans Voeux d'un solitaire) en fait, sinon une cause, du moins une métaphore des troubles révolutionnaires.
On retrouve à sa suite la grêle de juillet chez Chateaubriand (Mémoire d'outre-tombe, 1841) ou Michelet (Histoire de la Révolution, 1853) et jusqu'à aujourd'hui, par exemple chez Onfray (La Religion du poignard, 2009).

"Les historiens, qui prêtent en général peu d'attention au climat, ont retenu la météo de 1788. Mais s'agit-il d'expliquer la Révolution française ou d'exorciser un événement trop brutal ?"




Pourtant l'orage du 13 juillet n'est probablement pas aussi déterminant que cette littérature le laisse entendre : la grêle est un phénomène localisé et malgré son ampleur celle de 1788 a épargné la grande majorité du territoire.
De la même façon, l'éruption du Laki en Islande en 1783 et le refroidissement qui a suivi sont souvent cités comme prémices de la Révolution. Là encore le lien n'est pas évident : l'effet des éruptions volcaniques sur le climat dure 2 à 3 ans, en 1789 l'ombre du Laki est dissipée depuis longtemps. D'ailleurs les malheurs de 1788 sont plus liés à la chaleur qu'au froid...

Fondées ou non, ces thèses sont omniprésentes chez les grands historiens de la Révolution - Georges Lefebvre, Georges Duby, Albert Soboul, Ernest Labrousse, etc. Voilà qui a de quoi surprendre : d'ordinaire, les historiens s'attardent peu sur le climat lorsque le lien de causalité n'est pas évident.

Ne serait-ce pas parce que l'événement paraissait trop inattendu, trop inconcevable que les contemporains, suivis par des générations d'historiens, ont cherché des causes et des signes qui rendraient la rupture moins brutale ? François Furet parle à ce sujet d'une "illusion rétrospective" qui rend tous les événements précédant la Révolution annonciateurs de la Révolution elle-même.
Ou bien est-ce parce que les hommes du temps ne parviennent pas à admettre qu'il a suffit d'une poignée d'individus pour renverser en quelques mois mille ans de monarchie ? Les penseurs contre-révolutionnaires comme de Maistre, qui fait des révolutionnaires les simples instruments d'une providence qui les dépasse, s'illustrent tout particulièrement dans cette recherche de causes cachées.


Climat et liberté


Les révolutions suivantes permettent de prendre du recul sur la question. Il semble bien exister une "météo des révolutions" : Les années 1827 à 1831 sont froides et humides, les récoltes déficitaires... Et tant pis pour Charles X. Pendant les années de 1845 à 1848, les hivers sont neigeux (avec un maximum glaciaire dans les Alpes), les étés humides favorisent la propagation du mildiou qui ruine la culture de la pomme de terre et 1846 est aussi une année d'échaudage du blé, tout celà concourt à la crise de 1846-1847 et annonce le Printemps des peuples l'année suivante.
Mais ces conditions ne sont pas suffisantes : 1840, par exemple, remplit aussi les conditions agro-météorologiques pour devenir une année révolutionnaire, il n'en sera rien malgré des émeutes de subsistance dans le centre et l'ouest de la France.

Les conditions météorologiques défavorables sont une cause d'agitation populaire mais celle-ci ne devient révolutionnaire que si elle rencontre un mouvement politique contestant l'ordre établi. Le soulèvement populaire lui apporte alors la force du nombre et la nécessité d'une action immédiate. De ce point de vue, le climat peut amplifier les convulsions historiques mais il ne les crée pas.

"Le climat fait partie du cadre physique dans lequel les hommes agissent, il ne nous prive ni de notre autonomie ni de nos responsabilités. "




Si on se tourne maintenant vers l'avenir : l'évolution du climat détermine-t-elle déjà notre destin comme il a pu influencer certains événements passés ? Ou pour le dire plus brutalement : sommes nous encore libres au moment où nous nous engageons dans un changement climatique sans précédent ?
La réponse est bien évidemment oui : le contraire serait aussi absurde que de dire que la gravité ou l'alternance jour-nuit limite notre libre arbitre.

D'une manière plus générale, le climat fournit un cadre physique dans lequel les hommes agissent mais il ne les prive pas de leur autonomie. Et ne les exonère pas de leur responsabilité.
Même si ce cadre change, nous y restons libres aussi longtemps que nous ne nous résignons pas à le subir : étudier l'évolution du climat et la façon dont il interagit avec nous, ce n'est pas accepter une fatalité. Bien au contraire, c'est chercher à découvrir de nouveaux moyens d'action, de nouveaux possibles...

Alors au boulot !


Les principales sources de cet article sont :
  • Trente-trois questions sur l'histoire du climat d'Emmanuel Le Roy Ladurie et Anouchka Vasak (en particulier les questions 21, 22 et 23)
  • L'article de Anouchka Vasak, L'orage du 13 juillet 1788, publié en 2004

Publié le 22 août 2018 par Thibault Laconde


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Le printemps 1907 : y a-t-il de bons changements climatiques ?

Pour le quatrième épisode de cette série d'été consacrée à l'influence de la météo et du climat dans l'histoire, j'aimerais aborder une question que vous vous êtes peut-être posée en lisant les articles précédents. Jusqu'à présent nous avons parlé de vagues de chaleur, d'un refroidissement multiséculaire et d'un hiver volcanique. Que de tels événements aient de lourdes conséquences pour ceux qui les subissent, voilà qui ne devrait surprendre personne. Mais que se passerait-t-il si, au contraire, le climat changeait pour devenir plus tempéré, plus stable... bref, a priori, plus favorable ?
Dans cet épisodes nous allons voir au travers d'un exemple que ces variations apparemment positives du climat  peuvent être tout autant destabilisantes que les autres.

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Le réchauffement du début du XXe siècle et son effet sur la vigne


Nous sommes à l'aube du XXe siècle. En Europe occidentale, le climat se réchauffe sensiblement depuis les années 1890. Les derniers frimas du petit âge glaciaire se sont estompés et le mercure commence lentement à monter sous l'effet des émissions de gaz à effet de serre de la Révolution Industrielle.
Ce changement climatique reste pour l'instant insoupçonné : il faudra attendre Guy Callendar pour le démontrer en 1938. Mais même imperceptible pour nos sens, il commence à avoir des effets sur l'environnement, en particulier pour une plantes que l'humanité observe avec espoirs et anxiétés depuis au moins cinq millénaires : la vigne.

