Que réserve 2019 pour le climat et l'énergie ? Quels seront les sujets qui feront l'actualité ? Les tendances à suivre ? Comme chaque année, j'ai invité quelques experts à plancher sur la question. Voici leurs réponses :
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Comme chaque année, j'ai invité quelques blogueurs et influenceurs à plancher sur la question. Voici leurs réponses :
Alors que le parc nucléaire français approche de sa fin de vie, la question du démantèlement des centrales se pose avec une acuité croissante : Serons-nous capables techniquement et économiquement de gérer ces chantiers ? Qui en est responsable et comment les mener à bien ? Peut-on encore éviter de laisser une charge insurmontable et un environnement contaminé aux générations futures ?
J'en ai discuté avec Barbara Romagnan. Elle est députée et a notamment été rapporteuse d'un récent rapport d'information sur le démantèlement des installations nucléaires. Elle est par ailleurs responsable de la thématique développement durable au sein de l'équipe de Benoit Hamon.
Le rapport de la mission d’information s’articule autour des deux grands sujets : la faisabilité financière et la faisabilité technique du démantèlement. Nous avons procédé à un état des lieux afin de définir ce que recouvrait concrètement un démantèlement et quelles étaient les différentes règles juridiques, techniques, légales, qui présidaient à sa mise en œuvre. Nous avons ensuite formulé une première observation concernant l’avancée technique du savoir-faire des différents acteurs concernés en matière de démantèlement : nous concluons d’une part à une faisabilité pas entièrement assurée pour le plus ancien des deux parcs nucléaires que compte la France, d’autre part à l’importance de la gestion des déchets issus du démantèlement, qui conditionne très largement sa réussite. Dans un troisième temps, nous avons souhaité pour la dimension financière de nos travaux réaliser un focus sur les provisions qu’EDF constitue pour financer le démantèlement. Nous formulons sur ce point une alerte : les provisions nous semblent vraisemblablement sous-évaluées du fait d’hypothèses optimistes de la part de l’électricien, et au regard des financements mobilisés par les autres pays.
Ces observations nous ont donc conduits à formuler plusieurs recommandations : revoir d’abord la méthode de prévisions des coûts, notamment en intégrant certains coûts annexes actuellement non pris en compte, et en établissant une prévision non pas à l’échelle du parc mais réacteur par réacteur. Il faut ensuite établir un calendrier prévisionnel des réacteurs à démanteler pour permettre une certaine visibilité. Côté déchet, nous proposons enfin d’assouplir les règles de stockage des déchets dits de très faible activité (TFA) afin de réduire les volumes à traiter.
La France a adopté le principe du démantèlement immédiat des centrales, afin de ne pas en léguer la charge aux générations futures. Ce principe a été consacré par la loi relative à la transition énergétique de 2015, disposant qu’à l’arrêt d’une exploitation nucléaire, l’exploitant procède à son démantèlement dans un délai aussi court que possible. Cela étant dit, il n’existe pas à proprement parler de définition stricte du démantèlement : une installation nucléaire est considérée comme démantelée lorsque l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) constate la réalisation des travaux et que la déclassification administrative du site est validée. L’expression du « retour à l’herbe » qui illustre un démantèlement permettant de rendre le terrain à des usages non restreints n’est donc pas nécessairement le stade visé par l’exploitant.
Actuellement, les délais et les coûts du démantèlement sont estimés par EDF grâce à un modèle générique, la méthode dite "Dampierre 09", qui se fonde sur une évaluation des coûts de la centrale de Dampierre, composée de 4 réacteurs. L’extrapolation qui en a été tirée en 1998 a été revue en 2009 afin d’en actualiser les coûts. Pour autant, ce modèle générique ne tient de fait pas compte des spécificités des autres réacteurs ni de leur historique d’exploitation qui peut justifier des opérations différentes ou supplémentaires. Si la méthode Dampierre constitue une base de travail intéressante, il nous a semblé qu’elle ne suffisait pas à déterminer de manière fiable les délais et les coûts du démantèlement des 58 réacteurs français.
Il y a sans doute deux problèmes sur cette question. D’abord celui de la disponibilité effective des fonds : même en admettant que le démantèlement coûte effectivement 75 milliards d’euros, la question est de savoir si les placements financiers réalisés par EDF peuvent avoir des rendements suffisants pour parvenir, à terme, à cette somme. Si les placements produisent des rendements suffisants, comme il semble d’ailleurs que ce soit le cas au vu des documents fournis par EDF, cela signifie qu’une part non négligeable de cet argent est placée dans des produits financiers à risque. Ce qui n’est pas sans présenter de risques pour la sûreté de ces placements.
Ensuite, l’autre question est effectivement celle de l’évaluation du coût par EDF. L’explication d’une réduction des coûts du fait d’économies d’échelle observables en raison de la standardisation du parc, bien qu’elle ait un effet, ne peut pas expliquer à elle seule le montant des provisions d’EDF. EDF en effet provisionne en moyenne 300 millions d’euros par réacteur, quand nos partenaires européens notamment provisionnent, eux près d’un milliard par réacteur. D’après des documents transmis par EDF, qui a affirmé ne pas pouvoir donner de chiffre précis concernant le gain à attendre de la standardisation, nous estimons qu’ils anticipent une réduction des coûts de 30 à 40 % entre le démantèlement de la première unité et le coût moyen de la série. Certains observateurs l’estiment plutôt autour de 25 %, et les experts qui intègrent dans leurs prévisions le risque de dérive des coûts tablent sur une réduction de 10,5 %. Or l’expérience a montré que ce risque de dérive des coûts se concrétise souvent en matière de démantèlement.
Mais nos inquiétudes concernant les sommes provisionnées par EDF portent également sur la non prise en compte de certaines dépenses. C’est le cas par exemple de la remise en état des sites, du paiement des taxes et des assurances, du coût social du démantèlement ainsi que du retraitement du combustible usagé. Le pari consistant à provisionner 75 milliards nous semble donc d’autant plus risqué que les démantèlements devront être menés de front dans la mesure où le parc a lui-même été mis en service dans un laps de temps très rapproché.
A ses débuts, l’industrie nucléaire comptait sur un certain nombre de progrès scientifiques et techniques qui n’ont pas tous vu le jour. L’hypothèse d’un retraitement infini des déchets dans des réacteurs de nouvelle génération en fait partie. De la même manière, le simple fait que le premier parc nucléaire, de technologie UNGG, n’ait pas été conçu pour être démantelé laisse penser de la part des ingénieurs de l’époque à un certain excès d’optimisme. Il ressort de ce décalage une impression de gigantisme qui peut parfois faire douter de notre capacité à démanteler le parc nucléaire. Manifestement, nous avons surestimé notre capacité à le faire rapidement, et des questions techniques restent indubitablement en suspens. Pour autant, nous n’avons pas d’autres alternatives que d’essayer, et de veiller à ce que ces efforts se fassent dans un cadre financier optimal et un environnement technique aussi performant que possible. Car les alternatives ne sont pas nombreuses : l’hypothèse de laisser des mausolées nucléaires faits de sarcophages de béton n’est ni satisfaisant du point de vue de la sûreté, ni acceptable du point de vue de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures.
Mais il faut aussi garder à l’esprit que le démantèlement ne produit pas ou peu de richesse, en comparaison de la construction et de l’exploitation de nouveaux réacteurs. De ce fait, on peut penser que les exploitants, quels qu’ils soient, n’ont peut-être pas consacré toute la recherche nécessaire à cette activité qui est en réalité une charge pour eux. D’où l’intérêt que les pouvoirs publiques se penchent sur cette question. La bataille n’est donc pas perdue d’avance mais encore faut-il, compte tenu du défi qui se dresse devant nous, disposer de fonds suffisants et d’une volonté politique pérenne. C’est la raison pour laquelle la question du démantèlement dépasse le seul exploitant qui en a la charge : les conséquences d’une faillite de celui-ci ou d’une impasse technique durable qui nous conduirait à renoncer au démantèlement seraient très lourdes.
Avant de réfléchir à la façon d’assurer un minimum d’équité entre les générations, peut-être faut-il admettre que sur cette question, nous avons déjà créé un déséquilibre irréversible. De fait, même si nous gérons raisonnablement le démantèlement des installations nucléaires et rendons aux générations futures des sites décontaminés et sans servitudes, la question du stockage des déchets fait que celles-ci auront à gérer, parfois pendant des milliers d’années, les déchets produits pendant 50 ou 70 ans d’industrie nucléaire. C’est une réalité relativement dure.
Dans cette perspective, l’équité passe d’abord bien sûr par la réussite du démantèlement : qu’il soit mené à son terme et qu’il ne grève pas les marges de manœuvres financières des générations à venir. Mais de mon point de vue, et cette réflexion sort du champ de la mission parlementaire, l’équité exigerait aussi que l’on cesse l’exploitation du nucléaire comme énergie, dans la mesure notamment où nous ne savons pas retraiter les déchets, mais aussi parce qu’elle représente un danger de contamination durable à grande échelle.
Notre travail doit donc consister à alléger le plus possible le poids de la gestion du nucléaire pour les générations futures. Or si l’on prend le cas de Cigéo, le centre de stockage des déchets nucléaires en couches géologiques profondes situé à Bure, il semble que l’on s’éloigne de cette équité, en concevant une solution irréversible qui ne tient pas compte des progrès éventuels à venir. Nous condamnons de fait ceux qui nous succèderont à entretenir – en faisant le pari que des structures sociales subsisteront à l’échelle de milliers d’années – un héritage que nous aurons rendu définitif. Nous ne reviendrons pas sur le choix de développer une filière nucléaire en France, en revanche nous pouvons prendre des décisions de nature à aider les générations futures à gérer du mieux possible notre héritage.
Publié le 10 avril 2017 par Thibault Laconde
Illustration : By Ludovic Péron (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
J'en ai discuté avec Barbara Romagnan. Elle est députée et a notamment été rapporteuse d'un récent rapport d'information sur le démantèlement des installations nucléaires. Elle est par ailleurs responsable de la thématique développement durable au sein de l'équipe de Benoit Hamon.
