Ce qu'il faut savoir sur le retrait américain de l'Accord de Paris

Après des mois de flottement, Donald Trump a finalement annoncé le 1er juin que les États-Unis allait sortir de l'Accord de Paris. Son pays, a-t-il précisé, va cesser dès aujourd'hui d'honorer ses engagements notamment son INDC et sa contribution au Fonds Vert pour le Climat, en attendant éventuellement une renégociation ou un autre accord.
Voici quelques éléments pour mieux comprendre sa position et ses conséquences.

1. Concrètement comment les États-Unis vont-il sortir de l'Accord de Paris ?

En l'absence de précision, on peut supposer que les États-Unis vont suivre la procédure normale, prévue par l'art. 28 de l'Accord de Paris. Si c'est le cas, cela signifie qu'ils n'en sortiront réellement que dans 41 mois (au moins).

Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climatPendant ses 30 minutes de discours, Donald Trump n'a pas dit comment il comptait faire sortir son pays de l'Accord de Paris. Il ne s'agissait donc que d'un acte politique, juridiquement les États-Unis sont encore parties à l'Accord de Paris et le resteront probablement pour de longues années.
En effet, l'Accord ne peut être dénoncé que 3 ans après son entrée en vigueur (c'est-à-dire au plus tôt le 4 novembre 2019) et avec un préavis d'un an, par conséquent les États-Unis ne pourront en sortir en toute légalité qu'en novembre 2020.
Il existe d'autres voies qui permettraient une sortie plus rapide (je les ai expliqué ici), mais elles sont risquées sur le plan juridique et politique.



2. Quels sont les arguments de Donald Trump ?

Donald Trump s'est distingué dans le passé par ses prises de positions climatosceptiques mais il n'en n'a pas été question. L'administration Trump a manifestement voulu présenter sa décision comme avant tout économique.
Comme à son habitude, le discours de Trump a été confus mais on peut y distinguer trois grands arguments :
  1. L'Accord de Paris est mauvais pour l'économie et l'emploi américain,
  2. L'Accord de Paris n'est ni efficace ni équitable parce qu'il n'impose pas assez d'efforts aux autres grands pollueurs,
  3. Les États-Unis ont fait baisser leurs émissions avant l'Accord de Paris, ils peuvent proposer un modèle alternatif basé notamment sur le charbon propre et le gaz de schiste.

3. Quelle est la stratégie de Trump ?

On voit que l'administration Trump ne semble toujours pas avoir résolu les problèmes juridiques posés par la sortie de l'Accord de Paris. C'est probablement cette complexité qui explique que l'administration Trump ait hésité si longtemps.
Cependant le suspens était limité : depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a multiplié les efforts pour démanteler la politique climatique des États-Unis. Le pays était, de facto, sorti de l'Accord de Paris dans le sens où il ne peut plus atteindre les objectifs qu'il s'était donné avant la COP21.

Ce que l'on attendait surtout de ce discours c'était un aperçu de la stratégie de Donald Trump vis-à-vis des négociations internationales sur le climat : allait-il simplement claquer la porte au risque de perdre toute influence ? Allait-il tenter de les bloquer de l'intérieur ? Lancer un ultimatum pour obtenir une renégociation ?
Finalement, il semble ne pas avoir vraiment choisi en annonçant un retrait immédiat puis une hypothétique renégociation. Une chose est claire cependant : il a tenté d'ébaucher dans son discours une alternative à l'Accord de Paris en mettant en avant la baisse des émissions aux États-Unis.


4. Que peut faire la communauté internationale ?

Mais cette alternative que tente de proposer l'administration Trump ne tient pas debout. Elle est presque risible : la baisse des émissions qu'il met en avant a été obtenue grâce aux politiques de l'ère Obama qu'il a démantelé en arrivant au pouvoir et au développement des hydrocarbures non-conventionnels, qui est la vraie cause du recul du charbon américain. Et pour ce qui est du "charbon propre", Donald Trump semble avoir oublié que son projet de budget pour 2018 réduit de 75% la recherche dans ce domaine.
Il en est de même pour l'offre d'un retour dans l'Accord après renégociation : l'Accord de Paris est un équilibre délicat, obtenu entre 195 pays après presque 20 ans de négociation.

En réalité, Donald Trump n'a rien à proposer. La seule réponse possible de la part de la communauté internationale, c'est une fin de non recevoir, polie mais ferme.
L'objectif désormais doit être d'organiser l'endiguement des États-Unis afin d'éviter une contagion et de les empêcher de bloquer les négociations climatiques. Il faudra aussi réfléchir à la réponse à apporter : on ne peut pas écarter des sanctions commerciales ou une taxe carbone aux frontières américaines.