Ces années chaudes et sèches entraînent des vendanges précoces (en 1904, 1905 et 1906) et chargent le raisin en sucre ce qui donne en général de bon millésimes (1900 et 1906, en particulier, sont restés dans les mémoires).
L'effet sur les volumes est encore plus remarquable, d'autant qu'il est cumulatif : une année chaude renforce la vigne et annonce en général une belle récolte pour l'année suivante. Entre 1902-1903 et 1904-1907, le rendement à l'hectare double presque. La production de vin française s'envole : en 1902, elle est de 39 millions d'hectolitres, 35 en 1903, 60 en 1904, 57 en 1905, 52 en 1906, 66 en 1907...

Ces bonnes vendanges vont-elles réjouir les vignerons, stimuler les régions viticoles encore marquées par la grande crise du phylloxéra et, puisque la France est déjà à l'époque le premier producteur mondial de vin, profiter à notre pays ?
Hé bien non, tout au contraire : ces belles années loin de la bénédiction que l'on aurait pu en attendre annoncent une des pires crises de la Troisième République.


L'Europe est noyée sous le vin...


Le problème, c'est que les conditions climatiques favorables à la vigne sont aussi présentes en Espagne (production en hausse de 48% en 1904), en Italie (+ 16%) et globalement dans tous les pays producteurs d'Europe : Portugal, Autriche, Suisse, Hongrie, Grèce, etc. battent des records de production. Le continent est littéralement noyé sous le vin...
Cette situation tire les cours vers le bas. Dans le sud de la France, le prix du vin est divisé par 4 sous l'effet de la surproduction... et même bradé il  se vend mal.

Des curieux observent une pièce rare : une demi-barrique de vin qui a trouvé preneur (caricature de 1906)
Comme souvent, les déterminants climatiques de la crise restent dans l'ombre et on trouve d'autres responsables. Dès 1905, le sud de la France s'agite contre le vin importé et les "falsificateurs" qui mouillent ou sucrent le vin - il faut dire que la loi du 28 janvier 1903 a abaissé les taxes sur le sucre et favorisé la chaptalisation.

En février 1907, les vignerons de Baixas, dans les Pyrénées Orientales, se mettent en grève fiscale. C'est le début de la révolte : de village en village, comme une trainée de poudre, le mouvement s'étend jusqu'à embraser tout le midi de la France.
Le 12 mai, lors d'une manifestation qui réunit 150.000 personnes à Béziers, les meneurs du mouvement lancent un ultimatum exigeant du gouvernement qu'il relève les cours du vin avant le 10 juin. Le 19 mai, 170.000 manifestants défilent à Perpignan. A Carcassonne, le 26 mai : 220.000. A Nîmes, le 2 juin : 300.000. Le 9 juin 1907, il y a au moins 500.000 manifestants à Montpelier... C'est la plus grande manifestation de la Troisième République. Ce jour-là, un habitant de la région sur deux est dans la rue !

"Au début du XXe siècle, une succession d'années favorables à la vigne... met à genoux les régions viticoles, causant une des plus graves crises de la Troisième République."




Juin 1907 : le Languedoc est au bord de l'insurrection


De Paris, le mouvement est observé avec condescendance. George Clémenceau, alors président du conseil, affirme que "tout ça finira par un banquet"... Le 10 juin, pourtant, l'ultimatum expire sans solution. Près de 450 maires démissionnent, la désobéissance civique est déclarée. Les affrontements se multiplient.
Le 17 juin, le Languedoc est occupé par 12 régiments de cavalerie et 22 régiments d'infanterie. L'arrestation des meneurs, le 19 juin, met le feu aux poudres. Des barricades sont dressées, l'armée ouvre le feu. Le 20 juin, la préfecture de Perpignan est attaquée. Le 21, le 17e régiment d'infanterie de ligne, cantonné à Agde, se mutine. Les soldats, parmi lesquels de nombreux fils de vignerons, pillent l'armurerie et prennent la direction de Béziers où ils fraternisent avec les habitants. Les voies ferrés sont coupées pour ralentir l'arrivée de renforts. A Lodève, le sous-préfet est pris en otage. L'insurrection générale semble imminente.

"Conditions climatiques favorables, surproduction, crise politique... En 1907, cet engrenage amène le midi de la France au bord de l'insurrection générale."




C'est alors que Marcelin Albert, un des derniers meneurs du mouvement encore en liberté, fait son apparition à Paris. Il demande, sans succès, à être reçu à l'Assemblée. Clémenceau lui ouvre sa porte. Lors de cet entretien le président du conseil lui remet un sauf-conduit et 100 francs pour regagner le midi. L'épisode savamment détaillé à la presse décrédibilise Albert aux yeux de ses camarades. Les leaders sont soit emprisonnés, soit vendus... le mouvement se débande.
D'autant plus facilement que le gouvernement et les parlementaires prennent enfin des mesures. Le 29 juin, une loi contre le mouillage et l'abus de sucrage des vins est promulguée, elle est complétée par plusieurs textes réglementaires dont le décret du 21 octobre 1907 qui crée le service de répression des fraudes. En prime, les vignerons sont exemptés d'impôts sur les récoltes de 1904 à 1906.


Y a-t-il de bons changements climatiques ?



N'est-il pas paradoxal ou au moins inattendu que de beaux étés, en stimulant la production de vin, finissent par pousser les régions viticoles à la révolte ?
Le climat était certes favorable à la production de vin, mais parce que celle-ci s'intègre dans un système économique plus large ce qui semblait a priori une bénédiction s'est transformé en malheur. Le mouvement des vignerons a un slogan que je trouve particulièrement révélateur : "Abèré tant de boun bi et pas pourré mangea de pan", "nous avons tant de bon vin mais pas de pain à manger". Comment dire mieux l'ironie cruelle de cette situation !

"Nous avons tant de bon vin mais pas de pain à manger"
Plus généralement, nous pensons intuitivement que l'impact d'un phénomène sur une collectivité est l'addition de l'effet qu'il aurait sur chacun de ses membres pris individuellement. C'est faux, on le voit bien en 1907 : trois années ensoleillées dans le Languedoc auraient été une bonne nouvelle mais étendues à toute l'Europe elle deviennent une catastrophe...

"Nos sociétés se sont construites autour d'un climat relativement stable. Toutes les perturbations bousculent cet équilibre : il n'y a pas de bon changement climatique."




Nous ne pouvons donc pas juger de l'impact, positif comme négatif, d'un changement climatique à l'aune de notre expérience individuelle. Il faut se méfier de nos intuitions : si elle sont correctes à notre échelle elles ne peuvent pas s'extrapoler simplement à l'ensemble de la société. 
Et justement si on revient à notre réchauffement climatique contemporain, il n'est pas rare d'entendre qu'un peu de chaleur en plus n'est pas un mal. Déjà au tournant du XIXe et du XXe siècle, le suédois Svante Arrenhius, un des précurseurs de la climatologie, espérait que "nos descendants [...] vivraient sous un ciel plus chaud et dans un environnement moins hostile que celui qui nous a été donné". Cette idée nourrit notre insouciance...

