Après des mois de flottement, Donald Trump a finalement annoncé le 1er juin que les États-Unis allait sortir de l'Accord de Paris. Son pays, a-t-il précisé, va cesser dès aujourd'hui d'honorer ses engagements notamment son INDC et sa contribution au Fonds Vert pour le Climat, en attendant éventuellement une renégociation ou un autre accord.
Voici quelques éléments pour mieux comprendre sa position et ses conséquences.
Pendant ses 30 minutes de discours, Donald Trump n'a pas dit comment il
comptait faire sortir son pays de l'Accord de Paris. Il ne s'agissait
donc que d'un acte politique, juridiquement les États-Unis sont encore
parties à l'Accord de Paris et le resteront probablement
pour de longues années.
En effet, l'Accord ne peut être dénoncé que 3 ans après son entrée en vigueur (c'est-à-dire au plus tôt le 4 novembre 2019) et avec un préavis d'un an, par conséquent les États-Unis ne pourront en sortir en toute légalité qu'en novembre 2020.
Il existe d'autres voies qui permettraient une sortie plus rapide (je les ai expliqué ici), mais elles sont risquées sur le plan juridique et politique.
Comme à son habitude, le discours de Trump a été confus mais on peut y distinguer trois grands arguments :
Cependant le suspens était limité : depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a multiplié les efforts pour démanteler la politique climatique des États-Unis. Le pays était, de facto, sorti de l'Accord de Paris dans le sens où il ne peut plus atteindre les objectifs qu'il s'était donné avant la COP21.
Ce que l'on attendait surtout de ce discours c'était un aperçu de la stratégie de Donald Trump vis-à-vis des négociations internationales sur le climat : allait-il simplement claquer la porte au risque de perdre toute influence ? Allait-il tenter de les bloquer de l'intérieur ? Lancer un ultimatum pour obtenir une renégociation ?
Finalement, il semble ne pas avoir vraiment choisi en annonçant un retrait immédiat puis une hypothétique renégociation. Une chose est claire cependant : il a tenté d'ébaucher dans son discours une alternative à l'Accord de Paris en mettant en avant la baisse des émissions aux États-Unis.
Il en est de même pour l'offre d'un retour dans l'Accord après renégociation : l'Accord de Paris est un équilibre délicat, obtenu entre 195 pays après presque 20 ans de négociation.
En réalité, Donald Trump n'a rien à proposer. La seule réponse possible de la part de la communauté internationale, c'est une fin de non recevoir, polie mais ferme.
L'objectif désormais doit être d'organiser l'endiguement des États-Unis afin d'éviter une contagion et de les empêcher de bloquer les négociations climatiques. Il faudra aussi réfléchir à la réponse à apporter : on ne peut pas écarter des sanctions commerciales ou une taxe carbone aux frontières américaines.
A moyen terme, l'enjeu est de parvenir à remettre en marche les négociations internationale sur le climat afin de rendre l'Accord de Paris opérationnel en 2018, comme prévu lors de la COP22.
La question des financements va probablement être centrale : lors de la COP21, l'aide promise par les pays développés aux pays en développement avait permis d'obtenir de leur part des engagements de réduction des émissions. Pour compenser le départ des États-Unis, il faudra trouver plusieurs milliards de dollars par an, ce qui là encore plaide pour une taxe carbone sur les produits américains redirigée vers le Fonds Vert.
La Russie, qui a signé l'Accord mais ne l'a pas encore ratifié, est dans une position attentiste. Mais le précédent du Protocole de Kyoto, où il avait utilisé le désengagement des États-Unis pour renforcer sa position de négociation avant de ratifier, laisse penser que Vladimir Poutine restera dans le jeu.
De leur côté, l'Inde, la Chine et, évidemment, l'Union Européenne ont clairement réaffirmé leur attachement à l'Accord. Et c'est ce qui compte !
Il faut bien comprendre que la lutte contre le changement climatique connait actuellement deux transitions. D'une part, elle passe d'une question essentiellement européenne et américaine à un problème avant tout chinois et indien : en 2030, ces deux pays devraient émettre presque 10 fois plus de gaz à effet de serre que l'Union Européenne !
Deuxième transition : nous passons d'une époque où les États étaient moteurs à une période où les principaux acteurs de la lutte contre le changement climatique deviennent les entreprises et les collectivités. Or, à quelques exceptions près, les grands États fédérés et le milieu des affaires américain soutiennent la lutte contre le changement climatique. Pour ne citer qu'un seul exemple : hier, l'Assemblée Générale d'Exxon, le plus grand pétrolier privé de la planète, a voté pour la création d'un rapport sur les impacts du changement climatique malgré l'opposition de la direction. Ce signal est probablement plus important que les gesticulation du président américain.
