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Canicule : faut-il inscrire une température maximale dans le Code du Travail ?

En l'espace d'à peine un mois, nous venons de vivre deux vagues de chaleur historiques, et le mot n'est pas aussi galvaudé qu'on pourrait le croire. Les épisodes de températures caniculaires de juin et juillet 2022 ont en commun d'avoir enfoncé les records de tout l'ouest et le nord de la France mais le premier avait une autre caractéristique plus discrète et peut-être plus inquiétante : sa précocité. Dès le jeudi 16 juin, bien avant la pause estivale et en semaine, 12 départements se sont réveillés en vigilance rouge "canicule"... et brusquement la question de l'organisation de travail en période de forte chaleur a pris une tournure beaucoup plus concrète.

Chaleur et travail : que dit le droit ?

chaleur et travail : faut-il modifier la loi
Ce n'était que la 4e fois depuis sa création en 2004 que l'alerte "canicule" était placée au plus haut niveau. La vigilance rouge signifie que Météo France prévoit "des phénomènes dangereux d'intensité exceptionnelle" et impose une "vigilance absolue". Mais concrètement, qu'est-ce que cela veut dire pour les travailleurs exposés à la chaleur ?

La réponse du Code du Travail : débrouillez-vous.

La protection des salariés contre la chaleur est sous la responsabilité de l'employeur dans le cadre de son obligation générale d'évaluation et de prévention des risques. Cependant le droit du travail français ne fixe aucun seuil de température. Il n'existe ni limite de température de l'air interdisant le travail en extérieur, ni température d'ambiance maximale pour les ateliers, les bureaux, etc.

Pour l'anecdote, l'article R4121-1 du Code du Travail, celui-là même qui impose à l'employeur d'évaluer les risques, n'en mentionne explicitement qu'un seul : les risques "liés aux ambiances thermiques". C'est bien qu'ils doivent être un peu importants...

Cette obligation d'évaluation et de prévention est tout de même renforcée dans les départements placés en vigilance rouge canicule. Selon les instructions du Ministère du Travail, l'employeur doit "procéder à une réévaluation quotidienne des risques encourus par chacun des salariés" et aménager le travail en conséquence, par exemple en diminuant la charge de travail, en modifiant les horaires, en élargissant le télétravail... L'INRS met à disposition des recommandations dans ce sens.
Si ces mesures sont insuffisantes pour garantir la santé et la sécurité des salariés, l'employeur doit arrêter le travail.
 

Droit de retrait

Si l'employeur ne prend pas les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs face à la canicule, c'est l'heure du droit de retrait. Il faut pour cela "un danger grave et imminent pour la vie ou la santé" des salariés (art. L4131-1 du Code du Travail). Mais là aussi aucune indication claire.
La jurisprudence n'aide pas à s'y retrouver. Le seul exemple a ma connaissance c'est cet arrêt de la Cour de Cassation de 2010 qui donne raison a un couvreur licencié après avoir arrêté le travail pendant la canicule de 2003.
 

En théorie, le Code du Travail est très protecteur pour le salarié qui exerce son droit de retrait : l'employeur ne peut pas s'y opposer, le sanctionner ou retenir son salaire. En pratique, cela reste une décision très difficile surtout en l'absence de règles ou de précédents.

Il y a eu quelques exemples d'exercices du droit de retrait pendant la vague de chaleur de juin 2022, par exemple à l'usine Toray d'Abidos (suite à un accident du travail) ou aux abattoirs Bigard de Quimperlé. Ce n'est probablement pas un hasard s'il s'agit de sites avec une forte population ouvrière et des syndicats solidement implantés, on peine à imaginer l'utilisation de ce dispositif par des salariés précaires - ce que reconnait d'ailleurs explicitement la CGT de Quimperlé - ou simplement isolés par un travail en extérieur. Or ce sont souvent eux les plus exposés.

 

Le Code du Travail devrait-il prévoir une température maximale ?

En résumé, le droit du travail n'indique pas à partir de quand la chaleur est considérée comme dangereuse. La décision d'arrêter le travail en cas de canicule est laissée à l'appréciation de l'employeur et, en dernier recours, du salarié via l'exercice du droit de retrait.

Question évidente : la loi devrait-elle fixer une température au-delà de laquelle l'employeur doit arrêter le travail ? A mon avis, la réponse est oui.

Il est difficile de fixer une température en dessous de laquelle il n'y a pas de danger. Il existe des exemples de coups de chaleur mortels avec une température inférieure à 30°C... La température acceptable depend en effet de nombreux facteurs : conditions météorologiques, notamment humidité, ensoleillement et vent, âge, état de santé et acclimatation, niveau d'effort physique, port d'équipements de protection individuels, etc. 

Par contre, il est assez facile de fixer une température au-delà de laquelle le travail est toujours dangereux. C'est le sens que devrait avoir selon moi l'inscription d'une température maximale dans la loi : donner une borne supérieure. Un repère qui permet à l'employeur, son représentant ou le salarié de regarder une carte météo ou un thermomètre et dire : "OK, la décision ne m'appartient plus, il faut arrêter".

Cette inscription ne devrait évidemment pas priver l'employeur et le salarié de la possibilité de cesser le travail si les conditions deviennent dangereuses avec des températures inférieures.

 

Où fixer la limite ? Quelques sources d'inspiration

Une température maximale au travail, ça n'est pas inédit, y compris dans des pays qui ne sont pas connus pour leur droit social progressiste. Pour ne citer que quelques exemples : 

  • En Arabie Saoudite, le travail en extérieur est interdit en été entre midi et 15h et doit être suspendu si la température atteint 50°C
  • Le Qatar s'est doté récemment, après moult pressions, d'une règle interdisant le travail en extérieur lorsque la température de thermomètre globe humide (une variante de la température humide tenant compte en plus de l'ensoleillement et du vent) dépasse 32.1°C.
  • En Chine, le travail en extérieur est interdit lorsque la température maximale journalière dépasse 40°C et réglementé au-dessus de 35 (durée maximale, interdiction des heures supplémentaires...). Et il ne s'agit pas que de limites théoriques : la suspension du travail en extérieur a par exemple été mise en oeuvre à Shanghai cette année.
    Les travailleurs chinois ont aussi droit à une (petite) prime de chaleur.

