Si vous fréquentez régulièrement ce blog, vous vous êtes sans doute aperçu que je me tiens relativement coi ces derniers temps. Cela vous aura d'autant plus étonné que nous avons enfin un projet de PPE, que l'Allemagne est en train de se donner une feuille de route pour sortir du charbon et que Taiwan a décidé de continuer son chemin vers la fin du nucléaire malgré un referendum contraire... bref qu'il y avait matière.
Si je ne vous ai parlé d'aucun de ces sujets, c'est pour une raison simple. En ce moment un autre projet absorbe l'essentiel de mon temps et de mon énergie.
J'aimerais vous en parler pour vous expliquer la direction que va prendre ce blog pendant les prochains mois et aussi pour solliciter vos idées et vos remarques. Au fil des ans, une vraie communauté de passionnés s'est créée ici et il serait dommage de ne pas en tirer partie dans ce projet.
Alors que les diplomates du monde entier préparent la conférence sur le climat de Katowice et que le gouvernement français pondère ce qu'il va faire du nucléaire, on peut avoir l'impression que les États règnent en maîtres sur les politiques énergétiques et climatiques. Pourtant ils ne sont pas les seuls à agir, loin de là : les entreprises, les collectivités, les ONG, le monde académique, etc. jouent un rôle aussi voire plus important.
Pour documenter leurs contributions, qui reste assez peu connue, l'association Climate Chance a créé un "observatoire de l'action climatique non-étatique". Cet observatoire publie ces jours-ci son premier rapport annuel (disponible ici).
J'ai largement contribué aux chapitres de ce rapport consacrés à l'énergie et à l'industrie. Voici ce que je retiens de ce travail inédit dans le domaine que j'ai le plus approfondi, c'est-à-dire la production d'électricité et de chaleur.
Les émissions restent mal orientées mais le visage du secteur change rapidement
On ne dispose pas encore de données complètes sur les émissions liées à la production d'électricité et de chaleur en 2017 mais les premiers éléments sont loin d'être encourageants : l'année dernière, les émissions du G20 (qui représentait 80% des émissions dans ce secteur en 2016) ont augmenté de 2%. Il ne fait donc guère de doutes que la légère baisse des émissions enregistrée en 2015 a fait long feu.
La raison ? Principalement l'augmentation de la demande d'électricité sous l'effet de la croissance économique et des progrès de l'électrification. La diffusion des énergies renouvelables rend la production d'électricité moins émettrice mais ces progrès sont largement contrebalancés par la hausse de la production.
Est-ce que cela signifie que rien ne se passe. Certainement pas ! Quand on va au-delà de ces chiffres et qu'on s'intéresse, notamment, aux entreprises du secteur il est évident que le secteur est en train de changer à grande vitesse.
C'est le cas évidemment avec les grands énergéticiens occidentaux - Eon, RWE, EDF... - et leurs fournisseurs - Siemens, GE, ABB, Westinghouse... - qui se réorganisent péniblement. Certaines entreprises y parviennent et en profitent pour se réinventer totalement comme le danois Orsted passé en une dizaine d'années du pétrole à l'éolien.
Les grandes entreprises héritières des monopoles nationaux peuvent aider à développer des filières complexes, c'est le cas de KenGen qui a fait du Kenya un champion de la géothermie. Mais d'une manière générale, l'innovation technique et économique facilite l'entrée de nouveaux acteurs alors que les entreprises historiques sont handicapées par l'inertie de leurs infrastructures. On voit ainsi les opérateurs de téléphonie et les banques investir la fourniture d'électricité au travers des systèmes "pay as you go" qui alimentent 750.000 foyers principalement en Afrique de l'Est ou encore les géants de l'internet entrer sur le marché de l'énergie aux États-Unis.
Si on regarde les indicateurs, il semble que la transition climatique du secteur électrique n'a pas encore commencé mais si on s'intéresse aux dynamiques des organisations il est clair qu'il est en train d'évoluer rapidement. Le visage du secteur de l'électricité n'est déjà plus ce qu'il était il y a 10 ans et il sera probablement méconnaissable dans quelques années.
La société civile et les communautés locales pèsent dans les choix énergétiques
Ce ne sont pas que les États et les entreprises qui décident des grandes options énergétiques. La population, plus ou moins organisée, a la volonté et la capacité d'exercer une réelle influence.
La Chine, qui pourtant n'est pas le pays le plus ouvert dans ce domaine, en donne un bon exemple : la mobilisation de la population contre la pollution atmosphérique, notamment au printemps 2015, a joué un rôle important pour orienter le gouvernement central et les entreprises vers une production d'énergie moins carbonée. Dans le même temps, les interrogations des milieux académique sur la sécurité des centrales nucléaires construites à l'intérieur des terre a conduit à un moratoire de fait sur les nouveaux projets.
La mobilisation de la société civile est souvent dirigée contre les centrales à charbon : on retrouve des mouvements de ce type de l'Allemagne (mine de Hambach) jusqu'au Kenya (centrale de Lamu). Mais elle peut aussi cibler des filières destinées à réduire les émissions comme
la séquestration du carbone (Barendrecht aux Pays Bas, Beeskow en Allemagne, Greensville et Long Beach aux Etats-Unis) et bien sur le nucléaire.
Les collectivités jouent un rôle d'animation de la transition climatique
C'est évident en France où la loi sur la transition énergétique de 2015 à fait des intercommunalités les cheffes de file de la transition énergétique et rendu les plan climat-air-énergie territoire obligatoire pour la plupart d'entre-elles. Mais c'est le cas aussi ailleurs.