Pour ma part, je pense qu'il n'existe pas de changement climatique positif : toutes les sociétés se sont construites autour d'un climat relativement stable auquel elles se sont lentement adaptées. De notre régime alimentaire à notre architecture en passante par les rythmes de travail, de nombreux éléments de notre vie quotidiennes sont destinés à tirer le meilleurs parti du climat sous lequel nos ancêtres ont vécu. Un écart par rapport au climat historique, quel qu'en soit la nature et le sens, ne peut que perturber le fonctionnement de cette machinerie complexe.

Publié le 16 août 2018 par Thibault Laconde,

Illustration : via Wikipedia



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Hiver volcanique et litterature fantastique

Victor Frankenstein et sa créature, illustration du roman de Mary ShelleyLe 5 avril 1815, en Indonésie, un panache de fumée de 30 kilomètres de haut s'élève au-dessus du mont Tambora. C'est le début d'une des éruptions volcaniques les plus violentes que l'humanité ait connu.
Comme toutes les grandes éruptions, celle-ci va causer un bref refroidissement climatique et, par ce biais, avoir des répercussions mondiales : par un enchaînement inattendu, le Tambora va même contribuer à donner naissance à quelques uns des personnages les plus connus de la littératures fantastique moderne...


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L'éruption du mont Tambora


Cinq jour après el réveil du Tambora, le 10 avril 1816, trois colonnes de flammes s'élèvent au-dessus du volcan puis fusionnent dans une éruption cataclysmique. Tous les flancs du volcan sont recouverts par une nuée ardente qui annihile les villages environnant, 90.000 personnes sont tuées.
L'explosion est entendue jusqu'à Sumatra, à 2600 kilomètres de là. En un instant, le volcan perd 1500 mètres de hauteur : son sommet est remplacé par une caldera de 6 kilomètres de diamètre. L'éruption a atteint un indice d'explosivité volcanique de 7 "méga-colossal" sur une échelle qui en compte 8.

Le plus spectaculaire est passé mais les chutes de cendres se poursuivent encore 3 mois, jusqu'au 15 juillet, et les émissions de fumées continuent jusqu'au 23 août. Au total, 150 km³ de poussières ont été rejetés dans l'atmosphère - 60.000 fois le volume de la grande pyramide de Gizeh...

Comme c'est le cas après chaque grande éruption volcanique, cette immense masse de particules ne retombe pas tous de suite. Elle reste un temps dans l'atmosphère et, pendant quelques mois, empêche une partie du rayonnement solaire d'atteindre la surface de notre planète. Ce phénomène entraîne un hiver volcanique, un refroidissement sensible du climat qui peut durer quelques années après l'éruption.


"L'année sans été"


En 1816, le refroidissement est de l'ordre de 0.5°C. Comme la semaine dernière, cette baisse de température vous paraîtra peut-être négligeable, et pourtant ! Elle a des conséquences dramatiques : l'Europe connaît une de ses dernières grandes famines, aux États-Unis, les mauvaises récoltes poussent les fermiers vers le Middle-West engageant un siècle de conquêtes, en Chine, le dérèglement de la mousson entraîne des inondations catastrophiques dans la vallée du Yangtze... 

"L'éruption du Tambora en 1815 entraîne l'année suivante un refroidissement climatique de 0,5°C et une des dernières grandes famines européennes."



Mais ce refroidissement va aussi avoir des conséquences plus imprévisibles : dans les mémoires, l'année 1816 est restée comme "l'année sans été". Or, l'été, c'est ce qu'une bande d'aristocrates britanniques était justement venu chercher cette année là sur les bords du lac de Genève...

Nous avons là Lord Byron, 6e du nom : poète romantique, amant scandaleux, dandy insolvable et révolutionnaire d'opérette... il finira par trouver une mort sans gloire en 1824 pendant la guerre d'indépendance grecque. A ses cotés, John Polidori, son médecin personnel et souffre-douleur, il ne tardera pas être renvoyé - à moins qu'il se soit enfuit, et mourra 5 ans plus tard, accablé de dettes et probablement suicidé.
Il y a encore Percy Bysshe Shelley, poète lui aussi, tout aussi scandaleux mais un peu moins mémorable que Byron, il va se noyer en 1822 peu avant son trentième anniversaire. Enfin voici Mary Wollstonecraft Godwin. Cette jeune fille, qui n'a pas 20 ans, est celle qui va faire passer cette réunion dans les mémoires. Son nom ne vous dis rien ? C'est sans doute que vous ne la connaissez que sous son éphémère nom de mariage : Mary Shelley.
Notre histoire commence en mai 1816 : Percy Shelley, Mary et leur jeune fils voyagent en Suisse - il ne fait pas bon à Londres pour Percy qui est marié à une autre femme. Ils sont accompagnés de la belle soeur de Mary, Clara Clairmont, qui se trouve être la maîtresse du moment de lord Byron.
Byron lui-même arrive peu après sur les bords du lac Leman où il loue pour 5 mois la villa Diodati. Percy et Mary ont tôt fait de s'inviter.


Quelques nuits d'ennui, des créations inoubliables


Mais voilà, selon les mots de Mary Shelley : "l'été se révéla humide et désagréable, la pluie incessante nous retenait parfois des jours à l'intérieur". Depuis l'autre coté de la terre, ce foutu volcan indonésien vient gâcher la fête !
Que peuvent faire ces jeunes gens cloîtrés par le mauvais temps ? Dans la villa traînent quelques romans fantastiques allemands traduits en français qu'ils lisent pour tuer le temps. Et voici finalement Byron qui propose un jeu : chaque membre de la compagnie devra inventer à son tour une histoire de fantôme.

Mary peine d'abord à relever ce défi. Mais inspirée par des discussions autour des travaux d'Erasmus Darwin (le grand père de Charles) et de Luigi Galvani, elle finit par donner naissance pendant une nuit d'insomnie à une créature monstrueuse composée de morceaux d'êtres humains ramenés à la vie par la science. Encouragée par ses compagnons, elle développe l'histoire et bientôt elle donne au monstre un créateur peut-être plus hideux encore : le professeur Victor Frankenstein.
Deux ans plus tard parait Frankenstein ou le Prométhée moderne. Peu apprécié des critiques de l'époque, le roman a pourtant un succès extraordinaires et des centaines d'adaptations et de pastiches en librairie, au théâtre, au cinéma...

"Frankenstein et le vampire moderne sont nés au même endroit : dans une villa suisse où une bande d'aristocrates britanniques étaient retenus par le mauvais temps."