Il existe même une norme internationale sur le sujet : l'ISO 7726. Comme la législation quatari, elle fixe des seuils en température de thermomètre globe humide (WBGT en anglais) et différenciés selon le niveau d'effort physique et l'acclimatation. Par exemple pour un travailleur non acclimaté, elle recommande de limiter l'activité à partir d'une température WBGT de 23°C et de cesser toute activité à à 33°C.

Le graphique ci-dessous donne une approximation des limites de l'ISO 7726 en fonction de la température et de l'humidité :

ISO 7726 : Température maximale recommandée au travail
 

Aux taux d'himidité usuels, la limite se situe autour de 40°C. S'il fallait inscrire un seuil dans la loi, je pense que cette valeur serait un bon candidat.

 

 Publié le 25 juillet 2022 par Thibault Laconde

Incription du climat à l'article 34 de la Constitution : vrai progrès ou fausse bonne idée ?

Mercredi 9 mai, le gouvernement a rendu public son projet de réforme constitutionnelle. Ce projet assez copieux notamment dans la révision de la procédure législative mais je laisse à d'autres le soin d'en discuter. Ce qui nous intéresse ici c'est que cette proposition, si elle est adoptée, introduirait une mention du climat dans la Constitution. Alors consécration d'un engagement national dans la lutte contre le changement climatique ou gadget ?


La modification proposée


Le projet de loi constitutionnelle propose d'ajouter "l’action contre les changements climatiques" parmi les domaines de la loi énumérés à l'article 34 :
Projet de réforme constitutionnelle : mention de "l'action contre les changements climatiques" l'article 34
L'article 34 de la Constitution délimite le domaine dans lequel le pouvoir législatif peut intervenir, tout ce qui ne s'y trouve pas relève du pouvoir réglementaire et donc de l'exécutif.
La réforme constitutionnelle de 2005 a ajouté "la préservation de l'environnement" au domaine de la loi. La réforme proposée rajouterait à la suite "l'action contre les changements climatiques".

Deux remarques sur la formulation choisie :
  1. Pourquoi "action contre" ? Le projet du gouvernement parlait initialement de "lutte contre", c'est le Conseil d'Etat qui a proposé "action contre" à la place sans prendre la peine d'expliquer pourquoi.
  2. Pourquoi "changements climatiques" au pluriel ? Là, l'explication est facile à trouver : depuis 1992 et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992, tous les textes internationaux sur le climat ont parlé dans leur version française de changements climatiques au pluriel alors que la version anglaise elle retenait le singulier "climate change".
Dans les deux cas, on n'y gagne pas en clarté... Mais après tout pourquoi employer une expression que tout le monde connaît et comprend comme "lutte contre le changement climatique" quand on peut en forger une autre de toute pièce et attendre quelques années que la jurisprudence nous dise si elle est équivalente ou pas ?


Portée juridique : zéro


Au-delà de la formule, la question qui compte c'est évidemment : est-ce que ça change quelque chose ?

Sur le plan juridique, la réponse est claire : c'est non. Mentionner explicitement la lutte contre le changement climatique - pardon - l'action contre les changements climatiques ne rajoute rien par rapport à la réforme de 2005. Le législateur pouvait déjà intervenir dans ce domaine avant, il le pourra encore après... Ça ne sert à rien.
C'est d'ailleurs ce que dit le Conseil d'Etat :
Avis du Conseil d'Etat sur l'inscription du climat dans la Constitution

En fait, il aurait été difficile de trouver une façon plus anecdotique de mentionner le climat dans la Constitution. Au point qu'on peut se demander si ce n'est pas précisément ce que le gouvernement cherchait : un endroit où placer le mot-clé en dérangeant le moins possible l'ordre juridique...


Un symbole, oui, mais un symbole de quoi ?


L'objectif de cet ajout serait donc d'ordre plus symbolique que juridique ? Oui sans doute et c'est la raison pour laquelle il sera peut-être bien accueilli : mentionner le climat dans la Constitution serait une reconnaissance de l'importance du sujet.

Mais est-ce bien inspiré ? Notre Constitution contient déjà une reconnaissance très forte des questions écologiques avec la Charte de l'environnement qui y a été annexée en 2005 et qui, comme la Déclaration de droits de l'homme, a pleinement valeur constitutionnelle. La Charte est un beau texte, bien équilibré qui aborde l'environnement dans son ensemble.

Mentionner le climat à part, c'est revenir sur cette vision unifiée de la protection de l'environnement et consacrer un système à deux vitesses : le climat, d'une part, des détails comme la biodiversité, la pollution, la gestion des ressources, etc. d'autre part. Une vision morcelée et hiérarchisée qui n'a pas de réalité pratique : le climat fait partie d'un système plus vaste qu'il influence et par lequel il est également influencé. Pour ne citer qu'un seul exemple : le réchauffement climatique menace les forêts humides (75% disparaîtraient dans un scénario de laisser-faire) mais la déforestation contribue aussi à réduire l'absorption du dioxyde de carbone et donc à changer le climat.

Après 25 ans de négociations internationales sur le climat, le sujet domine déjà largement l'agenda politique, il n'a pas besoin de nouveaux symboles. La modification de l'article 34 ne ferait que graver dans le marbre une approche climato-centrée de la protection de l'environnement, au risque de reléguer un peu plus dans l'ombre les autres enjeux.
Ce risque pourrait être acceptable si la modification avaient une réelle portée pratique mais s'il ne s'agit que de faire un symbole, il est injustifiable. Montesquieu disait qu'il ne fait toucher aux lois que d'une main tremblante, ici on a l'impression que les rédacteurs ont effectivement beaucoup tremblé, et qu'ils avaient de gros doigts.


Publié le 11 mai 2018 par Thibault Laconde



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Rétrospective 2017 : les 5 articles les plus lus... et 5 autres qui mériteraient d'être (re)découverts

Quelle année, mes aïeux ! Entre l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, les élections françaises, allemandes et britanniques, les ouragans... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on n'a pas eu le temps de s'ennuyer. Pendant qu'on attend 2018 de pied ferme, pourquoi ne pas jeter un coup d'œil en arrière et voir ce qui vous a le plus intéressé...
 

Le TOP5 des articles de 2017


En 2017, j'ai publié 52 articles (and counting...) et, sauf inattendu notoire, le blog aura accueilli environ 750.000 lecteurs. Voici les 5 articles qui ont eu le plus de succès.

