Thanos est une andouille (ou pourquoi un demi-génocide ne résoudra pas les problèmes écologiques)

Spoiler alert d'usage : ce billet fait référence au film "Avengers : Infinity War" actuellement en salles. Je ne crois pas y dévoiler des éléments importants de l'intrigue mais si vous ne voulez pas prendre le risque, passez votre chemin.
Bref... Donc je suis allé voir le dernier Avengers. Et j'ai quelques observations à faire sur le plan du grand méchant, Thanos. C'est ce monsieur violet :

Avengers Infinity War Thanos
Source : Wikipedia
Notre super-villain projette de détruire la moitié de la population de l'univers. On découvre au fil du film qu'il espère ainsi régler un problème de surpopulation et offrir une meilleure existence à la motié restante.
En d'autres termes, il souhaite mettre en place une politique malthusienne agressive à l'échelle interplanétaire ce qui, curieusement, ne suscite pas une adhésion massive des premiers intéressés. Le film nous raconte comment il cherche un moyen de se passer de leur avis.

Il me semble cependant que le bon Thanos, dont sa fiche Wikipedia nous apprend qu'il est "un supergénie dans pratiquement tous les domaines connus de la science", n'a pas dû réfléchir son plan jusqu'au bout.


Pourquoi pas... Mais pourquoi seulement la moitié ?


Ce que Thanos a oublié, comme le font souvent les malthusianistes, c'est que la pression écologique qu'un groupe excerce sur son environnement ne dépend pas seulement du nombre d'individus mais mais aussi de leur consommation. C'est ce qui différencie fondamentalement une civilisation développée d'une population de bactéries dans une boite de Petri ou de rennes sur une île du Pacifique.

Supposons que Thanos réussisse et que la population soit divisée par deux. Supposons même que, instruits par cette aventure, les peuples de l'univers s'arrangent pour avoir désormais  une croissance démographique nulle. Tout est réglé ?
Non : si on imagine que l'univers a une croissance économique de l'ordre de 3% - ce qui correspond à peu près à la moyenne des dernières décennies sur notre planète. A technologie constante, c'est-à-dire si la consommation de ressources, la pollution, etc. croissent au même rythme que l'économie, la pression écologique aura retrouvé son niveau pré-génocide en seulement 24 ans...

Se donner la peine de tuer la moitié de l'univers pour une génération de répit... Comme dirait l'autre :

Tuer la moitié de la population pour sauver le reste : not a great plan

A un moment du film, Thanos explique à Gamora, un personnage qu'il a recueilli enfant au moment où il massacrait la moitié des habitants de sa planète, que "les enfants nés depuis ne connaissent plus la faim et profitent d'un ciel limpide". Mais, si on admet que Gamora a mis au moins une vingtaine d'années à passer à l'âge adulte (c'est une alien, allez savoir...), c'est forcément faux : soit sa planète a stagné économiquement, soit elle se trouve à peu près dans le même état qu'avant le massacre. Dans les deux cas, les survivants n'ont pas connu la prospérité et la vie facile promises par Thanos...

En fait, cet échange nous montre surtout que Thanos poursuit probablement son plan depuis quelques décennies. S'il parvient à le mener à bien, il y a donc de grandes chances que celà ne ramène même pas la pression de la population sur l'environnement au niveau qu'elle avait lorsqu'il a commencé. Tu parles d'un super-génie...


Profession : genocide-planner


Alors de combien faudrait-il réduire la population pour résoudre durablement les problèmes écologiques ? Faisons un calcul avec un modèle simple : l'équation IPAT.

L'équation IPAT est une création du biologiste américain Barry Commoner, elle s'écrit :
Equation IPAT
Ce que nous dit cette équation, c'est que l'impact d'une société sur son environnement est le produit :
  • Du nombre d'individus : la population,
  • De la consommation par individu : "affluence" que l'on peut traduire en français par richesse,
  • De l'impact par unité de consommation qui varie avec le progrès technique.
Sur Terre, la population croit à peu près de 1% par an, le PIB par habitant de 3% en moyenne. Le dernier terme est plus difficile à évaluer parce qu'il peut varier fortement en fonction des impacts considérés. Si on prend par exemple la consommation d'énergie : l'intensité énergétique du PIB mondial décroît en moyenne de 1.5% environ depuis les années 90.

Avec ces valeurs, la pression écologique croit de 2,47% par an et retrouverait en 29 ans son niveau de départ si la population était divisée par 2.

Prenons le problème à l'envers : de combien faudrait-il réduire la population pour que son impact sur l'environnement reste inférieur pendant, disons, un siècle à ce qu'il était au départ ? Avec ce modèle, on peut calculer qu'il faudrait tuer non pas 1 personne sur 2 mais 11 personnes sur 12.
Et si on veut être tranquille pendant 200 ans, il faut exterminer un peu plus de 99% des habitants de l'univers - 99,24% pour être exact.
500 ans ? Il faudra se débarrasser de 99.9995% de la population.

Thanos vise donc beaucoup trop bas. Les plans de John Brightling dans Rainbow Six (qui veut ramener la population de la planète sous 500.000 habitants), de Bertrand Zobrist dans Inferno ou de Richmond Valentine dans Kingsman semblent beaucoup plus raisonnables !

A ce stade vous l'aurez compris : le néo-malthusianisme est un cliché de fiction. Il donne à des auteurs qui n'ont pas trop d'imagination de bons antagonistes : complétement immoraux dans leurs actions mais sensés, voire sympathiques, dans leurs motivations.
On pourrait quand même se demander pourquoi tous ces super-vilains s'attaquent toujours au premier terme de l'équation IPAT, la population, et jamais au second, la consommation. Ce serait vraiment trop méchant ?


Publié le 18 mai 2018 par Thibault Laconde


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2 commentaires :

  1. Cependant, est ce qu'on ne doit pas considérer que l’éradication de la moitié de la planète ai un impact sur la croissance du PIB ?

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    1. Probablement mais plutôt dans le sens d'une accélération si on regarde les exemples historiques : Trente Glorieuses après la Seconde Guerre Mondiale, essor de la bourgeoisie après la Peste Noire, etc.

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