Là encore la Chine fournit un exemple inattendu : de nombreuses villes chinoises se dotent de plans climat. Cette démarche permet d'accélérer le déploiement de solutions comme la mobilité électrique ou le chauffage solaire mais elle offre aussi un espace d'expression dans lequel le modèle de croissance basé sur l'industrie et la construction est souvent débattu.
Au-delà de leurs territoires, les collectivités peuvent aussi faire évoluer les instances nationales avec lesquelles elles dialoguent. Le Cap en Afrique du Sud fournit un bel exemple de ce type de démarche : depuis 2008, la ville est engagé dans des échanges avec NERSA, le régulateur de l'électricité sud-africain, et l'électricien Eskom pour donner un cadre réglementaire et technique à la production solaire décentralisée. Ses efforts, qui se poursuivent, ont profité à d'autres collectivités du pays.
Le prix du carbone n'est pas un outil réservé aux États
Le prix du carbone est un des outils qui fait consensus dans la lutte contre le changement climatique. Et il a démontré spectaculairement son efficacité en Grande Bretagne qui a vu sa production électrique au charbon s'effondrer après avoir fixé un prix plancher pour le carbone.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser cet outil n'est pas réservé aux États : une trentaine de villes, régions ou états fédérés ont déjà mis en place une taxe carbone ou un marché des émissions. Aux États-Unis, 9 états fédérés se sont engagés à créer un
marché du carbone dans le cadre du Regional Greenhouse Gas Initiative
afin de réduire leurs émissions de 65%. En Chine, l'expérience des gouvernements locaux, comme les villes de Shanghai et
Pékin ou la province de Canton, qui ont mis en place un marché du
carbone local, sert d'inspiration pour la création du marché national. Au Canada,la Colombie Britannique, et l'Alberta ont créé des taxes carbone et le Québec et l'Ontario se sont dotés de marché des émissions...
Les entreprises aussi peuvent se doter volontairement de prix du carbone. C'est par exemple le cas de Microsoft qui prélève une "taxe" sur ses émissions directes et certaines émissions indirectes (comme les voyages en avion des salariés) et utilise l'argent collecté pour financer ses investissements dans les énergies renouvelables.
Finalement ce rapport met en évidence un foisonnement d'initiatives et d'actions. Elles ne suffisent pas encore à infléchir les émissions mais il y a matière à espérer. Si ces réussites peuvent être connues, reproduites, améliorées... nous sommes peut-être plus proche d'un basculement que les indicateurs le donne à penser.
Mercredi 9 mai, le gouvernement a rendu public son projet de réforme constitutionnelle. Ce projet assez copieux notamment dans la révision de la procédure législative mais je laisse à d'autres le soin d'en discuter. Ce qui nous intéresse ici c'est que cette proposition, si elle est adoptée, introduirait une mention du climat dans la Constitution. Alors consécration d'un engagement national dans la lutte contre le changement climatique ou gadget ?
La modification proposée
Le projet de loi constitutionnelle propose d'ajouter "l’action contre les changements climatiques" parmi les domaines de la loi énumérés à l'article 34 :
L'article 34 de la Constitution délimite le domaine dans lequel le pouvoir législatif peut intervenir, tout ce qui ne s'y trouve pas relève du pouvoir réglementaire et donc de l'exécutif.
La réforme constitutionnelle de 2005 a ajouté "la préservation de l'environnement" au domaine de la loi. La réforme proposée rajouterait à la suite "l'action contre les changements climatiques".
Deux remarques sur la formulation choisie :
Pourquoi "action contre" ? Le projet du gouvernement parlait initialement de "lutte contre", c'est le Conseil d'Etat qui a proposé "action contre" à la place sans prendre la peine d'expliquer pourquoi.
Pourquoi "changements climatiques" au pluriel ? Là, l'explication est facile à trouver : depuis 1992 et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992, tous les textes internationaux sur le climat ont parlé dans leur version française de changements climatiques au pluriel alors que la version anglaise elle retenait le singulier "climate change".
Dans les deux cas, on n'y gagne pas en clarté... Mais après tout pourquoi employer une expression que tout le monde connaît et comprend comme "lutte contre le changement climatique" quand on peut en forger une autre de toute pièce et attendre quelques années que la jurisprudence nous dise si elle est équivalente ou pas ?
Portée juridique : zéro
Au-delà de la formule, la question qui compte c'est évidemment : est-ce que ça change quelque chose ?
Sur le plan juridique, la réponse est claire : c'est non. Mentionner explicitement la lutte contre le changement climatique - pardon - l'action contre les changements climatiques ne rajoute rien par rapport à la réforme de 2005. Le législateur pouvait déjà intervenir dans ce domaine avant, il le pourra encore après... Ça ne sert à rien.
C'est d'ailleurs ce que dit le Conseil d'Etat :
En fait, il aurait été difficile de trouver une façon plus anecdotique de mentionner le climat dans la Constitution. Au point qu'on peut se demander si ce n'est pas précisément ce que le gouvernement cherchait : un endroit où placer le mot-clé en dérangeant le moins possible l'ordre juridique...
Un symbole, oui, mais un symbole de quoi ?
L'objectif de cet ajout serait donc d'ordre plus symbolique que juridique ? Oui sans doute et c'est la raison pour laquelle il sera peut-être bien accueilli : mentionner le climat dans la Constitution serait une reconnaissance de l'importance du sujet.