N°1 : Le programme énergie d'Emmanuel Macron

A tout seigneur tout honneur, c'est mon analyse de la politique énergétique proposée par le futur président de la République qui remporte d'assez loin la palme de l'article le plus lu cette année.
Lire l'article : Programme d'Emmanuel Macron : les renouvelables et le nucléaire à la loupe

N°2 : Les conséquences du Brexit pour le secteur de l'énergie

Si David Davis, le ministre anglais en charge du Brexit, a récemment reconnu qu'aucune étude d'impact sectorielle n'avait été faite, vous et moi nous sommes intéressés de près à ses implications pour la politique énergétique et climatique britannique et européenne..
Lire l'article : Brexit : quels effets pour le secteur de l'énergie

N°3 : RIP les 50% de nucléaire en 2025

Les nouveaux élus de la majorité se sont empressés d'abandonner cette promesse au nom de "nouveaux éléments" apparus depuis la campagne. Ils auraient pu gagner du temps en lisant cet article de mars 2017...
Lire l'article : 50% de nucléaire : pourquoi l'objectif est mauvais et par quoi le remplacer

N°4 : Energiewende, pourquoi tant de haine ?

Succès de scandale pour cet article. Mais il reste néanmoins parfaitement d'actualité au moment où une nouvelle manche du débat sur le nucléaire s'annonce.
Lire l'article : Notes aux haters de la transition énergétique allemande

N°5 : Nucléaire et renouvelables sont-ils compatibles ?

Ce dernier article est une surprise. Relativement récent et assez technique il trouve tout de même sa place dans ce top5. C'est sans doute que je ne suis pas le seul à me poser cette question.
Lire l'article : Le nucléaire est-il flexible ?



Le FLOP5 : 5 articles que vous avez ignoré mais que je vous invite à (re-)lire


Le succès ou l'échec d'un article est souvent une surprise, il arrive que quelques idées assemblées sur un coin de table connaissent un grand succès et parfois c'est l'inverse... Parmi ces articles qui n'ont pas trouvé leur public, en voici 5 que je vous recommande.

N°1 : Les précurseurs de la climatologie

Des Lumières au début du XIXe, cette série de 9 portraits publiés dans le creux de l'été est faite pour prendre un peu de recul sur l'épopée scientifique qu'a été la compréhension du climat et de son évolution.
Lire l'article : Sommaire de la série

N°2 : Comment lire les statistiques sur les énergies renouvelables

Nous allons bientôt voir fleurir les statistiques sur la transition énergétique et le développement des renouvelables pour 2017. Voici deux erreurs fréquentes à éviter si vous souhaitez les comprendre et les commenter.
Lire l'article : L'art et la manière de lire les statistiques sur les EnR

N°3 : Questions-réponses sur la décision américaine de sortir de l'Accord de Paris

L'annonce du retrait américain de l'Accord de Paris a été un des événement marquant de cette année et on n'a pas fini d'en voir les conséquences. Six mois après, cet article est toujours autant d'actualité...
Lire l'article : Tout ce qu'il faut savoir sur le retrait amérucain de l'Accord de Paris

N°4 : Harvey au Texas, le point un mois après

Publié un mois après l'ouragan Harvey, cet article montre comment une telle catastrophe a des effets durables même dans un pays aussi développé que les États-Unis.
Lire l'article : Comment, un mois après, l'ouragan Harvey continue à faire des dégats

N°5 : Ni oui, ni non, ni Berlin, ni Fukushima

En France les discussions sur le nucléaire ont souvent tendance à tourner en rond. Dans cet article, je vous propose un petit jeu pour essayer de renouveler le débat.
Lire l'article : Débat sur le nucléaire : et si on jouait à un jeu ?

Publié le 20 décembre 2017 par Thibault Laconde


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La PPE pour les nuls

Questions - réponses sur la programmation pluriannuelle de l'énergie 2018Si vous vous intéressez à la politique énergétique française, vous avez très certainement déjà entendu parler de cette programmation pluriannuelle de l'énergie, PPE pour les intimes. Et ça ne fait que commencer : la première PPE, adoptée en 2016, doit être revue l'année prochaine et ce sera l'occasion pour Emmanuel Macron et son gouvernement de mettre en musique leurs promesses... ou de les abandonner.
Celà nous promet une année riches en discussions qu'on espère constructives avec, espèrons-le, une politique énergétique enfin mise au clair à la fin de 2018. Vous vous en doutez : nous allons suivre ça en détail...

Mais commençons par nous intéresser un peu à cette programmation pluriannuelle de l'énergie : Que contient-elle ? Quels sont les enjeux de la PPE 2018 ? Comment et quand devrait-elle être adoptée ?

Voici les réponses aux questions que vous pouvez vous poser sur ce sujet. Et si vous en avez d'autres, n'hésitez pas à les poser en commentaire je compléterai l'article au fur et à mesure.


Qu'est-ce que la programmation pluriannuelle de l'énergie ? Que contient-elle ?

En bref, la programmation pluriannuelle de l'énergie est une feuille de route sur 10 ans pour la politique énergétique en France métropolitaine (la Corse et les DOM-COM ont leurs propres PPE).
La PPE a été crée par la loi de transition énergétique de 2015 (LTECV) et codifié à l'article L. 141 du code de l'énergie. La première PPE a été établie en 2016 et doit être revue en 2018. Par la suite, les révisions auront lieu tous les 5 ans.

Le contenu de la PPE est défini par la loi. Elle doit comporter (au moins) 6 volets :
  1. Sécurité d'approvisionnement,
  2. Réduction de la consommation d'énergie,
  3. Développement des énergies renouvelables,
  4. Développement des réseaux et du stockage d'énergie,
  5. Compétitivité et prix de l'énergie
  6. Besoins en compétences et en formation.
La loi précise également que la PPE doit définir des objectif quantifiés et donner une indication des ressources publiques disponibles pour des atteindre.


A quoi ça sert ?

