Chaque mois, retrouvez l'Observatoire de la fracturation hydraulique :
les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des
hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont
touché la production de gaz et pétrole de schiste.
Focus : le gaz de schiste a-t-il encore un avenir en Grande Bretagne après la défaite des conservateurs ?
La production américaine de pétrole et de gaz non-conventionnels atteint un niveau record mais la situation reste fragile.
L'Office of Fossil Energy, qui a joué un rôle important dans l'émergence des hydrocarbures non-conventionnels aux Etats-Unis, devrait voir son budget réduit de 58% l'année prochaine.
En Colombie Britannique, les résultats des élections provinciale du 9 mai pourraient contrarier les projets de Shell.
Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique :
les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des
hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont
touché la production de gaz et pétrole de schiste.
La France doit choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, une alternative inédite et vertigineuse. Dans leurs valeurs comme dans leurs parcours, ces deux candidats sont presque l'exact opposé l'un de l'autre et il est probable que la plupart des électeurs se décideront sur cette opposition plutôt que sur le fond des programmes.
Cette réalité ne devrait pas empêcher les candidats de continuer à expliquer et approfondir leurs projets. C'est particulièrement nécessaire pour l'énergie et le climat : dans ces domaines, le vainqueurs aura à prendre des décisions difficiles, il lui faudra donc une vision et un mandat clairs.
Les programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen présentent de nettes divergences sur le nucléaire, le climat, la fiscalité... mais, à deux semaines du second tour, aucun des deux n'est suffisamment précis pour être vraiment crédible. Espérons donc que ces projets seront discutés et affinés dans les 15 prochains jours.
En attendant voici un état des lieux :
Nucléaire
Avenir du parc nucléaire
Emmanuel Macron se prononce en faveur d'un rééquilibrage du mix électrique français. Il veut réduire la part du nucléaire dans la production à 50% d'ici à 2025 mais, à l'heure actuelle, il ne propose pas de solution crédible pour y parvenir.
Marine Le Pen veut prolonger de "20 ans, peut-être 30" les centrales nucléaires françaises même si en 2012 elle jugeait le nucléaire dangereux. Cette orientation nécessite de lourds investissement dans le "grand carénage" destiné à rénover les vieux réacteurs français et permettrait à Marine Le Pen de laisser à ses successeurs la question de la fin de vie du parc nucléaire français.
Fessenheim et la fermeture des centrales nucléaires
Emmanuel Macron s'est engagé à arrêter la centrale de Fessenheim mais il ne se prononce pas sur la fermeture des autres centrales nucléaires. Il veut attendre l'avis de
l'Agence de Sureté Nucléaire pour décider de la prolongation ou non des réacteurs au-delà de leur quarantième anniversaire.
Marine Le Pen est contre la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Déchets nucléaires
Emmanuel Macron ne s'est pas prononcé sur la gestion des déchets radioactifs mais a soutenu le projet de Bure lorsqu'il était ministre de l'économie.
Marine Le Pen veut mettre fin au projet de stockage géologique des déchets radioactifs
à Bure et affirme que "chaque région doit prendre sa part" des déchets
nucléaires.
Énergie renouvelables
Objectif
Emmanuel Macron veut doubler la capacité des parcs solaires et éoliens français en 5 ans. Cet objectif correspond à une augmentation de la production renouvelable de 32TWh, inférieure à ce qui est prévu par la programmation pluriannuelle de l'énergie (au moins 70TWh en 2023). Il a confirmé un autre objectif de la loi sur la transition énergétique : produire 32% de l'énergie française grâce aux renouvelables en 2030.
Marine Le Pen veut "développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables". Mais elle ne donne pas d'objectif chiffré et dans le même temps elle veut l’arrêt immédiat de la
construction d'éoliennes terrestres ou maritimes, alors qu'il s'agit
d'une des filières renouvelable les moins chères et les plus matures.
Recherche
Emmanuel Macron veut "focaliser les efforts de recherche, de développement et d’investissement des opérateurs sur le stockage de l’énergie et les réseaux électriques intelligents"
Marine Le Pen veut développer la filière hydrogène. La production d'hydrogène à partir d'électricité est une des solutions envisagées pour stocker l'énergie.