Mais est-ce bien inspiré ? Notre Constitution contient déjà une reconnaissance très forte des questions écologiques avec la Charte de l'environnement qui y a été annexée en 2005 et qui, comme la Déclaration de droits de l'homme, a pleinement valeur constitutionnelle. La Charte est un beau texte, bien équilibré qui aborde l'environnement dans son ensemble.
Mentionner le climat à part, c'est revenir sur cette vision unifiée de la protection de l'environnement et consacrer un système à deux vitesses : le climat, d'une part, des détails comme la biodiversité, la pollution, la gestion des ressources, etc. d'autre part. Une vision morcelée et hiérarchisée qui n'a pas de réalité pratique : le climat fait partie d'un système plus vaste qu'il influence et par lequel il est également influencé. Pour ne citer qu'un seul exemple : le réchauffement climatique menace les forêts humides (75% disparaîtraient dans un scénario de laisser-faire) mais la déforestation contribue aussi à réduire l'absorption du dioxyde de carbone et donc à changer le climat.
Après 25 ans de négociations internationales sur le climat, le sujet domine déjà largement l'agenda politique, il n'a pas besoin de nouveaux symboles. La modification de l'article 34 ne ferait que graver dans le marbre une approche climato-centrée de la protection de l'environnement, au risque de reléguer un peu plus dans l'ombre les autres enjeux.
Ce risque pourrait être acceptable si la modification avaient une réelle portée pratique mais s'il ne s'agit que de faire un symbole, il est injustifiable. Montesquieu disait qu'il ne fait toucher aux lois que d'une main tremblante, ici on a l'impression que les rédacteurs ont effectivement beaucoup tremblé, et qu'ils avaient de gros doigts.
Dans son premier discours sur l'état de l'union, en janvier, Donald Trump a fait l'éloge du "beau charbon propre" ("beautiful, clean coal") américain.
Cette oxymore - même dans l'imaginaire collectif le charbon est associé à la saleté - ne surprend même plus. Le charbon propre c'est celui dont la combustion n'émettra plus de gaz à
effet de serre, ni d'autres polluants atmosphériques, qui ne produira
plus de cendres contaminant les rivières... bref qui ne polluera plus. Il est devenu une des tartes à la crème des discussions sur l'énergie ou le climat.
Mais l'histoire du "charbon propre" est sans doute plus ancienne que vous l'imaginez...
Même lavé, le charbon n'est pas propre...
En France, l'expression "charbon propre" se rencontre depuis le début de la Révolution Industrielle, mais dans le sens originel de l'adjectif : le charbon est propre à tel ou tel usage. Le bois de bourdaine, par exemple permet de produire un charbon léger propre à la fabrication de poudre, raison pour laquelle un arrêté de l'an II en interdit la vente.
Au début du XXe siècle, un nouveau sens apparaît : dans des publications techniques, charbon propre commence à désigner un charbon à faible teneur en cendre, c'est-à-dire un charbon qui va donner moins de résidus solides après sa combustion et qui, par conséquent, aura une meilleure densité énergétique.
C'est aussi à cette époque que le terme clean coal apparait dans le monde anglophone avec une signification comparable, comme en témoigne par exemple cette étude parue aux États-Unis en 1918 (et disponible en ligne ici) : "Charbon propre : les effets de la teneur en cendre sur l'efficacité thermique".
"Charbon propre" est à l'époque plus ou moins un synonyme de "charbon lavé" :
à la sortie de la mine, le charbon est plongé dans un liquide de
densité assez élevée pour qu'il y flotte alors que les pierres et les impuretés elles tombent. Ce processus, apparu au milieu du XIXe siècle, permet
de diminuer les résidus restant après la combustion.
Mais en dépit du lavage, la teneur en cendre du charbon reste toujours d'au moins quelques pourcents, parfois plus de 10%. La gestion de ce résidu est un des problèmes environnementaux majeurs
posés par l'utilisation de charbon : les cendres peuvent contenir de nombreux
éléments toxiques comme du plomb ou de l'arsenic. Le charbon même lavé est donc loin d'être propre...
Au début du XXe siècle, le charbon propre est évidemment un argument commercial : un charbon avec une faible teneur en cendre contient plus d'énergie pour le même poids. L'expression "clean coal" se retrouve ainsi dans la publicité. C'est le début d'une longue carrière commerciale pour le "charbon propre" :
Propre et préparé avec soin... Ça donne envie, non ? Et c'est de bonne guerre puisque à l'époque l'adjectif propre désigne réellement une caractéristique du charbon vendu.
L'expression "charbon propre" fait un retour dans les années 70 avec l'apparition de filières concurrentes pour la production d'électricité et la montée des préoccupations écologiques - épuisement des ressources, pluies acides, pollutions atmosphérique et encore marginalement climat.
Cependant l'expression a changé de sens : elle fait de moins en moins référence à une qualité du charbon et de plus en plus aux performances environnementales supposé de son utilisation. Désormais, tous les charbons peuvent être propres à condition d'employer les bonnes technologies. Par conséquent, le charbon propre cesse d'être un argument mis en avant par une entreprise pour se différencier des autres producteurs et devient le slogan de tout un secteur.
C'est par exemple le cas avec cette campagne de 1979 :
"Le charbon peut-il être nettoyé avant d'être brûlé ? Oui. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur" clame cette campagne publiée dans le Wall Street Journal. Laver le charbon, nous dit l'annonce, n'est pas nouveau. Mais cela devient plus efficace et plus rentable grâce à une nouvelle méthode - méthode qui certes est encore en phase de test.