Dire que les hommes et femmes politiques ne s'intéressent qu'au court-terme, ce n'est pas qu'un cliché : c'est aussi la réalité de nos institutions. Le budget de l'Etat, notamment, est annuel : taxes, subventions, investissements... tout est remis sur la table à chaque fin d'année.
Dans certains domaines, cette incertitude permanente menace de paralyser l'action de l'Etat : les acteurs économiques ont besoin d'un minimum de stabilité pour prendre des décisions qui les engagent sur des années voire des décennies... Dans un immeuble en copropriété par exemple, des travaux d'isolation thermique prennent 5 à 8 ans, difficile de s'engager dans un tel projet quand on sait que les dispositifs de soutien et les normes applicables peuvent être revus au 1er janvier prochain, non ?

Pour que les trajectoires définies par l'Etat aient une chance de se réaliser, il faut qu'elles disposent d'une certaine stabilité dans le temps. C'est l'objectif des programmations s'étendant sur plusieurs années.


La PPE est-elle juridiquement contraignante ou un simple engagement politique ? 

Dérogeant au principe d'annualité, un principe central des finances publiques, ces programmations sont des OVNI juridiques et valent surtout comme engagement politique.
De plus la PPE est un simple décret. Situé assez bas dans la hiérarchie des normes, il doit notamment respecter la loi y compris si celle-ci change après son adoption. Le législateur peut par conséquent à tout moment revenir sur la PPE, d'autant qu'en principe il n'est pas consulté pendant son élaboration.

La programmation pluriannuelle de l'énergie est donc un engagement de valeur très limitée sur le plan juridique. Elle peut être remise en cause facilement même si, politiquement, elle engage le gouvernement.


Comment et quand la PPE 2018 devrait-elle être adoptée ?

Comme la programmation pluriannuelle de l'énergie est un décret, elle relève du pouvoir exécutif. C'est le gouvernement qui l'adopte sans vote du Parlement.
Cependant la loi de 2015 prévoit une longue liste de consultations avant l'adoption d'une nouvelle PPE. Doivent ainsi donner leur avis  le conseil national de la transition écologique, le comité d'experts pour la transition énergétique, le comité de gestion des charges de service public de l'électricité et le comité du système de distribution publique d'électricité. Le gouvernement souhaite de plus organiser une concertation avec le public.
Le texte doit aussi être présenté à l'Assemblée Nationale et au Sénat après avoir été adopté.

Toutes ces consultations prennent du temps, c'est pourquoi l'élaboration de la PPE doit s'étaler sur toute l'année 2018 : les consultations ont déjà démarré et la PPE devrait être adoptée à la fin de 2018 en même temps que la stratégie nationale bas carbone.
Calendrier de travail et consultation pour la programmation pluriannuelle de l'énergie 2018
Calendrier de travail de la PPE 2018 (cliquez pour agrandir)
Plus précisément, des ateliers par secteur sont organisés depuis la rentrée 2017. Le premier trimestre 2018 devrait être consacré à la finalisation des scénarios et à la consultation du public via la CNDP. La modélisation macroéconomique des scénarios doit avoir lieu au deuxième trimestre et la première version de la PPE 2018 devrait être présentée en juin. Les mois suivants seront consacrée aux consultations imposées par la loi, au terme desquelles l'adoption de la PPE est prévue pour décembre 2018.


La position du gouvernement sur le nucléaire va-t-elle changer quelque chose ?

Ce calendrier risque cependant d'être bousculé par la remise en cause de l'objectif de 50% de nucléaire en 2025.
En effet, la loi dispose explicitement que la PPE a pour but d'atteindre les objectifs de la politique énergétique nationale (art. L.141-1 du code de l'énergie) dont "réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % à l'horizon 2025" (L.100-4).

La PPE 2018 sera-t-elle illégale si elle est manifestement incompatible avec cet objectif ? Hé bien... La réponse fait l'objet d'un débat juridique mais elle est probablement négative. En effet, le Conseil Constitutionnel lorsqu'il s'est prononcé sur la loi de 2015 n'a pas reconnu de portée normative aux objectifs énoncés dans son article 1 (voir le considérant 12).
En clair l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 énoncé dans la LTECV n'a probablement pas de valeur juridique, il ne s'agit que d'affichage politique.

Le gouvernement a donc trois possibilités :
  • Soit il adopte une PPE ignorant l'objectif de 50% ou visant 50% mais après 2025 ce qui serait incompréhensible pour le citoyen insensible aux subtilités du droit public (et présenterait quand même un petit risque d'annulation par le Conseil d'Etat),
  • Soit il adopte une PPE visant 50% en 2025 alors que le ministre en charge de l'énergie a dit sans ambiguïté que cet objectif n'est pas réaliste,
  • Soit il fait modifier la loi par le Parlement afin de supprimer l'objectif de production nucléaire ou de la remplacer par un autre qui reste à déterminer en veillant à mettre en cohérence les autres objectifs chiffrés de la loi de 2015.
Les deux premières options contribueraient à ruiner un peu plus la crédibilité de l'Etat en matière de politique énergétique et risqueraient de nous emmener vers un nouveau quinquennat perdu.
La dernière est donc de loin préférable mais elle implique de fixer un autre objectif pour la production nucléaire et de le faire adopter par le parlement avant que les travaux autour de la PPE puissent réellement commencer. Sur un sujet aussi sensible que le nucléaire, on voit mal comment cela pourrait se faire sans de longs mois de retard.

Quels sont les autres objectifs que devrait respecter la PPE ?

Les objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie sont encadrés par les articles L.100-1, L.100-2 et L.100-4 du code de l'énergie. Leur valeur juridique est, comme on l'a vu, douteuse et ils contiennent surtout des déclarations de principes : assurer la sécurité d'approvisionnement, maintenir un prix de l'énergie compétitif, préserver la santé humaine et l'environnement, contribuer à une Europe de l'énergie, etc.
Il y a aussi quelques objectifs chiffrés, notamment :
  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 et de 75% en 2050 par rapport 1990,
  • Réduire la consommation d'énergie finale de 20% en 2030 et de 50% en 2050 par rapport à 2012,
  • Réduire la consommation d'énergies fossiles de 30% en 2030 par rapport à 2012,
  • Parvenir à 23% d'énergies renouvelables dans la consommation finale en 2020 et 32% en 2030 (dont 40% pour l'électricité),
Certains de ces objectifs pourraient être révisés en même temps que les 50% de nucléaire en 2025.


Quel est le bilan de la PPE 2016 ?