Mais ce n'est pas tout. Vous vous souvenez du petit docteur Polidori ? Hé bien, lui aussi participe au jeu. Son histoire met en scène un lord britannique captivant et dépravé - peut-être inspiré de Byron... mais aussi immortel et se nourrissant du sang de ses conquêtes. Elle deviendra une nouvelle publiée en 1819 sous le titre The Vampyre.
Les vampires, c'est entendu, n'ont pas été inventés par Polidori. Loin de là... Mais sa nouvelle est généralement créditée pour avoir popularisé le thème et surtout elle a créé l'archétype du vampire contemporain : froid, séduisant et aristocratique.

The Vampyre, nouvelle de John Polidori, qui créé l'archétype moderne du vampire
The Vampyre, édition de 1884 (attribuée à tort à Byron)
C'est ainsi que l'année froide et ténébreuse engendrée par l'éruption du Tambora a contribué à donner naissance à deux des personnages les plus incontournables de notre imaginaire. Comment ne pas voir dans les oeuvres de Shelley et Polidori un échos du monde assombri dans lequel elles ont été conçues ?

"L'évolution de l'environnement influence la façon dont les artistes voient le monde, et en retour la façon dont nous nous voyons nous même. Le changement climatique actuel aura des conséquences culturelles..."




Et est-ce surprenant ? Après tout, comme le disait Buffon (le monde est petit) : "toutes les idées des arts ont leurs modèles dans la production de la nature". Un changement climatique est probablement le phénomène le plus violent et généralisé qui puisse affecter notre environnement, il est normal qu'on en retrouve la trace dans la façon dont les artistes voient le monde, et par ricochet dont nous nous voyons nous-même.
De même, je suis convaincu que le changement climatique dans lequel nous nous engageons aujourd'hui aura, au-delà de ses impacts écologiques, économiques et sociaux, des conséquences culturelles massives.


Les principales sources pour cet article sont :

Publié le 8 août 2018 par Thibault Laconde



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La chasse aux sorcières et le petit âge glaciaire : un climat de suspicion

Si vous cherchez un événement historique qui symbolise à la fois l'obscurantisme le plus profond, la cruauté la plus féroce et les sentiments humains les plus vils, il y a des chances que la chasse aux sorcières vous viennent à l'esprit.

Se pourrait-il que les cette face obscure de la Renaissance européenne ait été, pour tout ou partie, causée l'évolution du climat ? Nous allons voir que l'hypothèse n'est pas aussi loufoque qu'elle peut sembler au premier abord.
Et si c'est le cas, cela ne devrait-il pas nous faire redouter encore plus le changement climatique dans lequel, à notre tour, nous nous engageons ?
Sorcières invoquant le mauvais temps (illustration de 1489)
Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

La chasse aux sorcières est contemporaine d'un refroidissement du climat


Commençons par le commencement : la chronologie.

La chasse aux sorcières prend naissance dans les Alpes au milieu du XVe siècle. Elle est lancé "officiellement" par une bulle papale de 1484. Un temps contenue par les critiques des humanistes, embrase l'Europe dans la seconde moitié du XVIe siècle et culmine au tournant du XVIe et du XVIIe siècle. Pendant cette période, au moins 110.000 procès en sorcellerie ont lieu dont 60.000 se terminent par une exécution.

Cette époque correspond à un changement climatique en Europe : après l'optimum climatique médiéval, une période relativement douce qui s'étend grosso-modo de l'an 1000 aux alentours de 1300, le continent se refroidit progressivement. Ce "petit âge de glace" s'amorce au XIVe siècle et culmine au XVIIe.
Entre le point le plus haut de l'optimum climatique médiéval et le point de plus bas du petit âge glaciaire, la température moyenne baisse de l'ordre de 1°C en Europe. C'est peu, beaucoup moins que la variation de 2 à 4°C qui nous attend certainement au cours du XXIe siècle, mais c'est largement suffisant pour bousculer les sociétés qui subissent ce refroidissement.

"La chasse aux sorcières, qui a fait au moins 60.000 victimes en Europe, se déroule au moment où le continent entre dans le petit âge glaciaire. Changement climatique et persécutions sont-ils liés ?"




Evidemment les contemporains ne savent rien de ce petit âge de glace. Ce qu'ils voient ? Des hivers plus longs et plus froids que ceux auxquels ils sont habitués. Des cultures qui déperissent entraînant parfois avec elles des pans importants de l'économie : c'est l'époque où la vigne et le vin, par exemple, disparaissent du centre et du nord de l'Europe. Et des phénomènes climatiques - tempêtes, grêle, gelées et neiges tardives... - qui leur apparaissent sans précédent...


Pour la théologie médiévale, le diable peut intervenir dans le climat


Face à ces phénomènes qui les dépassent, ils vont naturellement chercher des explications. Or à depuis la fin du Moyen Âge, la doctrine chrétienne admet les interférences humaines dans le climat.
Selon les termes de Saint Thomas d'Aquin : "le monde des corps obéit naturellement à celui des  esprits pour ce qui est mouvement local. Par conséquent le diable a le pouvoir de causer dans ce monde inférieur tout ce qui peut provenir du mouvement local". Or la météo est bien un de ces mouvements locaux puisque "le vent, la pluie et d'autres dérangements similaires peuvent être causés par le seul mouvement de la vapeur libérées par la terre ou par l'eau", rien n'empêche dès lors que le démon et ses alliés s'en mêlent.
S'appuyant sur ce passage de St Thomas, le fameux Malleus Maleficarum, manuel de référence en matière de sorcellerie publié à Strasbourg à la fin du XVe siècle, est parfaitement explicite : "le diable et ses disciples peuvent par sorcellerie créer des éclairs, des orages de grêle, des tempêtes".

La manipulation de la météo se retrouve donc dans d'innombrables procès en sorcellerie. La sorcière faiseuse de grêle en particulier est un classique de la démonologie : en Lorraine, dans les années 1590, sur près d'un milliers de procès, 22% mentionnent (entre autres) l'invocation de la grêle. Au XVIe siècle, elle figure dans un acte d'accusation sur 5 à Zurich...


Un orage allemand en 1562 a-t-il relancé la chasse aux sorcières en Europe ?


La cas de l'été 1562 en Allemagne illustre le lien entre caprices de la météo et vagues de persécutions. En aout 1562, l'Europe centrale est traversée par une violente tempête. Après quelques années froides et humides, qui ont amené leurs lots de récoltes endommagées, d'innondations et d'épidémies, la sensibilité de la population à ce type d'événements est déjà exacerbée : la foule gronde et réclame des responsables.
Dans la petite ville de Wiesensteig, entre Stuttgart et Ulm, le seigneur local accepte d'emprisonner quelques femmes. Mais loin de faire cesser les persécutions, ces concessions les attisent : les arrestations sont suivies de torture et, inévitablement, d'aveux et de dénonciations... qui mènent à de nouvelles arrestations, etc. Une mécanique implacable se met en route et bientôt les bûchers fonctionnent à plein régime. Avant la fin de l'année 1562, 63 femmes sont brûlées à Wiesensteig.