C'est une autre grande caractéristique du charbon propre depuis cette période : il n'est pas encore tout-à-fait propre mais il est va le devenir d'un instant à l'autre...
En 2003, le discours n'a toujours pas bougé : un encart paru dans le New York Times annonce "aussi bien le Département de l'Energie que les experts du secteur privé pensent qu'une centrale à charbon zéro-pollution sera prête à entrer sur le marché dès 2020" :
Si le discours reste remarquablement constant, le sens qu'il donne au terme "charbon propre" évolue : dans les années 2000, il est de plus en plus clairement associé à une technologie : la capture et la séquestration du carbone.
En 2005, GE préfigure le "beautiful coal" de Trump et rend le charbon "plus beau tous les jours" à coup de porno soft sur fond d'une chanson folk de 1946 dénonçant l'exploitation des mineurs. Du grand art...
En 2007, l'industrie du charbon s'engage même à laver plus blanc que blanc ("beyond clean") :
L'heure de gloire du charbon propre
Cette dernière publicité a été payée par une association appelée Americans for Balanced Energy Choices, littéralement Américains pour des choix énergétiques équilibrés... Vous l'aurez compris il s'agit d'un lobby pro-charbon.
En 2008, l'association décide de se renommer American Coalition of Clean Coal Electricity (Coalition américaine pour l'électricité au charbon propre). On est en plein dans la campagne présidentielle américaine qui amènera Barack Obama au pouvoir et pendant la préparation de la conférence sur le climat de Copenhague, alors le lobby ne regarde pas à la dépense : l'ACCCE dépense plusieurs dizaines de millions de dollars de pour faire la promotion du charbon propre (dont au moins 35 pour peser sur les élections américaines).
A défaut de convaincre, cela fait au moins parler : l'historique des recherches sur Google montre que le terme "clean coal" n'a jamais été aussi recherché qu'en 2008 :
Le charbon propre, chimère politique
L'intérêt est ensuite retombé rapidement. Il faut dire que derrière l'enthousiasme des communicants, les projets de charbon propre ont une longue tradition d'échec :
FutureGen dans l'Illinois a réussi l'exploit d'être annulé par l'administration Bush puis à nouveau par Obama,
Si malgré ces échecs le charbon propre revient périodiquement à la mode, c'est parce qu'il a une répond à un problème politique bien précis : l'incapacité à faire un choix entre l'évidence du changement climatique et un attachement économique, stratégique ou affectif au charbon. Pour que ces deux réalités puissent coexister, il faut que le charbon propre existe. Et s'il n'existe pas il faut l'inventer.
C'est particulièrement évident dans cette vidéo australienne :
C'est également pour cette raison que Donald Trump vante lui aussi le charbon propre. Lorsqu'il a annoncé sa décision de sortir de l'Accord de Paris, il l'a fait au nom des industries fossiles américaines mais sans remettre en cause l'existence du changement climatique. Lui, et son administration, ressentent cette dissonance cognitive, pour la résoudre il faut bien que les énergies fossiles puissent devenir propres.
Le mythe du "charbon propre" ne disparaîtra qu'avec l'attachement que certains pays et communautés vouent au charbon lui-même. Le problème, c'est que les négociations internationales sur le climat s'efforcent d'être neutres technologiquement : elles prétendent fixer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans jamais parler du sort des activités qui les émettent, et de leurs salariés. Ce non-dit créé une tension propice à l'apparition de fausses solutions comme la capture du carbone.
S'il y a quelque chose à apprendre de l'attitude de Trump sur le climat et du retrait américain de l'Accord de Paris, c'est peut-être ça : il est temps que les discussions portent aussi sur les moyens.
Vous avez fait quoi ce week-end ? Un peu de bricolage ? Une petite ballade en forêt ? Ou simplement la grasse matinée ? Hé bien, pendant que vous vous prélassiez, le gouvernement, lui, travaillait dur pour le soutenir la production pétrolière française !
Le Journal Officiel daté du dimanche 2 février ferait presque passer la France pour un pays pétrolier : on y trouve 3 décrets accordant de nouvelles concessions pour l'exploitation de pétrole et de gaz - ce qui porte à 65 le nombre total de concessions en France.
Par ailleurs, 2 autres décrets prolongent des concessions existantes et une dernière est étendue. Et il y a aussi la prolongation de 3 permis pour la recherche d'hydrocarbures (qui s'ajoute à celle de 6 autres fin décembre) ainsi qu'une réforme du droit minier en outre-mer visant à faciliter les activités pétrolières en Guyane.
Vous trouvez que ça fait beaucoup pour un pays qui a adopté il y a un mois une loi prévoyant l'arret en 2040 de la production de pétrole et de gaz en France ? En fait, lors du vote de cette loi, Nicolas Hulot avait insisté : elle ne signifie pas que le gouvernement n'autorisera plus d'activités pétrolières en France et encore moins que les permis existants seront révoqués.
On se souvient que l'annulation des permis pour la recherche de gaz et pétrole de schiste après la loi de 2011 bannissant la fracturation hydraulique a été contesté en justice, lançant un feuilleton judiciaire qui se poursuit encore. Laisser les concessions existantes courir jusqu'à leur terme est donc, a priori, de bonne politique. Les prolonger ou en accorder de nouvelles est plus surprenant...
En fait, cet épisode me semble révélateur d'un phénomène beaucoup plus large : à l'image de l'Accord de Paris qui vise zéro émission nette dans la seconde moitié du siècle, un peu partout dans le monde, les politiques énergétiques et climatiques commencent à se donner des objectifs à long-terme très ambitieux, mais dans le même temps on constate un relâchement à court-terme. Comme si l'engagement de devenir propre vers 2050 rendait moins nécessaires les efforts aujourd'hui.