Sur la forme, le décret de la PPE 2016 donnait parfois dans le gore juridique avec notamment cet article 1 "adoptant" une page web citée en note de bas de page.
Sur le fond, le decret était loin de couvrir tous les sujets prévus par la loi, on n'y trouvait par exemple aucune indications sur les financements. Et les rares disposition pratiques sont restées largement lettre morte, c'est le cas notamment du plan stratégique qu'EDF devait préparer dans un délai de 6 mois et qu'on attend encore.

Un bilan de la PPE de 2016 doit être effectuée avant l'adoption de la PPE 2018. Il risque d'être moyennement flatteur mais espérons que cette expérience incitera le gouvernement actuel à plus de sérieux.

Publié le 4 décembre 2017 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 5 décembre 2017

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Ce qu'il faut savoir sur le retrait américain de l'Accord de Paris

Après des mois de flottement, Donald Trump a finalement annoncé le 1er juin que les États-Unis allait sortir de l'Accord de Paris. Son pays, a-t-il précisé, va cesser dès aujourd'hui d'honorer ses engagements notamment son INDC et sa contribution au Fonds Vert pour le Climat, en attendant éventuellement une renégociation ou un autre accord.
Voici quelques éléments pour mieux comprendre sa position et ses conséquences.

1. Concrètement comment les États-Unis vont-il sortir de l'Accord de Paris ?

En l'absence de précision, on peut supposer que les États-Unis vont suivre la procédure normale, prévue par l'art. 28 de l'Accord de Paris. Si c'est le cas, cela signifie qu'ils n'en sortiront réellement que dans 41 mois (au moins).

Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climatPendant ses 30 minutes de discours, Donald Trump n'a pas dit comment il comptait faire sortir son pays de l'Accord de Paris. Il ne s'agissait donc que d'un acte politique, juridiquement les États-Unis sont encore parties à l'Accord de Paris et le resteront probablement pour de longues années.
En effet, l'Accord ne peut être dénoncé que 3 ans après son entrée en vigueur (c'est-à-dire au plus tôt le 4 novembre 2019) et avec un préavis d'un an, par conséquent les États-Unis ne pourront en sortir en toute légalité qu'en novembre 2020.
Il existe d'autres voies qui permettraient une sortie plus rapide (je les ai expliqué ici), mais elles sont risquées sur le plan juridique et politique.



2. Quels sont les arguments de Donald Trump ?

Donald Trump s'est distingué dans le passé par ses prises de positions climatosceptiques mais il n'en n'a pas été question. L'administration Trump a manifestement voulu présenter sa décision comme avant tout économique.
Comme à son habitude, le discours de Trump a été confus mais on peut y distinguer trois grands arguments :
  1. L'Accord de Paris est mauvais pour l'économie et l'emploi américain,
  2. L'Accord de Paris n'est ni efficace ni équitable parce qu'il n'impose pas assez d'efforts aux autres grands pollueurs,
  3. Les États-Unis ont fait baisser leurs émissions avant l'Accord de Paris, ils peuvent proposer un modèle alternatif basé notamment sur le charbon propre et le gaz de schiste.

3. Quelle est la stratégie de Trump ?

On voit que l'administration Trump ne semble toujours pas avoir résolu les problèmes juridiques posés par la sortie de l'Accord de Paris. C'est probablement cette complexité qui explique que l'administration Trump ait hésité si longtemps.
Cependant le suspens était limité : depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a multiplié les efforts pour démanteler la politique climatique des États-Unis. Le pays était, de facto, sorti de l'Accord de Paris dans le sens où il ne peut plus atteindre les objectifs qu'il s'était donné avant la COP21.

Ce que l'on attendait surtout de ce discours c'était un aperçu de la stratégie de Donald Trump vis-à-vis des négociations internationales sur le climat : allait-il simplement claquer la porte au risque de perdre toute influence ? Allait-il tenter de les bloquer de l'intérieur ? Lancer un ultimatum pour obtenir une renégociation ?
Finalement, il semble ne pas avoir vraiment choisi en annonçant un retrait immédiat puis une hypothétique renégociation. Une chose est claire cependant : il a tenté d'ébaucher dans son discours une alternative à l'Accord de Paris en mettant en avant la baisse des émissions aux États-Unis.


4. Que peut faire la communauté internationale ?

Mais cette alternative que tente de proposer l'administration Trump ne tient pas debout. Elle est presque risible : la baisse des émissions qu'il met en avant a été obtenue grâce aux politiques de l'ère Obama qu'il a démantelé en arrivant au pouvoir et au développement des hydrocarbures non-conventionnels, qui est la vraie cause du recul du charbon américain. Et pour ce qui est du "charbon propre", Donald Trump semble avoir oublié que son projet de budget pour 2018 réduit de 75% la recherche dans ce domaine.
Il en est de même pour l'offre d'un retour dans l'Accord après renégociation : l'Accord de Paris est un équilibre délicat, obtenu entre 195 pays après presque 20 ans de négociation.

En réalité, Donald Trump n'a rien à proposer. La seule réponse possible de la part de la communauté internationale, c'est une fin de non recevoir, polie mais ferme.
L'objectif désormais doit être d'organiser l'endiguement des États-Unis afin d'éviter une contagion et de les empêcher de bloquer les négociations climatiques. Il faudra aussi réfléchir à la réponse à apporter : on ne peut pas écarter des sanctions commerciales ou une taxe carbone aux frontières américaines.

A moyen terme, l'enjeu est de parvenir à remettre en marche les négociations internationale sur le climat afin de rendre l'Accord de Paris opérationnel en 2018, comme prévu lors de la COP22.
La question des financements va probablement être centrale : lors de la COP21, l'aide promise par les pays développés aux pays en développement avait permis d'obtenir de leur part des engagements de réduction des émissions. Pour compenser le départ des États-Unis, il faudra trouver plusieurs milliards de dollars par an, ce qui là encore plaide pour une taxe carbone sur les produits américains redirigée vers le Fonds Vert.