Ce massacre, qui a inspiré rapidement plusieurs livres qui seront traduits et réédités, est parfois cité comme le vrai début de la chasse aux sorcières en Europe.
Représentation contemporaine de l'orage de grêle de 1562
La cas n'est pas isolé : on retrouve le même scénario en Allemagne encore en 1570 (famine causée par deux années froides), en Europe centrale à la fin des années 1570 (famine aussi), en Franconie en 1626 (gelée tardive : à Bamberg 600 personnes sont brûlées vives, 900 à Wurzburg...), etc.

"A la Renaissance, un orage de grêle, une gelée tardive ou tout autre événement météorologique qui semble anormal peut conduire des dizaines voire des centaines de personnes au bûcher."



Ces chasses aux sorcières semblent souvent avoir été initiées par un mouvement populaire. Dans certains cas, la foule va jusqu'à élire des délégués qui mènent l'enquête, arrêtent et torturent pour ne remettre les "coupables" aux autorités qu'une fois les aveux obtenus. Au milieu de cette hystérie collective, que font les élites ?.


Les élites : souvent dépassées par un mouvement populaire


Il est intéressant d'observer le rôle de la noblesse et du clergé face à ces désordres. Beaucoup vont laisser-faire et attendre parfois très longtemps l'occasion de reprendre en main la situation : dans la principauté archiépiscopale de Trèves, il faut une décennie (de 1581 à 1591) et 350 bûchers pour que la populace se calme... Quelques uns vont prendre eux-même la tête de la chasse.
Mais d'autres, plus courageux ou plus éclairés, vont tout de même se soulever contre ces pratiques barbares : c'est le cas par exemple de l'archevèque de Reims en 1644, lorsque la foule réclame des responsables pour les gelées tardives qui ont détruit le raisin.

"Face aux calamités, la foule se charge souvent elle-même de trouver les responsables et d'obtenir des aveux. Là où elles ne se sentent pas assurées de leur pouvoir, les élites laissent faire, parfois pendant des années..."



Ce sont finalement ces élites politiques qui auront raison de la chasse aux sorcières. A la fin du XVIe siècle des États forts se construisent en Europe occidentale : la France, l'Espagne, l'Angleterre ne tolèrent plus les élans populaires et décriminalisent la sorcellerie. Les législateurs, sur ce sujet, ont devancé les philosophes...
Mais dans l'Europe centrale et orientale qui reste morcelée et aux mains de dirigeants instables, les persécutions se poursuivent tard dans le XVIIIe siècle.


En conclusion


Il est donc clair que des épisodes météorologiques défavorables ont joué un rôle dans le déclenchement de certaines vagues de persécutions, mais peut-on aller jusqu'à dire que la grande chasse aux sorcières dans son ensemble est causée par la variation du climat que l'Europe connaît à la même période ?
Pour l'historien allemand Wolfgang Behringer, la réponse est oui : selon lui, en provoquant des événements climatiques d'apparence anormale voire surnaturelle, l'entrée dans le petit âge glaciaire a provoqué le retour de la chasse aux sorcières dans la seconde moitié du XVIe siècle et l'a amené à des dimensions inconnues jusqu'à là. D'autres, dont le spécialiste français Emmanuel Le Roy Ladurie, se montrent moins catégoriques.

Retenons simplement ce qui est certain. Les événements météorologiques extrêmes frappent les esprits et détruisent en un instant de longs efforts. Encore plus insidieuses, les évolutions lentes du climat ruinent et tuent sans qu'il soit toujours possible de vraiment discerner les causes de ces calamités. Tout cela appelle des boucs-émissaires. Il en sera probablement de même demain.

Serons-nous capables de mieux nous comporter que nos ancêtres face aux dérèglements du climat ? Evidemment, nous sommes bien mieux informés qu'eux, et déjà à la Renaissance la science était un des antidotes à la barbarie : c'est en partie pour réfuter toute intervention diabolique que la météorologie commence à se développer, sous l'impulsion par exemple de Leonhard Reynmann.
Mais malgré toutes nos connaissances, face aux éléments, n'y-t-il pas un fond d'humanité, ou d'inhumanité, qui reste inchangé - la peur, l'instinct de groupe, le besoin d'explications simples - et qui pourrait l'emporter ?


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Publié le 1er aout 2018 par Thibault Laconde


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Vagues de chaleur : hier et aujourd'hui

Quelles ont été les conséquences des canicules du XVIIIe et du XIXe siècle ?
Je ne résiste pour entamer cette série d'été consacrée aux impacts humains de la météo et du climat dans l'histoire à aborder un sujet d'actualité : il fait chaud, non ?

Depuis la canicule de 2003 et ses quelques 70.000 morts prématurées en Europe, les vagues de chaleur sont devenues une des manifestations les plus remarquées du changement climatique.
Et ce n'est pas prêt de s'arrêter : dans un scénario d'émissions modérées (RCP4.5), le nombre de jours où la température dépasse 35°C pourrait augmenter d'une vingtaine par an dans le sud de la France. Si les émissions se poursuivent sur la tendance actuelle (scénario RCP8.5), on pourrait dépasser une soixantaine de jours par an au-dessus de 35° et jusqu'à une vingtaine au-dessus de 40°C.

Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Les canicules du passé : quel bilan ?


C'est entendu : la fréquence et l'intensité des vagues de chaleurs augmentent. Mais cela ne veut pas dire que ces phénomène sont inédits : notre pays a déjà rencontré au cours de son histoire de nombreux étés chauds voire étouffants. Ces épisodes nous sont connus au travers des témoignages de contemporains et de divers indices comme les dates de vendanges ou l'observation des cernes des arbres.
Alors quels étés ont été caniculaires ? Sans doute ceux de 1420, 1636, 1719, 1747, 1779, 1846, 1893 et 1911. Cette liste n'est pas exhaustive...

Si on préfère s'appuyer sur des données chiffrées, la plus ancienne série de mesures thermométriques est anglaise et commence en 1659. On peut considérer qu'un été est exceptionnellement chaud en Angleterre et peut-être dans le reste de l'Europe, lorsque cette série indique une température moyenne de plus de 17°C pendant les mois de juin, juillet et août : ce n'est arrivé qu'une seule fois entre le début des mesures et 1800, en 1781. Deux fois au XIXe siècle : en 1826 et 1846. Et sept fois entre 1911 et et 2003...

