A quoi s'attendre pour l'année énergétique et climatique 2019 ? La réponse par 5 experts.

Que réserve 2019 pour le climat et l'énergie ? Quels seront les sujets qui feront l'actualité ? Les tendances à suivre ? Comme chaque année, j'ai invité quelques experts à plancher sur la question. Voici leurs réponses :

Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 50

Le choix de la rédaction

En Pologne, le charbon n'est plus l'avenir

La 24e conférence sur le climat se tient en ce moment à Katowice dans une région minière d'un des pays les plus dépendant au charbon de la planète. Mais derrière ce passif historique, la ville a entrepris sa reconversion.  > Lire l'article


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Dans E&D cette semaine

Une ébauche de discussion sur les revendications des "gilets jaunes" : Revendications des "gilets jaunes" en matière d'énergie : ouvrons la discussion

A venir :

  • Quelques questions sur les politiques climatiques après les "gilets jaunes"
  • Prochaine revue de presse le 21 décembre
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Le coin du data scientist

Global Fossil Project Tracker : une cartographie des projets d'énergies fossiles à l'échelle mondiale.

Développé par le réseau CoalSwarm, cette carte permet de visualiser plus de 2000 grandes infrastructures charbonnières, pétrolières et gazières en service ou en projet à l'échelle mondiale. > Voir la carte


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Actualités et parutions énergie

Charbon

  • Sydney et Melbourne, les deux plus grandes villes d'Australie, veulent se passer du charbon. > Lire l'article 
  • En 2030, toutes les centrales à charbon canadiennes devront capter leurs émissions de CO2 ou  fermer. > Lire l'article
  • En Allemagne, la mine de charbon de Hambach dévore une forêt millénaire. > Lire l'article

Nucléaire

  • Le premier EPR entre en service à Taishan (Chine)... > Lire le communiqué
  • ... mais la Chine se désintéresse de l'énergie nucléaire. > Lire l'article
  • En Grande Bretagne, Hitachi pourrait renoncer au projet de Wylfa. > Lire l'article 
  • En Afrique du Sud, le gouvernement renvoie l'ensemble du conseil d'administration de NESCA, l'entreprise publique en charge du nucléaire. > Lire l'article

Renouvelables

  • L'Allemagne pourrait atteindre 100% d'énergie renouvelable en 2050 sans surcoût. > Lire l'article
  • Selon l'ADEME, l'évolution optimale du mix électrique français conduit à 85% de renouvelables en 2050. > Voir le rapport 
  • Le Kosovo se débat pour passer du charbon aux renouvelable. > Lire l'article
  • En novembre, pour la première fois, la production éolienne a couvert plus de 100% des besoins en électricité de l'Ecosse. > Lire l'article
Mobilité et transport
  •   Les ventes de voitures neuves s'écroulent en Chine : -18% en novembre, -16% en octobre, -14% en septembre... > Lire l'article
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Actualités et parutions climat

Institutionnels

  • A Paris, la Marche pour le climat a réuni au moins 17000 personnes le 8 décembre. > Lire l'article
  • A la COP24, les Etats-Unis, la Russie, l'Arabie-Saoudite et le Koweit bloquent la reconnaissance du dernier rapport du GIEC. > Lire l'article

Entreprises

  • Le PDG de Maersk, le premier transporteur de conteneurs de la planète, veut atteindre zéro émission en 2050. > Lire l'article
  • Un rapport évalue les progrès des assurances dans le désinvestissement du charbon. > Lire le rapport
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Revendications des "gilets jaunes" en matière d'énergie : ouvrons la discussion

Il y a quelques jours, les rédactions de plusieurs médias ont reçu un document qui au premier coup d'oeil ressemble plus à une demande de rançon qu'à un programme politique. Il tient en fait un peu des deux : c'est une liste de 42 "directives du peuples" hétéroclites adressées aux députés pour qu'ils les "transposent en loi", le tout est signé "les gilets jaunes".
Impossible de connaître l'origine ou la représentativité de ce document mais faute de mieux, il peut servir de base pour réfléchir à ce que pourrait attendre les manifestants en matière d'énergie. Il contient en effet plusieurs points qui sont directement liés à la politique énergétique. Je vous propose de les passer en revue et de les discuter.

N'hésitez pas à en débattre dans les commentaires ou à me contacter pour compléter.

Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 49

Le choix de la rédaction

En Australie, le gouvernement envisage des mesures extrèmes pour faire baisser le coût de l'énergie

Le gouvernement du libéral Scott Morisson defend en ce moment devant le parlement un paquét énergie qui donnerait au régulateur le droit de fixer le prix de l'électricité sans controle judiciaire et permettrait de forcer les entreprises à vendre leurs actifs.  > Lire l'article


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Dans E&D cette semaine

Pas de nouvelle publication cette semaine mais un article de 2015 qui peut être utilement redécouvert : Taxe carbone, une idée neuve ?

A venir :

  • Plusieurs articles en cours de préparation sur les gilets jaunes
  • Quelques nouvelles de la COP24 ? S'il s'y passe des choses intéressantes...
  • Prochaine revue de presse le 7 décembre
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La donnée de la semaine

Dans une scénario de réchauffement modéré, la production de vin pourrait chuter de 19 à 62% dès 2050.