Fossiles
Centrales à charbon
Emmanuel Macron veut fermer les dernières centrales à charbon françaises avant 2022.
Contrairement Emmanuel Macron mais aussi à François Fillon, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ne s'est pas prononcé pas pour la fermeture des dernières centrales à charbon
françaises
Hydrocarbures
Emmanuel Macron est opposé à l'exploitation du gaz de schiste mais souhaite que des forages de recherche restent possibles. Il s'oppose à la délivrance de nouveaux permis d'exploitation pour les hydrocarbures.
Marine Le Pen veut maintenir l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels "tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies".
Sobriété et efficacité
Bâtiment
Emmanuel Macron veut investir 4 milliards d'euros dans la rénovation des bâtiments publics. Il veut rénover 1 million de logements, notamment en proposant des audits énergétiques gratuits pour les foyers en situation de précarité énergétique et en réformant le système de crédit d'impôt pour le rendre plus incitatif.
Marine Le Pen veut "faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat" sans préciser d'objectif ou de montant.
Transports
En complément du bonus-malus existant, Emmanuel Macron veut créer une aide pour le remplacement des voitures construites avant 2001. Il veut aussi accélérer le déploiement des bornes de recharge pour les véhicules électriques. Une version précédente de son programme se donnait pour objectif de ne plus commercialiser de véhicule thermique à partir de 2040.
Marine Le Pen ne se donne aucun objectif concernant les transports et la mobilité. Elle veut réduire la dépendance au pétrole par le développement de la filière hydrogène.
Changement climatique
Importance du climat
Le programme d'Emmanuel Macron indique que 2016 a été l'année la
plus chaude jamais enregistrée et qu'il y aura 250 millions de réfugiés
climatiques en 2050.
Le climat ne figure nulle part dans le programme de Marine Le Pen
Accord de Paris
Pour Emmanuel Macron, la mise en œuvre de l'Accord de Paris doit être une des priorités de
l'action internationale française. Une version antérieure de son
programme appelait à des sanctions commerciales au niveau européen
contre les pays qui ne respecteraient pas l'Accord de Paris, cette
proposition a été remplacée par une formulation plus vague.
Marine Le Pen s'est abstenu lors du vote du Parlement Européen sur la ratification de l'Accord de Paris et le groupe parlementaire dont elle est co-présidente a voté contre.
Fiscalité et prix de l'énergie
Taxation du diesel
Emmanuel Macron veut aussi aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence.
Marine Le Pen s'est prononcée contre cette mesure.
Taxe carbone
Emmanuel Macron a confirmé l'objectif prévu par la loi sur la transition énergétique d'une taxe carbone de 100€ par tonne en 2030 mais n'envisage pas de
prix plancher pour les entreprises assujetties au marché européen du
carbone.
En 2013, le Front National se prononçait contre la taxe carbone ("une inacceptable mesure fiscale déguisée en vert"), depuis plus de son ni d'image.
Prix de l'énergie
Emmanuel Macron ne se prononce pas sur le prix de l'énergie mais ses propositions, notamment sur le diesel et la taxe carbone, feront probablement augmenter les factures. En contrepartie, il propose un accompagnement des foyers en situation de précarité énergétique, par exemple avec des audits gratuits.
Marine Le Pen promet une baisse de 5% des tarifs réglementés de l'électricité et du gaz mais cette promesse est probablement incompatible avec les investissement qu'elle prévoit dans la rénovation des centrales nucléaires. Elle s'est d'ailleurs prononcée pour une augmentation de l'ARENH, c'est-à-dire le prix auquel EDF vend l'électricité nucléaire à ses concurrents, ce qui est évidemment en contradiction avec une baisse du prix au consommateur.
Mon avis ?
Dans les domaines de l'énergie et du climat, les programmes d'Emmanuel
Macron et de Marine Le Pen proposent des orientations divergentes et
donc un réel choix pour les électeurs.
Je crois que
c'est une bonne chose : la politique énergétique française est depuis
longtemps paralysée par l'incapacité des responsables à définir et faire respecter une orientation claire. De ce point de vue, j'aurais préféré que cette alternative soit portée par deux candidats "ordinaires" ce qui aurait donné plus de force au résultat des urnes.