"La température a été mesurée régulièrement en Angleterre depuis 1659. Cette serie n'enregistre qu'un été caniculaire avant 1800, 2 au XIXe siècle et 7 entre 1911 et 2003."



Même plus rares qu'aujourd'hui, nos ancêtres ont donc bien connu des vagues de chaleur. Quels ont été les conséquences de ces événements ? Sont-elles différentes de ce que nous voyons en ce moment ?

Le petit journal : vague de chaleur de 1911 en FranceLe premier point commun entre les canicules passées et présentes ne vous surprendra probablement pas : les étés chauds, hier comme aujourd'hui, sont l'occasion pour un nombre inhabituellement élevé de nos semblables de rejoindre leur créateur.
L'ampleur de cette surmortalité, par contre, a de quoi étonner : lors de la canicule de 1719, on compte plus de 400.000 morts supplémentaires comparé à un été normal... au sein d'une population française qui dépasse à peine 20 millions d'habitants ! Celles de 1747 et 1779 emportent chacune près de 200.000 personnes.

Outre leurs proportions cataclysmiques, ces événements ont une autre différence avec les vagues de chaleur contemporaines : la cause directe des décès. Aujourd'hui c'est surtout la chaleur elle même (déshydratation, hyperthermie...) qui tue, suivie de près par les maladies cardiovasculaires. Dans le passé, les maladies infectieuses étaient la principale cause de mortalité lors des étés caniculaires. La baisse du niveau des rivières et des nappes phréatiques facilitait la contamination de l'eau et causait des épidémies, notamment de dysenterie.
Ce sera ainsi jusqu'au début du XXe siècle : lors de l'été 1911, la dysenterie fait encore près de 40.000 morts en France.

"Les canicules du XVIIIe siècle ont été oubliées mais elles sont terriblement meurtrières : celle de 1719 a tué plus de 400.000 personnes en France, soit 2% de la population de l'époque."




Un autre point commun entre les vagues de chaleurs du XVIIIe siècle et celles que nous vivons aujourd'hui c'est leur capacité à passer relativement inaperçues - au moins jusqu'à la canicule de 2003.
Vous  avez, par exemple, probablement appris au lycée qu'en 1755 un séisme puis un raz-de-marée ont ravagé Lisbonne faisant 70.000 morts. Vous avez peut-être lu ce que Voltaire a écrit à ce sujet et vous vous souvenez sans doute que l'évenement a ému toute l'Europe.
Mais, honnêtement, aviez-vous déjà entendu parler des canicules de 1719 ou 1747 ? Elles affichent pourtant un bilan au moins trois fois plus lourd...


Quel est le bilan humain et materiel de la chaleur ?


Ce n'est pas votre faute :  les gazettes, de l'époque sont muettes sur le sujet : aujourd'hui comme hier, une "surmortalité" émeut beaucoup moins qu'une mort violente... Songez qu'en proportion de la population française, l'été 1719 a presque autant tué que les guerres napoléoniennes ou la première guerre mondiale ! Mais notre conscience collective semble penser que cette mort diffuse, qui touche surtout les plus fragiles - nourrissons, malades, personnes âgées... - est une triste fatalité, pas une catastrophe. Et certainement pas de l'histoire.
Ce biais pourrait bien devenir un de nos pire ennemis au moment où nous abordons un siècle de lutte contre les effets du réchauffement climatique.

D'ailleurs, le bilan de ces périodes chaudes n'est pas seulement humain. La chaleur et la sécheresse créent des conditions favorables pour les incendies à une époque où ils sont encore un risque majeur dans les villes. C'est peut-être le cas lors du grand incendie de Londres en septembre 1666.

"En septembre 1666, le grand incendie de Londres survient après deux mois très chauds. Selon un chroniqueur contemporain : Après une si longue sécheresse, tout était combustible, même les pierres."


 
Selon la définition que nous avons énoncé plus haut, l'été 1666 n'est pas caniculaire mais c'est seulement grâce à son mois de juin relativement tempéré (15°C en moyenne) : juillet (18°C) et août (17°C) suffisent à faire cet été un des 20 plus chauds dans la série de 1659.
Lorsque le feu se déclare à Londres le 2 septembre, c'est donc après deux mois particulièrement chauds. Y a-t-il un lien ? Pour le chroniqueur de l'époque Samuel Pepys ça ne fait aucun doute : le jour même, il note dans son journal "après une si longue sécheresse, tout était combustible, même les pierres des églises."

Le grand incendie de Londres fait suite à des mois de juillet et aout particulièrement chaud
Le grand incendie de Londres dans son 3e et avant-dernier jour

Bien sur c'est un boulanger imprudent qui a allumé l'incendie, pas la chaleur estivale. Mais celle-ci a sans doute facilité l'embrasement... Voilà une figure que nous retrouverons probablement au cours de cette série : le climat ne fait peut-être pas l'histoire, mais parfois il aide à transformer une modeste étincelle en brasier mémorable.


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Publié le 25 juillet 2018 par Thibault Laconde



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Série d'été : le climat comme force historique

Comme chaque année, ce blog va s'offrir quelques semaines de vacances. Nous nous retrouverons à la rentrée, frais et dispos pour commenter le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie. Mais pas de panique : je vous ai préparé une série d'articles pour meubler votre été.

Comme l'année dernière, j'aimerais profiter de cette occasion pour prendre un peu de recul.
En 2017, je vous avez raconté comment les scientifiques du XVIIIe à la première moitié du XXe siècle ont abordé les questions climatiques (série que je vous invite évidemment à découvrir si vous ne l'avez pas encore lue !). Cette année, nous allons voir comment la météo a pu parfois influencer le cours de l'histoire et essayer d'en apprendre quelque chose sur la façon dont nous pouvons à notre tour gérer les variations du climat.


La question de l'adaption aux changements climatiques


Mais profitons-en d'abord, cher lecteur qui ne me connaît qu'au travers de ce blog, pour répondre à une question que tu te poses peut-être : comment je gagne ma vie ?
Hé bien, de plus en plus souvent, en aidant des organisations - entreprises, collectivités, ONG... - à réfléchir sur l'impact que le changement climatique va avoir pour elles ou pour leurs projets.

Il s'agit en fait d'une question à tiroir. Prévoir le climat futur - si on entend par là l'évolution globale de variables comme la température ou les précipitations - est relativement facile : n'a-t-on pas "fêté" il y a quelques semaines les 30 ans de la déposition de James Hansen devant le Sénat américain en constatant que ces prévisions formulée dans les années 80 sont très proches de ce que nous avons observé depuis ?

Décliner cette évolution globale à l'échelle locale est plus délicat mais pas impossible : les modèles climatiques ont une résolution spatiale assez grossière, de l'ordre de la centaine de kilomètres, mais d'autres techniques permettent de régionaliser ces projections. Il est tout à fait possible d'évaluer avec un bon niveau de certitude la température qu'il fera en moyenne à l'endroit précis où vous vous trouvez en juillet 2080.