La France en donne un parfait exemple : héraut de l'Accord de Paris mais laissant ses émissions croître, premier pays à fixer dans la loi la fin des énergies fossiles mais accélérant la recherche et l'exploitation d'hydrocarbures sur son territoire... Nous sommes le poivrot qui décide d'arrêter demain et s'offre un verre pour fêter ça !
Et il n'y a pas que nous : l'Allemagne va certainement rater ses objectifs d'émissions pour 2020, la Grande Bretagne devrait louper les siens en 2025, la Belgique ne fait pas mieux, les émissions du Japon s'envolent, on pourrait continuer... Il est peut-être temps de sortir de l'autosatisfaction et de réaliser que le vrai danger pour l'action climatique, ce ne sont pas les délires climatosceptiques d'un Trump mais notre propre laisser-aller.
--------------------------------------- Pour ceux que ça intéressent, voici le détail des concessions et des permis de recherche modifiés le 2 février 2018 : Trois nouvelles concessions :
Concession d'Amaltheus : Concession de 37km² dans la Marne et accordée à IPC France, le deuxième producteur de pétrole en France filiale du groupe suédois Lundin, jusqu’au 1er janvier 2040.
Concession d'Avon-la-Pèze : Concession de 56km² située dans l’Aube et accordée pour 15 ans à Société pétrolière de production et d'exploitation (SPPE), une PME.
Concession de la Conquillie : Concession de 36km² située en Seine-et-Marne et accordée pour 15 ans à Vermilion, un groupe canadien et le premier producteur de pétrole en France avec environ 11.000 barils par jour.
Deux concessions prolongées :
Concession de Saint-Germain-Laxis : Concession de 20km² située en Seine-et-Marne et prolongée jusqu’au 28 septembre 2031.
Concession d’Eschau : Concession de 5km² située dans le Bas-Rhin et prolongée jusqu’au 10 octobre 2031.
Une concession étendue :
Concession de de Champotran : Cette concession située en Seine-et-Marne et accordée jusqu’au 14 août 2038, est étendue de 123km².
Trois "permis exclusif de recherches de mines d'hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux" sont prolongés :
Permis d’Aquila : Ce permis, accordé à Vermilion pour une zone de 283km² située sur la côte de la Gironde, est prolongé jusqu’au 21 juillet 2020. Une demande de prolongation pour ce permis avait été rejetée en mars 2017.
Permis de Forcelles : Ce permis d’exploration sur une zone de 20km² située en Meurthe-et-Moselle est prolongé jusqu’au 7 septembre 2021.
Permis de La Folie de Paris : Portant sur une zone située à l'intersection de l’Aube, de la Marne et de la Seine-et-Marne, ce permis est prolongé jusqu’au 7 août 2021 mais sur une surface réduite à 199km².
A l'occasion du One Planet Summit en décembre, j'ai eu l'occasion d'échanger avec l'équipe de Carbon Tracker, un think tank britannique très actif dans la réflexion sur le risque carbone dans le secteur financier.
Ils sont notamment les auteurs de rapports sur les "actifs échoués" qui ont largement contribué à façonner la façon dont le secteur financier pense le changement climatique. Plus récemment ils ont publié une étude montrant que plus de la moitié des centrales à charbon européennes opèrent à perte.
J'ai pu discuter de ces deux sujets avec Mark Campanale, ancien gestionnaire de fonds et co-fondateur du think tank en 2010, et Laurence Watson, data scientist. Voici la retranscription de cet échange.
Vos rapports de 2011 et 2013 sur les "stranded assets" ont aidé à structurer la façon dont les investisseurs et les industries fossiles comprennent les risques liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Quels en sont les principaux points ?
Mark Campanale : Dans ces deux rapports, il y a trois grandes idées. La première est que le "budget carbone" permettant d'atteindre 2°C est limité et décroît, les émissions possibles avant que nous atteignons la limite des 2°C puis des 3°C est proche : 30-45 ans sur la base des trajectoires d'émissions actuelles.
Deuxièmement, le CO2 contenu dans les réserves d'énergie fossiles et les ressources non encore développées (voir ici pour une définition) dépasse très largement le budget carbone permettant d'atteindre 2°C - et une proportion considérable de ces ressources, de l'ordre de 40% en part de marché, est la propriété d'entreprises cotées.
Le dernier point est que cette situation présente un risque pour la bonne gestion et la stabilité des marchés financiers. Notez que les rapports ne parlent pas de "bulle financière" mais de "bulle carbone". La surabondance de carbone conduit à une mauvaise allocation des ressources financières vers des investissements sans valeur, c'est ce que nous appelons des stranded assets ou "actifs échoués".
Une demie-décennie plus tard, ces travaux sont-ils toujours d'actualité ?
Mark Campanale : Oui, je crois qu'ils sont toujours d'actualité. En bref, le raisonnement de ces premiers rapports est : si nous avons déjà suffisamment financé le développement des énergies fossiles pour dépasser 2°C, pourquoi continuer à investir ? La question reste inchangée. Comme notre conviction qu'il faut une transition organisée, méthodique - mais rapide - vers un système énergétique bas-carbone.
Est-ce que vous avez constaté des progrès dans ce sens ?