En quelques mots, quelles sont les grandes lignes et les principales recommandations de votre rapport sur le démantèlement des installations nucléaires ?
Le rapport de la mission d’information s’articule autour des deux grands sujets : la faisabilité financière et la faisabilité technique du démantèlement. Nous avons procédé à un état des lieux afin de définir ce que recouvrait concrètement un démantèlement et quelles étaient les différentes règles juridiques, techniques, légales, qui présidaient à sa mise en œuvre. Nous avons ensuite formulé une première observation concernant l’avancée technique du savoir-faire des différents acteurs concernés en matière de démantèlement : nous concluons d’une part à une faisabilité pas entièrement assurée pour le plus ancien des deux parcs nucléaires que compte la France, d’autre part à l’importance de la gestion des déchets issus du démantèlement, qui conditionne très largement sa réussite. Dans un troisième temps, nous avons souhaité pour la dimension financière de nos travaux réaliser un focus sur les provisions qu’EDF constitue pour financer le démantèlement. Nous formulons sur ce point une alerte : les provisions nous semblent vraisemblablement sous-évaluées du fait d’hypothèses optimistes de la part de l’électricien, et au regard des financements mobilisés par les autres pays.
Ces observations nous ont donc conduits à formuler plusieurs recommandations : revoir d’abord la méthode de prévisions des coûts, notamment en intégrant certains coûts annexes actuellement non pris en compte, et en établissant une prévision non pas à l’échelle du parc mais réacteur par réacteur. Il faut ensuite établir un calendrier prévisionnel des réacteurs à démanteler pour permettre une certaine visibilité. Côté déchet, nous proposons enfin d’assouplir les règles de stockage des déchets dits de très faible activité (TFA) afin de réduire les volumes à traiter.
Comment doit se dérouler concrètement le démantèlement des centrales françaises ? Comment les délais et les coûts sont-ils estimés ?
La France a adopté le principe du démantèlement immédiat des centrales, afin de ne pas en léguer la charge aux générations futures. Ce principe a été consacré par la loi relative à la transition énergétique de 2015, disposant qu’à l’arrêt d’une exploitation nucléaire, l’exploitant procède à son démantèlement dans un délai aussi court que possible. Cela étant dit, il n’existe pas à proprement parler de définition stricte du démantèlement : une installation nucléaire est considérée comme démantelée lorsque l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) constate la réalisation des travaux et que la déclassification administrative du site est validée. L’expression du « retour à l’herbe » qui illustre un démantèlement permettant de rendre le terrain à des usages non restreints n’est donc pas nécessairement le stade visé par l’exploitant.
Actuellement, les délais et les coûts du démantèlement sont estimés par EDF grâce à un modèle générique, la méthode dite "Dampierre 09", qui se fonde sur une évaluation des coûts de la centrale de Dampierre, composée de 4 réacteurs. L’extrapolation qui en a été tirée en 1998 a été revue en 2009 afin d’en actualiser les coûts. Pour autant, ce modèle générique ne tient de fait pas compte des spécificités des autres réacteurs ni de leur historique d’exploitation qui peut justifier des opérations différentes ou supplémentaires. Si la méthode Dampierre constitue une base de travail intéressante, il nous a semblé qu’elle ne suffisait pas à déterminer de manière fiable les délais et les coûts du démantèlement des 58 réacteurs français.
EDF, qui doit financer le démantèlement de ses installations nucléaire, estime le coût de cette opération à 75Mds€ et a pour l'instant provisionné 36Mds€. Ces sommes apparaissent très modestes, sont-elles réalistes selon vous ?
Il y a sans doute deux problèmes sur cette question. D’abord celui de la disponibilité effective des fonds : même en admettant que le démantèlement coûte effectivement 75 milliards d’euros, la question est de savoir si les placements financiers réalisés par EDF peuvent avoir des rendements suffisants pour parvenir, à terme, à cette somme. Si les placements produisent des rendements suffisants, comme il semble d’ailleurs que ce soit le cas au vu des documents fournis par EDF, cela signifie qu’une part non négligeable de cet argent est placée dans des produits financiers à risque. Ce qui n’est pas sans présenter de risques pour la sûreté de ces placements.
Ensuite, l’autre question est effectivement celle de l’évaluation du coût par EDF. L’explication d’une réduction des coûts du fait d’économies d’échelle observables en raison de la standardisation du parc, bien qu’elle ait un effet, ne peut pas expliquer à elle seule le montant des provisions d’EDF. EDF en effet provisionne en moyenne 300 millions d’euros par réacteur, quand nos partenaires européens notamment provisionnent, eux près d’un milliard par réacteur. D’après des documents transmis par EDF, qui a affirmé ne pas pouvoir donner de chiffre précis concernant le gain à attendre de la standardisation, nous estimons qu’ils anticipent une réduction des coûts de 30 à 40 % entre le démantèlement de la première unité et le coût moyen de la série. Certains observateurs l’estiment plutôt autour de 25 %, et les experts qui intègrent dans leurs prévisions le risque de dérive des coûts tablent sur une réduction de 10,5 %. Or l’expérience a montré que ce risque de dérive des coûts se concrétise souvent en matière de démantèlement.
Mais nos inquiétudes concernant les sommes provisionnées par EDF portent également sur la non prise en compte de certaines dépenses. C’est le cas par exemple de la remise en état des sites, du paiement des taxes et des assurances, du coût social du démantèlement ainsi que du retraitement du combustible usagé. Le pari consistant à provisionner 75 milliards nous semble donc d’autant plus risqué que les démantèlements devront être menés de front dans la mesure où le parc a lui-même été mis en service dans un laps de temps très rapproché.
Les démantèlements en cours ont amené leur lot de mauvaises surprises : presque un demi-siècle de travail et un coût multiplié par 20 pour Brennilis, retard d'un siècle pour les 6 réacteurs UNGG. Est-ce que nous avons vraiment la capacité technique, industrielle et économique à démanteler les 58 réacteurs actuels ? La bataille n'est-elle pas déjà perdue ?
A ses débuts, l’industrie nucléaire comptait sur un certain nombre de progrès scientifiques et techniques qui n’ont pas tous vu le jour. L’hypothèse d’un retraitement infini des déchets dans des réacteurs de nouvelle génération en fait partie. De la même manière, le simple fait que le premier parc nucléaire, de technologie UNGG, n’ait pas été conçu pour être démantelé laisse penser de la part des ingénieurs de l’époque à un certain excès d’optimisme. Il ressort de ce décalage une impression de gigantisme qui peut parfois faire douter de notre capacité à démanteler le parc nucléaire. Manifestement, nous avons surestimé notre capacité à le faire rapidement, et des questions techniques restent indubitablement en suspens. Pour autant, nous n’avons pas d’autres alternatives que d’essayer, et de veiller à ce que ces efforts se fassent dans un cadre financier optimal et un environnement technique aussi performant que possible. Car les alternatives ne sont pas nombreuses : l’hypothèse de laisser des mausolées nucléaires faits de sarcophages de béton n’est ni satisfaisant du point de vue de la sûreté, ni acceptable du point de vue de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures.
Mais il faut aussi garder à l’esprit que le démantèlement ne produit pas ou peu de richesse, en comparaison de la construction et de l’exploitation de nouveaux réacteurs. De ce fait, on peut penser que les exploitants, quels qu’ils soient, n’ont peut-être pas consacré toute la recherche nécessaire à cette activité qui est en réalité une charge pour eux. D’où l’intérêt que les pouvoirs publiques se penchent sur cette question. La bataille n’est donc pas perdue d’avance mais encore faut-il, compte tenu du défi qui se dresse devant nous, disposer de fonds suffisants et d’une volonté politique pérenne. C’est la raison pour laquelle la question du démantèlement dépasse le seul exploitant qui en a la charge : les conséquences d’une faillite de celui-ci ou d’une impasse technique durable qui nous conduirait à renoncer au démantèlement seraient très lourdes.
Dans votre rapport, vous soulignez que le nucléaire est une affaire de plusieurs génération mais si les générations qui ont construit et exploité les centrales en attendaient un bénéfice, celles qui devront les démanteler et gérer les déchets n'auront que des charges. Comment assurer une minimum d'équité entre les générations ?
Avant de réfléchir à la façon d’assurer un minimum d’équité entre les générations, peut-être faut-il admettre que sur cette question, nous avons déjà créé un déséquilibre irréversible. De fait, même si nous gérons raisonnablement le démantèlement des installations nucléaires et rendons aux générations futures des sites décontaminés et sans servitudes, la question du stockage des déchets fait que celles-ci auront à gérer, parfois pendant des milliers d’années, les déchets produits pendant 50 ou 70 ans d’industrie nucléaire. C’est une réalité relativement dure.
Dans cette perspective, l’équité passe d’abord bien sûr par la réussite du démantèlement : qu’il soit mené à son terme et qu’il ne grève pas les marges de manœuvres financières des générations à venir. Mais de mon point de vue, et cette réflexion sort du champ de la mission parlementaire, l’équité exigerait aussi que l’on cesse l’exploitation du nucléaire comme énergie, dans la mesure notamment où nous ne savons pas retraiter les déchets, mais aussi parce qu’elle représente un danger de contamination durable à grande échelle.
Notre travail doit donc consister à alléger le plus possible le poids de la gestion du nucléaire pour les générations futures. Or si l’on prend le cas de Cigéo, le centre de stockage des déchets nucléaires en couches géologiques profondes situé à Bure, il semble que l’on s’éloigne de cette équité, en concevant une solution irréversible qui ne tient pas compte des progrès éventuels à venir. Nous condamnons de fait ceux qui nous succèderont à entretenir – en faisant le pari que des structures sociales subsisteront à l’échelle de milliers d’années – un héritage que nous aurons rendu définitif. Nous ne reviendrons pas sur le choix de développer une filière nucléaire en France, en revanche nous pouvons prendre des décisions de nature à aider les générations futures à gérer du mieux possible notre héritage.