Sur le fond, si je devais donc me prononcer en laissant de coté mes propres préférences et en ne m'intéressant qu'au sérieux des deux propositions, voici ce que je dirais :
Comme je l'ai déjà relevé en introduction, il reste trop d'imprécision voire de contradiction. Cette situation rend difficile une évaluation sérieuse des projets, par exemple en termes de faisabilité technique ou de budget. A l'heure actuelle aucun des deux programmes ne peut être considéré comme satisfaisant. Même si celui d'Emmanuel Macron est légèrement plus complet il me semble indispensable que les équipes des deux candidats s'attellent à ces sujets avec plus de sérieux.
Cependant, il n'est pas possible de mettre les deux programmes sur le même plan. On voit chez Marine Le Pen une nette tendance au négationnisme climatique alors que ses déclaration - et ses revirements - sur le prix de l'énergie, les éoliennes ou le stockage des déchets radioactifs révèlent une dérive clientéliste. En matière d'énergie, le Front National ne semble pas avoir de vision mais essayer de satisfaire ses interlocuteurs quitte à se contredire régulièrement. Dans la situation où nous nous trouvons actuellement, c'est la recette du désastre.
Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique :
les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des
hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont
touché la production de gaz et pétrole de schiste.
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les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des
hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont
touché la production de gaz et pétrole de schiste.
Focus : Quel est le taux de retour énergétique du gaz de schiste ? Une nouvelle étude tente de répondre pour le gaz issu du bassin de Marcellus aux Etats-Unis.
En Chine, BP confirme son engagement dans l'exploration au coté de CNPC malgré des conditions locales difficiles.
L'Oklahoma a fermé 37 puits d'injection d'eaux usées après avoir subi un de ses plus importants séisme. L'activité sismique dans cet État a fortement augmenté depuis 2008 et le développement de la fracturation hydraulique.
En Australie, l’État de Victoria s’apprête à interdire l'extraction de gaz de schiste, rendant permanent un moratoire en vigueur depuis 2012.
Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique :
les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des
hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont
touché la production de gaz et pétrole de schiste.
Focus : Dans le Nebraska, la justice stoppe un projet d'injection souterraine d'eaux usées, un maillon aval méconnu mais essentiel pour la fracturation hydraulique.
Aux États-Unis, le Colorado se prononcera par référendum sur un durcissement de sa législation en matière d'exploitation d'hydrocarbures.
Dans le sud de la Colombie, des heurts oppose une population inquiète aux forces de sécurité alors que le gouvernement veut encourager l'extraction de pétrole et de gaz de schiste pour compenser le déclin de sa production conventionnelle.
En Grande Bretagne, une entreprise accuse Russia Today de désinformation sur la fracturation hydraulique pour entretenir la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe.
Modèle pour les uns, contre-exemple pour les autres, la politique
énergétique allemande et sa "sortie du nucléaire" font paradoxalement
plus débat de ce coté-ci du Rhin que de l'autre. Et comme souvent dans
le domaine de l'énergie, ces polémiques ont leur lot d'affirmations
contradictoires : L'Energiewende carbure-t-il au charbon ? La sortie du nucléaire impose-t-elle à l'Allemagne d'acheter de l'électricité à ses voisins ? Les énergies renouvelables rendent-elles le réseau instable ? L'électricité allemande est-elle la plus chère du monde ?
Pour vous y retrouver sur ces questions et quelques autres voici un vrai-faux sur la politique énergétique allemande.
L'Allemagne est un gros consommateur de charbon
→ Vrai
Le mix électrique allemand repose historiquement sur le charbon, surtout du lignite local mais aussi de la houille importée. Cet héritage explique que la part du charbon dans la production d'électricité allemande reste élevée : 42% contre 26% en moyenne dans l'Union Européenne.
Vu de France ces proportions peuvent paraitre énormes : dans notre pays le
charbon ne compte que pour quelques pourcents de la production électrique. Mais ici c'est la France qui est atypique : toutes les autres grandes économies dépendent significativement du charbon. Celui-ci assure par exemple 30% de la production électrique au Japon, 32% en Grande Bretagne, 38% aux États-Unis et la Chine est bien au-delà avec 72% de charbon dans son mix électrique.