Mark Campanale : Oui. Dans trois domaines interdépendants. D'abord les investisseurs posent des questions de plus en plus détaillée sur la stratégie des majors des énergies fossiles. On le voit avec les initiatives Climate Action 100+, Transition Pathway ou Portofolio Decarbonization Coalition. Chercher à savoir si les producteurs d'énergies fossiles sont ou non sur la bonne voie est un réel progrès. Dans une certaine mesure, les désinvestissements annoncés par des groupes comme Axa ou, encore mieux, la Banque Mondiale illustrent cette tendance.
Le second progrès est la création de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures - Mark Carney a emprunté à notre premier rapport dans plusieurs de ses discours et encore lors du One Planet Summit. Et ce groupe de travail, devant lequel je suis intervenu à ses débuts, reflète vraiment ce que nous disions dans nos rapports : il faut plus de transparence sur les risques climatiques pour que les marchés financiers puissent leur donner un prix de manière plus efficiente.
Finalement : les entreprises répondent ! C'était vraiment important, par exemple, que Shell accepte d'évaluer ses émissions sur le scope 3 et reconnaissent une certaine responsabilité pour ces émissions indirecte. Nous pensons que les producteurs d'énergies fossiles vont commencer à rendre des comptes aux marchés dans le cadre défini par la TCFD et c'est un réel progrès par rapport à ce que nous réclamions dans nos premiers rapports.
Selon une de vos étude récente, 54% des centrales à charbon européennes fonctionnent à perte. Mais alors pourquoi sont-elles encore en service ? Et comment accélerer leur fermeture ?
Laurence Watson : Nous avons trouvé plusieurs raisons pour lesquelles les électriciens maintiennent en service ces centrales : l'espoir que les gouvernements mettent en place un mécanisme de capacité les rétribuant pour une puissance disponible, l'espoir que leurs concurrents ferment leurs centrales en premiers faisant remonter les prix, les coûts de démantèlement et de remise en état qui peuvent être très importants en particulier si la centrale est associée à une mine et l'opposition de certains gouvernements à ces fermetures, comme dans le cas d'Iberdola.
Pour accélérer la transition, il faudrait que les électriciens changent de stratégie plutôt que de réinvestir dans des centrales à charbon anciennes et de plus en plus déficitaires. Pour celà, il faut aussi que les décideurs publics créent un environnement favorable à cette transitions énergétique et que les investisseurs changent leur façon d'évaluer actifs liés au charbon, comme aux autres énergies fossiles d'ailleurs.
Le rideau tombe ce soir sur la 23e conférence sur le climat, l'occasion de faire un bilan et de dessiner déjà quelques enjeux pour les prochains mois.
En bref, ça s'est bien passé
S'il ne faut retenir qu'une seule chose, c'est que la COP23 s'est déroulée sans réel accroc (sauf rebondissement de dernière minute).
Évidemment, c'était d'autant plus facile que cette COP était une conférence destinée avant tout à préparer la suivante mais il n'empêche qu'elle a vu des progrès importants, pour citer les principaux :
Sur le "rulebook" (renommé officiellement "guideline for implementation") : L'Accord de Paris, on le sait, a gravé dans le marbre des principes généraux qui doivent être précisés avant de devenir réellement opérationnels. La conférence de Bonn a permis d'adopter un brouillon de ce manuel d'application de l'Accord de Paris, il reste encore beaucoup de divergences mais dans les négociations internationales s'entendre sur le texte sur lequel on va discuter est déjà un grand pas !
Sur le "dialogue de Talanoa" : dans le cadre de la COP21, les États se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre mais ces promesses sont encore très insuffisantes pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C et idéalement à 1.5°C, objectifs pourtant inscrits dans l'Accord de Paris. Des révisions régulières sont donc nécessaires, c'est l'objectif du dialogue de Talanoa qui formalise un mécanisme ébauché il y a deux ans.
Sur l'action pre-2020, c'est-à-dire avant la mise en oeuvre de l'Accord de Paris, des progrès ont aussi été enregistrés.
La présidence fidjienne a aussi imprimé sa marque sur cette conférence avec l'Ocean Pathway ou en poussant des sujets tels que le genre, l'agriculture et la sécurité alimentaire ou encore la Plateforme pour les collectivités locales et les Peuples autochtones.
Beaucoup de travail en 2018
Tout n'est pas réglé pour autant : il ne s'agit que de premiers pas qui devront être poursuivis et accélérés. Par ailleurs, certains sujets patinent, c'est le cas - comme d'habitude serait-on tenté de dire - des financements (dont les fameux 100 milliards de dollars par an promis par les pays développé aux pays en développement) et des pertes et dommages (le mécanisme destiné à aider les victimes du changement climatique). Il reste encore beaucoup de travail pour permettre l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris à la COP24 comme prévu...
Ouvrons donc nos agendas : la prochaine conférence
sur le climat, aura lieu à Katowice dans le sud de la Pologne du 4 au 13
décembre 2018.
Cette COP24 est un rendez-vous crucial mais ce n'est pas le seul : l'intersession (en quelque sorte la COP23.5 qui aura lieu en avril) sera importante, comme les réunions du G20 ou les autres grands rendez-vous internationaux qui devront faire avancer les négociations en coulisse. Sans oublier le sommet sur le climat organisé à Paris le 12 décembre et qui doit notamment aborder la question des financements. Le GIEC doit aussi remettre en septembre 2018 son prochain rapport sur l'impact d'un réchauffement de 1.5°C et les trajectoires d'émission qui peuvent y mener.