Publié le 10 avril 2017 par Thibault Laconde
Illustration : By Ludovic Péron (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
Demain, vendredi 22 avril, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la
signature au siège new-yorkais de l'ONU. Ce sera un pas de plus vers son entrée en vigueur, probablement entre 2018 et 2020. C'est aussi l'occasion de s'interroger sur les prochaines étapes...
La Chine est devenue il y a un peu moins de 10 ans le premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète. Une place qu'elle va garder et conforter : d'ici quelques années, les émissions par habitant des chinois devraient dépasser celles d'un européen.
La Chine est donc être un acteur incontournable dans la mise en œuvre de l'Accord de Paris et plus généralement dans la lutte contre le changement climatique. Mais comment ce sujet est-il perçu dans le pays ? Est-il possible de concilier la maîtrise des émissions avec la poursuite du développement économique ?
J'ai posé ces questions à Feng Zhang. Feng est docteur en génie industriel et expert des questions de développement durable. Il est directeur des opérations dans une entreprise spécialisée dans l'efficacité énergétique.
> Cet entretien est extrait d'une analyse complète de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude ici.
La Chine est devenue il y a un peu moins de 10 ans le premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète. Une place qu'elle va garder et conforter : d'ici quelques années, les émissions par habitant des chinois devraient dépasser celles d'un européen.
La Chine est donc être un acteur incontournable dans la mise en œuvre de l'Accord de Paris et plus généralement dans la lutte contre le changement climatique. Mais comment ce sujet est-il perçu dans le pays ? Est-il possible de concilier la maîtrise des émissions avec la poursuite du développement économique ?
J'ai posé ces questions à Feng Zhang. Feng est docteur en génie industriel et expert des questions de développement durable. Il est directeur des opérations dans une entreprise spécialisée dans l'efficacité énergétique.
Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la
signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers
son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de
cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
En se donnant pour objectifs d'atteindre zéro émission nette pendant la seconde moitié du XXIe siècle (article 4 : "parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle"), l'Accord de Paris sous-entend que nous serions capable de retirer des gaz à effet de serre de l'atmosphère et ainsi de compenser les émissions que nous ne parviendrons pas à éliminer.
En réalité, si nous commençons à savoir capter le dioxyde de carbone dans les fumées des installations émettrices, nous sommes encore loin de pouvoir l'isoler en grandes quantités dans l'air ambiant où il est 500 fois moins concentré. Alors, la capture atmosphérique du carbone est-elle un mirage ?
J'en ai discuté avec Noah Deich, directeur du Center for Carbon Removal à l'université de Berkeley.
La capture du carbone est très précieuse pour atteindre l'objectif de long-terme de l'Accord de Paris. Au rythme actuel, le budget carbone permettant de limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé dans 20 ans et le budget associé à 1.5°C sera épuisé dans seulement 6 ans. Même si les INDC proposées avant la COP21 sont toutes respectées, les émissions vont continuer à croitre pendant les prochaines décennies. Comme seule la capture atmosphérique peut compenser un dépassement de notre budget carbone, c'est une assurance vitale au cas où nous ne pourrions pas réduire les émissions assez vite .
Une autre raison importante pour développer les solutions de capture atmosphérique du carbone est qu'elles peuvent aider à élargir le soutien aux politiques climatiques, ce qui utile aussi bien pour réduire les émissions que pour capturer le CO2. Une explication complète de l’intérêt de la capture atmosphérique est disponible dans notre rapport Philanthropy Beyond Carbon Neutrality.
Toutes ces approches nécessitent encore de la recherche et développement avant que nous puissions retirer le dioxyde de carbone de l'atmosphère de façon sure et efficace. D'une manière générale, les techniques écologiques sont plus proches de leur maturité commerciale mais des pilotes et des démonstrateurs existent pour des technologies comme la biomasse + CSC ou la capture directe. Il ne s'agit donc certainement pas de science-fiction.
La question clé est l'échelle : Quelles solutions ont le meilleurs potentiel ? Et sous quelles conditions pourront-elles être mises sur le marché ?
A long-terme, les coûts seront vraisemblablement entre 10 et 100$ par tonne équivalent CO2. Mais il est difficile de dire combien cela va couter de développer ces techniques jusqu'au moment où elle deviendront rentables.
Publié le 20 avril 2016 par Thibault Laconde
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les implications économiques et technologiques à long-terme de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
En se donnant pour objectifs d'atteindre zéro émission nette pendant la seconde moitié du XXIe siècle (article 4 : "parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle"), l'Accord de Paris sous-entend que nous serions capable de retirer des gaz à effet de serre de l'atmosphère et ainsi de compenser les émissions que nous ne parviendrons pas à éliminer.
En réalité, si nous commençons à savoir capter le dioxyde de carbone dans les fumées des installations émettrices, nous sommes encore loin de pouvoir l'isoler en grandes quantités dans l'air ambiant où il est 500 fois moins concentré. Alors, la capture atmosphérique du carbone est-elle un mirage ?
J'en ai discuté avec Noah Deich, directeur du Center for Carbon Removal à l'université de Berkeley.
En quoi la capture atmosphérique du carbone est-elle importante après l'Accord de Paris ?
La capture du carbone est très précieuse pour atteindre l'objectif de long-terme de l'Accord de Paris. Au rythme actuel, le budget carbone permettant de limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé dans 20 ans et le budget associé à 1.5°C sera épuisé dans seulement 6 ans. Même si les INDC proposées avant la COP21 sont toutes respectées, les émissions vont continuer à croitre pendant les prochaines décennies. Comme seule la capture atmosphérique peut compenser un dépassement de notre budget carbone, c'est une assurance vitale au cas où nous ne pourrions pas réduire les émissions assez vite .Une autre raison importante pour développer les solutions de capture atmosphérique du carbone est qu'elles peuvent aider à élargir le soutien aux politiques climatiques, ce qui utile aussi bien pour réduire les émissions que pour capturer le CO2. Une explication complète de l’intérêt de la capture atmosphérique est disponible dans notre rapport Philanthropy Beyond Carbon Neutrality.
La capture atmosphérique est souvent vue comme de la science-fiction, qu'en est-il vraiment ?
La capture du carbone est souvent représentée à tort comme une seule solution ou une seule approche. En réalité, il existe une large variété de solutions écologiques et technologiques capables de retirer du CO2 de l'air, par exemple la restauration des écosystèmes, le biocharbon, la biomasse avec capture et séquestration du CO2 et des procédés chimiques qui isole le CO2 directement dans l'air ambiant.Toutes ces approches nécessitent encore de la recherche et développement avant que nous puissions retirer le dioxyde de carbone de l'atmosphère de façon sure et efficace. D'une manière générale, les techniques écologiques sont plus proches de leur maturité commerciale mais des pilotes et des démonstrateurs existent pour des technologies comme la biomasse + CSC ou la capture directe. Il ne s'agit donc certainement pas de science-fiction.
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| Aperçu des méthodes de capture atmosphérique du carbone envisagées à l'heure actuelle (cliquer sur l'image pour agrandir) |
Quel est le retour d'expérience des projets existants ?
Les premiers projets montrent que les méthodes biologiques nécessitent une comptabilité carbone et des standards d'analyse de cycle de vie rigoureux avant de pouvoir être valorisées. Les solutions technologiques, elles, sont encore chères mais les essais montrent que les coûts pourraient baisser considérablement avec leur déploiement. Nos analyses présentent plus d'informations sur les projets et les différentes solutions.La question clé est l'échelle : Quelles solutions ont le meilleurs potentiel ? Et sous quelles conditions pourront-elles être mises sur le marché ?
Qu'est-ce qui est nécessaire aujourd'hui pour accélérer le développement de la capture atmosphérique ?
De la recherche et développement et des démonstrateurs pour faire baisser les coûts et améliorer la comptabilisation du carbone, ainsi que des politiques, des réglementations et des marchés qui créent une demande pour la capture atmosphérique. Il faut encore de la R&D pour un grand nombre de solution et il est trop tôt pour dire qui seront les gagnants et les perdants.A votre avis, quand la capture atmosphérique pourrait-elle commencer à jouer un rôle significatif dans la lutte contre le changement climatique ? Et à quel prix ?
D'ici une décennie, la capture atmosphérique pourrait jouer un rôle majeur dans les efforts d'atténuation. Je m'attend à ce que les premiers développement portent sur les solutions agricoles et écosystémiques qui s'appuient sur la photosynthèse pour séquestrer le carbone dans les plantes et les sols. Les systèmes technologiques, comme la biomasse + CSC ou la capture directe, pourraient être disponibles à l'échelle commerciale peu après. La vitesse à laquelle ces solutions seront commercialisées dépend des investissement qui seront réalisés par les gouvernements et le secteur privé.A long-terme, les coûts seront vraisemblablement entre 10 et 100$ par tonne équivalent CO2. Mais il est difficile de dire combien cela va couter de développer ces techniques jusqu'au moment où elle deviendront rentables.
Publié le 20 avril 2016 par Thibault Laconde
Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la
signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers
son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de
cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
Même si certains systèmes d'échange préexistaient (comme la compensation volontaire), le développement rapide des marchés du carbone à partir des années 2000 a été une des conséquences les plus remarquables du Protocole de Kyoto. Alors que l'Accord de Paris se prépare à lui succéder, on peut se demander quel est le bilan de ces outils et s'ils ont un avenir dans le régime climatique crée par la COP21.
J'ai posé la question à Renaud Bettin qui travaille sur ces sujets pour le GERES, probablement l'association française la plus active dans le domaine de la compensation. Il est également chef de projet d'infoCC, une plateforme d'information spécialisée.
Il existe 2 mécanismes de compensation carbone, ceux réglementés qui ont été instaurés par le protocole de Kyoto – MOC et MDP – et ceux dits volontaires, régis par les labels de certifications type Gold Standard ou VCS.