Non seulement ces deux dynamiques limitent beaucoup les dommages que pourraient causer le départ des États-Unis mais, en plus, ce désengagement pourrait accélérer le processus.
Le parallèle est éclairant sur certains aspects mais il ne faut pas oublier que la situation était très différente : le Protocole de Kyoto n'avait pas été ratifié par les États-Unis et il ne pouvait pas l'être puisque, avant même son adoption, le Sénat américain avait adopté à l'unanimité une résolution le rejetant. L'Accord de Paris, lui, a été ratifié, or c'est cette étape qui engage définitivement un État.
Ce n'est pas anodin que Trump ait évoqué plusieurs fois l'OTAN : sur ce sujet comme sur d'autres, on voit bien que Trump ne se sent guère engagé par les accords conclus avant lui. La dénonciation de l'Accord de Paris ne fait que confirmer cette orientation et pourrait avoir de lourdes conséquences sur la politique étrangère des États-Unis et, plus globalement, le fonctionnement des relations internationales.
Publié le 1er juin 2017 par Thibault Laconde
Voici quelques éléments pour mieux comprendre sa position et ses conséquences.
1. Concrètement comment les États-Unis vont-il sortir de l'Accord de Paris ?
En l'absence de précision, on peut supposer que les États-Unis vont suivre la procédure normale, prévue par l'art. 28 de l'Accord de Paris. Si c'est le cas, cela signifie qu'ils n'en sortiront réellement que dans 41 mois (au moins).
Pendant ses 30 minutes de discours, Donald Trump n'a pas dit comment il
comptait faire sortir son pays de l'Accord de Paris. Il ne s'agissait
donc que d'un acte politique, juridiquement les États-Unis sont encore
parties à l'Accord de Paris et le resteront probablement
pour de longues années.En effet, l'Accord ne peut être dénoncé que 3 ans après son entrée en vigueur (c'est-à-dire au plus tôt le 4 novembre 2019) et avec un préavis d'un an, par conséquent les États-Unis ne pourront en sortir en toute légalité qu'en novembre 2020.
Il existe d'autres voies qui permettraient une sortie plus rapide (je les ai expliqué ici), mais elles sont risquées sur le plan juridique et politique.
2. Quels sont les arguments de Donald Trump ?
Donald Trump s'est distingué dans le passé par ses prises de positions climatosceptiques mais il n'en n'a pas été question. L'administration Trump a manifestement voulu présenter sa décision comme avant tout économique.Comme à son habitude, le discours de Trump a été confus mais on peut y distinguer trois grands arguments :
- L'Accord de Paris est mauvais pour l'économie et l'emploi américain,
- L'Accord de Paris n'est ni efficace ni équitable parce qu'il n'impose pas assez d'efforts aux autres grands pollueurs,
- Les États-Unis ont fait baisser leurs émissions avant l'Accord de Paris, ils peuvent proposer un modèle alternatif basé notamment sur le charbon propre et le gaz de schiste.
3. Quelle est la stratégie de Trump ?
On voit que l'administration Trump ne semble toujours pas avoir résolu les problèmes juridiques posés par la sortie de l'Accord de Paris. C'est probablement cette complexité qui explique que l'administration Trump ait hésité si longtemps.Cependant le suspens était limité : depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a multiplié les efforts pour démanteler la politique climatique des États-Unis. Le pays était, de facto, sorti de l'Accord de Paris dans le sens où il ne peut plus atteindre les objectifs qu'il s'était donné avant la COP21.
Ce que l'on attendait surtout de ce discours c'était un aperçu de la stratégie de Donald Trump vis-à-vis des négociations internationales sur le climat : allait-il simplement claquer la porte au risque de perdre toute influence ? Allait-il tenter de les bloquer de l'intérieur ? Lancer un ultimatum pour obtenir une renégociation ?
Finalement, il semble ne pas avoir vraiment choisi en annonçant un retrait immédiat puis une hypothétique renégociation. Une chose est claire cependant : il a tenté d'ébaucher dans son discours une alternative à l'Accord de Paris en mettant en avant la baisse des émissions aux États-Unis.
4. Que peut faire la communauté internationale ?
Mais cette alternative que tente de proposer l'administration Trump ne tient pas debout. Elle est presque risible : la baisse des émissions qu'il met en avant a été obtenue grâce aux politiques de l'ère Obama qu'il a démantelé en arrivant au pouvoir et au développement des hydrocarbures non-conventionnels, qui est la vraie cause du recul du charbon américain. Et pour ce qui est du "charbon propre", Donald Trump semble avoir oublié que son projet de budget pour 2018 réduit de 75% la recherche dans ce domaine.Il en est de même pour l'offre d'un retour dans l'Accord après renégociation : l'Accord de Paris est un équilibre délicat, obtenu entre 195 pays après presque 20 ans de négociation.