5. Est-ce le début de la fin de l'Accord de Paris ?

Aujourd'hui seuls deux pays n'ont pas signé l'Accord de Paris : le Nicaragua (officiellement parce qu'il trouve l'Accord trop peu ambitieux) et la Syrie. Il est possible que le départ des États-Unis entraine celui de quelques États clients et/ou parias (les Philippines ? la Grande Bretagne ?) mais il est peu probable qu'il fasse boule de neige.
La Russie, qui a signé l'Accord mais ne l'a pas encore ratifié, est dans une position attentiste. Mais le précédent du Protocole de Kyoto, où il avait utilisé le désengagement des États-Unis pour renforcer sa position de négociation avant de ratifier, laisse penser que Vladimir Poutine restera dans le jeu.
De leur côté, l'Inde, la Chine et, évidemment, l'Union Européenne ont clairement réaffirmé leur attachement à l'Accord. Et c'est ce qui compte !

Il faut bien comprendre que la lutte contre le changement climatique connait actuellement deux transitions. D'une part, elle passe d'une question essentiellement européenne et américaine à un problème avant tout chinois et indien : en 2030, ces deux pays devraient émettre presque 10 fois plus de gaz à effet de serre que l'Union Européenne !
http://energie-developpement.blogspot.fr/2015/10/COP21-INDC-emission-CO2.html
Deuxième transition : nous passons d'une époque où les États étaient moteurs à une période où les principaux acteurs de la lutte contre le changement climatique deviennent les entreprises et les collectivités. Or, à quelques exceptions près, les grands États fédérés et le milieu des affaires américain soutiennent la lutte contre le changement climatique. Pour ne citer qu'un seul exemple : hier, l'Assemblée Générale d'Exxon, le plus grand pétrolier privé de la planète, a voté pour la création d'un rapport sur les impacts du changement climatique malgré l'opposition de la direction. Ce signal est probablement plus important que les gesticulation du président américain.

Non seulement ces deux dynamiques limitent beaucoup les dommages que pourraient causer le départ des États-Unis mais, en plus, ce désengagement pourrait accélérer le processus.

6. Peut-on comparer le retrait du Protocole de Kyoto avec la sortie de l'Accord de Paris ?

La comparaison vient spontanément à l'esprit : le 29 mars 2001, George Bush, président républicain nouvellement élu, annonçait que les États-Unis se désengageaient du Protocole de Kyoto signé quatre ans plus tôt par son prédécesseur démocrate.
Le parallèle est éclairant sur certains aspects mais il ne faut pas oublier que la situation était très différente : le Protocole de Kyoto n'avait pas été ratifié par les États-Unis et il ne pouvait pas l'être puisque, avant même son adoption, le Sénat américain avait adopté à l'unanimité une résolution le rejetant. L'Accord de Paris, lui, a été ratifié, or c'est cette étape qui engage définitivement un État.

7. Plus largement, quelles seront les conséquences de ce retrait ?

Et c'est probablement là la vraie question : la signature des États-Unis vaut-elle encore quelque chose sous l'administration Trump ? La question va bien au-delà du climat, elle touche à un principe de base du droit international : le respect des traités.
Ce n'est pas anodin que Trump ait évoqué plusieurs fois l'OTAN : sur ce sujet comme sur d'autres, on voit bien que Trump ne se sent guère engagé par les accords conclus avant lui. La dénonciation de l'Accord de Paris ne fait que confirmer cette orientation et pourrait avoir de lourdes conséquences sur la politique étrangère des États-Unis et, plus globalement, le fonctionnement des relations internationales.


Publié le 1er juin 2017 par Thibault Laconde



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10+ questions sur l'énergie et le climat pour les candidats à la présidentielle

Pour assurer ses approvisionnement en énergie et tenir ses engagements climatiques, la France va devoir faire des choix difficiles. La campagne présidentielle devrait être l'occasion de les exposer et de les discuter. Mais si les principaux candidats ont pris positions sur les principaux sujets, beaucoup de point mériteraient encore d'être clarifiés ou détaillés. Voici une dizaine de questions sur l'énergie et le climat qui mériteraient d'être posées à Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon ou Marine Le Pen.

Vous pouvez poser ces questions vous-même aux candidats.
C'est l'affaire de 3 clics grâce à ce robot

Vous pouvez accéder aux questions par candidat :


questions énergie climat pour Jean-Luc Mélenchon

2 questions sur l'énergie et le climat
pour Jean-Luc Mélenchon


Par quoi et à quel rythme voulez-vous remplacer les centrales nucléaires ?

Votre projet prévoit une sortie totale du nucléaire sans en préciser la date et l'abandon du "grand carénage", le programme de modernisation des centrales prévu par EDF. Aujourd'hui, près des trois-quart de notre électricité est nucléaire. Si vous êtes élu, quelle part visez-vous à la fin de votre mandat ? Quand comptez-vous arriver à zéro ? Comment serait alors produite l'électricité française ?

Comment comptez-vous créer une tarification progressive de l'énergie ?

Afin d'encourager les comportements économes, vous souhaitez créer une tarification progressive de l'énergie, c'est-à-dire que plus on consomme plus l'énergie devient chère. Cette proposition faisait partie du programme de François Hollande en 2012 mais elle a été mal comprise et finalement censurée par le Conseil Constitutionnel. Avez-vous tiré des leçons de cet échec ? Comment faire pour éviter de le répéter ?



questions énergie climat pour Benoit Hamon

3 questions sur l'énergie et le climat
pour Benoit Hamon


Pouvez-vous clarifier votre projet pour le parc nucléaire français ?

Votre programme prévoit de "sortir du nucléaire à l'horizon d'une génération (25 ans)" et de "fermer les réacteurs en fin de vie pendant le quinquennat". Quels critères déterminent qu'un réacteur est en fin de vie ? Comment allez-vous vous y prendre politiquement, économiquement et industriellement pour crédibiliser une transition énergétique qui se déroulerait en grande partie après la fin de votre mandat ?

Comment voulez-vous gérer les déchets nucléaires français ?

Vous vous êtes prononcé pour l’arrêt du projet Cigeo de stockage géologique des déchets nucléaires à Bure. Aujourd'hui la France a accumulé près de 50.000m3 de déchets nucléaires de moyenne et haute activité à vie longue. Que comptez-vous en faire ?

Pouvez-vous préciser votre projet de taxe carbone ?