Le MDP, Mécanisme de Développement Propre mis en œuvre dans les pays du Sud, a un bilan chiffré très correct : 1,5 milliards de TeqCO2 évitées pour 7578 projets dans 94 pays. Côté MOC, son jumeau mis en œuvre entre pays de l’OCDE, le bilan est plus maigre avec 850 millions de TeqCO2 évitées pour 604 projets, dont 20 en France. Le tout depuis 2008.
Sur le marché volontaire, on comptabilise environ 900 millions de TéqCO2 évitées en 10 ans.
Différence notable entre le dispositif réglementé et le volontaire, le prix du crédit de compensation : moins de 0,50 € aujourd’hui sur le marché de la compensation Kyoto et 5 € en moyenne pour des projets volontaires.
Si ces chiffres peuvent être flatteurs, ils cachent souvent une réalité de terrain moins glorieuse, notamment au Sud : droits humains bafoués, terres confisquées, opacité quant au partage de cette richesse carbone et au final un développement local bradé au profit de la quantité de carbone évitées.
Ce qui marche, ce sont les porteurs de projets qui s’appuient sur la compensation pour aller plus loin que leurs objectifs initiaux de développement. La compensation n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. C’est dans ces cas précis où le carbone prend une valeur plutôt que d’afficher un prix.
Ce qu’il faut éviter c’est penser que compenser nos émissions nous donne le droit d’émettre toujours plus, une sorte d’impunité climatique : la compensation doit toujours être associée à des efforts de réduction de notre propre impact sur le climat. Je conseillerais d’ailleurs aux entreprises de ne jamais viser la neutralité carbone, c’est-à-dire compenser 100 % de leurs émissions. Cette neutralité est un mythe.
L’article 6 esquisse plusieurs mécanismes de réduction et de compensation. A ce stade nous ne savons pas à quoi vont correspondre ces ITMOs (Internationally Transferred Mitigation Outcomes) et si les crédits carbone de compensation vont perdurer. Comme il n’y a pas d’engagement de réduction des pays qui servent de plafonnement d’émissions dans les marchés carbone actuels, la base d’échange de discussion sera les INDC et non des marchés. Tout ceci reste assez flou. Les prochaines COP devraient nous donner plus de détails.
Cela étant dit, les marchés de type cap and trade ont de beaux jours devant eux ! Il en existe de plus en plus à travers le monde et d’autres sont en projet. Ils existeront en parallèle du cadre de l’Accord de Paris et seront probablement un jour connectés entre eux. D’autant que ce qui donne aujourd’hui un prix au carbone, c’est le marché !
Par ailleurs, on oublie trop souvent la fiscalité écologique qui peut aussi donner un prix au carbone. Un prix évolutif, avec par conséquent plus de visibilité pour les investisseurs.
Une fiscalité écologique solide doit être mise en œuvre par les politiques et acceptée par l’opinion publique.
Quant à la compensation, elle reste selon moi à la marge un outil au service de la solidarité et de la transition. Une meilleure information et une éducation est nécessaire pour la défaire de cette image d’achat de bonne conscience.
Dans tous les cas, le carbone doit se teinter d’une valeur sociale et cesser de n’être réduit qu’à un prix dans un marché.
Publié le 19 avril 2016 par Thibault Laconde
Illustration : By Andrew Ciscel (originally posted to Flickr as LaRouche supporters) [CC-BY-SA-2.0], via Wikimedia Commons
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les implications économiques et technologiques à long-terme de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
Même si certains systèmes d'échange préexistaient (comme la compensation volontaire), le développement rapide des marchés du carbone à partir des années 2000 a été une des conséquences les plus remarquables du Protocole de Kyoto. Alors que l'Accord de Paris se prépare à lui succéder, on peut se demander quel est le bilan de ces outils et s'ils ont un avenir dans le régime climatique crée par la COP21.
J'ai posé la question à Renaud Bettin qui travaille sur ces sujets pour le GERES, probablement l'association française la plus active dans le domaine de la compensation. Il est également chef de projet d'infoCC, une plateforme d'information spécialisée.
Le marché du carbone et la compensation, qui permettent de réduire ses émissions contre un payement, ont souvent été critiqué depuis leur apparition. Quel est réellement leur bilan ?
Le marché européen du carbone affiche un prix du quota (c'est-à-dire d'un droit à émettre du CO2) au plus bas à 5 € la tonne. Cela reflète un échec et un succès. Un succès car un prix bas signifie qu’il y a moins de demandes à émettre sur le marché et donc que les objectifs de réduction d’émissions ont été atteints. Mais surtout un échec car à 5€ la tonne de carbone, la transition vers une économie plus durable s’éloigne et un tel prix ne reflète en aucun cas les dommages des émissions de CO2 anthropiques sur notre société.![]() |
| Le principe de la compensation carbone (source : InfoCC) |
Le MDP, Mécanisme de Développement Propre mis en œuvre dans les pays du Sud, a un bilan chiffré très correct : 1,5 milliards de TeqCO2 évitées pour 7578 projets dans 94 pays. Côté MOC, son jumeau mis en œuvre entre pays de l’OCDE, le bilan est plus maigre avec 850 millions de TeqCO2 évitées pour 604 projets, dont 20 en France. Le tout depuis 2008.
Sur le marché volontaire, on comptabilise environ 900 millions de TéqCO2 évitées en 10 ans.
Différence notable entre le dispositif réglementé et le volontaire, le prix du crédit de compensation : moins de 0,50 € aujourd’hui sur le marché de la compensation Kyoto et 5 € en moyenne pour des projets volontaires.
Si ces chiffres peuvent être flatteurs, ils cachent souvent une réalité de terrain moins glorieuse, notamment au Sud : droits humains bafoués, terres confisquées, opacité quant au partage de cette richesse carbone et au final un développement local bradé au profit de la quantité de carbone évitées.
"La compensation carbone peut être un acte de solidarité avec le Sud et un soutien à la transition énergétique."
Quels sont les principaux retours d'expérience ? Qu'est-ce qui marche ? Et que faut-il éviter ?
La première chose, et c’était le souhait des Parties à Kyoto, est que cette finance carbone a créé un levier de coopération entre le Nord et le Sud. Ensuite, elle a permis à certains projets de s’inscrire dans le moyen terme et de viser des objectifs largement supérieurs à ce qu’ils auraient été avec un financement classique (aide au développement + financement privé). Enfin, et c’est un constat amer, la compensation reste cantonnée à l’annulation d’un méfait ici au Nord, alors qu’elle peut réellement être un acte de solidarité envers le Sud et un soutien à la transition écologique au Nord.Ce qui marche, ce sont les porteurs de projets qui s’appuient sur la compensation pour aller plus loin que leurs objectifs initiaux de développement. La compensation n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. C’est dans ces cas précis où le carbone prend une valeur plutôt que d’afficher un prix.
Ce qu’il faut éviter c’est penser que compenser nos émissions nous donne le droit d’émettre toujours plus, une sorte d’impunité climatique : la compensation doit toujours être associée à des efforts de réduction de notre propre impact sur le climat. Je conseillerais d’ailleurs aux entreprises de ne jamais viser la neutralité carbone, c’est-à-dire compenser 100 % de leurs émissions. Cette neutralité est un mythe.
Quel peut être l'avenir des systèmes d'échange d'émissions dans le cadre de l'Accord de Paris ?
L’Accord de Paris ne mentionne pas de mécanismes de marché à proprement parler. C'est plutôt l'inverse : à la demande de la Bolivie, il parle d'un mécanisme non fondé sur le marché (non-market based approach) !L’article 6 esquisse plusieurs mécanismes de réduction et de compensation. A ce stade nous ne savons pas à quoi vont correspondre ces ITMOs (Internationally Transferred Mitigation Outcomes) et si les crédits carbone de compensation vont perdurer. Comme il n’y a pas d’engagement de réduction des pays qui servent de plafonnement d’émissions dans les marchés carbone actuels, la base d’échange de discussion sera les INDC et non des marchés. Tout ceci reste assez flou. Les prochaines COP devraient nous donner plus de détails.
Cela étant dit, les marchés de type cap and trade ont de beaux jours devant eux ! Il en existe de plus en plus à travers le monde et d’autres sont en projet. Ils existeront en parallèle du cadre de l’Accord de Paris et seront probablement un jour connectés entre eux. D’autant que ce qui donne aujourd’hui un prix au carbone, c’est le marché !
Par ailleurs, on oublie trop souvent la fiscalité écologique qui peut aussi donner un prix au carbone. Un prix évolutif, avec par conséquent plus de visibilité pour les investisseurs.
"Donner un prix au carbone n'est pas suffisant : il faut qu'il ait une valeur sociale."
Comment ces outils pourraient-ils évoluer pour être plus efficaces ?
Je pense que tous ces outils doivent coexister. Les systèmes d’échanges de quotas, c’est-à-dire les marchés, doivent intégrer des mécanismes ponctuels de régulations publiques qui interviennent lorsque des facteurs extérieurs (crises économiques, météo) les rendent obsolètes.Une fiscalité écologique solide doit être mise en œuvre par les politiques et acceptée par l’opinion publique.
Quant à la compensation, elle reste selon moi à la marge un outil au service de la solidarité et de la transition. Une meilleure information et une éducation est nécessaire pour la défaire de cette image d’achat de bonne conscience.
Dans tous les cas, le carbone doit se teinter d’une valeur sociale et cesser de n’être réduit qu’à un prix dans un marché.
Publié le 19 avril 2016 par Thibault Laconde
Illustration : By Andrew Ciscel (originally posted to Flickr as LaRouche supporters) [CC-BY-SA-2.0], via Wikimedia Commons
Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
Les objectifs adoptés par la communauté internationale lors de la COP21 ne pourrons être atteint que pas une baisse rapide des émissions. Cette baisse implique notamment un usage plus économe de l'énergie. Mais il ne faut pas oublier qu'une partie importante de l'humanité n'a toujours pas accès à l'électricité et souffre régulièrement de pénuries d'énergie. Dans ce cas n'y a-t-il pas une contradiction entre la lutte contre le changement climatique et l'accès universel à l'énergie, qui fait aussi partie des objectifs de la communauté internationale ?