Une grande partie de l'Europe du Sud et de l'Est pourrait devenir impropre à la culture de la vigne dans le courant du siècle. Dans un scénario de réchauffement climatique élevé, la production de vin pourrait même s'écrouler de 25 à 73%. > Voir la présentation



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Actualités et parutions énergie

Fossiles

  • Aux États-Unis, le rythme de fermeture des centrales à charbon s'accélère : 14.3GW en moins cet année, soit deux fois plus qu'en 2017, et la fermeture de 23.1GW supplémentaires est déjà prévue entre 2019 et 2024. > Lire l'article
  • L'Afrique du Sud est confronté à une nouvelle vague de coupures d'électricité. > Lire l'article
  • Le prix du pétrole continue à chuter sur fond de négociation entre l'OPEP et la Russie, il passe sous 60$/bbl pour la première fois depuis un an. > Lire l'article

Nucléaire

  • L'avenir d'ASTRID, le projet de réacteur de 4e génération français, est remis en cause. > Lire l'article
  • Le Japon abandonne le projet nucléaire Sinop en Turquie, trop couteux. > Lire l'aticle

Renouvelables

  • Le Kenya joue la carte de la géothermie. > Lire l'article
  • En Californie, toutes les maisons construites à partir de 2020 devront être équipées d'installations solaires. > Lire l'article


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Actualités et parutions climat

Institutionnels

  • Aux Etats-Unis, un rapport de l'Union of Concerned Scientists documente les pratiques de l'administration Trump dans le domaine scientifique. > Voir le rapport
  • En Grande Bretagne, le patron d'un lobby opposé à la lutte contre le changement climatique revendique le droit de tromper le public au nom de la liberté d'expression. > Voir l'article

Entreprises

  • Shell va se donner des objectifs de réduction des émissions annuels et envisage d'indexer les rémunération de ses dirigeants sur leurs résultats dans ce domaine. > Lire l'article
  • Xcel, un de plus grand producteur d'électricité aux Etats-Unis, s'est engagé à décarboner omplètement sa production d'ici 2050. > Lire l'article
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Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 48

Le choix de la rédaction

Les États-Unis en pleine crise de schizophrenie sur le climat

L'administration américaine a publié vendredi dernier un rapport préparé par plus de 300 scientifiques issus des différentes branches du gouvernement et alarmant sur les effets du changement climatique aux États-Unis. La date, au lendemain de Thanksgiving, avait été choisie pour minimiser les échos de cette publication que l'administration s'est ensuite employée à discréditer. Le président Trump quant à lui s'est estimé trop intelligent pour accorder du crédit à ce rapport. > Consulter le rapport


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Dans E&D cette semaine

Deux nouvelles parutions récemment :
  • Une analyse de la trajectoire proposée par le gouvernement pour les renouvelables électriques et le nucléaire. > Voir l'article
  • Une compilation de réactions à l'annonce de la PPE. > Voir l'article
Vous pouvez également retrouver une sélection d'article plus anciens dans la Newsletter spéciale PPE envoyée cette semaine > Voir la Newsletter 

A venir :

  • Quelques nouvelles de la COP24 ? S'il s'y passe des choses intéressantes...
  • Prochaine revue de presse le 7 décembre
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La donnée de la semaine

Quel est le coût de l'intermittence des énergies renouvelables ? Entre 0 et 12€/MWh selon RTE.

Le développement d'une production renouvelable variable nécessite de construire ou maintenir des capacité de "back-up" pour assurer la sécurité d'approvisionnement. RTE a estimé les coûts correspondant et les évalue entre 0€/MWh (pour ses scénarios Volt et Ampère) et 12€/MWh (Scénario 100% EnR de l'ADEME), c'est-à-dire dans le cas le plus défavorable sur le même ordre de grandeur que le surcout lié à la modernisation du parc nucléaire français. > Voir la présentation


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Actualités et parutions énergie

Charbon

  • Selon Carbon Tracker, 40% des centrales à charbon dans le monde fonctionnent à perte. > Lire l'article
  • Uniper demande des proposition au gouvernement après la confirmation de la fermeture des centrales à charbon en France. > Lire le communiqué
  • En Allemagne, le rapport de la commission sur la sortie du charbon prolonge ses travaux jusqu'aux 1er février 2019. > Voir le tweet
  • En Allemagne, Greenpeace propose de racheter (pour un montant dérisoire) les mines et les centrales à charbon de RWE et de les fermer. > Voir la proposition 

Nucléaire

  • Taïwan s'est prononcé contre la sortie du nucléaire lors du referendum qui s'est tenu le 24 novembre. > Voir les résultats
  • L'EPR finlandais prend encore 4 mois de retard, il devrait entrer en fonctionnement début 2020 (initialement le projet devait durer de 2005 à 2009) > Lire l'article

Renouvelables

  • Selon Allianz, la France est désormais le pays du G20 le plus attractif pour les énergies renouvelables devant l'Allemagne et la Grande Bretagne. > Voir le rapport

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Actualités et parutions climat

  • 2018 devrait être la quatrième année la plus chaude depuis le début des observations. > Lire l'article 
  • Selon la Commission Européenne, l'UE devrait investir 175 à 290Mds€ supplémentaires par an dans les infrastructures énergétiques pour arriver à zéro émission nette en 2050. > Lire le rapport
  • Le Vanuatu envisage une action en justice contre des compagnies pétrolières et d'autres Etats. > Lire l'article
  • Le Brésil renonce à organiser la COP25 en 2019. > Lire l'article
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PPE : Quelques avis et réactions

J'ai expliqué longuement ce que je pensais des propositions pour la progragrammation pluriannuelle de l'énergie dans un autre article et sur Twitter. Un peu de diversité ne nuit pas, je vous propose de laisser un peu la parole à d'autres.