A moyen terme, l'enjeu est de parvenir à remettre en marche les négociations internationale sur le climat afin de rendre l'Accord de Paris opérationnel en 2018, comme prévu lors de la COP22.
La question des financements va probablement être centrale : lors de la COP21, l'aide promise par les pays développés aux pays en développement avait permis d'obtenir de leur part des engagements de réduction des émissions. Pour compenser le départ des États-Unis, il faudra trouver plusieurs milliards de dollars par an, ce qui là encore plaide pour une taxe carbone sur les produits américains redirigée vers le Fonds Vert.

5. Est-ce le début de la fin de l'Accord de Paris ?

Aujourd'hui seuls deux pays n'ont pas signé l'Accord de Paris : le Nicaragua (officiellement parce qu'il trouve l'Accord trop peu ambitieux) et la Syrie. Il est possible que le départ des États-Unis entraine celui de quelques États clients et/ou parias (les Philippines ? la Grande Bretagne ?) mais il est peu probable qu'il fasse boule de neige.
La Russie, qui a signé l'Accord mais ne l'a pas encore ratifié, est dans une position attentiste. Mais le précédent du Protocole de Kyoto, où il avait utilisé le désengagement des États-Unis pour renforcer sa position de négociation avant de ratifier, laisse penser que Vladimir Poutine restera dans le jeu.
De leur côté, l'Inde, la Chine et, évidemment, l'Union Européenne ont clairement réaffirmé leur attachement à l'Accord. Et c'est ce qui compte !

Il faut bien comprendre que la lutte contre le changement climatique connait actuellement deux transitions. D'une part, elle passe d'une question essentiellement européenne et américaine à un problème avant tout chinois et indien : en 2030, ces deux pays devraient émettre presque 10 fois plus de gaz à effet de serre que l'Union Européenne !
http://energie-developpement.blogspot.fr/2015/10/COP21-INDC-emission-CO2.html
Deuxième transition : nous passons d'une époque où les États étaient moteurs à une période où les principaux acteurs de la lutte contre le changement climatique deviennent les entreprises et les collectivités. Or, à quelques exceptions près, les grands États fédérés et le milieu des affaires américain soutiennent la lutte contre le changement climatique. Pour ne citer qu'un seul exemple : hier, l'Assemblée Générale d'Exxon, le plus grand pétrolier privé de la planète, a voté pour la création d'un rapport sur les impacts du changement climatique malgré l'opposition de la direction. Ce signal est probablement plus important que les gesticulation du président américain.

Non seulement ces deux dynamiques limitent beaucoup les dommages que pourraient causer le départ des États-Unis mais, en plus, ce désengagement pourrait accélérer le processus.

6. Peut-on comparer le retrait du Protocole de Kyoto avec la sortie de l'Accord de Paris ?

La comparaison vient spontanément à l'esprit : le 29 mars 2001, George Bush, président républicain nouvellement élu, annonçait que les États-Unis se désengageaient du Protocole de Kyoto signé quatre ans plus tôt par son prédécesseur démocrate.
Le parallèle est éclairant sur certains aspects mais il ne faut pas oublier que la situation était très différente : le Protocole de Kyoto n'avait pas été ratifié par les États-Unis et il ne pouvait pas l'être puisque, avant même son adoption, le Sénat américain avait adopté à l'unanimité une résolution le rejetant. L'Accord de Paris, lui, a été ratifié, or c'est cette étape qui engage définitivement un État.

7. Plus largement, quelles seront les conséquences de ce retrait ?

Et c'est probablement là la vraie question : la signature des États-Unis vaut-elle encore quelque chose sous l'administration Trump ? La question va bien au-delà du climat, elle touche à un principe de base du droit international : le respect des traités.
Ce n'est pas anodin que Trump ait évoqué plusieurs fois l'OTAN : sur ce sujet comme sur d'autres, on voit bien que Trump ne se sent guère engagé par les accords conclus avant lui. La dénonciation de l'Accord de Paris ne fait que confirmer cette orientation et pourrait avoir de lourdes conséquences sur la politique étrangère des États-Unis et, plus globalement, le fonctionnement des relations internationales.


Publié le 1er juin 2017 par Thibault Laconde



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7 commentaires :

  1. Quoi qu'il en soit, pour infléchir le climat il faudrait absolument que tout le monde pousse dans la même direction, les INDC qu'on voit au-dessus nous poussent tout droit dans la direction d'une augmentation à terme proche de 4°C, ils sont infiniment plus réaliste que les trajectoire carbone qu'il faudrait pour rester à 2°C, et les cris enthousiastes de victoire à chaque fois que l'Inde fait la moindre annonce sur les renouvelables cachent hypocritement que son plan de route est une augmentation très forte du charbon, dans un pays où plusieurs centaines de millions d'habitants sont encore dans une grave pénurie énergétique sur l'électricité.