J'ai posé la question à Clara Kayser-Bril. Clara est ingénieure et consultante, spécialiste de l'accès à l'énergie dans les pays en développement, elle est intervenue sur des projets dans une vingtaine de pays.
Aujourd’hui, 1.1 milliard de personnes n’ont toujours pas l’électricité et 2.9 milliards n’ont pas accès à des énergies propres et modernes pour cuisiner. C’est énorme, mais cela reflète une réalité très disparate. Sur le plan de l’électrification par exemple, certains pays ont fait d’importants progrès au cours des dernières années – l’Inde par exemple, où près de 80% de la population est maintenant électrifiée, ou encore le Rwanda où le taux d’accès est passé de 6% à 16% en cinq ans. Derrière ces chiffres, il y a des politiques publiques volontaristes qui ont permis d’étendre le réseau vers des zones plus reculées et de proposer des tarifs spécifiques pour les plus pauvres. Le soutien financier et technique des grands bailleurs de fonds internationaux a aussi joué un rôle.
Dans le même temps, dans de nombreux autres pays et notamment en Afrique sub-saharienne, la situation a stagné et s’est même par endroit dégradée : mathématiquement, le taux d’accès recule lorsque les efforts d’électrification n’arrivent pas à suivre le rythme de la croissance démographique. Cette situation est souvent le reflet de graves problèmes de gouvernance : l’électricité se trouve de fait réservée à une petite élite urbaine tandis que les zones périurbaines et rurales sont laissées pour compte. Il faut également accepter le fait que l’électrification coûte cher, d’autant plus cher que l’habitat est dispersé et reculé. Les avancées technologiques récentes, dont le boom des kits solaires individuels est une belle illustration, permettent de réduire ce coût. Mais mettre l’électricité à la portée des plus pauvres requiert d’importants efforts financiers que nombre de pays ne sont pas en état de fournir.
Le problème se pose différemment sur le plan des énergies de cuisson : alors que l’électrification d’un ménage rural revient typiquement à 500-1500 dollars, 50 dollars peuvent suffire pour améliorer nettement les conditions en cuisine. La diffusion des foyers et combustibles améliorés est cependant très lente, malgré d’importants efforts entrepris depuis plus de trente ans. C’est qu’il n’est pas aisé de changer ses habitudes en ce qui concerne la préparation des repas. Mais on constate aussi, trop souvent, que l’énergie de cuisson est la grande absente des politiques énergétiques : il est plus valorisant de s’attaquer à la construction de grandes infrastructures que de se lancer dans la résolution de ce problème diffus, éminemment domestique, et très majoritairement féminin.
L’accès universel à l’énergie ne signifie pas que 100% de l’humanité va subitement consommer autant d’énergie que les habitants des pays riches. Les personnes aujourd’hui privées d’accès appartiennent typiquement à des populations pauvres, aux moyens limités. Une famille rurale au Népal ou en Tanzanie, si elle est raccordée au réseau électrique, consommera de l’ordre de 300 à 500 kWh par an. Sur la base de cet ordre de grandeur, si les 1.1 milliards de personne qui en sont aujourd’hui privées bénéficiaient demain de l’électricité, quand bien même la totalité de cette électricité proviendrait de centrales au charbon (les plus polluantes), l’impact sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre serait de +0,2%. Il n’y a donc aucune incompatibilité entre accès à l’énergie et réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Les pays en développement s’engagent de plus en plus sur la voie des énergies renouvelables. Souvent dotés de potentiels importants pour le photovoltaïque (Afrique sahélienne), l’hydroélectricité (Afrique équatoriale, Asie du Sud-Est), ou encore la géothermie (Afrique de l’Est, Philippines), ces pays pourraient ainsi bénéficier d’une énergie sûre, produite localement, et préservée des fluctuations des marchés internationaux.
Mais il faut éviter le dogme du "tout renouvelable" pour les pays en développement. Construire de nouvelles capacités d’électricité renouvelable est complexe et risqué. Il s’agit de projets très gourmands en capitaux, l’essentiel des coûts correspondant à la construction de la centrale avec peu de coûts d’exploitation ensuite. Or la capacité d’investissement des pays en développement est limitée : les budgets publics sont faibles, l’endettement déjà élevé. Dans des contextes souvent marqués par les incertitudes politiques, mobiliser les importantes sommes nécessaires à la construction d’une centrale hydroélectrique ou d’une ferme solaire est parfois "mission impossible". Par ailleurs, l’électricité renouvelable peut être intermittente (photovoltaïque, éolien) ou marquée par une forte saisonnalité (hydroélectricité, biomasse). Certains pays qui ont tout misé sur l’hydro se retrouvent en situation de crise énergétique en cas de sécheresse. Ceux qui en ont les moyens se tournent alors massivement vers les générateurs diesel individuels hautement polluants. Cette production thermique gagnerait à être centralisée pour en diminuer les émissions et les coûts.
Il est illusoire, et contreproductif, d’attendre des pays en développement la mise en place de politiques d’électrification 100% verte. Il faut certes poser les bases de la croissance verte, mais en privilégiant les complémentarités entre différentes sources – comme le font depuis des décennies les pays industrialisés.
On parle beaucoup d’électricité renouvelable mais il ne faudrait pas oublier les questions d’efficacité énergétique et plus globalement, d’utilisation rationnelle de l’énergie. A quoi sert-il de produire une électricité 100% verte, si elle est immédiatement engloutie par des climatiseurs inefficaces qui tournent à plein régime dans des pièces mal isolées ? Les constructions modernes tout-béton qui poussent comme des champignons dans les pays en développement sont un véritable non-sens énergétique. A mon avis, les techniques qui devraient être le plus soutenues sont celles qui permettent de réduire d’entrée de jeu le besoin, à commencer par l’architecture – bioclimatique, matériaux traditionnels etc. Le chauffe-eau solaire, très répandu en Chine par exemple, est encore balbutiant en Afrique alors que c’est une solution abordable, robuste et efficace. Ce n’est pas de la high-tech, c’est sûrement moins sexy qu’une éolienne ou un panneau photovoltaïque, mais ça marche !
Sur le plan de la production d’électricité, l’Accord de Paris va certainement permettre de poursuivre le soutien apporté à travers le monde à l’électrification décentralisée. Des technologies bien établies comme la petite hydroélectricité, d’autres en plein essor comme les hybrides photovoltaïque-diesel ou les gasifieurs biomasse de petite taille, devraient se développer. A l’échelle domestique, les solutions photovoltaïques individuelles (lanternes, kits solaires) devraient poursuivre leur progression en bénéficiant d’un soutien plus marqué – couplé au développement des appareils très économes en énergie, comme les lampes à LED.
Publié le 18 avril 2016 par Thibault Laconde
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les effets à long-terme de l'Accord de Paris, notamment sur l'économie et les choix technologiques. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
Les objectifs adoptés par la communauté internationale lors de la COP21 ne pourrons être atteint que pas une baisse rapide des émissions. Cette baisse implique notamment un usage plus économe de l'énergie. Mais il ne faut pas oublier qu'une partie importante de l'humanité n'a toujours pas accès à l'électricité et souffre régulièrement de pénuries d'énergie. Dans ce cas n'y a-t-il pas une contradiction entre la lutte contre le changement climatique et l'accès universel à l'énergie, qui fait aussi partie des objectifs de la communauté internationale ?
J'ai posé la question à Clara Kayser-Bril. Clara est ingénieure et consultante, spécialiste de l'accès à l'énergie dans les pays en développement, elle est intervenue sur des projets dans une vingtaine de pays.
Quelle est la situation actuelle en matière d'accès à l'énergie ?
Aujourd’hui, 1.1 milliard de personnes n’ont toujours pas l’électricité et 2.9 milliards n’ont pas accès à des énergies propres et modernes pour cuisiner. C’est énorme, mais cela reflète une réalité très disparate. Sur le plan de l’électrification par exemple, certains pays ont fait d’importants progrès au cours des dernières années – l’Inde par exemple, où près de 80% de la population est maintenant électrifiée, ou encore le Rwanda où le taux d’accès est passé de 6% à 16% en cinq ans. Derrière ces chiffres, il y a des politiques publiques volontaristes qui ont permis d’étendre le réseau vers des zones plus reculées et de proposer des tarifs spécifiques pour les plus pauvres. Le soutien financier et technique des grands bailleurs de fonds internationaux a aussi joué un rôle.
Dans le même temps, dans de nombreux autres pays et notamment en Afrique sub-saharienne, la situation a stagné et s’est même par endroit dégradée : mathématiquement, le taux d’accès recule lorsque les efforts d’électrification n’arrivent pas à suivre le rythme de la croissance démographique. Cette situation est souvent le reflet de graves problèmes de gouvernance : l’électricité se trouve de fait réservée à une petite élite urbaine tandis que les zones périurbaines et rurales sont laissées pour compte. Il faut également accepter le fait que l’électrification coûte cher, d’autant plus cher que l’habitat est dispersé et reculé. Les avancées technologiques récentes, dont le boom des kits solaires individuels est une belle illustration, permettent de réduire ce coût. Mais mettre l’électricité à la portée des plus pauvres requiert d’importants efforts financiers que nombre de pays ne sont pas en état de fournir.
Le problème se pose différemment sur le plan des énergies de cuisson : alors que l’électrification d’un ménage rural revient typiquement à 500-1500 dollars, 50 dollars peuvent suffire pour améliorer nettement les conditions en cuisine. La diffusion des foyers et combustibles améliorés est cependant très lente, malgré d’importants efforts entrepris depuis plus de trente ans. C’est qu’il n’est pas aisé de changer ses habitudes en ce qui concerne la préparation des repas. Mais on constate aussi, trop souvent, que l’énergie de cuisson est la grande absente des politiques énergétiques : il est plus valorisant de s’attaquer à la construction de grandes infrastructures que de se lancer dans la résolution de ce problème diffus, éminemment domestique, et très majoritairement féminin.