En réalité, Donald Trump n'a rien à proposer. La seule réponse possible de la part de la communauté internationale, c'est une fin de non recevoir, polie mais ferme.
L'objectif désormais doit être d'organiser l'endiguement des États-Unis afin d'éviter une contagion et de les empêcher de bloquer les négociations climatiques. Il faudra aussi réfléchir à la réponse à apporter : on ne peut pas écarter des sanctions commerciales ou une taxe carbone aux frontières américaines.
A moyen terme, l'enjeu est de parvenir à remettre en marche les négociations internationale sur le climat afin de rendre l'Accord de Paris opérationnel en 2018, comme prévu lors de la COP22.
La question des financements va probablement être centrale : lors de la COP21, l'aide promise par les pays développés aux pays en développement avait permis d'obtenir de leur part des engagements de réduction des émissions. Pour compenser le départ des États-Unis, il faudra trouver plusieurs milliards de dollars par an, ce qui là encore plaide pour une taxe carbone sur les produits américains redirigée vers le Fonds Vert.
5. Est-ce le début de la fin de l'Accord de Paris ?
Aujourd'hui seuls deux pays n'ont pas signé l'Accord de Paris : le Nicaragua (officiellement parce qu'il trouve l'Accord trop peu ambitieux) et la Syrie. Il est possible que le départ des États-Unis entraine celui de quelques États clients et/ou parias (les Philippines ? la Grande Bretagne ?) mais il est peu probable qu'il fasse boule de neige.La Russie, qui a signé l'Accord mais ne l'a pas encore ratifié, est dans une position attentiste. Mais le précédent du Protocole de Kyoto, où il avait utilisé le désengagement des États-Unis pour renforcer sa position de négociation avant de ratifier, laisse penser que Vladimir Poutine restera dans le jeu.
De leur côté, l'Inde, la Chine et, évidemment, l'Union Européenne ont clairement réaffirmé leur attachement à l'Accord. Et c'est ce qui compte !
Il faut bien comprendre que la lutte contre le changement climatique connait actuellement deux transitions. D'une part, elle passe d'une question essentiellement européenne et américaine à un problème avant tout chinois et indien : en 2030, ces deux pays devraient émettre presque 10 fois plus de gaz à effet de serre que l'Union Européenne !
Deuxième transition : nous passons d'une époque où les États étaient moteurs à une période où les principaux acteurs de la lutte contre le changement climatique deviennent les entreprises et les collectivités. Or, à quelques exceptions près, les grands États fédérés et le milieu des affaires américain soutiennent la lutte contre le changement climatique. Pour ne citer qu'un seul exemple : hier, l'Assemblée Générale d'Exxon, le plus grand pétrolier privé de la planète, a voté pour la création d'un rapport sur les impacts du changement climatique malgré l'opposition de la direction. Ce signal est probablement plus important que les gesticulation du président américain.
Non seulement ces deux dynamiques limitent beaucoup les dommages que pourraient causer le départ des États-Unis mais, en plus, ce désengagement pourrait accélérer le processus.
6. Peut-on comparer le retrait du Protocole de Kyoto avec la sortie de l'Accord de Paris ?
La comparaison vient spontanément à l'esprit : le 29 mars 2001, George Bush, président républicain nouvellement élu, annonçait que les États-Unis se désengageaient du Protocole de Kyoto signé quatre ans plus tôt par son prédécesseur démocrate.Le parallèle est éclairant sur certains aspects mais il ne faut pas oublier que la situation était très différente : le Protocole de Kyoto n'avait pas été ratifié par les États-Unis et il ne pouvait pas l'être puisque, avant même son adoption, le Sénat américain avait adopté à l'unanimité une résolution le rejetant. L'Accord de Paris, lui, a été ratifié, or c'est cette étape qui engage définitivement un État.
7. Plus largement, quelles seront les conséquences de ce retrait ?
Et c'est probablement là la vraie question : la signature des États-Unis vaut-elle encore quelque chose sous l'administration Trump ? La question va bien au-delà du climat, elle touche à un principe de base du droit international : le respect des traités.Ce n'est pas anodin que Trump ait évoqué plusieurs fois l'OTAN : sur ce sujet comme sur d'autres, on voit bien que Trump ne se sent guère engagé par les accords conclus avant lui. La dénonciation de l'Accord de Paris ne fait que confirmer cette orientation et pourrait avoir de lourdes conséquences sur la politique étrangère des États-Unis et, plus globalement, le fonctionnement des relations internationales.
Publié le 1er juin 2017 par Thibault Laconde