Cet article pourra être complété avec d'autres réactions intéressantes dans le prochains jours (n'hésitez d'ailleurs pas à me les signaler !).

Pour Arnaud Gossement, avocat spécialiste du droit de l'environnement : "sur le nucléaire, la principale décision de l'Etat est de renvoyer le sujet à la prochaine PPE", sur les renouvelables les objectifs ne sont "pas ambitieux mais en ligne avec nos engagements européens" et beaucoup de travail reste à faire avant son adoption.



Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot et député En Marche, qui avait exposé "10 points qui permettront d'évaluer si la PPE est ambitieuse" se dit "forcément déçu" "sauf sur les renouvelables".


De son coté, Matthieu Auzanneau, directeur du think tank the Shift Project, partage le diagnostic mais attend en vain l'ordonnance. Dans le même ordre d'idée, Antoine Guillou, coordonnateur du pôle énergie et climat de Terra Nova, souligne les lacunes des annonces du jour :


La réaction d'Anne Bringault, qui coordonne l'activité transition énergétique du CLER, est représentative de celle de nombreux responsable d'ONG : elle craint deux quinquennats de procrastination alors "que la France va émettre plus de gaz à effet de serre que prévu jusqu'en2023" :


Nicolas Goldberg, consultant chez Colombus, note cependant que le rythme de fermeture des réacteurs pourrait convenir à EDF ce qui permettra peut-être d'éviter le versement de lourdes indemnités.


Publié le 27 novembre 2018 par Thibault Laconde


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PPE : des objectifs ambitieux sur les renouvelables et compatibles avec 50% de nucléaire en 2035

Après s'être faits attendre presque 6 mois de plus que prévu, les grands axes de la programmation pluriannuelle de l'énergie ont été dévoilés ce matin. Ces annonces permettent d'y voir plus clair sur l'avenir du mix électrique français.

Voici ce qu'on peut en retenir :
  • La trajectoire proposée pour les renouvelable est ambitieuse. Dans le scénario le plus haut, la production renouvelable française devrait augmenter entre 2018 et 2028 presque autant que celle de l'Allemagne au cours des 10 années écoulées.
  • L'objectif de 50% de nucléaire dans la production électrique française est remis à 2035 et les fermetures de réacteurs nucléaires sont renvoyées aux quinquennats suivants
  • La trajectoire proposée peut bien permettre d'atteindre 50% de nucléaire en 2035 mais elle implique aussi sur augmentation importante de la production d'électricité.
  • Des incertitudes demeurent notamment sur la méthode et le calendrier.

Une trajectoire ambitieuse pour les renouvelables


Dans le discours qu'il a prononcé mardi matin, Emmanuel Macron a clairement dit qu'il souhaite que la montée des énergies renouvelables devance la baisse de la production du nucléaire. C'est une position de bon sens du moment qu'on ne prend pas excuse de la lenteur de la première pour retarder la seconde...
Ça ne semble pas devoir être le cas : les propositions détaillées ce matin comprennent des objectifs assez ambitieux pour les énergies renouvelables :
  • Le parc éolien terrestre devrait passer de 13.5GW en 2017 à 24.6GW en 2023 et se situer entre 34.1 à 35.6GW en 2028. Soit la trajectoire suivante :

  • L'éolien off-shore (inexistant à l'heure actuelle) devrait atteindre 2.4GW en 2023 et 4.7 à 5.2GW en 2028. Emmanuel Macron en a d'ailleurs profité pour annoncer 4 nouveaux appels d'offre pour des projets éoliens en mer avant la Ce qui nous donnerait :
  • Le solaire photovoltaïque devrait presque être multiplié par 3 à 20.6GW en 2023 (contre 7.7GW en 2017) et continuer à augmenter pour atteindre 35.6 et 44.5GW en 2028. Nous serions donc sur une trajectoire de ce type :
  • Les annonces de ce matin comprennent aussi une petite part d'électricité venant de la méthanisation et une augmentation de l'ordre de 1GW de la puissance hydroélectrique.
Pour le solaire et l'éolien les chiffres annoncés ce matin sont cohérents avec ce qu'avait promis Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle, à savoir doubler le parc éolien et solaire pendant le quinquennat. On est même assez largement au-dessus pour le solaire.

Au total cela donnerait l'évolution suivante pour la production électrique renouvelable :

En 2017, nous étions légèrement en dessous de 100TWh, on atteindrait 153TWh en 2023 puis 199 à 215TWh en 2028.
Ce sont des objectifs honorables : pour comparaison, dans le scénario le plus haut l'augmentation de la production renouvelable en France en une décennie serait équivalente à celle qu'à connu l'Allemagne au cours des 10 dernières années.

Une baisse de la production nucléaire confirmée... mais remise à plus tard


C'était le secret le moins bien gardé de France : malgré ses engagements de campagne, Emmanuel Macron a confirmé le report de l'objectif de 50% de nucléaire de 2025 à 2035.