"L'accès universel à l'électricité, même la plus polluante, n'augmenterait les émissions mondiales de CO2 que de 0.2%."
L'objectif d'une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre inscrit dans l'Accord de Paris est-il compatible avec l'accès à l'énergie pour tous ?
L’accès universel à l’énergie ne signifie pas que 100% de l’humanité va subitement consommer autant d’énergie que les habitants des pays riches. Les personnes aujourd’hui privées d’accès appartiennent typiquement à des populations pauvres, aux moyens limités. Une famille rurale au Népal ou en Tanzanie, si elle est raccordée au réseau électrique, consommera de l’ordre de 300 à 500 kWh par an. Sur la base de cet ordre de grandeur, si les 1.1 milliards de personne qui en sont aujourd’hui privées bénéficiaient demain de l’électricité, quand bien même la totalité de cette électricité proviendrait de centrales au charbon (les plus polluantes), l’impact sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre serait de +0,2%. Il n’y a donc aucune incompatibilité entre accès à l’énergie et réduction des émissions de gaz à effet de serre.
"Il faut éviter le dogme de l'électrification 100% renouvelable et privilégier la complémentarité des sources."
Quels sont les retours d’expérience en matière d'électrification bas-carbone ? Qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qu'il faut éviter ?
Les pays en développement s’engagent de plus en plus sur la voie des énergies renouvelables. Souvent dotés de potentiels importants pour le photovoltaïque (Afrique sahélienne), l’hydroélectricité (Afrique équatoriale, Asie du Sud-Est), ou encore la géothermie (Afrique de l’Est, Philippines), ces pays pourraient ainsi bénéficier d’une énergie sûre, produite localement, et préservée des fluctuations des marchés internationaux.
Mais il faut éviter le dogme du "tout renouvelable" pour les pays en développement. Construire de nouvelles capacités d’électricité renouvelable est complexe et risqué. Il s’agit de projets très gourmands en capitaux, l’essentiel des coûts correspondant à la construction de la centrale avec peu de coûts d’exploitation ensuite. Or la capacité d’investissement des pays en développement est limitée : les budgets publics sont faibles, l’endettement déjà élevé. Dans des contextes souvent marqués par les incertitudes politiques, mobiliser les importantes sommes nécessaires à la construction d’une centrale hydroélectrique ou d’une ferme solaire est parfois "mission impossible". Par ailleurs, l’électricité renouvelable peut être intermittente (photovoltaïque, éolien) ou marquée par une forte saisonnalité (hydroélectricité, biomasse). Certains pays qui ont tout misé sur l’hydro se retrouvent en situation de crise énergétique en cas de sécheresse. Ceux qui en ont les moyens se tournent alors massivement vers les générateurs diesel individuels hautement polluants. Cette production thermique gagnerait à être centralisée pour en diminuer les émissions et les coûts.
Il est illusoire, et contreproductif, d’attendre des pays en développement la mise en place de politiques d’électrification 100% verte. Il faut certes poser les bases de la croissance verte, mais en privilégiant les complémentarités entre différentes sources – comme le font depuis des décennies les pays industrialisés.
"Au-delà de la production, l'utilisation rationnelle de l'énergie doit être une priorité dans les pays en développement."
Selon vous, quelles technologies ou quelles méthodes ont le plus de chance de se développer dans le cadre de la mise en œuvre de l'Accord de Paris ?
On parle beaucoup d’électricité renouvelable mais il ne faudrait pas oublier les questions d’efficacité énergétique et plus globalement, d’utilisation rationnelle de l’énergie. A quoi sert-il de produire une électricité 100% verte, si elle est immédiatement engloutie par des climatiseurs inefficaces qui tournent à plein régime dans des pièces mal isolées ? Les constructions modernes tout-béton qui poussent comme des champignons dans les pays en développement sont un véritable non-sens énergétique. A mon avis, les techniques qui devraient être le plus soutenues sont celles qui permettent de réduire d’entrée de jeu le besoin, à commencer par l’architecture – bioclimatique, matériaux traditionnels etc. Le chauffe-eau solaire, très répandu en Chine par exemple, est encore balbutiant en Afrique alors que c’est une solution abordable, robuste et efficace. Ce n’est pas de la high-tech, c’est sûrement moins sexy qu’une éolienne ou un panneau photovoltaïque, mais ça marche !
Sur le plan de la production d’électricité, l’Accord de Paris va certainement permettre de poursuivre le soutien apporté à travers le monde à l’électrification décentralisée. Des technologies bien établies comme la petite hydroélectricité, d’autres en plein essor comme les hybrides photovoltaïque-diesel ou les gasifieurs biomasse de petite taille, devraient se développer. A l’échelle domestique, les solutions photovoltaïques individuelles (lanternes, kits solaires) devraient poursuivre leur progression en bénéficiant d’un soutien plus marqué – couplé au développement des appareils très économes en énergie, comme les lampes à LED.
Publié le 18 avril 2016 par Thibault Laconde
En janvier 2016, le think tank allemand Agora Energiewende a proposé 11 principes pour sortir l'Allemagne de sa dépendance au charbon. Lors d'un récent passage à Berlin, j'ai pu en discuter longuement avec Dimitri Pescia qui est senior associate chez Agora.
Voici la retranscription de cet échange.
Aujourd'hui, à peu près un tiers de la consommation électrique allemande est couvert par les énergies renouvelables, 40% par le charbon et le reste par le nucléaire et le gaz. Le changement est donc significatif par rapport aux années 90, où il n'y avait quasiment pas de renouvelables, à part un peu d'hydraulique et de biomasse. Le nucléaire couvrait alors plus de 30% du mix et la part du charbon était à peu près la même qu'aujourd'hui.
En une vingtaine d'années on a donc un vrai développement des énergies renouvelables mais peu d'évolution sur le charbon. La situation allemande est donc paradoxale : on bat des records de production renouvelable mais les émissions de CO2 diminuent peu, car le compétitivité du charbon conduit également à des records historiques d’exportation ! Dans ce contexte, l'Allemagne n’atteindra probablement pas son objectif national de réduction des émissions de CO2, fixé à -40% en 2020 par rapport à 1990. C'est pourquoi nous appelons à la mise en place de mesures supplémentaires.
Sans mesures nationales, l'Allemagne n'atteindra donc pas ses objectifs de réduction d'émissions. Une solution consensuelle et de long-terme est nécessaire, en particulier pour accompagner le processus de restructuration socio-économique des régions minières et assurer la sécurité des investissements et la planification dans le domaine de l’énergie. Il nous faut donc construire ce consensus sur le charbon comparable à celui qui a permis la sortie du nucléaire. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre notre proposition, qui s’appuie sur une modélisation du secteur électrique européen réalisée par l'institut Enervis.
Concernant plus particulièrement le secteur de la production électrique, nous proposons la mise en place d'un plan de sortie du charbon entre 2018 et 2040, fixant une date d’arrêt pour chaque centrale, les centrales les plus âgées qui sont aussi les plus émettrices étant retirées en premier.
L'Allemagne sortirait donc du charbon en 22 ans, soit la durée qui avait été fixée pour la sortie du nucléaire. C'est un horizon suffisamment long pour permettre aux opérateurs de planifier leurs restructurations.
Par ailleurs, nous proposons d’interdire la construction de nouvelles centrales à charbon. Cette mesure peut paraître évidente, mais nous la mettons néanmoins en avant, car certaines parties prenantes proposent de remplacer les vieilles centrales polluantes par d'autres plus efficaces. Notre analyse montre clairement que si l’on veut atteindre les objectifs climatiques de long-terme, réinvestir dans le charbon même dans des centrales moins polluantes, n’a aucun sens.
Aujourd'hui il n'y a pas de nouveaux projets de centrales à charbon en Allemagne, le prix est trop bas et le pays est déjà en surcapacité. Quelques centrales ont été raccordées ces deux dernières années mais il s'agit de projets lancés dans les années 2007-2008.
Nous proposons également la mise en place d’une taxe sur la production électrique à base de lignite pour s'assurer de la remise en état des sites miniers. C'est un peu le même problème que pour le démantèlement nucléaire : les opérateurs provisionnent dans leurs comptes mais rien ne nous assure que ces provisions soient suffisantes à terme. Nous proposons donc une taxe qui abonde une fondation chargée de supporter les coûts de renaturation des sites.
Après 2040, le mix électrique intègre encore du gaz, car ces centrales sont nécessaires à l'équilibrage du réseau en raison de leur flexibilité. Sans réelle rupture technologique, le secteur électrique allemand continuera donc à priori à émettre du CO2 au milieu du siècle mais presque quatre fois moins qu’aujourd’hui, environ 100 millions de tonnes. Par ailleurs, sur le long terme, il n'est pas impossible de tendre vers un mix non-émetteur, même en maintenant du gaz. De nouvelles technologies vont arriver : biogaz, power to gas... Évidemment les derniers pourcents de baisse des émissions vont être très difficiles à gagner.
Le ministre de l'économie, Sigmar Gabriel, a d’ailleurs repris notre première proposition, appelant à la mise en place d'une table ronde sur le charbon, afin de développer une position consensuelle avec l’ensemble des parties prenantes. D'ici la fin de l'année, nous pourrions voir ainsi émerger les premières lignes d’un accord.
Par ailleurs, aujourd'hui, près de 90% du gaz consommé en Allemagne est utilisé pour le chauffage, pas pour la production d'électricité. Donc, même si la part du gaz augmente dans la production électrique, compte-tenu de son potentiel de flexibilité, la part du gaz dans le mix énergétique global reste relativement stable, voire baisse, en particulier grâce aux efforts d’efficacité énergétique dans les bâtiments.
