Avis d'expert - Pollution lumineuse et gaspillage d'énergie, la Défense est sur la bonne voie

Depuis mai 2012, le cabinet de conseil en développement durable B&L Evolution scrute régulièrement l’éclairage des tours de la Défense pour estimer les gaspillages d’énergie et la pollution lumineuse dans le quartier d’affaires. Charles-Adrien Louis, directeur général de B&L évolution, nous détaille les tendances de la quatrième édition de cette étude, publiée la semaine dernière.

Energie et développement : Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer l’objectif de cette étude et la méthodologie employée ?

Charles-Adrien Louis : Notre objectif lorsque nous avons mené pour la première fois cette étude en 2012, était de sensibiliser le grand public à la pollution lumineuse que génère quotidiennement l’activité humaine, mais aussi au gaspillage énergétique que cette pollution peut engendrer. Pour mener cette étude, nous avons sélectionné le quartier de la Défense : ce choix nous permet de sensibiliser les citoyens, mais aussi dans le même temps d’interpeller les grandes entreprises françaises présentes dans notre classement, et les amener ainsi à remettre en question leurs pratiques.
Energie et developpement - éclairage nocturne dans le quartier d'affaires de la Défense à Paris
Vue du quartier d'affaires de la Défense de nuit
Chaque édition de notre étude est basée sur plusieurs séries d’observations de l’éclairage nocturne des tours de la Défense, les mesures étant réalisées entre 1h et 3h du matin. Lors de chaque série de mesure, nous évaluons la proportion de la façade éclairée que nous pondérons par l'intensité lumineuse de l'éclairage. Nous réalisons plusieurs séries d'observations à différents moments de la semaine et du week-end.

E&D : Depuis la première édition en 2012, avez-vous noté des évolutions significatives ?

CAL : Au-delà des tendances globales, nous avons pu mesurer d’importantes évolutions pour certaines tours qui étaient en tête de classement. Par exemple, la tour Pacific, arrivée deux fois en tête de classement avec plus de 50% de surface éclairée lors de nos mesures de 2012, affiche aujourd’hui un résultat de seulement 7% d’éclairement nocturne. De même, la tour First, arrivée en tête du classement de l’été dernier, est aujourd’hui à 12% de surface éclairée. Que notre étude soit à l'origine ou non de cette baisse, c'est très encourageant de voir que le sujet est de mieux en mieux appréhendé par les entreprises.

E&D : Quel bilan tirez-vous plus particulièrement de cette quatrième étude ?

CAL : Cette édition est particulière, car elle fait suite à l’arrêté du 1er juillet 2013, relatif à l’éclairage des bâtiments non résidentiels. Pour simplifier, celui-ci stipule notamment que l’ensemble des installations d’éclairage des bâtiments non résidentiels doivent être éteintes entre 1h et 7h du matin. Cette quatrième étude nous a donc permis de vérifier l’application effective de la loi par les entreprises.

Le bilan est une baisse de 30% du gaspillage énergétique causé par l’éclairage nocturne des bâtiments. Il s’agit d’une diminution encourageante, preuve que des démarches ont été menées par les entreprises du quartier de la Défense, mais néanmoins il reste des efforts importants à mener pour répondre aux exigences légales.

E&D : Vous pensez donc que la réglementation de l’éclairage nocturne, en vigueur depuis le 1er juillet, a été efficace ? A votre connaissance, les occupants de ces bâtiments ont-ils mis en place des actions pour se conformer à ces nouvelles règles ?

En réalité, la plupart des tours sont très certainement en dehors du champ d'application de la loi, car elles ne sont jamais totalement inoccupées : les immeubles de grande hauteur doivent avoir en permanence sur les lieux une équipe de sécurité incendie. C'est pour cela que nous estimons que toutes les tours qui présentent moins de 5% de surface éclairée peuvent être classées parmi les tours vertueuses.

Néanmoins, cette loi doit aider toutes les entreprises à prendre conscience de l'inutilité d'éclairer une surface inoccupée. On constate que de plus en plus d'entreprises mettent en place un plan d'actions de réduction de leurs consommations d’énergie, en particulier liées à l'éclairage. Pour garantir l'extinction des lumières, cela peut prendre la forme d'actions de sensibilisation à l'égard des employés ou d'actions technologiques (détecteurs de présences, extinctions automatiques à heures fixes..). Ces actions sont souvent couplées à d'autres actions, comme la mise en place d'ampoule ou néon basse consommation, technologie LED, ballasts électroniques...

E&D : Et à l’inverse, comment expliquez-vous que certains immeubles restent largement éclairés ? Plus généralement, n’est-ce pas surprenant que l’Etat soit obligé d’intervenir pour faire éteindre des bureaux vides alors que cet éclairage inutile représente un coût significatif pour les entreprises ?

Si l'on peut comprendre qu’une boutique soit tentée de laissée ses vitrines allumées la nuit, il peut effectivement paraitre surprenant que des sociétés de service doivent être rappelées à l’ordre, alors que leurs locaux sont composés essentiellement de bureaux.

Pendant longtemps, l'usage de l'énergie a été perçu comme un signe de puissance. Laisser une tour éclairée permet de poser son empreinte dans la nuit. Si ce n'est plus le cas depuis quelques temps dans nos pays, l'énergie reste encore, même si c'est de moins en moins vrai, abondante et peu chère. Le coût n'est donc pas significatif et les habitudes sont dures à changer. Pourtant, des actions simples permettraient de réaliser des économies conséquentes.

Crédit photo : By fr:Utilisateur:Yogi (http://darkmag.net/dark) [CC-BY-SA-2.0-fr], via Wikimedia Commons   

2 commentaires :

  1. dommage de ne pas donner des ordres de grandeur des consos économisées et par ailleurs au global, le nombre global de kwh / m2 de bureau a t il tendance à diminuer / se stabiliser / augmenter ?

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  2. Il semblerait malgré tout qu'un gros travail reste à faire à ce jour
    Ludovic

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