De la même façon la fermeture de réacteurs est renvoyé à plus tard. Fessenheim devrait fermer à l'été 2020 après un interminable feuilleton ce qui modifiera peu la puissance installée puisque cette fermeture sera presque entièrement compensée par la mise en service de l'EPR de Flamanville. Ensuite 2 fermetures de réacteurs sont envisagées sous condition en 2025 et 2026 et le gros du travail est remis à après 2027 avec en théorie 10 réacteurs à fermer entre 2027 et 2035. Le gouvernement ne nomme pas non plus les réacteurs susceptibles d'être fermés (même si François de Rugy a mentionné les centrales de Gravelines, Dampierre, Cruas, Blayais, Bugey, Tricastin, Chinon et Saint-Laurent-des-Eaux).
Clairement sur ce sujet le gouvernement préfère faire des promesses au nom de ses successeurs plutôt que de s'engager lui-même...


Même état d'esprit sur le nouveau nucléaire : la porte n'est pas fermée mais aucune décision sur la construction d'EPR ne sera prise avant 2022.

Le parc nucléaire français devrait donc suivre cette évolution :

A facteur de charge constant, l'évolution du parc nucléaire nous conduirait vers une production entre 321 et 332TWh en 2035 (contre 400TWh/an en moyenne actuellement).

Il est cependant probable que le développement d'une production renouvelable variable obligera le parc nucléaire français à fonctionner de façon plus flexible. Ce qui aura pour effet de faire baisser le facteur de charge. Si par exemple il passait à 60% contre 72.5% en moyenne aujourd'hui, la production nucléaire ne serait plus que de 267 à 275TWh par an en 2035.

Evolution du mix électrique français


Où tout cela nous conduit-il ? A moyen terme, une trajectoire ambitieuse sur les renouvelables couplée à une baisse tardive du nucléaire entraîne une hausse considérable de la production électrique.

Une des trajectoires pour la production électrique française pourrait par exemple être :
Ici on est dans la version ambitieuse de la PPE : accélération du déploiement des renouvelables après 2022 puis prolongement des tendances et fermeture de réacteurs dès 2025. En supposant que le facteur de charge du parc nucléaire reste le même on se retrouve avec une production de 612TWh en 2028 soit 70 de plus qu'aujourd'hui.
Abondance de biens ne nuit pas, dit-on, mais j'ai quand même du mal à voir ce qu'on pourrait faire de 70TWh en plus. A titre d'illustration, c'est plus que ce qui serait nécessaire si on remplaçait toutes nos voitures par des voitures électriques... Cette tendance à la surproduction aussi plaide pour une réduction du facteur de charge du parc nucléaire.

Vous vous demandez peut-être si cela suffit à atteindre les 50% de nucléaire en 2035 comme cela a été promis ce matin.

Je vais commencer par redire que cet objectif de 50% est mauvais et vous renvoyer à cet article pour plus d'explications.
Mais si vous insistez, la réponse est probablement oui. La PPE ne porte que sur 10 ans et ne contient donc pas d'objectifs pour le parc renouvelable après 2028. Toutefois si on prolonge le rythme de croissance de la période 2023-2028 sur les années suivantes on se retrouve en 2035 avec un peu plus de 265TWh de production renouvelable dans le scénario bas et un peu plus de 300 dans le scénario haut. En ajoutant une production gaz et fioul stable à son niveau actuel (environ 30TWh/an), il faudrait donc que la production nucléaire soit comprise entre 295 et 330TWh en 2035 et comme on l'a vu même sans réduction du facteur de charge elle devrait se situer entre 321 et 332TWh en 2035.


Les incertitudes restantes


Le gouvernement propose donc une programmation pluriannuelle de l'énergie qui, sur la partie électricité, se tient : il n'y a apparemment pas d'objectifs contradictoires et, que l'on soit d'accord ou pas avec ces orientations, les trajectoires vont bien dans la direction où on leur demande d'aller. C'est bien le moins me direz vous. Certes mais même ce minimum la loi sur la transition énergétique n'y arrivait pas... Je me garderait donc bien l'accabler.

Mais cela ne veut pas dire que tout est parfait, plusieurs problèmes et incertitudes demeurent. Sur la trajectoire, j'ai deux inquiétudes :
  • d'une part, la persepective d'une surproduction électrique qui créer un risque important que le objectisf renouvelables ne soient pas atteints.
  • d'autres part, le report des fermetures de réacteurs à 2025 voire 2027 : ce gouvernement, comme l'avait si bien fait son predecesseur, semble vouloir laisser à ceux qui viendront après lui le soin de gérer le problème mais le temps passe : désormais cela signifie presque certainement que des réacteurs vont dépasser 60 années de fonctionnement.
Il y a aussi matière à interrogation sur la méthode et sur le calendrier :
  • Emmanuel Macron a parlé d'une nouvelle période de consultation de 3 mois, plusieurs comités (conseil national de la transition écologique, comité d'experts pour la transition énergétique, comité de gestion des charges de service public de l'électricité, comité du système de distribution publique d'électricité...) doivent également donner leurs avis éclairés sur la PPE avant qu'elle soit adoptée. La PPE 2018 arrivera donc au mieux avec 6 mois de retard et rien ne dit que les objectifs seront les mêmes à l'arrivée.
  • On ne sait toujours pas si le gouvernement compte faire amender la loi sur la transition énergétique pour déplacer l'objectif de 50% de nucléaire de 2025 à 2035. D'un point de vue juridique, ce n'est pas forcément nécessaire mais ne pas le faire serait incompréhensible politiquement et mettrait la PPE à la merci du Conseil d'Etat. Et s'il faut passer par la loi, il risque de s'écouler encore de longs mois avant que la PPE entre en vigueur.
  • On ne sait pas non plus comment vont se passer les fermetures de réacteurs, on a bien vu avec Fessenheim que ce sujet est compliqué : sa fermeture est un engagement pris en 2012, il y a déjà 8 ans, cela signifie que même si aucun réacteur n'est fermé avant 2025 ou 2027 il faut d'ores-et-déjà s'y préparer.
En conclusion, il reste beaucoup de travail mais ces propositions me semble une base intéressante pour enfin amorcer le remplacement du parc nucléaire français.