La consommation de charbon augmente en Allemagne
→ Faux
En valeur absolue, la production d'électricité à partir du charbon est pratiquement constante depuis un quart de siècle. Comme dans le même temps la production totale d'électricité a sensiblement augmenté, la part du charbon a baissé régulièrement : elle était de 54% en moyenne dans les années 90, 47% entre 2000 et 2009 et 43% depuis depuis 2010. Difficile d'y voir une hausse...
Cette tendance de long terme à la baisse n'a été affectée ni par la réunification ni par la décision, prise dans les années 2000, de sortir du nucléaire. Le constat est plus mitigé pour la période qui suit l'accident nucléaire de Fukushima : la baisse de la part du charbon dans le mix électrique allemand semble faire une pause mais sans pour autant repartir à la hausse.
La sortie du nucléaire est une décision précipitée, prise sous le coup de l'émotion après l'accident de Fukushima
→ Faux
Les efforts de l'Allemagne pour se passer du nucléaire s'inscrivent dans un temps très long. La décision politique date des années 2000 et n'a jamais été remise en cause depuis malgré les alternances. Mais même cette décision s'inscrit dans une tendance antérieure : elle a été rendue possible par la construction d'un très large consensus (90% des allemands approuvent la politique énergétique de leur pays) et la création de filières industrielles dans les années 80 et 90.
Alors que vient faire Fukushima là-dedans ? Il y a effectivement eu brève inflexion de la politique allemande en 2010 et 2011. Reprenons la chronologie :
En 2000, la coalition Vert-SPD officialise la sortie du nucléaire par la Convention du 14 juin 2000 qui limite la quantité d'énergie qui pourra être produite par les centrales en service avant leur fermeture. La fin du nucléaire allemand est alors prévue autour de 2020. Cette décision n'est pas remise en cause lorsque les Verts quittent le gouvernement en 2005.
En 2010, la majorité conservatrice menée par Angela Merkel confirme la fin du nucléaire mais assouplit le calendrier. L'Allemagne se donne alors de nouveaux objectifs énergétiques à l'horizon 2050 (c'est ce qu'on a appelé l'Energiekonzept), la fermeture de la dernière centrale nucléaire y est prévue pour 2036.
Quelques mois plus tard, en 2011, l'accident de Fukushima pousse Angela Merkel a revenir au calendrier de 2000. Pendant l'été, une nouvelle série de lois sur l'énergie est adoptée (Energiewende), elle ne remet pas fondamentalement en cause les orientations de l'Energiekonzept mais revient au calendrier des années 2000. La sortie du nucléaire est désormais prévue en 2022 et les 8 réacteurs les plus anciens sont mis à l'arrêt immédiatement.
La sortie accélérée du nucléaire signifie un retour aux énergies fossiles
→ Faux
Le revirement de l'été 2011,et surtout la fermeture immédiate de 8 réacteurs soit près de 8.5GW, a fait dire à de nombreux commentateurs que l'Allemagne serait obligée d'augmenter sa consommation d'énergie fossile. Cette prévision tenait la route à l'époque mais 5 ans plus tard il est clair qu'elle ne s'est pas réalisé.
Avec le recul dont nous disposons maintenant, il apparait que les allemands sont en train de gagner leur pari : depuis
2010, les énergies renouvelables ont fait plus que compenser le recul
du nucléaire permettant de baisser dans le même temps la production
d'électricité d'origine fossile.
Depuis 2010, c'est la consommation de gaz qui a reculé, pas la consommation de charbon
→ Vrai
En 2015, la part du charbon dans le mix électrique allemand était de 42% exactement comme en 2010. Dans le même temps, la part du gaz a reculé de 14 à 9%. D'un point de vue climatique, l'inverse aurait évidemment été préférable puisque, à énergie équivalente, le gaz émet à peu près deux fois moins de dioxyde de carbone que le charbon.