Nous proposons néanmoins que des mesures de compensations soient considérées en faveur des consommateurs industriels, au cas où cette hausse leur serait dommageable. L'Allemagne reste en effet un pays industriel sensible aux hausses de prix qui impacteraient ses entreprises électro-intensives. Divers mécanismes de compensation ont été mis en place afin d'assurer la compétitivité de ces entreprises. Aujourd’hui, certains industriels allemands bénéficient de prix parmi les plus bas d’Europe car le prix de gros se reflète directement sur leurs factures.
Une sortie progressive du charbon modifierait les échanges d'électricité entre l'Allemagne et ses voisins, en retrait par rapport aux niveaux historiques observés depuis quelques années. En particulier pendant la période charnière qui va de 2024 à 2028, alors que l’Allemagne aura fermé l’ensemble de son parc nucléaire, le pays pourrait devenir importateur net d'électricité : il serait en mesure de couvrir sa consommation par des capacités nationales mais d'autres capacités étrangères seront plus compétitives, expliquant le renversement des échanges. Ensuite, l'Allemagne recommence à être exportatrice dès 2028, les exports se stabilisent sur le long terme à des niveaux élevés, mais inférieurs à ceux d'aujourd'hui.
Il faut donc donner des débouchés. Nous proposons que l’État fédéral finance à hauteur de 250 millions d'euros par an la restructuration de ces bassins.
Le débat énergétique français a été relativement tendu après Fukushima, avec un gouvernement conservateur très figé sur la question du nucléaire et relativement sceptique sur les renouvelables. Il a évolué depuis et j'ai l'impression qu'il s'apaise. Même si beaucoup de choses restent incertaines, en particulier en ce qui concerne l’avenir du nucléaire, certains points commencent à faire consensus : le volontarisme français en matière de développement des énergies renouvelables a progressé, et c'est quelque chose de positif.
Publié le 4 mars 2016 par Thibault Laconde
Voici la retranscription de cet échange.
Quelle la situation énergétique de l'Allemagne à l'heure actuelle ?
Le système électrique allemand est en profonde transformation. L’année 2015 a été une année de tous les records : record de production renouvelable, record de production éolienne, record d'exportations...Aujourd'hui, à peu près un tiers de la consommation électrique allemande est couvert par les énergies renouvelables, 40% par le charbon et le reste par le nucléaire et le gaz. Le changement est donc significatif par rapport aux années 90, où il n'y avait quasiment pas de renouvelables, à part un peu d'hydraulique et de biomasse. Le nucléaire couvrait alors plus de 30% du mix et la part du charbon était à peu près la même qu'aujourd'hui.
En une vingtaine d'années on a donc un vrai développement des énergies renouvelables mais peu d'évolution sur le charbon. La situation allemande est donc paradoxale : on bat des records de production renouvelable mais les émissions de CO2 diminuent peu, car le compétitivité du charbon conduit également à des records historiques d’exportation ! Dans ce contexte, l'Allemagne n’atteindra probablement pas son objectif national de réduction des émissions de CO2, fixé à -40% en 2020 par rapport à 1990. C'est pourquoi nous appelons à la mise en place de mesures supplémentaires.
"Le marché seul ne conduira pas à la fin du charbon en Allemagne."
Vous proposez donc une sorte de mode d'emploi de la sortie du charbon, quels en sont les points clés ?
Notre proposition part du constat suivant : le marché européen des émissions de CO2 ne sera pas en mesure d’enclencher à temps la sortie du charbon en Allemagne. Le prix du CO2 va rester trop bas alors que les centrales sont amorties et leur coût marginal de production est très faible. Selon nos calculs, pour obtenir un basculement du charbon vers le gaz, ce qui permettrait de réduire les émissions du secteur électrique, il faudrait un prix du carbone qui passe de 5€ à 40 ou 50€, or il n'y a pas un volontarisme politique suffisant au niveau européen.Sans mesures nationales, l'Allemagne n'atteindra donc pas ses objectifs de réduction d'émissions. Une solution consensuelle et de long-terme est nécessaire, en particulier pour accompagner le processus de restructuration socio-économique des régions minières et assurer la sécurité des investissements et la planification dans le domaine de l’énergie. Il nous faut donc construire ce consensus sur le charbon comparable à celui qui a permis la sortie du nucléaire. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre notre proposition, qui s’appuie sur une modélisation du secteur électrique européen réalisée par l'institut Enervis.
Concernant plus particulièrement le secteur de la production électrique, nous proposons la mise en place d'un plan de sortie du charbon entre 2018 et 2040, fixant une date d’arrêt pour chaque centrale, les centrales les plus âgées qui sont aussi les plus émettrices étant retirées en premier.
L'Allemagne sortirait donc du charbon en 22 ans, soit la durée qui avait été fixée pour la sortie du nucléaire. C'est un horizon suffisamment long pour permettre aux opérateurs de planifier leurs restructurations.
Par ailleurs, nous proposons d’interdire la construction de nouvelles centrales à charbon. Cette mesure peut paraître évidente, mais nous la mettons néanmoins en avant, car certaines parties prenantes proposent de remplacer les vieilles centrales polluantes par d'autres plus efficaces. Notre analyse montre clairement que si l’on veut atteindre les objectifs climatiques de long-terme, réinvestir dans le charbon même dans des centrales moins polluantes, n’a aucun sens.
Aujourd'hui il n'y a pas de nouveaux projets de centrales à charbon en Allemagne, le prix est trop bas et le pays est déjà en surcapacité. Quelques centrales ont été raccordées ces deux dernières années mais il s'agit de projets lancés dans les années 2007-2008.
Nous proposons également la mise en place d’une taxe sur la production électrique à base de lignite pour s'assurer de la remise en état des sites miniers. C'est un peu le même problème que pour le démantèlement nucléaire : les opérateurs provisionnent dans leurs comptes mais rien ne nous assure que ces provisions soient suffisantes à terme. Nous proposons donc une taxe qui abonde une fondation chargée de supporter les coûts de renaturation des sites.
"Le mix électrique allemand en 2040 : 65% de renouvelables, 35% de gaz."
A quoi ressemblerait le mix électrique allemand en 2040 ?
Notre scénario est basé sur les objectifs du gouvernement fédéral : un développement des énergies renouvelables qui prend petit à petit le pas sur le nucléaire et le charbon. En 2030, l'objectif est d'avoir 50% d'électricité renouvelable et en 2040, 65%. Le reste étant couvert par des centrales à gaz, à peu près 40 GW, dont la moitié seraient de nouvelles constructions.Est-ce que votre scénario est compatible avec les objectifs de l'Accord de Paris, notamment les 1.5°C et zéro émissions nettes après 2050 ?
La sortie du charbon en 2040 est compatible avec les 2°C mais pour 1.5°C il faudrait aller plus vite.Après 2040, le mix électrique intègre encore du gaz, car ces centrales sont nécessaires à l'équilibrage du réseau en raison de leur flexibilité. Sans réelle rupture technologique, le secteur électrique allemand continuera donc à priori à émettre du CO2 au milieu du siècle mais presque quatre fois moins qu’aujourd’hui, environ 100 millions de tonnes. Par ailleurs, sur le long terme, il n'est pas impossible de tendre vers un mix non-émetteur, même en maintenant du gaz. De nouvelles technologies vont arriver : biogaz, power to gas... Évidemment les derniers pourcents de baisse des émissions vont être très difficiles à gagner.
Il n'est pas question de capture du carbone ?
Non. La capture et la séquestration du carbone n'a pas d'avenir en Allemagne, ni dans la plupart des pays européens d'ailleurs. D'abord, la CSC est trop chère par rapport aux autres options bas carbone, en particulier l'éolien et le solaire photovoltaïque. Ensuite, elle est socialement inacceptable à cause de l'enfouissement du CO2 : en Allemagne, il est presque aussi difficile d'enfouir du carbone que des déchets radioactifs !"L'Allemagne ne peut pas être à la fois le pays de la transition énergétique et du charbon."
Est-ce que votre diagnostic sur la nécessité de sortir du charbon est partagé en Allemagne ?
Pour l’essentiel oui. Notre proposition a été largement commentée en Allemagne, tout en faisant l'objet de relativement peu de critiques de fond. Évidemment, nous essuyons les critiques des syndicats miniers, qui luttent pour les emplois concernés par la restructuration des bassins miniers, et qui considèrent que les mesures que nous proposons pour faciliter cette restructuration ne sont pas suffisants. A l’opposé, certaines organisations environnementales considèrent que notre proposition manque d’ambition et militent pour une sortie du charbon plus rapide. Mais globalement nous nous situons déjà dans une proposition de compromis. La majorité des acteurs réalisent qu'on ne peut pas être le pays de la transition énergétique tout en restant le pays du charbon.Le ministre de l'économie, Sigmar Gabriel, a d’ailleurs repris notre première proposition, appelant à la mise en place d'une table ronde sur le charbon, afin de développer une position consensuelle avec l’ensemble des parties prenantes. D'ici la fin de l'année, nous pourrions voir ainsi émerger les premières lignes d’un accord.
La perspective de remplacer du lignite local par du gaz importé, notamment de Russie, ne pose pas problème ?
L’Allemagne importe aujourd’hui près de 40% de son gaz de Russie, le reste provenant essentiellement de Norvège et des Pays-Bas. Le pays dispose également de sites gaziers nationaux, essentiellement en Basse-Saxe, qui couvrent environ 10-15% de la consommation. La dépendance à la Russie existe mais elle est donc limitée.Par ailleurs, aujourd'hui, près de 90% du gaz consommé en Allemagne est utilisé pour le chauffage, pas pour la production d'électricité. Donc, même si la part du gaz augmente dans la production électrique, compte-tenu de son potentiel de flexibilité, la part du gaz dans le mix énergétique global reste relativement stable, voire baisse, en particulier grâce aux efforts d’efficacité énergétique dans les bâtiments.
"L'Allemagne peut sortir du charbon en gardant une électricité bon marché et en restant exportatrice."
Qu'est-ce que votre proposition implique pour le prix de l'électricité ?