Publié le 27 novembre 2011 par Thibault Laconde



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Revue de presse E&D 2018 - l'actualité énergie et climat de la semaine 47

Le choix de la rédaction

L'Allemagne va fermet à la fin de l'année ses dernières mines de houille

Symbole de la révolution industrielle et de l'essor économique de la Ruhr, les mineurs de fond de allemands vont raccrocher leurs casques. Attendue et très symbolique, la fermeture des deux dernières mines de houilles allemande n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le climat : les mines de lignites, dont la combustion est plus polluante, restent elles en service. > Lire l'article

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Dans E&D cette semaine

Trois nouvelles parutions récemment :
  • Une infographie pour remettre en perspective le prix du carburant. > Voir l'article
  • Une synthèse de la partie énergie du rapport Climate Chance > Voir l'article
  • Une analyse des scénarios envisagés pour le nucléaire français > Voir l'article 

A venir :

  • Le 27 novembre : journée consacrée à la publication de la PPE, analyses, réactions...
  • Prochaine revue de presse le 30 novembre
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La donnée de la semaine

La concentration en CO2 dans l'atmosphère a augmenté de 146% par rapport à 1750

Selon l'Organisation Météorologique Mondiale, la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère a atteint 405,5ppm en 2017 presque 2,5 fois son niveau pré-industriel. La concentration de protoxyde d'azote a elle augmenté de 122% et celle de méthane de 257%. > Voir la publication

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Actualités et parutions énergie

Charbon

  • En Allemagne, le rapport de la commission sur la sortie du charbon prend du retard. > Lire l'article
  • La Hongrie pourrait déciser une sortie du charbon en 2030. > Lire l'article
  • La Slovaquie va cesser de subventionnner sa dernière mine de charbon en 2023. > Lire l'article

Nucléaire

  • Taïwan vote pour ou contre la sortie du nucléaire en 2025. > Voir les tweets 
  • En Grande Bretagne, de nouvelles fissures ont été découvertes sur le réacteur nucléaire d'Hunterston, propriété à 80% d'EDF. > Lire l'article

Renouvelables

  • L'Espagne vise 70% d'électricité renouvelable en 2030 et 100% en 2050. > Lire l'article
  • La Finlande acceuille son premier parc éolien construit sans subvention. > Lire l'article
  • En Pologne l'appel d'offre pour 31 projets éoliens aboutit à des prix proches de la parité réseau (entre 36 et 51€/MWh). > Voir le tweet

Autres

  • Selon l'Agence internationale de l'énergie, la consommation de pétrole de l'automobile devrait décroitre à partir du milieu des années 2020. > Lire l'article
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Actualités et parutions climat

  • Comment le changement climatique affecte les feux de forêt aux Etats-Unis. > Lire l'article
  • Le changement climatique accélère l'affaissement des Pays-Bas. > Lire l'article
  • Quelles sont les conséquences des élections de mi-mandat aux Etats-Unis pour le climat ? > Lire l'article
  • Que signifie l'apparition de cachalots dans l'arctique canadien ? > Lire l'article
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PPE : Analyse des ballons d'essai sur la trajectoire nucléaire et renouvelable

Mardi matin, l'AFP nous rapportait avoir vu un document détaillant les scénarios que le gouvernement envisage encore pour la prochaine programmation pluriannuelle de l'énergie. Je vous propose d'analyser ces propositions.

Comme cet article est déraisonnablement long, voici les 4 grands points à en retenir :
  1. Ces scénarios semblent sous-entendre une baisse importante du facteur de charge du parc nucléaire (qui passerait aux alentours de 60% dans les années 2030). La baisse de la production nucléaire serait donc à la fois le fait des fermetures de réacteurs (de l'ordre de -70TWh dans les scénarios 1 et 2) et de la baisse du facteur de charge (de l'ordre de -60TWh).
  2. Dans tous les cas, ils impliquent une hausse importante de la production électrique renouvelable : au moins 120TWh/an en plus peut-être jusqu'à 200. Le rythme de croissance devrait être comparable à celui rencontré en Allemagne depuis les années 2000, nous ne sommes pas du tout sur une trajectoire de ce type aujourd'hui.
  3. En parlant de 40% de renouvelables plutôt de 50% de nucléaire, les scénarios suggèrent un abandon de cet objectif ou bien un développement (de l'ordre de +30TWh/an) de la production électrique au gaz.
  4. Le calendrier de fermeture proposé (début en 2022 ou 2028) n'est pas cohérent avec le calendrier politique (élections de 2022 et 2027, PPE 2023 et 2028) et risque de rendre ces orientations ineffectives.