Vous promettez une "fiscalité plus verte" notamment par la mise en place d'une taxe carbone. La loi sur la transition énergétique, adoptée en 2015, prévoit une "composante carbone" dans les taxes sur les consommations énergétiques de 56€ en 2020 et 100€ en 2030. Votre projet est-il différent ? En quoi ?




questions énergie climat pour Emmanuel Macron

2 questions sur l'énergie et le climat
pour Emmanuel Macron


Comment comptez-vous ramener le nucléaire à 50% du mix électrique français en 2025 ?

Votre programme prévoit de baisser la part du nucléaire dans le mix électrique français d'environ 70% aujourd'hui à 50% en 2025. Cela implique d'importants efforts pour développer d'autres moyens de production et baisser la consommation d'électricité. Vos engagements en la matière restent insuffisants pour faire reculer significativement la part du nucléaire. Si vous êtes élu, quel mix électrique viserez-vous en 2025 ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour y parvenir ?

Pouvez-vous préciser votre projet pour la taxe carbone ?

Vous voulez faire "monter en puissance la taxe carbone pour atteindre 100€/TeqCO2 en 2030". La loi sur la transition énergétique, adoptée en 2015, prévoit une "composante carbone" dans les taxes sur les consommations énergétiques de 56€ en 2020 et 100€ en 2030. Votre proposition est-elle une simple confirmation de cet engagement ? Vous souhaitez par ailleurs "redonner du pouvoir d'achat aux plus modestes en réduisant leur facture de chauffage et de carburants", comment les deux objectifs sont-ils compatibles ?




questions énergie climat pour François Fillon

2 questions sur l'énergie et le climat
pour François Fillon


Comment comptez-vous préparer la fin de vie et le remplacement des centrales nucléaires françaises ?

Vous vous êtes prononcé pour moderniser les centrales nucléaires françaises et autoriser au cas par cas leur fonctionnement jusqu'à 60 ans. Notre parc nucléaire serait donc pour l'essentiel fermé entre 2035 et 2045, dans le secteur de l'énergie c'est une échéance relativement proche. Par quoi pensez-vous que les centrales nucléaires seront remplacées ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour créer des conditions économiques et industrielles qui permettent ce remplacement ? Et pour ne pas laisser à la génération suivante la charge de démanteler le parc nucléaire actuel  ?

Pouvez-vous clarifier votre position sur les hydrocarbures non-conventionnels (gaz de schiste) ?

Vous étiez premier ministre lors de l'adoption en 2011 de la loi Jacob interdisant la fracturation hydraulique, principale technique permettant d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels dont le gaz de schiste. Pourtant, en 2012, vous jugiez "criminel" de ne pas rechercher du gaz de schiste en France. Quelle est aujourd'hui votre position ?



questions énergie climat pour Marine Le Pen

3 questions sur l'énergie et le climat
pour Marine Le Pen


Comment comptez-vous préparer la fin de vie des centrales nucléaires françaises ?

Vous vous êtes prononcée pour moderniser et sécuriser le parc nucléaire français notamment en soutenant le "grand carénage" proposé par EDF.  Mais même dans ce cas, la plupart des centrales devraient fermer d'ici une vingtaine d'années au maximum, compte-tenu des délais et des coûts qu'entrainera leur remplacement celui-ci doit être préparé dès à présent. Par quoi pensez-vous remplacer les centrales nucléaires actuelles lorsqu'elles arriveront en fin de vie ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour créer des conditions économiques et industrielles qui permettent ce remplacement ?

Vous avez voté contre la ratification de l'Accord de Paris, avez-vous l'intention d'en sortir si vous êtes élue ?

En octobre 2016, lors du vote du Parlement Européen pour autoriser la ratification de l'Accord de Paris par les États-membres, le groupe Europe des Nations et des Libertés que vous co-présidez a été le seul à voter contre. Depuis, la France a ratifié l'Accord comme 135 autres pays. Si vous êtes élue, comptez-vous dénoncer ou ne pas appliquer cet Accord ?

Comment comptez-vous lutter contre les effets du changement climatique, notamment en termes de migrations ?

Selon l'ONU, au milieu du siècle, 250 millions de personnes pourraient être obligées de se déplacer parce que le réchauffement de la planète rend leur région inhabitable. Avec seulement 5 millions de réfugiés, la crise syrienne, d'ailleurs aggravée par le changement climatique, montre que nous ne sommes pas préparés à gérer de tels mouvements de population. Comment comptez-vous vous y prendre pour limiter et gérer les conséquences du changement climatique ?


Vous avez d'autres questions ? 
Posez-les en commentaire, je les rajouterai à l'article !
Vous voulez en savoir plus ? 
Consultez le dossier sur l'énergie dans l'élection de 2017.

Publié le 20 mars 2017 par Thibault Laconde


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Quelques questions sur l'énergie dans l'accord entre Yannick Jadot et Benoit Hamon

Le candidat des écologistes, Yannick Jadot, a donc décidé de retirer sa candidature à la présidentielle au profit de celui du Parti Socialiste, Benoit Hamon. Ce ralliement fait suite à l'adoption d'une plateforme commune notamment sur la transition énergétique :
Accord PS-EELV sur l'énergie et le nucléaire
(Cliquez pour agrandir)

Sur l'énergie, l'accord prévoit notamment :
  • La baisse du nucléaire dans le mix électrique de 76% aujourd'hui à 50% en 2025 puis 0% en 2042
  • L'objectif de parvenir à 100% énergie renouvelable en 2050 (pour l'électricité mais aussi pour les autres usages : chauffage, transports... )
  • La création d'une "taxe carbone substantielle"
  • L'abandon de Cigeo, le projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure
Alors que les principaux candidats à la présidentielle se contentent de se prononcer pour ou contre des décisions prises lors de cette mandature (fermeture des centrales à charbon, fermeture de Fessenheim, baisse du nucléaire à 50%) ou de la précédente (interdiction de l'exploitation du gaz de schiste), donnant l'impression d'une politique énergétique condamnée à se mordre éternellement la queue, ces propositions offrent une vision de long-terme. Il semble qu'un vrai choix sera offert au vote des français en avril prochain. Inutile de vous dire que je m'en réjouis...