Cette évolution s'explique avant tout par la compétitivité du charbon en Europe par rapport aux autres fossiles. Deux responsables :
La baisse du cours du charbon qui est passé de 84$ la tonne au printemps 2011 à environ 60$ aujourd'hui. Cette baisse s'explique par l'exploitation rapide des gaz non-conventionnels aux États-Unis. Celle-ci à fait baisser de l'ordre de 30% le prix du gaz en sortie de puits mais le gaz étant difficilement transportable, la baisse des cours
outre-atlantique ne l'a pas rendu plus compétitif en Europe. Au contraire elle a détourné une partie de la production américaine de charbon vers
l'export. Plus récemment, le ralentissement de la croissance chinoise accompagné de fortes surcapacités a également tiré le prix du charbon vers le bas.
Les ratés du marché européen du carbone : un de ses objectifs était justement de rendre le gaz compétitif par rapport au charbon. Mais le prix de la tonne de CO2 (moins de 5€) est beaucoup trop bas pour cela.
La sortie du nucléaire se fait au détriment du climat
→ Faux (mais ça se discute)
Si la part des énergies fossiles reculent dans le mix électrique allemand, les émissions de gaz à effet de serre ne peuvent que baisser. En 2015, les émissions liées à la production d'électricité étaient de 313 millions de tonnes de CO2 contre 320 en moyenne entre 2010 et 2014 et 334 entre 2000 et 2004. Même si cette baisse est modeste, le résultat de 2015 est le meilleur depuis 15 ans à la seule exception de 2009 où la production d'électricité s'était fortement contracté sous l'effet de la crise.
Cependant, si elle est plutôt neutre pour le climat, la politique énergétique allemande a un coût d'opportunité : à
investissement égal, une politique énergétique tournée vers la
réduction des émissions plutôt que la sortie du nucléaire aurait pu
diviser par deux la consommation de charbon allemande entre 2000 et 2020
et faire baisser les émissions annuelles de carbone de 150 millions de
tonnes environ. Au lieu de quoi, la production d'électricité
grâce aux énergies fossiles est la même aujourd'hui qu'il y a 20 ans à
quelques térawatt-heures près.
Le choix des allemands a été de faire passer la fermeture des centrales nucléaires avant celle des centrales à charbon. Est-ce le bon ? L'effort allemand ne devrait-il
pas être rééquilibré : fermer les réacteurs nucléaires moins vite pour réduire plus rapidement les énergies fossiles ?Ce sont des questions légitimes, alors autant la poser de façon honnête.
L'Allemagne ferme ses réacteurs nucléaires mais compense en achetant l'électricité des centrales françaises
→ Faux
C'est une idée qu'on entend de temps à autres : la sortie du nucléaire serait rendue possible par l'importation d'électricité venue des pays voisins. A la lecture des statistiques cette affirmation apparait totalement fantaisiste. Au contraire, les exportations d'électricité allemande ont explosé depuis le début de la transition énergétique : importatrice nette en 2000, l'Allemagne a exporté 18TWh en 2010 et plus de 50TWh en 2015 !
En particulier, le solde des échanges avec la France est positif (de 5.9TWh en 2014). C'est donc la France qui achète de l'électricité à l'Allemagne, pas l'inverse.
(Un lecteur a attiré mon attention sur un paradoxe : Alors que l'Allemagne est exportatrice nette d'électricité vers la France, le solde des flux physiques d'électricité entre l'Allemagne et la France est négatif. L'explication est simple : de l'électricité française peut, par exemple, passer physiquement par l'Allemagne alors qu'elle est destinée au marché belge ou suisse. C'est donc bien le flux contractuel, évoqué plus haut, qui renseigne sur la réalité des échanges.)
Avec un mix électrique qui intègre autant d'énergies renouvelables intermittentes, le réseau allemand est instable
→ Faux
En 2014, le mix électrique allemand comptait 30% de renouvelable dont presque deux tiers d'éolien (13%) et de solaire (6%) - des énergies dites "intermittentes".
Il y a encore quelques années, beaucoup d'experts pensaient que les réseaux électriques ne pourraient pas supporter longtemps la progression des énergies intermittentes, celles dont la disponibilité varient en fonction de facteurs extérieurs notamment la météo. Au-delà de quelques pourcents du mix électrique, disait-on alors, ces énergies dégraderaient la sécurité électrique, voire entraineraient l'effondrement du réseau.