Scénarios et méthode


Trois scénarios seraient donc à l'étude :
  • Scénario 1 :
    Fermeture de Fessenheim
    6 fermetures de réacteurs entre 2022 et 2028
    6 fermetures entre 2028 et 2035
    Les renouvelables atteignent 40% du mix électrique en 2030
  • Scénario 2 :
    Fermeture de Fessenheim
    12 fermetures entre 2028 et 2035
    Les renouvelables atteignent 40% du mix électrique en 2032
  • Scénario 3 :
    Fermeture de Fessenheim
    9 fermetures entre 2028 et 2035
    4 EPR construits avant 2040
    Les renouvelables atteignent 40% du mix électrique en 2034
Comment en tirer quelque chose d'utile ? Ces scénarios nous disent comment va évoluer le parc nucléaire. Je suppose que les réacteurs ferment par ordre d'entrée en service et que les fermetures sont étalées dans le temps de façon régulière. En supposant que le facteur de charge reste inchangé, on peut en déduire la production nucléaire pour chaque année. 
Par ailleurs on sait que la production électrique au charbon doit s'arrêter en 2022. En supposant que les autres productions fossiles restent stables pour ne pas augmenter les émissions de gaz à effet de serre, on peut donc calculer la production non-renouvelable.
Les dates auxquelles les renouvelables atteignent 40% du mix (donc 2/3 de la production conventionnelle) donne un point de passage à partir duquel j'interpole une trajectoire. Je suppose que 2/3 de la production renouvelable supplémentaire vient de l'éolien et 1/3 du solaire mais cette hypothèse n'a pas d'impact sur le résultat à ce stade.

Analyse des trajectoires nucléaires et renouvelables


On arrive aux résultats suivants :

  • Scénario 1 :
La trajectoire suivie par le parc nucléaire ressemble à ça :


On a une petite vaguelette au début liée à la fermeture de Fessenheim et à l'entrée en service de Flamanville, ensuite la puissance installée reste stable jusqu'en 2022 puis décroît d'environ 10GW pour atteindre 52GW en 2035.

Dans cette hypothèse, arriver à 40% de renouvelable en 2030 implique que la production EnR soit de 256TWh à cette date. Cela nous donne l'évolution suivante pour le mix électrique français :


La production totale connaîtrait une forte croissance : 529TWh/an en 2017, 580 en 2025, 610 en 2030 et, si on prolonge le développement des renouvelables, 645 en 2035. L'objectif de 50% de nucléaire dans le mix électrique n'est pas atteint mais presque : en prolongeant la trajectoire des EnR on l'atteindrait entre 2035 et 2040.
  • Scénario 2 :
La trajectoire suivie par le parc nucléaire est :


La seule différence avec le scénario précédent est que les fermetures démarrent plus tard ce qui entraîne une baisse plus rapide de la puissance installée à partir de 2028. Dans ce scénario, tous les réacteurs français (sauf les 2 de Fessenheim évidemment) dépassent 50 ans de fonctionnement.

Dans ce cas, atteindre 40% de renouvelable en 2032 implique aussi que la production EnR soit de 256TWh à cette date. Cela nous donne la trajectoire suivante pour le mix électrique français :


Sur la période 2018-2028, les renouvelables augmentent déjà à marche forcée mais les fermeture de réacteurs n'ont pas encore commencé ce qui entraîne une forte hausse de la production totale : +100TWh en 10 ans. A partir de 2028, la production se stabilise juste au-dessus de 600TWh/an.
  • Scénario 3 :
La trajectoire suivie par le parc nucléaire est la suivante :


Le parc nucléaire connaît une petite baisse à partir de 2028 et atteint un minimum à 56.5GW en 2035. Ensuite l'entrée en service des nouveaux EPR (que j'ai cadencé tous les 2 ans) fait remonter la puissance installée à 61.3GW, quasiment à son niveau actuel. Ce scénario est à peu de chose près un scénario de stabilité pour le parc nucléaire.

Atteindre 40% de renouvelables en 2034 implique que la production EnR soit de 260TWh cette année-là. Dans ce cas, la trajectoire du mix électrique français à cette allure :


Dans ce scénario la production électrique française semble destinée à enfler indéfiniment : 529TWh en 2017, 585 en 2025, 643 en 2035...

Il est intéressant de s'attarder d'ailleurs sur ce qu'il se passe autour de 2035. On atteint 40% d'EnR en 2034 mais c'est aussi l'année où le parc nucléaire est à son minimum, ensuite il remonte et a priori la production nucléaire aussi. Dans ce scénario, les 40% de renouvelables ne seront donc atteints que pendant un an ou deux ans sauf si leur développement se continue rapidement ensuite. Cela impliquerait un gonflement encore plus important de la production électrique totale qui pourrait dépasser 700TWh/an après la mise en service des nouveaux EPR.


Les questions restant en suspens

Au-delà des chiffres et des réactions pavloviennes qu'ils peuvent provoquer, ces scénarios posent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses. Voici celle qui me paraissent dignes d'intérêt :

  

Le calendrier a-t-il été réfléchi ? 

Si une de ces propositions était adoptée, son principal apport serait d'assumer qu'une dizaine de réacteurs nucléaires ont vocation à fermer au cours des deux prochaines décennies. Sauf que...
Sauf que ces fermetures sont repoussée au-delà du quinquennat actuel pour commencer en 2022 au plus tôt. 2022 est une année électorale et 2023 doit voir le renouvellement de la PPE, deux occasions pour remettre en cause les orientations qui vont être décidées aujourd'hui. Cette chronologie ne peut qu'inciter les acteurs du secteur électrique au mieux à attendre pour voir ("inutile d'investir dans une trajectoire de transition qui sera peut-être renversée dans 3 ans") au pire à l'obstruction ("si on peut gagner 3 ans on aura une nouvelle chance d'infléchir la politique énergétique dans le sens qui nous arrange").
Bref le calendrier retenu neutralise les décisions. Sans évolution, cette PPE risque bien de connaître le même destin que les objectifs de la loi de transition énergétique de 2015... De ce point de vue, la majorité actuelle ne semble n'avoir rien appris de l'expérience de la précédente.