Là où les choses deviennent plus compliquées, c'est lorsqu'on cherche à évaluer les effets de l'évolution des variables climatiques sur notre environnement. Calculer l'évolution de la température dans la Beauce est une chose, savoir dans quelle mesure cela va augmenter le risque d'échaudage du blé en est une autre...

La dernière étape, et la plus difficile, consiste à imaginer les effets de ces changements sur la société.
Il s'agit bien d'imaginer car même si certaines causalités existent (une augmentation de la température fait diminuer la productivité du travail par exemple) l'organisation de la société (les horaires espagnols) et les décisions que nous prendrons (par exemple sur la rénovation thermique du parc tertiaire) peuvent radicalement changer le résultats. Ici contrairement aux étapes précédentes il n'y a pas de fatalité.


L'impact humain, Graal du risque climatique


Vous me direz peut-être : si rien n'est écrit pourquoi se donner la peine d'essayer de prévoir ce qui peut arriver ? La réponse c'est précisément que rien n'est écrit parce que nous avons une capacité d'anticipation et d'adaptation.
Si nous ne faisons pas l'effort de nous projeter sur l'avenir et de le prendre en compte dès maintenant dans nos décisions, si nous ne nous adaptons qu'en réaction au changement climatique nous renonçons largement à notre liberté de choix. L'adaptation proactive, par opposition à l'adaptation réactive, est le propre de l'homme : c'est elle qui nous permettra d'écrire notre histoire plutôt que de la subir.

Parvenir à imaginer les conséquences du changement climatique pour la société, c'est donc le Graal de l'adaptation.
Mais évidemment, c'est très difficile :  une société est un ensemble complexe avec d'innombrables interdépendances qui forment des rétroactions susceptibles d'amplifier ou de limiter les dommages et de conduire à une trajectoire très non-linéaire. Son évolution est d'ailleurs le résultat de nombreuses dynamiques (climatique mais aussi politique, économique, technologique, etc.) ce qui la rend difficilement prévisible.
Face à cette complexité, l'histoire nous démontre abondamment que nous avons tendance à penser que demain sera à peu de chose près comme aujourd'hui et à ne voir les risques que lorsqu'ils se réalisent.


Parlons concret : regardons le passé plutôt que le futur !


Puisqu'il est si difficile de prévoir l'avenir, pourquoi ne pas commencer en se tournant plutôt vers ce que nous connaissons : le passé ?
Depuis le début des temps historiques, aucune civilisation n'a eu à subir un changement climatique de l'ampleur de celui est en train de produire. Mais cela ne veut pas dire que nos ancêtres n'ont pas connu des variations de leur climat, leur réactions dans ces situations peuvent peut-être nous donner une idée de ce qui nous attend...

Voici donc l'objet de cette série : j'ai sélectionné pour vous quelques moments historiques pendant lesquels la températures ou les précipitations ont varié significativement par rapport à la période précédente, de façon suffisamment durable et intense pour avoir une influence discernable sur le cours des événements.

Deux remarques importantes pour anticiper sur vos commentaires :
  1. Il est évidemment impossible d'établir de façon certaine un lien de causalité entre un événement climatique et un évenement historique, l'idée d'ailleurs nous répugne : si nous admettons que l'homme est désormais une force géologique, imaginer qu'en retour l'environnement puisse être une force historique nous dérange, nous n'aimons pas nous savoir déterminé... C'est précisément cet a priori qu'il s'agit de titiller et pour cela l'existence d'un lien crédible entre climat et histoire (ça ne s'est pas forcément passé comme ça mais ça aurait pu) nous suffira.
  2. Contrairement au changement climatique actuel, les anomalies dont nous allons parler n'ont évidemment pas d'origine humaine : elles peuvent être liées à d'autres causes ou simplement relever de la variabilité naturelle du climat. Peu importe l'origine du phénomène, puisque ce qui nous intéresse c'est la réaction des êtres humains qui y sont soumis : ont-ils consciemment ou non réagi à cette variation ? Sont-ils parvenus à la maîtriser ? Et peut-on en apprendre quelque chose sur la façon dont les sociétés affrontent ce type d'événement ?
Concernant les sources, j'ai fait fond très largement sur Emmanuel Le Roy Ladurie, le précurseur français de l'histoire du climat, notamment son Histoire humaine et comparée du climat. Egalement sur : Des climats et des hommes sous la direction de Jean-François Berger,  History and climate de Philip Jones et A cultural history of climate de Wolfgang Behringer.

Je publierai un nouvel article sur ce sujet chaque mercredi jusqu'à la rentrée. Voici ceux qui sont déjà parus :


        Publié le 17 juillet 2018 par Thibault Laconde

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        PPE : une proposition alternative pour l'avenir du parc nucléaire français

        Savez-vous qu'en ce moment même des décisions cruciales pour l'avenir de notre pays se préparent ? Le débat sur la prochaine programmation pluriannuelle de l'énergie, la feuille de route énergétique de notre pays pour les 10 prochaines années, s'achève et une première version devrait être présentée à la rentrée, voire dès juillet.
        Je ne voudrais pas vous gâcher votre apéro au soleil ni minimiser les enjeux d'un huitième de finale contre l'Argentine mais cette feuille de route devra traiter un problème particulièrement périlleux : l'avenir de notre parc nucléaire et la gestion de sa fin de vie. Quelles que soient les décisions qui seront prises - y compris la pire : le laisser-faire, elles auront des conséquences qui seront encore ressenties par vos arrière-petits-enfants...

        > Cet article est la synthèse d'un cahier d'acteur soumis dans la cadre du débat public sur la PPE. Vous pouvez le consulter ici.



        34 de nos 58 réacteurs nucléaires auront dépassé leurs DLC en 2025...


        Les données du problème sont simples : aujourd'hui notre électricité vient aux trois quarts de réacteurs nucléaires qui ont été construits il y a deux générations, approximativement quand vos grands parents avaient votre âge. Un jour ou l'autre, ces machines vont cesser de fonctionner et nous n'avons pas le début d'une idée de la façon dont nous allons les remplacer. Nous n'avons pas de proposition politique sérieuse à ce sujet, encore moins de consensus, nous n'avons pas d'outil industriel capable de gérer un tel projet et nous n'avons pas les moyens économique de le mener. C'est la raison pour laquelle, la durée de vie de nos réacteurs va être prolongée au-delà de 40 ans.

        Cette décision sera coûteuse, peut-être dangereuse, mais quand même moins que couper l'électricité à la cinquième puissance de la planète.