Avec le recul, l'intégration des énergies renouvelables est bien un défi technique (l'Allemagne doit par exemple renforcer son réseau notamment les lignes reliant le nord où les éoliennes sont installées et le sud industriel) et économique (avec des périodes où le prix de l'électricité est négatif) mais elle ne semble plus insurmontable. Aujourd'hui le réseau électrique allemand est un des plus fiable d'Europe. La durée annuelle des coupures y est quatre fois inférieure à celle du réseau français.
L'électricité allemande est parmi les plus chères du monde
→ Faux et vrai à la fois
Si on regarde le prix de gros, l'électricité allemande est la moins chère d'Europe. C'est logique : d'une part, les centrales à charbon sont déjà amorties et le combustible est peu onéreux, d'autre part les énergies renouvelables ont un coût marginal de production nul qui tire les prix vers le bas.
Mais si on regarde la facture des consommateurs finaux, l'électricité allemande coute environ 0.3€/kWh ce qui la place parmi les plus onéreuses, c'est par exemple deux fois plus cher qu'en France. En effet, le développement des énergies renouvelables repose sur des prix garantis pendant 20 ans et ce sont les ménages qui payent le plus gros de la différence avec le prix spot via une taxe (l'EEG-Umlage).
Même si les foyers allemands sont très économes, de telle sorte que leur facture finale est à peu près la même que dans les autres pays européens (en moyenne 978€/an contre 834 pour les français), la transition énergétique à un coût, tout particulièrement pour les les moins aisés qui consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'énergie.
La plupart des chiffres cité dans cet article viennent de l'AGEB. Comme d'habitude, vous pouvez accéder au détail des données et des calculs, il suffit de cliquer ici. Crédit photo : By Kateer 8 May 2007 (UTC) (Own work) [CC-BY-SA-2.5], via Wikimedia Commons
Publié le 21 octobre 2013 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 27 juillet 2016
Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique :
les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des
hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont
touché la production de gaz et pétrole de schiste.
Le 22 juin, un juge fédéral du Wyoming a invalidé la réglementation édictée en 2015 par l’administration américaine pour réglementer la fracturation hydraulique sur les terrains publics. Cette décision est la conséquence d’un amendement du Safe Drinking Water Act de 2005 qui a retiré à l’EPA sa compétence en matière de fracturation hydraulique.
Le 24 juin, l’Allemagne a voté l’interdiction de la fracturation des roches argileuses. Les forages expérimentaux et l’exploitation des gaz de réservoir compact (pratiquée depuis une trentaine d’année dans le pays) restent autorisés. Aux États-Unis, l’état du Massachussetts a également adopté un moratoire de 10 ans sur la fracturation hydraulique.
Deux méthaniers partis du terminal Cheniere Energy en Louisiane ont livré du gaz américain au Koweït et à Dubaï. Ce renversement inédit des routes commerciales s’explique par le dynamisme des gaz non-conventionnels aux États-Unis mais également par les sous-investissements aux Moyen Orient et par le développement récent des infrastructures de liquéfaction : le terminal de Sabine Pass n’a expédié sa première livraison qu’en février.
Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique : les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont touché la production de gaz et pétrole de schiste.
Le baril de pétrole navigue ces jours-ci entre 30 et 35$ le baril (au dernier pointage : 32.9 pour le Brent et 31.3 pour le WTI). Cela représente une chute vertigineuse depuis les 115$ par baril de mi-2014, mais se rend-on bien compte à quel point le pétrole est bon marché ?
Même si vous ne vous intéréssez pas particulièrement à la question, vous savez probablement que le prix du pétrole s'est effondré depuis mi-2014. Partis au-dessus de 115$ le baril, les indices de référence (Brent et WTI) sont passés sous les 30$ mi-janvier.
Derrière cette baisse, comme on pouvait s'y attendre, on trouve une offre supérieure à la demande : en 2015, la production de brut a été excédentaire de plus de 650 millions de barils.