Bref, l'année 2018 s'annonce chargée sur le front du climat. Pour les acteurs de la société civile, il faudra aussi faire un effort de pédagogie et de mobilisation pour expliquer pourquoi la COP24 qui resssemble fort à un énième sommet technocratique est en fait un rendez-vous autant, voire plus, important que la COP21.
Une mobilisation toujours forte
La société civile, justement parlons-en. Cette COP23 n'a pas fait le plein coté chef d'Etat et de gouvernement mais les visiteurs se sont encore bousculés dans les allées de la conférence : selon la ministre de l'environnement allemande, la COP23 a acceuilli 72.000 participants dont 11.000 délégués et 1200 journalistes. Ce qui en fait la plus grande conférence internationale jamais organisée en Allemagne.
Pour une COP que tout le monde savait par avance "technique" et "de transition", cette fréquentation est remarquable. C'est encore une fois la preuve que le climat reste en haut de
l'agenda : aucun autre sujet n'a la capacité de mobiliser aussi
largement la communauté internationale.
Et cette mobilisation est plus que bienvenue au moment où les acteurs non-étatiques - entreprises, collectivités, régions, etc. - se placent à la pointe de l'action climatique. Comme c'est souvent la cas dans les COP, les évènements les plus intéressants et les progrès concrets n'étaient pas à chercher du coté des négociations mais dans le bouillonnement qui entourait la conférence.
Le charbon sur le banc des accusés
S'il fallait dégager une tendance forte parmi toutes ces initiatives, ce serait probablement celle-ci : les jours du charbon semble de plus en plus clairement comptés.
L'agenda et le lieu s'y prêtait : l'Allemagne reste un des pays européens les plus dépendants du charbon et les négociations pour former une nouvelle coalition après les élections fédérales du 24 septembre buttent notamment sur la fermeture de centrales à charbon. L'Allemagne a fait profil bas mais il est possible que la pression des ONG et même des entreprises à l'occasion de cette COP aident à faire pencher la balance.
La situation sera d'ailleurs un peu la même l'année prochaine avec une COP24 se déroulant dans une région charbonnière de la Pologne, elle-même très attachée à ce combustible.
Comme c'est presque rituel, des institutions financières ont profité de la COP pour annoncer leur intention de désinvestir du charbon ou plus largement des énergies fossiles. C'est par exemple le cas de Storebrand, le plus gros fonds de pension privé en Norvège.
Mais surtout cecette COP23 a vu naitre l'initiative "Powering past coal" : une coalition s'engageant à arreter toute production d'électricité à partir du charbon d'ici à 2030. Parmi les premiers membres, on trouve une vingtaine de pays dont certains dépendent encore largement du charbon comme le Danemark (24% de la production d'électricité), les Pays Bas (37%), le Portugal (29%) ou l'Italie (16%). Il s'agit donc pour eux d'un vrai engagement.
La coalition compte aussi une dizaine de régions ou provinces, dont deux états fédérés américains : l'état de Washington et l'Oregon.
Cette initiative a aussi pour effet d'isoler Donald Trump et ses rêves de renaissance du charbon. En effet, on trouve dans "Powering past coal" les voisins et les alliés les plus proches des États-Unis : Grande Bretagne, Canada, Mexique...
D'ailleurs, où sont les américains ?
Donald Trump n'était évidemment pas à Bonn, pas plus que Scott Pruitt ou Rex Tillerson. Rien de surprenant... Ce qui l'est plus c'est que le négociateur du département d'Etat a quitté la conférence au début de la deuxième semaine et que Tom Shannon, le chef de la délégation américaine... n'a tout simplement pas fait le déplacement.
Et lorsque les Etats-Unis étaient présents ils avaient apparemment du mal à s'entendre avec eux-même : il y a bien sur le mouvement "We Are Still In", la coalition d’États, de villes et d'entreprises qui soutient l'Accord de Paris et affirme représenter la moitié de l'économie américaine. Il y a aussi le seul événement officiel organisé par les Etats-Unis : un side-event pro-charbon.
Et entre les deux, il y a les diplomates américains qui semblent ne pas trop savoir où se mettre, en témoigne l'intervention assez convenue de Judy Garber, représentante des Etats-Unis in absentia, dans le segment de haut niveau : elle s'est bien gardé de ne serait-ce que prononcer le mot "charbon".
En tous cas, la diplomatie américaine n'a pas cherché à bloquer les négociations et c'est un grand soulagement. Après l'attaque de Trump contre l'Accord de Paris, tout le monde craignait que les Etats-Unis tentent de faire obstacle à la mise en oeuvre de l'Accord. Ce n'est pour l'instant pas le cas.
La 23e conférence internationale sur le climat, alias COP23, se tiendra du 6 au 17 novembre à Bonn. Il y a deux ans la COP21 avait été marquée par l'adoption historique de l'Accord de Paris, l'année dernière l'entrée en vigueur de l'Accord avait précédé de peu la COP22 de Marrakech mais l'enthousiasme avait été douché en pleine conférence par l'élection d'un climatosceptique à la Maison Blanche...
Cette nouvelle conférence sera-t-elle aussi mouvementée ? Que peut-on en attendre ?
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1. Préparer la COP24 et l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris
Pour comprendre la COP23, il faut se rappeler des deux conférences précédentes. Si vous avez manqué un épisode : l'Accord de Paris, le premier accord universel sur le climat, a été adopté en décembre 2015, il est entré en vigueur 11 mois plus tard. Ce délai très court est sans précédent pour la diplomatie environnementale moderne : le protocole de Kyoto par exemple avait mis 74 mois pour passer de l'adoption à l'entrée en vigueur.