        Le hic, c'est qu'elle ne résout rien : le problème se reposera dans les mêmes termes au bout de quelques années. La seule solution pour éviter de se retrouver à nouveau face au fait accompli en 2025 ou en 2035, c'est de réduire dès maintenant notre dépendance vis-à-vis du parc nucléaire de deuxième génération.
        Pour mal conçu qu'il soit, l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 fixé par la loi de transition énergétique a au moins le mérite de nous obliger à affronter la question de la diversification de notre mix électrique. Sa mise en oeuvre est donc un des enjeux majeur de la  prochaine programmation pluriannuelle de l'énergie.


        La fermeture de réacteurs ou le statu-quo ?


        Schématiquement deux positions se sont dégagées dans le débat :
        • A ma droite : ceux qui veulent respecter l'objectif de 50%, qu'ils y voient une cible en soi ou un point d'étape vers une baisse plus importante voire une sortie du nucléaire, et réclament pour cela un planning de fermeture de réacteurs.
        • A ma gauche : leurs adversaires qui craignent que le recul du nucléaire, commandable, au profit d'énergie renouvelables, variables, rende nécessaire un complément fossile et donc une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Leur proposition, schématiquement : laisser l'objectif de 50% mourir doucement.
        Entre les deux, le gouvernement qui s'est senti obligé d'ajouter à la confusion en reniant l'objectif de 50% en 2025 - pourtant un engagement de campagne du candidat Macron - sans se donner la peine de formuler des propositions alternatives.

        Pour ma part, aucune de ces deux positions ne me parait entièrement satisfaisante. Continuer comme si de rien n'était est impensable, ce serait préparer une catastrophe dans 10 ou 20 ans quand nous aurons à renouveler un parc nucléaire usé jusqu'à la corde sans y être mieux préparé qu'aujourd'hui.
        Mais les opposants aux fermetures de réacteurs ont raison d'avoir peur pour l'équilibre du réseau français : les scénarios qui ont été proposés à ce sujet reposent beaucoup trop sur la bonne volonté de nos voisins. RTE, par exemple, imagine des exportations d'électricité de 100 à 150TWh par an en 2030 - des niveaux inédits : aujourd'hui le premier exportateur mondial d'électricité est le Canada avec un peu plus de 60TWh. La stratégie serait donc de surproduire de façon chronique et d'assurer l'équilibre offre-demande en déversant les excédents sur les autres pays européens... A mon avis, espérer que les nos voisins accepteront que nous externalisions ainsi le coût de notre transition énergétique c'est se bercer d'illusion.

        Alors on est dans l'impasse ? Pas forcément : il existe un scénario qui n'a pas été exploré : réduire notre dépendance au nucléaire sans fermer de réacteurs.


        Une proposition alternative : réduire la part du nucléaire via le facteur de charge

         
        Le péché originel des partisans de la fermeture de réacteurs, c'est que lier la diminution de la part du nucléaire à réduction du parc revient à supposer qu'il existe une relation linéaire entre la puissance nucléaire installée et la production, c'est-à-dire à faire l'hypothèse que le nucléaire français fonctionnera demain comme il le fait aujourd'hui : principalement en base. Si c'est le cas, il nous faudra bien chercher ailleurs le moyen d'assurer l'équilibre du réseau puisque par définition ce ne sont pas les renouvelables variables qui vont s'en charger...

        Cette idée que le nucléaire a vocation à produire à puissance quasi-constante n'a rien d'évident. Techniquement, le parc français dispose déjà d'une certaine flexibilité et EDF nous assure que ce fonctionnement pourrait être étendu. Les réacteurs français pourraient donc fonctionner en suivi de charge : en baissant leurs productions lorsque les renouvelables produisent et en l'augmentant lorsque les conditions sont moins favorables. Des études toutes fraîches ont montré que, dans certaines condition, ce fonctionnement peut même s'avérer plus rentable pour l'exploitant et conduire à une baisse du prix de l'électricité.
        Selon une thèse récente, une utilisation raisonnable de la flexibilité du parc français permettrait d'intégrer 10% de solaire et 20% d'éolien sans surplus majeurs. A hydroélectricité, gaz et biomasse constants (respectivement 10, 8 et 2% du mix électrique), cela suffirait à atteindre l'objectif de 50% de nucléaire tout en fermant les dernières centrales à charbon.

        En d'autres termes, l'objectif de 50% pourrait être atteint non pas par un réduction du parc nucléaire à facteur de charge constant mais par une baisse du facteur de charge à puissance installée constante. Un des intérêts de ce scénario est qu'il ne nécessite pas un pari technologique sur le stockage de l'électricité ou la bonne volonté de nos voisins : l'équilibrage du réseau est assuré par l'utilisation flexible du nucléaire.


        Outils politiques


        Quels outils politiques seraient nécessaires pour réduire la part du nucléaire de cette manière ? D'abord évidemment une accélération des nouvelles installations renouvelables : pour parvenir à 20% d'éolien et 10% de solaire nous aurions besoin d'environ 45GW de nouvelles capacités éoliennes et autant de nouvelles installations solaires. Au rythme actuel, il nous faudrait entre un quart et un demi-siècle pour y arriver...

        Ensuite, il faut contourner l'aléa moral d'EDF : l'exploitant cherche, a priori, un facteur de charge le plus élevé possible pour ses installations. C'est humain : il est payé au mégawattheure produit et ses coûts fixes sont importants... Malgré les risques pour lui et la société dans son ensemble, il peut donc être tenté d'entraver le développement d'autres énergies qui vont l'obliger à réduire sa production et, si elles se développent malgré tout, il n'a pas intérêt à faciliter leur intégration.
        Ce problème pourrait être au moins en partie résolu en obligeant EDF à provisionner une somme fixe sur chaque mégawattheure d'électricité issu de son parc nucléaire de seconde génération. Ce prélèvement pourrait alimenter un fonds destiné à gérer la fin de vie du parc, y compris le démantèlement (qui est probablement sous-évalué aujourd'hui) mais aussi la reconversion des salariés et des territoires. Il aurait aussi pour effet de relever le coût variable de la production nucléaire rendant son fonctionnement en base moins attractif. On pourrait même imaginer en faire une contrepartie à un prix plancher du carbone dans le cadre d'une négociation européenne.

        Bien sur cette proposition ne résout pas à elle seule la question de la fin de vie du parc nucléaire : les réacteurs devront un jour ou l'autre fermer... Mais, sur la durée de la prochaine PPE, il me semble qu'elle permettrait de diversifier notre mix en exploitant au mieux l'existant et en fournissant une solution acceptable par toutes les parties au débat. Qu'en pensez-vous ?


        Publié le 27 juin 2018 par Thibault Laconde

        Illustration : By Ludovic Péron (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons



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