Pour expliquer cette situation, la plupart des analystes pointent du doigt l'Arabie Saoudite en expliquant qu'elle entretient volontairement la surproduction afin de faire baisser les prix et de mettre en faillite les nouveaux producteurs d'hydrocarbure qui ont émergés depuis quelques années, en particulier ceux qui exploitent les huiles de schiste aux États-Unis.
Cette explication ne m'a jamais paru très convaincante et j'aimerais vous en proposer une autre, qui diffère assez peu dans le fond mais radicalement quant à ses implications.
Pourquoi la thèse du dumping saoudien contre les "oilmen" américains ne tient pas
Le rôle de l'Arabie Saoudite est incontestable. Il est, par exemple, apparu clairement lors de la dernière réunion de l'OPEP en novembre où les pays qui voulaient réduire la production se sont heurtés à son opposition. Ce qui reste mystérieux, c'est la motivation des saoudiens alors qu'eux-même souffrent de la baisse des cours.
Selon l'explication la plus fréquente, l'Arabie Saoudite tenterait tout simplement de pousser ses concurrents américains à la faillite. Cette thèse est en apparence plausible.
Il y a un précédent : L'OPEP avait tenté (sans succès) une manœuvre de ce type contre les gisements de Mer du Nord dans les années 80. Il y a un mobile : plomber les hydrocarbures non-conventionnels qui ont permis aux États-Unis a rattraper la production pétrolière de l'Arabie Saoudite en 2013.
Et de fait, les producteurs américains, dont les coûts sont élevés, ne sont pas viables économiquement avec un pétrole à 30$. Une quarantaine d'entreprises du secteur ont fait faillite l'année dernière, elles seront sans doute beaucoup plus nombreuses en 2016.
Mais si les saoudiens tentent réellement une opération de dumping pour gagner des parts de marchés au détriment des producteurs américains, leur plan ne tient pas la route.
En effet, l'exploitation des gaz et pétrole de schiste est beaucoup plus souple que celle des autres hydrocarbures : l'extraction est relativement simple techniquement, elle est peu intensive en capital et, comme vous pouvez pratiquement commencer dans votre garage (aux États-Unis, 54% du pétrole est produit par des entreprises qui font moins de 5 millions de chiffre d'affaire), une faillite n'affecte pas irréversiblement la production.
Ce sont ces caractéristiques qui expliquent que la production ait progressé aussi rapidement dans les dernières années. De la même façon, même si la production d'hydrocarbures de schiste s'effondrait, elle pourrait sans doute revenir au niveau actuel en deux à trois ans au premier signe de retournement du marché.
En fait, la baisse des cours risque de nuire plus durablement à l'off-shore profond, aux sables bitumineux et même à la production conventionnelle car ces filières nécessitent beaucoup plus d'investissements et des périodes de développement longues. Les projets qui sont abandonnés parce qu'ils ne sont pas rentables avec un pétrole à 30$ pourront difficilement redémarrer avant la prochaine décennie quelle que soit l'évolution des prix.
En bref, les oilmen souffrent mais la production américaine de pétrole, elle, pourrait sortir renforcée de cette crise. J'ai du mal à croire que l'attitude de l'Arabie Saoudite puisse
s'expliquer par un paris aussi incertain.
Alors essayons autre chose...
Et s'il s'agissait d'une réaction rationnelle à l'anticipation d'un pic de demande ?
Imaginons un instant que la demande mondiale de pétrole soit actuellement proche d'un pic après lequel elle va décroitre pour devenir pratiquement nulle à la moitié du siècle. Cette perspective n'est pas que pure fantaisie, c'est celle que les pays réunis à Paris pour la COP21 ont tracé.
Dans ce cas, ouvrir grand les vannes est la stratégie la plus rationnelle pour un producteur qui possède d'importantes réserves avec des coûts d'exploitation parmi les plus faibles du monde : en vendant aujourd'hui il est assuré de réaliser un bénéfice (puisque ses concurrents ont des coûts plus élevés) alors qu'en conservant ses réserves il risquerait de les voir perdre toute valeur à mesure que la demande baisse. Ce comportement n'a rien d'exceptionnel : lorsqu'une bulle s'apprête à éclater (en l’occurrence le pendant étatique de la "bulle du carbone"), le premier qui s'en aperçoit a tout intérêt à liquider son stock en douce le plus vite possible, même à des prix apparemment inférieur à sa valeur réelle.