Cette rapidité a pris tout le monde au dépourvu. En réalité, l'Accord de Paris n'est pas pret à être appliqué : c'est un texte resserré qui définit seulement les grands principes, il faut maintenant négocier les détails pratiques. L'année dernière, la COP22 a fixé la date à laquelle ces règles du jeu (ou "rulebook" en version originale) devront être finalisées : ce sera lors de la COP24 de Katowice en 2018.
A priori, la COP23 s'annonçait donc comme une conférence technique dont le principal enjeu est de préparer la suivante. Ce que l'on attendait surtout de la COP23, c'est de faire avancer les négociations sur la mise en oeuvre de l'Accord de Paris afin qu'il puisse être appliqué comme prévu dès l'année prochaine. Le succès ou l'échec de cette COP se jugerait donc sur des signaux faibles : pas de grands textes à adopter en plénière, très peu de chefs d'Etat, des négociations de boutiquiers et des bruits de couloirs...
L'annonce de Donald Trump ne peut pas prendre effet avant 2019 et d'ici-là les Etats-Unis restent parties à l'Accord de Paris. On observera donc avec beaucoup d'attention et un peu d'inquiétude l'attitude des délégués américains : Vont-ils se mettre sagement en retrait ? Vont-ils tenter d'infléchir les négociations en leur faveur ? Ou vont-il essayer de tout bloquer ?
Cette dernière option serait évidemment catastrophique. Les décisions se prenant à l'unanimité, les Etats-Unis ont la possibilité de neutraliser les trois prochaines conférences, et de retarder dramatiquement la mise en oeuvre de l'Accord de Paris. Dans ce cas, l'action climatique internationale serait probablement obligée de se déplacer vers d'autres forums pour éviter d'être paralysée. C'est peut-être ce qu'Emmanuel Macron avait en tête lorsqu'il a proposé un sommet sur le climat a Paris juste après la COP23.
3. Endiguer les Etats-Unis et éviter une contagion
Selon les optimistes, la position de Trump n'a pas eu d'impact en dehors des États-Unis. Au contraire, elle aurait même resserré les rangs et incité les autres pays et les acteurs non-étatiques à aller plus vite et plus loin.
La réalité n'est pas aussi rose : plusieurs pays sont arrivés à la COP21 en traînant les pieds et d'autres ne sont plus très enthousiastes à l'idée d'honorer leurs engagements. Ils pourraient être tentés de suivre les États-Unis dans leurs défection ou d'en profiter pour revoir les ambitions à la baisse. La COP23 sera l'occasion de savoir un peu plus précisément ce qu'il en est.
On surveillera notamment l'Australie, où les climatosceptiques dirigés par l'ancien premier-ministre Tony Abbott ont repris l'offensive après deux ans en retrait et semblent sur le point de l'emporter.
Il faudra aussi faire attention à la Russie qui n'a toujours pas ratifié l'Accord de Paris - avec la Turquie, c'est le seul pays du G20 dans cette situation. Au début des années 2000, Vladimir Poutine avait utilisé l'élection de Georges W. Bush et sa décision de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto pour monnayer au mieux la ratification russe et obtenir de nombreuses concessions. Il pourrait être tenter d'utiliser à nouveau cette stratégie aujourd'hui...
Même en Europe, la situation n'est pas tout-à-fait rassurante. En Allemagne, pays-hôte de la conférence, des négociations compliquées sont en cours pour former une nouvelle coalition et l'ambition climatique est au coeur des discussions. Dans ce domaine comme dans d'autres, la Grande Bretagne pourrait être tentée par le moins-disant afin de retenir des entreprises effrayées par l'incertitude politique et réglementaire endémique depuis le 23 juin 2016. La France, elle, est à l'aube d'une révision de sa politique énergétique dont les conséquences pour les émissions de gaz à effet de serre sont encore incertaines.
Bref, c'est toute la carte de la lutte contre le changement climatique qui est en train d'être redessinée et on y verra sûrement un peu plus clair à la fin de la COP23.
4. Confirmer la mobilisation des acteurs non-étatiques
De la même façon on suivra avec attention les interventions des collectivités et des entreprises. Le rôle de ces acteurs non-étatiquesa rapidement gagné en importance depuis quelques années et ils s'imposent comme une voie de recours aux Etats-Unis.
Les conférences précédentes ont vu un foisonnement d'initiatives, lesquels ont résisté à l'épreuve du temps ? La société civile sera-t-elle aussi mobilisée pour cette conférence a priori peu spectaculaire que pour les COP21 ou 22 ? Et, au-delà de leurs prises de position, quels progrès concrets les acteurs non-étatiques peuvent-ils démontrer ?
5. Apporter des réponses aux Etats insulaires et aux pays les plus vulnérables
C'est Frank Bainimarama, le premier ministre des Iles Fidji, qui présidera la COP23. C'est la première fois qu'un responsable d'un État insulaire a un tel rôle dans une conférence sur le climat.
Il aura certainement à coeur de faire entendre ces petits pays menacés de submersion et plus largement de donner la parole aux premières victimes du changement climatique. L'AOSIS, la coalition des Etats cotiers et insulaires, sera probablement très active notamment pour rappeler l'objectif de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C et les engagements financiers des pays développés.
Je suis ingénieur et consultant, spécialiste des risques climatiques avec une inclinaison pour l'énergie. Depuis 2011, ce blog m'accompagne dans ma réflexion. Vous y trouverez des explications simples sur des sujets compliqués, du fact-checking et parfois quelques idées neuves.