[Série d'été] Les risques climatiques et l'adaptation dans le secteur de l'électricité


Quels sont les risques climatiques pour le nucléaire, l'hydroélectricité, le réseau électrique, etc.
La lutte contre le changement climatique a, classiquement, deux versants : limiter l'ampleur du phénomène (on parle souvent de "mitigation" dans un horrible angliscisme) et s'y adapter.
Pourtant lorsque l'on pense au secteur électrique, c'est presque automatiquement et exclusivement la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui vient à l'esprit : la production d'électricité est encore aux deux-tiers fossiles, dont une majorité de charbon, ce qui la rend responsable d'un quart environ des émissions mondiales.
L'adaptation de la production et du transport d'électricité aux effets du changement climatique est encore balbutiante et elle est rarement perçue comme prioritaire. C'est sans doute une erreur.

La "première faillite climatique" est aussi électrique


Il y a quelques mois, la faillite de l'électricien PG&E a reçu le surnom médiatique de "première faillite liée au changement climatique". En novembre 2018, dans un contexte de sécheresse exceptionnelle, un incident sur une ligne électrique avait déclenché le plus grave incendie de l'histoire californienne : 620km² étaient partis en fumée, dont la ville de Paradise, et 85 personnes avaient trouvé la mort. Incapable de faire face à la responsabilité, le plus grand électricien de Californie s'est déclaré en faillite en janvier, avant même la fin de l'enquête.

Cet épisode a brutalement démontré la vulnérabilité du secteur de l'électricité face au changement climatique mais en réalité le constat n'est pas nouveau.

Fin 2017, l'Iran a annoncé la suspension de 50 projets hydroélectriques redus obsolètes par la baisse des précipitations. Pendant l'été 2018, des réacteurs nucléaires français ont du être mis à l'arrêt pour respecter la température limite imposée pour les fleuves en aval, c'est régulièrement le cas depuis 2 décennies, plus surprenant : des centrales suédoises et finlandaises ont également été touchées. A l'automne, la sécheresse en Europe centrale perturbait la navigation fluviale et les approvisionnement en charbon de certaines centrales électriques. On pourrait multiplier les exemples...

Pour le secteur de l'électricité est spécialement vulnérable


Comme c'est le cas de la plupart des activités humaines, le secteur électrique est dépendant de son environnement : la température de l'eau et de l'air, la ressource en eau, le vent, le soleil, etc. jouent un rôle dans son bon fonctionnement. Nous ne nous en rendons simplement plus compte parce que tenons les conditions actuelles pour acquise.

Mais ce secteur a en plus des caractéristiques très spécifiques qui le rendent particulièrement exposé au changement climatique. La première est évidente : la durée de vie de vie des infrastructures.
Le pylône de PG&E dont est parti l'incendie était vieux de 99 ans. De la même façon de nombreuses infrastructures électriques que nous utilisons aujourd'hui - réseaux, centrales, barrages - seront encore là à la fin du siècle. Elles devront alors fonctionner dans une climat qui, selon toutes probabilités, sera très différent de celui pour lequel elles ont été conçues.

Le cas de PG&E illustre une autre caractéristique qui rend les électriciens vulnérables aux changements climatiques : leur empreinte territoriale.
Dans un pays comme la France, il faut bien chercher pour trouver un kilomètre carré sans une ligne électrique, sans infrastructure électrique. Les lignes électriques, aériennes ou enterrées, sont partout. La production est également répartie sur l'ensemble du territoire avec de grandes centrales mais aussi une multitude de plus petites unités. Difficile dans ces conditions de passer entre les gouttes lors d'une vague de chaleur, d'une tempête ou de tout événement climatique qui peut mettre à mal le système électrique.

Cette exposition est d'autant plus critique que ce système électrique est fragile : pour fonctionner, la production doit être en permanence égale à la consommation ce qui est particulièrement difficile à garantir si certains de ses composants sont indisponibles même temporairement. Dans ce cas, le système peut s'effondrer sur une région beaucoup plus grande que celle concernée par l'aléa climatique.
Le risque est aussi systémique : si l'approvisionnement en électricité est coupé, c'est l'ensemble de l'activité qui est menacée. Cette situation ne relève pas de la science-fiction : elle s'est matérialisée plusieurs fois depuis 2000, notamment lors de sécheresses dans des pays dépendants de l'hydroélectricité : en 2017 le Malawi aurait ainsi perdu 7% de son PIB.


Bref, je pense qu'il y a un beau sujet à explorer et qu'il est beaucoup trop vaste pour être traité en un article. Cela m'a donné envie de consacrer une série à la vulnérabilité climatique du système électrique et puisque je cherchais, comme chaque année, un fil rouge pour la période estivale...
Le premier, consacré à l'hydroélectricité sera publié jeudi et les autres suivront à partir de juillet au rythme d'un chaque jeudi.

Cet article fait partie d'une série estivale consacrée aux risques climatiques et à l'adaptation dans le secteur électrique.
Retrouvez tous les articles de cette série ici :



Publié le 22 mai 2019 par Thibault Laconde



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2 commentaires :

  1. Cest un très intéressant sujet, effectivement.

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  2. Ça fait longtemps que je pense que nos sociétés sont devenues très fragiles dû à leur dépendance sur plusieurs technologies. Par exemple, sans les transports, nous serions bien en peine de pouvoir manger des oranges en hiver. La plupart des légumes et fruits que nous consommons durant la période hivernale ont voyagé plus que je ne le ferai jamais. C'en est devenu absurde. L'électricité est un autre talon d’Achille et un qui est très important : sans cette dernière, il est difficile de seulement survivre dans un climat aussi froid que le nôtre (je suis au Québec). L'épisode du verglas de 1998 est encore très présent dans nos esprits, alors que plusieurs centaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans le noir pendant plus d'un mois en plein hiver. Aujourd'hui s'ajoute à cela l'Internet. Les acteurs étatiques d'aujourd'hui entraînent des équipes à créer des attaques sur le Web pour porter des coups à leurs ennemis. Bref, c'est la joie. Seul point qui me fait sourire (ou rire jaune!) c'est que le citoyen moyen consommateur d'énergie ne compte que pour 23% du courant électrique utilisé. Le reste, ce sont les entreprises, les manufactures, le secteur public (hôpitaux et autres) et pour tout dire je pense que c'est là que se trouve le fruit facilement accessible. Est-ce qu'on va collectivement se réveiller à temps?

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