"La perspective d'un pic de demande change radicalement l'économie du pétrole."
Allons un peu plus loin : selon l'évaluation désormais bien connue de Carbon Tracker, 80% des ressources fossiles doivent rester sous terre si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 2°C. C'est-à-dire qu'avec 16% des réserves prouvées de pétrole et 13% de part de marché, l'Arabie Saoudite n'a aucune chance d'exploiter complétement ses ressources. En d'autres termes, pour les saoudiens, tout se passe comme si leurs réserves étaient désormais infinies : le pétrole n'est plus une ressource épuisable. Cela change radicalement le "juste prix" de cette ressource : si une richesse naturelle est non-renouvelable, l'exploiter constitue un arbitrage délicat entre un bénéfice immédiat et un bénéfice futur a priori plus important, mais si elle peut être considérée comme inépuisable alors vous avez intérêt à l'exploiter à pleine capacité dès que le prix du marché vous permet de couvrir vos coûts.
Pour le dire de façon un peu plus savante : le marché du pétrole redevient ricardien avec une rente différentielle et un prix qui s'aligne sur le coût marginal de production.
Le baril sous les 40$ pour longtemps...
Cette interprétation au fond ne change pas grand chose à la compréhension de la situation actuelle - une baisse des cours entretenue par les saoudiens pour préserver leurs intérêts avec pour premières victimes les producteurs américains.
Par contre, le scénario qu'elle dessine pour la suite est bien différent.
Sur l'évolution des prix du pétrole
Si l'objectif de l'Arabie Saoudite est de gagner des parts de marché en détruisant les producteurs d'hydrocarbures non-conventionnels, le cours du pétrole est appelé à remonter assez rapidement. Soit parce que les saoudiens auront atteint leur but et seront libres de rentabiliser leur opération de dumping par des prix plus élevés, soit parce qu'ils auront accepté leur échec et que le marché reviendra à son état précédent.
Mais si l'objectif est de tirer le maximum de leur rente différentielle dans une perspective d'épuisement de la demande, alors le prix pétrole devrait converger à moyen-terme vers son coût marginal de production (probablement en dessous de 40$) et, d'ici-là, rester bas voire continuer à baisser jusqu'à ce que la production se soit ajustée.
Sur la stratégie à adopter par les producteurs
Si l'objectif de l'Arabie Saoudite est de pousser le maximum de producteurs de pétrole de schiste à la faillite, ceux-ci ont tout intérêt à poursuivre leur activité aussi longtemps que possible parce que les survivants peuvent espérer redevenir rentables d'ici quelques mois à la faveur d'une remontée des cours et de la disparition de nombre de leurs concurrents.
Mais si l'attitude saoudienne est motivée par une baisse de la demande, alors les hydrocarbures les plus couteux à produire ne sont définitivement plus viables économiquement. La production va baisser là où elle est la moins rentable (États-Unis, Canada, Brésil et Europe) et progresser dans les pays où les coûts sont les
plus faibles (Moyen Orient, Russie et dans une moindre mesure Afrique,
Amérique du Sud et Asie). S'obstiner à produire à perte ne fera que pousser le prix du pétrole encore plus loin à la baisse et rendre l'explosion de la bulle plus douloureuse pour l'ensemble de l'économie.
Mais s'il s'agit d'un signe avant-coureur de l'adaptation de l'appareil productif mondial à la disparition des énergies fossiles alors il convient au contraire de faciliter et d'accompagner cette évolution.
Voilà pour cette première réflexion... Certains passages mériteraient probablement d'être affinés ou mieux formalisés. Je vais y travailler dans les prochains jours.
En attendant n'hésitez pas à me donner vos avis.
Je suis ingénieur et consultant, spécialiste des risques climatiques avec une inclinaison pour l'énergie. Depuis 2011, ce blog m'accompagne dans ma réflexion. Vous y trouverez des explications simples sur des sujets compliqués, du fact-checking et parfois quelques idées neuves.