Est-ce qu'on enterre les 50% ou est-ce qu'on développe les fossiles ?

On l'a vu, aucun de ces scénarios ne permet de réduire la part du nucléaire à 50% de la production électrique française. D'ailleurs il n'y est plus question de 50% de nucléaire mais de 40% de renouvelables...
Vous me direz peut-être : ça revient exactement au même puisque nous avons aujourd'hui 10% de fossiles, ajoutés à 40% de renouvelables ont arrive bien à un mix mi-nucléaire mi-non nucléaire. Mais ce n'est pas vrai. D'abord la proportion de fossiles est destinée à reculer avec la fermeture des centrales à charbon, ensuite l'augmentation rapide de la production totale (qui est un point commun au 3 scénarios) devrait encore réduire cette part. Pour avoir 10% de fossiles en 2030, il faudrait que la production de nos centrales à gaz fasse plus que doubler...
Donc de deux choses l'une : soit ces scénarios supposent l'abandon de l'objectif de 50% soit ils sous-entendent un développement significatif de la production électrique au gaz.

Est-ce qu'on va vers une trajectoire de développement des renouvelables "à l'allemande" ?

Les objectifs de 40% d'EnR en 2030, 2032 et 2034 impliquent tout de même une production renouvelable massive : plus de 250TWh alors que nous sommes aujourd'hui pratiquement stable en dessous de 100. Ajouter 150TWh de renouvelables en 15 ou 20 ans, c'est une trajectoire "à l'allemande" : entre 2000 et 2017, l'Allemagne a augmenté sa production renouvelable d'un peu moins de 180TWh. Mais sommes-nous près à assumer une telle croissance ?
Par ailleurs cette augmentation de la production renouvelable combinée à une baisse modeste voire très modeste du parc nucléaire implique une forte augmentation de la production totale alors que la plupart des scénarios tablent sur une consommation peu ou prou stable. Est-ce que cela à vraiment un sens ?

Ou alors est-ce qu'on assume une baisse du facteur de charge du nucléaire ?

Il existe une autre possibilité. J'ai supposé que le facteur de charge du parc nucléaire aller rester stable. C'est une hypothèse simplificatrice : avec le développement des renouvelables variables, les réacteurs nucléaires auront plus souvent à réduire leurs puissances pour laisser la place à une production renouvelable, leur facteur de charge va donc baisser.
Mais au-delà de cette évolution naturelle, peut-être que ces scénarios prennent pour hypothèse une forte réduction du facteur de charge ? Dans ce cas, la part du nucléaire peut reculer plus vite que ce qui serait permis par la seule fermeture de réacteurs et il ne serait pas forcément nécessaire d'augmenter la production pour atteindre 40% de renouvelables.
Je me suis donc posé la question : prenons le scénario 1, par exemple, si on souhaite maintenir la production totale constante et arriver à 40% d'EnR en 2030, quel devrait être le facteur de charge du parc nucléaire résiduel ? La réponse est 60% contre 72% en moyenne aujourd'hui. Ca ne semble pas irréaliste... Et dans ce cas la hausse de la production renouvelable ne devrait plus être "que"de 120TWh. C'est peut-être, probablement même, le raisonnement derrière ces propositions...


Publié le 21 novembre 2018 par Thibault Laconde,


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Climat : derrière la lenteur des Etats, un monde qui bouge

Alors que les diplomates du monde entier préparent la conférence sur le climat de Katowice et que le gouvernement français pondère ce qu'il va faire du nucléaire, on peut avoir l'impression que les États règnent en maîtres sur les politiques énergétiques et climatiques. Pourtant ils ne sont pas les seuls à agir, loin de là : les entreprises, les collectivités, les ONG, le monde académique, etc. jouent un rôle aussi voire plus important.
Pour documenter leurs contributions, qui reste assez peu connue, l'association Climate Chance a créé un "observatoire de l'action climatique non-étatique". Cet observatoire publie ces jours-ci son premier rapport annuel (disponible ici).

J'ai largement contribué aux chapitres de ce rapport consacrés à l'énergie et à l'industrie. Voici ce que je retiens de ce travail inédit dans le domaine que j'ai le plus approfondi, c'est-à-dire la production d'électricité et de chaleur.


Les émissions restent mal orientées mais le visage du secteur change rapidement


On ne dispose pas encore de données complètes sur les émissions liées à la production d'électricité et de chaleur en 2017 mais les premiers éléments sont loin d'être encourageants : l'année dernière, les émissions du G20 (qui représentait 80% des émissions dans ce secteur en 2016) ont augmenté de 2%. Il ne fait donc guère de doutes que la légère baisse des émissions enregistrée en 2015 a fait long feu.
La raison ? Principalement l'augmentation de la demande d'électricité sous l'effet de la croissance économique et des progrès de l'électrification. La diffusion des énergies renouvelables rend la production d'électricité moins émettrice mais ces progrès sont largement contrebalancés par la hausse de la production.