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Voici donc quelques questions sur ces propositions qui, à mon sens, mériteraient d'être éclaircies :


1. Est-ce une prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires jusqu'à 50 ans ?

En 2042, tous les réacteurs actuellement en services sauf les 2 de Chooz B et les 2 de Civaux auront déjà soufflé leur 50e bougie. Une sortie du nucléaire en 25 ans implique donc probablement de prolonger la durée de vie de certains des réacteurs actuels jusqu'à 50 ans, voire jusqu'à 60 comme le revendique EDF.
Est-ce un choix assumé ? Comment assurer la sécurité et le bon fonctionnement de ces réacteurs sans dépenser trop dans une filière destinée à disparaitre ? Quelle planning de fermeture serait compatible avec les deux objectifs de 2025 et 2042 ?


2. Que devient l'EPR ?

Un réacteur de troisième génération est en cours de construction en France à Flamanville, un autre en Finlande, deux en Chine et deux au Royaume Uni. Ces réacteurs sont prévus pour fonctionner pendant 60 ans.
L'EPR de Flamanville doit être mis en service fin 2018, il aurait donc une vingtaine d'années en 2042. Ce réacteur va-t-il être achevé puis retiré alors qu'il n'aura pas encore atteint la moitié de sa durée de vie ? Le chantier va-t-il être abandonné ?
Dans les deux cas, l'EPR va-t-il continuer à être proposé à l'export ? Comment maintenir un compétence technique sur un parc aussi réduit ?


3. Sortir du nucléaire en 25 ans, est-ce réaliste ?

Techniquement, c'est probablement faisable même si une sortie simultanée du nucléaire et des fossiles nécessite de mettre au point des solutions techniques et des modèles d'équilibrage encore balbutiants.
La question, c'est plutôt :
  • Est-ce réalisable économiquement ? Peut-on le financer ? Qui le finance d'ailleurs ? Même si cette politique était rentable à long-terme, elle nécessite des investissements à court-terme, l’État, les collectivités, les énergéticiens français ou les particuliers (selon le modèle choisi) ont-ils un capital ou une capacité d'emprunt suffisants ?
  • Est-ce faisable industriellement ? Dispose-t-on d'entreprises capables de déployer rapidement de nouvelles capacités renouvelables à cette échelle ? Si non, peut-on les faire naitre ? Ou envisage-t-on de dépendre d'équipements et de compétences importées ?
Ici il me semble important de comparer ce projet avec la sortie du nucléaire allemande. En apparence, le délai est à peu près le même : 22 ans pour l'Allemagne, 25 ans pour la France mais le parc français est trois fois plus important et nous ne disposons ni des excédents ni de la base industrielle de l'Allemagne. Le projet de sortie du nucléaire en France n'est pas un copier-coller de ce qu'ont fait les allemands, c'est un défi d'une toute autre ampleur :

Sortie du nucléaire prévue par l'Accord EELV-PS
(Pour plus de détails sur la courbe ci-dessus et l'évolution du parc nucléaire français induite par les objectifs de l'accord Jadot-Hamon, consultez cet article. Au sujet de l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 et de ses problèmes, je vous renvoie ici)



4. Quelle forme juridique prendra la décision de sortie du nucléaire ?

Comment éviter que la décision de sortie du nucléaire soit remise en cause en cas d'alternance ? Comment garantir une stabilité juridique aux entreprises qui investissent dans cette transition énergétique ?



5. Quelle alternative au projet d'enfouissement des déchets nucléaires ?

L'accord prévoit "la fin" du projet d'enfouissement de Bure, le stockage des déchets nucléaires en surface et l'étude d'autres options.
Le projet Cigeo est destiné à stocker des déchets nucléaires de haute et moyenne activité à vie longue (HAVL et MAVL). Aujourd'hui, la France a accumulé 3500 tonnes de HAVL et 46000 tonnes de MAVL. Même en cas d'arrêt du nucléaire, ces chiffres vont continuer à augmenter pendant 25 ans puis lors du démantèlement des centrales.
L'alternative la plus crédible à l'enfouissement est de bruler les déchets nucléaires dans des surgénérateurs. Le dernier à avoir fonctionné en France est Superphenix, arrêté en 1997 par la majorité vert-PS de l'époque. Cette solution n'est de toute façon pas compatible avec un arrêt du nucléaire en France.

Quelle solution alternative espère-t-on trouver ? Le stockage des déchets à Bure étant réversible pendant un siècle, pourquoi interrompre le projet ? Même si l'enfouissement n'est pas parfait, n'est-ce pas de notre responsabilité de préparer une solution qui limite les risques pour nos descendants au cas où aucune alternative ne serait trouvée ?


6. Qu'est-ce qu'une taxe carbone substantielle ?

Les projets de taxe carbone sont souvent vendus comme neutre fiscalement, c'est-à-dire que les sommes prélevées via la taxe carbone sont utilisées pour abaisser d'autres impôts. Ici ce n'est pas le cas puisque l'accord prévoit que cette taxe doit être "affectée à la transition écologique" (il me semblait avoir retenu de mes cours de finances publiques un principe de non-affectation, mais passons).
Comment faire accepter ce projet là où tant d'autres ont échoué ? Quel serait son montant et son assiette ? Quel accompagnement pour les entreprises et les salariés des activités émettrices de gaz à effet de serre ? Comment éviter que ces activités soient simplement délocalisées ? Comment ce projet fonctionnera-t-il avec les systèmes déjà existants comme le marché européen du carbone ? Comment éviter une nouvelle censure du Conseil Constitutionnel ?


A vous de jouer !


Si vous pensez aussi que ces questions méritent une réponse, je vous invite à les poser à Yannick Jadot et Benoit Hamon sur Twitter. Il vous suffit de cliquer sur le bouton "Tweet" en dessous de la question qui vous intéresse :

"Bonjour @yjadot @benoithamon. Votre projet de sortie du nucléaire signifie-t-il que les réacteurs actuels fonctionneront au-delà de 50 ans ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Avec la sortie du nucléaire que vous proposez que devient l'EPR ? Doit-on abandonner le projet de Flamanville ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Quel montage financier et industriel envisagez-vous pour remplacer le nucléaire en 25 ans ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Comment comptez-vous éviter que la décision de sortie du nucléaire soit remise en cause en cas d'alternance ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Vous voulez abandonner l'enfouissement des déchets nucléaires. Quelles alternatives envisagez-vous ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Qu'entendez-vous par "taxe carbone substantielle" ? Comment éviter l'échec des projets précédents ?"




Publié le 24 février 2017 par Thibault Laconde



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