Elle conduit à une hausse de 2 à 3€ par mégawattheure sur le marché de gros en base. Aujourd'hui, les prix sont extrêmement bas, en dessous de 30€/MWh. Ces prix vont probablement rester bas puisque les énergies renouvelables continuent de croître d'environ 2% par an, et qu’elles produisent à coût marginal nul. La hausse des prix liée à notre plan est donc relativement modérée.Nous proposons néanmoins que des mesures de compensations soient considérées en faveur des consommateurs industriels, au cas où cette hausse leur serait dommageable. L'Allemagne reste en effet un pays industriel sensible aux hausses de prix qui impacteraient ses entreprises électro-intensives. Divers mécanismes de compensation ont été mis en place afin d'assurer la compétitivité de ces entreprises. Aujourd’hui, certains industriels allemands bénéficient de prix parmi les plus bas d’Europe car le prix de gros se reflète directement sur leurs factures.
Quelles seraient les conséquences de cette sortie du charbon sur les exportation d'électricité ?
A l'heure actuelle, l'Allemagne exporte environ un électron sur dix qu’elle produit, soit environ 60 TWh, ce qui conduit à des effets de bords importants sur certains marchés voisins, notamment autrichiens et néerlandais, où des centrales à gaz sont mises sous cocon car elles sont moins compétitives que le charbon et les renouvelables allemands.Une sortie progressive du charbon modifierait les échanges d'électricité entre l'Allemagne et ses voisins, en retrait par rapport aux niveaux historiques observés depuis quelques années. En particulier pendant la période charnière qui va de 2024 à 2028, alors que l’Allemagne aura fermé l’ensemble de son parc nucléaire, le pays pourrait devenir importateur net d'électricité : il serait en mesure de couvrir sa consommation par des capacités nationales mais d'autres capacités étrangères seront plus compétitives, expliquant le renversement des échanges. Ensuite, l'Allemagne recommence à être exportatrice dès 2028, les exports se stabilisent sur le long terme à des niveaux élevés, mais inférieurs à ceux d'aujourd'hui.
Que deviennent les bassins miniers ?
C'est sans doute le point le plus critique pour la construction d'un consensus national sur la question du charbon. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie et dans la Lusace, l'extraction du charbon crée encore beaucoup d'emplois locaux. Dans les régions économiquement faibles, notamment à l'est du pays, c'est parfois l'employeur dominant.Il faut donc donner des débouchés. Nous proposons que l’État fédéral finance à hauteur de 250 millions d'euros par an la restructuration de ces bassins.
"En France aussi il devient clair que les énergies renouvelables vont se développer, et que c'est une bonne chose."
Comment voyez-vous le débat énergétique français et comment se compare-t-il à la situation allemande ?
La transition énergétique allemande a joué un rôle de référence très important dans le débat français qui a précédé l’adoption de la loi de transition énergétique. Soit comme une référence modèle, plus souvent comme anti-modèle. Dans l'énergie, comme sur beaucoup d'autres sujets socio-économiques, la France semble toujours très encline à se comparer à l'Allemagne.Le débat énergétique français a été relativement tendu après Fukushima, avec un gouvernement conservateur très figé sur la question du nucléaire et relativement sceptique sur les renouvelables. Il a évolué depuis et j'ai l'impression qu'il s'apaise. Même si beaucoup de choses restent incertaines, en particulier en ce qui concerne l’avenir du nucléaire, certains points commencent à faire consensus : le volontarisme français en matière de développement des énergies renouvelables a progressé, et c'est quelque chose de positif.
Publié le 4 mars 2016 par Thibault Laconde
Que nous réserve la nouvelle année dans le domaine de l'écologie et du développement durable ? Après un an largement placé sous le signe du climat, quel seront les sujets qui feront l'actualité en 2016 ?Comme début 2014 et 2015, j'ai invité quelques blogueurs à plancher sur le sujet et à partager l'événement ou la tendance qui va, selon eux marquer, marquer cette année.
Comme chaque année, j'ai choisi des invités qui interviennent sur des sujets proches mais avec des angles et des styles très différents. A l'arrivée, il reste quand même un pont commun... Tous appellent à l'action !
"Des aménagements urbains mieux partagés en faveur des piétons et vélos." - Adrien Saumier
En 2016, l'année qui suit l'accord de Paris et l'engagement constant et renouvelé des villes pour lutter contre les dérèglements climatiques, les aménagements et mesures en faveur des déplacements doux, en particulier le vélo, monteront en puissance.
Pendant des décennies, les villes ont cherché à s'adapter avant tout à la voiture, élargissant les chaussées, poussant les piétons sur les rebords, chassant les vélos des rues. En France, Paris n'a échappé au pire que grâce au choc pétrolier, puisque étaient prévus la couverture totale du Canal Saint-Martin par une voie rapide, le doublement des voies sur berges, etc.
Depuis une petite vingtaine d'années le phénomène s'inverse et les villes aménagent des espaces dédiés aux circulations douces. Mais il semble que l'on passe de la logique de sanctuaires piétons (le centre-ville historique ou un espace commercial) à une logique globale de partage plus juste de l'espace urbain.
Ces nouveaux aménagements ne vont pas sans débats ou oppositions parfois virulentes. Les mauvaises habitudes de déplacements et l'étalement urbain rendent difficiles la nécessaire disparition des véhicules motorisés individuels en ville, et plus généralement dans les métropoles. Mais le mouvement est en marche : aujourd'hui, New York piétonnise Time Square, Los Angeles lance le plan Mobility 2035, Paris passe la majorité de ses rues à la limite de 30 km/h. Sans parler des centaines de villes moyennes dans le monde, y compris dans les pays dits en développement comme Sao Paulo ou Mexico, qui empruntent le même chemin que Copenhague et Amsterdam...
"In 2016, let's change the world !" - Fiamma Luzzati
"Le digital va imposer la concertation à grande échelle entre entreprise et parties prenantes." - Pierre-Yves Sanchis
2016 va connaître des bouleversements importants dans la manière dont les entreprises appréhendent la RSE et le Développement Durable, et ce, grâce au digital. En effet, les années précédentes ont permis aux entreprises de comprendre, parfois à leurs dépens, que le digital était la pierre angulaire de leur réputation. Elles ont aussi identifié, preuves et études à l’appui, que la perception de leur responsabilité sociale, sociétale et environnementale des entreprises comptait pour plus de 45% de leur réputation (Burson Marsteller, 2015).
2016 va plus que jamais amener les entreprises à reprendre en main leur communication grâce aux démarches RSE initiées, encore trop peu expliquées et vulgarisées auprès de leurs salariés, consommateurs, ONG, médias, institutions… Grâce au digital, certaines entreprises initieront d’ailleurs une écoute et un dialogue plus rapprochés avec leurs parties prenantes, afin d’identifier de nouvelles pistes de progrès et de s’assurer que la perception de leur performance RSE est bien alignée avec leur démarche.
"Vers une consommation différente et plus engagée..." - Aurélie Lombard
2016 sera ce que nous en ferons, alors plutôt qu'une tendance je vous donne une to-do-list où piocher des idées de consommation différente et/ou plus engagée.
Pour moi, consommer (ou même ne pas consommer d'ailleurs) est un acte politique fort, souvent méconnu et trop souvent sous-utilisé. Vous pouvez choisir entre la consommation collaborative (via les échanges, dons, partages dans les recycleries ou ressourceries et autres communautés : Sharevoisins, la Machine du Voisin...), la débrouille ( le « do it yourself » DIY, les repaircafés et maisons du vélo...) ou faire la part belle à l'Economie Sociale et Solidaire qui emploie 12,7% des salariés du privé et offre des services dans tous les secteurs.
Il est également possible de passer à une consommation alimentaire saine et bio à prix correct, tout en mangeant moins de viande et plus équilibré et en soutenant l'agriculture paysanne - sans oublier que manger bio, c'est lutter contre les OGM... Pour cela, vous pouvez passer par les Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (ou AMAP) ou les Jardins de Cocagne - qui ajoutent un volet insertion en plus.
Pour sauter un autre pas encore, un acte fort serait de quitter sa banque pour la NEF ou le Crédit Coopératif, qui investissent l'épargne dans des projets éthiques, solidaires et/ou écologiques ou de quitter EDF pour Enercoop (fournisseur d'énergie 100% renouvelable).
Alors, faites votre choix et à vous de jouer !
"L'heure est à l'engagement, à la traduction des paroles en actes." - Thibault Laconde
Comme d'habitude, je termine sur mon propre avis. Je crois que personne ne niera qu'en 2015 beaucoup de choses se sont mises en mouvement : la COP21 a ouvert la voie vers une nouvelle gestion internationale du climat et peut-être plus largement des biens communs mondiaux, le scandale Volkswagen nous a interrogé sur notre responsabilité de consommateur et notre confiance dans le savoir-faire technique pour répondre aux problèmes environnementaux, la chute du cours du pétrole montre à quel point nous sommes loin de maitriser l'économie de l'énergie... Je pourrais continuer longtemps cette liste.
Le monde est en train de changer, nous le sentons au moins confusément - et pas seulement dans le domaine de l'écologie ! Ces changements peuvent nous paralyser (comment agir lorsqu'on ne sait pas de quoi demain sera fait ?), ils doivent au contraire nous pousser à aller de l'avant : L'histoire nous enseigne justement que dans ces moments, demain est fait par ceux qui prennent l'initiative...
Or 2016 sera une année électorale ou pré-électorale dans de nombreux pays : aux États-Unis, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Russie... Ajoutons que, même sans élections, la Chine et le Brésil semblent avoir devant de sérieux changement politiques.
Les crises que nous traversons peuvent être l'occasion de réinventer notre monde si nous passons à l'action dès maintenant. Mais entendons-nous bien : il ne s'agit pas de ressasser encore et encore discours, théories et belles intentions, il nous faut mettre les mains dans le cambouis quitte à les salir un peu... On ne fait rien bouger sans confronter nos convictions aux réalités du terrain. L'heure est à l'engagement, à la traduction des paroles en actes.
Publié le 13 janvier 2016 par Thibault Laconde
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