Comment mettre un prix sur la nature ? Méthodes pratiques d'évaluation monétaire de l'environnement

La valeur que nous accordons à l'environnement est complexe et peut avoir de multiples origines. Dans certaines situation, il est pourtant indispensable de traduire cette valeur en une somme d'argent : A combien estimer les dommages et intérêts dus en cas de pollution ? Quel est le juste prix d'une ressource naturelle ? On parle alors d'évaluation monétaire de l'environnement.
Un cas pratique d'évaluation monétaire de l'environnement : comment évaluer les dommages causés par une marée noire ?
Comment évaluer le montant des dégâts causés à la côte californienne
par l'explosion de Deepwater Horizon en 2010 ?
Cette évaluation pose de nombreux problèmes. Nous allons voir quelques unes des méthodes qui ont été mises au point pour y répondre.


Donner un prix à l'environnement n'est jamais simple : quelques exemples


Fruits et légumes, gibiers ou viande d'élevage, matières premières... nous payons quotidiennement des biens issus de notre environnement. Est-ce que cela signifie que l'on sait leur donner un prix ? Non : le prix affiché correspond généralement soit à la rémunération du travail et du capital nécessaire à la mise à disposition de ces biens (extraction, transport...) soit à une une logique d'offre et de demande, en général il ne prend pas en compte les impacts sur l'environnement : épuisement des ressources et des sols, consommation d'eau, pollution... Tout cela est presque toujours considéré comme gratuit.

Un autre cas simple en apparence illustre cette difficulté : l'évaluation des dommages suite à une catastrophe environnementale.
On pourrait être tenté de dire que la valeur du dommage correspond au cout de la remise en état, par exemple le coût d'une marée noire serait égal au coût du nettoyage des plages. Cette logique pose cependant deux problèmes. Premièrement elle suppose que le dommage est toujours réparable. Ensuite, il peut y avoir débat sur les limites de la remise en état : d'un point de vue économique on peut considérer que celle-ci s'arrête lorsque le coût marginal de la dépollution dépasse le coût marginal de la pollution (c'est-à-dire lorsque dépolluer coûte plus cher que ça ne rapporte). Allez expliquer aux victimes d'une marée noire que leur bout de côte n'attire ni les touristes ni les pécheurs et que par conséquent le nettoyer ne rapporterait rien à personne...


Quelques méthodes pratiques d'évaluation de la valeur de l'environnement


Malgré ces difficultés, les économistes ont proposé de nombreuses méthodes pour évaluer la valeur d'un "actif environnemental". Il existe deux grandes familles : soit on observe le comportement des personnes concernées, soit on les interroge directement (la première étape est donc toujours de déterminer qui sont les personnes concernées, ce qui n'a rien d'évident).

Les principales méthodes basées sur l'observation sont les suivantes :
  • L'évaluation des dépenses de protection ou de réparation : cette méthode est celle qui a été exposée dans le paragraphe précédent, l'idée est que le prix d'un actif environnemental est égal aux dépenses nécessaires à sa protection. C'est cette méthode qui a été utilisée pour évaluer les dommages crées par la marée noire de l'Amoco Cadiz en 1978.
  • La méthode dose-réponse : en observant plusieurs situations semblables mais soumises à des dégradations différentes, on tente d'établir une relation entre les différents niveaux de dégradation et des coûts. On peut par exemple étudier le niveau de pollution de l'air et les dépenses de santé dans plusieurs grandes villes et de tenter d'établir un lien entre ces deux variables.
  • La méthode hédoniste : on compare le prix que les consommateurs sont prêts à payer pour des biens semblables dans un environnement différent. Par exemple : pour déterminer la valeur de la mer on évalue la différence de prix entre deux appartements semblables mais dont un seul a une vue sur la mer.
Toutes ces méthodes ont l'inconvénient de ne concerner que la valeur d'usage. La valeur de non usage ne peut être évaluée qu'en interrogeant les personnes concernées. Cette méthode est appelée évaluation contingente, elle peut reposer :
  • Soit sur le consentement à payer : la question posée est "combien seriez-vous prêts à donner pour..." (sauver les pandas, avoir des plages propres, etc.)
  • Soit sur le consentement à recevoir : la question est alors  "combien faudrait-il vous donner pour que vous acceptiez de..." (voir disparaître les pandas, avoir des plages souillées, etc.). Le consentement à recevoir n'est plus guère utilisé parce qu'il conduit systématiquement à des résultats plus élevés que le consentement à payer.
Aucune de ces méthode n'est réellement satisfaisante d'un point de vue théorique. Et ce n'est guère mieux dans la pratique puisque lorsque plusieurs méthodes sont utilisées simultanément elles conduisent généralement à des résultats assez différents.

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