Est-ce que cela signifie que rien ne se passe. Certainement pas ! Quand on va au-delà de ces chiffres et qu'on s'intéresse, notamment, aux entreprises du secteur il est évident que le secteur est en train de changer à grande vitesse.
C'est le cas évidemment avec les grands énergéticiens occidentaux - Eon, RWE, EDF... - et leurs fournisseurs - Siemens, GE, ABB, Westinghouse... - qui se réorganisent péniblement. Certaines entreprises y parviennent et en profitent pour se réinventer totalement comme le danois Orsted passé en une dizaine d'années du pétrole à l'éolien.

Les grandes entreprises héritières des monopoles nationaux peuvent aider à développer des filières complexes, c'est le cas de KenGen qui a fait du Kenya un champion de la géothermie. Mais d'une manière générale, l'innovation technique et économique facilite l'entrée de nouveaux acteurs alors que les entreprises historiques sont handicapées par l'inertie de leurs infrastructures. On voit ainsi les opérateurs de téléphonie et les banques investir la fourniture d'électricité au travers des systèmes "pay as you go" qui alimentent 750.000 foyers principalement en Afrique de l'Est ou encore les géants de l'internet entrer sur le marché de l'énergie aux États-Unis.

Si on regarde les indicateurs, il semble que la transition climatique du secteur électrique n'a pas encore commencé mais si on s'intéresse aux dynamiques des organisations il est clair qu'il est en train d'évoluer rapidement. Le visage du secteur de l'électricité n'est déjà plus ce qu'il était il y a 10 ans et il sera probablement méconnaissable dans quelques années.


La société civile et les communautés locales pèsent dans les choix énergétiques


Ce ne sont pas que les États et les entreprises qui décident des grandes options énergétiques. La population, plus ou moins organisée, a la volonté et la capacité d'exercer une réelle influence.
La Chine, qui pourtant n'est pas le pays le plus ouvert dans ce domaine, en donne un bon exemple : la mobilisation de la population contre la pollution atmosphérique, notamment au printemps 2015, a joué un rôle important pour orienter le gouvernement central et les entreprises vers une production d'énergie moins carbonée. Dans le même temps, les interrogations des milieux académique sur la sécurité des centrales nucléaires construites à l'intérieur des terre a conduit à un moratoire de fait sur les nouveaux projets.

La mobilisation de la société civile est souvent dirigée contre les centrales à charbon : on retrouve des mouvements de ce type de l'Allemagne (mine de Hambach) jusqu'au Kenya (centrale de Lamu). Mais elle peut aussi cibler des filières destinées à réduire les émissions comme la séquestration du carbone (Barendrecht aux Pays Bas, Beeskow en Allemagne, Greensville et Long Beach aux Etats-Unis) et bien sur le nucléaire.


Les collectivités jouent un rôle d'animation de la transition climatique


C'est évident en France où la loi sur la transition énergétique de 2015 à fait des intercommunalités les cheffes de file de la transition énergétique et rendu les plan climat-air-énergie territoire obligatoire pour la plupart d'entre-elles. Mais c'est le cas aussi ailleurs.
Là encore la Chine fournit un exemple inattendu : de nombreuses villes chinoises se dotent de plans climat. Cette démarche permet d'accélérer le déploiement de solutions comme la mobilité électrique ou le chauffage solaire mais elle offre aussi un espace d'expression dans lequel le modèle de croissance basé sur l'industrie et la construction est souvent débattu.

Au-delà de leurs territoires, les collectivités peuvent aussi faire évoluer les instances nationales avec lesquelles elles dialoguent. Le Cap en Afrique du Sud fournit un bel exemple de ce type de démarche : depuis 2008, la ville est engagé dans des échanges avec NERSA, le régulateur de l'électricité sud-africain, et l'électricien Eskom pour donner un cadre réglementaire et technique à la production solaire décentralisée. Ses efforts, qui se poursuivent, ont profité à d'autres collectivités du pays.


Le prix du carbone n'est pas un outil réservé aux États


Le prix du carbone est un des outils qui fait consensus dans la lutte contre le changement climatique. Et il a démontré spectaculairement son efficacité en Grande Bretagne qui a vu sa production électrique au charbon s'effondrer après avoir fixé un prix plancher pour le carbone.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser cet outil n'est pas réservé aux États : une trentaine de villes, régions ou états fédérés ont déjà mis en place une taxe carbone ou un marché des émissions. Aux États-Unis, 9 états fédérés se sont engagés à créer un marché du carbone dans le cadre du Regional Greenhouse Gas Initiative afin de réduire leurs émissions de 65%. En Chine, l'expérience des gouvernements locaux, comme les villes de Shanghai et Pékin ou la province de Canton, qui ont mis en place un marché du carbone local, sert d'inspiration pour la création du marché national. Au Canada,la Colombie Britannique, et l'Alberta ont créé des taxes carbone et le Québec et l'Ontario se sont dotés de marché des émissions...

Les entreprises aussi peuvent se doter volontairement de prix du carbone. C'est par exemple le cas de Microsoft qui prélève une "taxe" sur ses émissions directes et certaines émissions indirectes (comme les voyages en avion des salariés) et utilise l'argent collecté pour financer ses investissements dans les énergies renouvelables.

Finalement ce rapport met en évidence un foisonnement d'initiatives et d'actions. Elles ne suffisent pas encore à infléchir les émissions mais il y a matière à espérer. Si ces réussites peuvent être connues, reproduites, améliorées... nous sommes peut-être plus proche d'un basculement que les indicateurs le donne à penser.

  > Vous pouvez consulter ici le chapitre énergie du rapport Climate Chance



Publié le 20 novembre 2018 par Thibault Laconde


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