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  2. Les USA sont dans une situation complexe actuellement: tiraillés entre une élite mondialiste à fond dans les nouvelles technologies et une Amérique profonde qui refuse la mondialisation.
    En fait, si en France on avait autant de "bleds" qu'au USA, le FN serait passé et on aurait la même politique que Trump.
    Le Monde est actuellement sur le fil du rasoir entre retour au moyen age et aux guerres, et construction d'une coopération multi partîtes (Europe / Chine / Inde / Japon).
    On peut juste espérer que l'Obscurantisme ne s'impose pas: obscurantisme et fanatisme islamique, retour au 18 ième siècle et son charbon avec Trump, Brexit en Angleterre avec menace d'une scission du Royaume Uni.
    Ce clivage retour au moyen age / progrès de la civilisation se traduit directement sur les questions d'énergie. C'est la préférence charbon/pétrole/nucléaire versus renouvelables.

    La COP21 a de toutes les façons déjà porté ces fruits: indiquer clairement aux acteurs économiques que les énergies fossiles étaient du passé. Le message est bien reçus par les investisseurs:
    - le pic de consommation du charbon est déjà passé et la capitalisation boursière des entreprises USA de charbon est passé de 35 G$ en 2011 à 0 en 2016. Quelle perte boursière!
    - le pic de consommation de pétrole est estimé à 2019-2021. D'ici à 3 ans, l'industrie pétrolière va subir la même descente aux enfers boursier que le charbon ces 5 dernières années.

    Les USA peuvent choisir de revenir aux gueules noires de Zola, c'est leur choix. Et comme dans Germinal, la colère montera.

    C'est à mon avis préférable que les USA quittent la COP21, comme tout ceux qui ne veulent pas aller de l'avant. Que ceux qui veulent aller de l'avant foncent: renouvelables, véhicules électriques, ...
    Que ceux qui veulent mourir de la pollution, des pesticides et des perturbateurs endocriniens s'isolent politiquement.
    Quand on veut avancer, on largue les boulets.

    Et quand les géants du pétrole rejoindront le sort des ex géant du charbon en faillite Peabody, Arch coal, Alpha NR, Walter, les Etats qui seront ruinés rejoindront de force le train.

    Et si ça se trouve (et c'est probable) le 6 novembre 2018, les USA feront machine arrière. Juste avant la descente aux enfers boursier de Big Oil.

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    1. Le vrai choix des US, c'est gaz et pétrole de schiste, pas le charbon. Le charbon ne reviendra pas quoi que fasse Trump. L'exploitation des schistes a beaucoup changé en quelques années, les producteurs ont fortement optimisé la production et réduit son coût, se mettant en position d'être les faiseurs de prix au niveau mondial, au détriments des producteurs qui ont des coûts de production importants, ou besoin d'un cours élevé pour leur économie. C'est chez
      eux, et pas aux US que vous allez trouver des gens ruinés.

      L'opposition que vous faites entre renouvelables et fossiles est purement imaginaire, dans les faits les renouvelables sont et resteront le meilleur allié du gaz et réciproquement. Dans un premier temps quand ça fait disparaitre le charbon, les émissions en profitent. Mais d'ici peu aux US, ça va surtout faire disparaitre le nucléaire, et augmenter les émissions donc.

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  3. Trump fait des émules en Europe.
    L'aile droite du parti de A. Merkel demande une révision des politiques allemandes du climat et de l'énergie. Espérons que cela permettra d'ouvrir le débat sur le sujet. Dommage cependant que cette attitude ne concerne pour l'instant que la partie la plus à droite de l'échiquier politique. Il me semble que la gauche aurait aussi des choses à dire sur le sujet.
    Lien Der Spiegel (traduit en anglais par Google)
    Signé: papijo

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    1. Malheureusement cette aile droite s'affiche essentiellement climato-sceptique. Quand elle fait la remarque, juste, que les 2°C ne sont pas atteignable, c'est pour conclure que ce n'est plus la peine de faire d'effort.

      Le résultat de changements impulsé par eux risque fort d'être on continue la fermeture du nucléaire, et on garde le charbon, on en construit même plus. Ca ne me surprend guère. Ca fait un moment que j'ai remarqué que le ressort principal en Allemagne pour continuer l'energiewende est surtout la terreur du nucléaire, alors que le climatoscepticisme lui progresse régulièrement, voir le succès d'un livre comme "Kalte Sonne", etc.

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  4. Je pense pour ma part que c'est l'échec de l'Energiewende qui est en cause, mais on ne peut pas leur reprocher de vouloir une discussion ouverte sur des bases scientifiques au sujet des changements climatiques.
    Pour info, traduction en "Anglais-Google" de leur communiqué.

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  5. J'ai finalement trouvé une critique "de gauche" des politiques pro-ENRs prônées par les Verts. Il s'agit de Otto Schily, qui a participé à la fondation du parti des Verts en Allemagne et était ministre de l'Intérieur sous Schröder et qui invite les électeurs suisses à ne pas copier la voie allemande.
    Signé: papijo (ainsi que le commentaire précédent)

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