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Quand les feux de forêt deviennent un risque industriel

Depuis quelques années, nous avons assisté à des feux de forêt dévastateurs, souvent stimulés par des sécheresses exceptionnelles. L'aggravation du risque d'incendie est une des conséquences attendues du réchauffement climatique.

Il est évident que ces incendies peuvent avoir des conséquences humaines dramatiques, ils ont par exemple tué 103 personnes à Mati (Grèce) ou 85 à Paradise (Californie)... Mais une catastrophe récente vient de rappeler que les feux de forêt sont aussi un risque indutriel.

Sur le chemin de l'incendie : une des plus grandes centrales nucléaires de la planète

Le vendredi 4 mars 2022 vers 11h, un incendie se déclare dans les montagnes entourant la ville de Uljin, sur la côte orientale de Corée du Sud.

Les conditions sont favorables : pendant l'hiver 2021-2022, les précipitations dans la région ont été 7 fois moins importantes que l'année précédente et le vent souffle à 90 km par heure. L'incendie s'étend rapidement.

Dès l'après-midi le feu s'approche dangereusement de la centrale nucléaire de Hanul. Il s'agit d'une des plus grandes centrales nucléaire de la planète, avec 6 réacteurs en service, 2 en construction et 2 autres en projet. Dans la soirée, le président et le premier ministre sud-coréens appellent à faire tous les efforts pour protéger l'installation, les moyens du ministère de la défense sont mobilisés en renfort des pompiers.

Pendant la nuit, l'incendie gagne vers le nord et menace le terminal méthanier de Samcheok. A proximité se trouve aussi une centrale thermique de 2GW avec son parc à charbon.

Incendie corée du sud centrale électrique et terminal GNL
Extension de l'incendie et principales installations menacées (données EFFIS)

Grâce à des moyens très importants - une centaine d'hélicoptères, près de 800 véhicules et 15 000 pompiers - et à un vent favorable, le feu est repoussé dans la journée de samedi avant d'atteindre les installations. Les données satellite de l'EFFIS suggèrent que l'incendie s'est approché à moins de 500 mètres de la centrale nucléaire et du terminal méthanier.

Pourquoi les risques augmentent avec le réchauffement climatique ?

Ce n'est pas la première fois qu'un feu de forêt menace des sites industriels ou des installations dangereuses. On peut se rappeler par exemple de la centrale à charbon de Milas en Turquie, passée très proche de la catastrophe pendant l'été 2021 ou encore des incendies dans la zone d'exclusion de Tchernobyl en avril 2020.

Selon le dernier rapport du GIEC, le réchauffement du climat est déjà responsable d'une augmentation des dommages causés par les feux de forêt. Pour l'avenir, les scientifiques affirment avec un haut de niveau de certitude que le risque d'incendie va augmenter avec la température.

En effet, l'élévation de la température fait augmenter l'évaporation et rend le climat plus aride même sans modification des précipitations. La végétation est fragilisée et les départs de feux trouvent un combustible plus sec et facilement inflammable. Toute schoses égales par ailleurs, les risques d'incendies sont donc aggravés là où ils existaient déjà et peuvent apparaitre dans des régions où, dans le passé, ils étaient négligeables.

C'est cas notamment en France : dès les prochaines décennies, un risque de feu de forêt devrait s'étendre dans la moitié nord du pays, autour de la Loire et même par endroit jusqu'en Bretagne et en Ile de France. Dans le même temps le risque devrait s'aggraver nettement dans le sud-ouest, en particulier les Landes.

Evolution du risque de feu de forêt avec le réchauffement climatique en France
Evolution du danger météorologique d'incendie en période estivale (source)


En France, presque la moitié des sites Seveso sont à proximité de forêt

D'accord, vous dites-vous peut-être, mais pour que le risque existe réellement il faudrait encore que des sites industriels dangereux soient situés en forêt, ce n'est certainement pas très courant...

En fait, si.

En croisant des données d'occupation des sols et la géolocalisation des ICPE, on peut évaluer le nombre de sites situés à proximité de forêts. Résultat : sur quelques 600 installations classées Seveso seuil haut, c'est-à-dire les sites industriels présentant des risques majeurs, 45% sont situées à moins d'un kilomètre d'une forêt. Parmi ceux-ci, 90 sites ont un environnement comprenant au moins 20% de forêt.

Exemple de sites seveso seuil haut exposés à un risque de feu de forêt
Des sites industriels Seveso en forêt

Quelques exemples de sites industriels à risque situés en forêt, de haut en bas et de gauche à droite :

  • Un site de stockage souterrain de gaz près de Tours, l'environnement dans un rayon d'un kilomètre est composé à 82% de forêt,
  • Une usine chimique dans les Landes (63% de forêt),
  • Une usine de produits phosphorés en Savoie (67%),
  • Un site de stockage d'hydrocarbures dans le parc naturel du Luberon (69%).

En France, historiquement, le risque de feu de forêt est limité en dehors du pourtour méditerranéen, il est donc probablement jugé négligeable pour la plupart de ces sites. Avec le réchauffement du climat, la protection des installations industrielles dangereuses contre l'extension vers le nord du risque d'incendie peut donc devenir un sujet d'adaptation assez important.

Publié le 9 mars 2022 par Thibault Laconde

Big data et adaptation au changement climatique : une étude de cas

La semaine dernière, Callendar a publié une étude de cas sur le risque d'inondation pour le réseau de distribution d'électricité. Je ne vais pas revenir sur les résultats et la méthodologie, tout ça est déjà détaillé ici mais j'aimerais vous expliquer pourquoi cette démonstration me tient particulièrement à cœur.

Comment rendre l'évaluation des risques climatiques accessible ?

Risque d'inondation sur le réseau de distribution électrique
Évaluer les risques climatiques à l'échelle locale, c'est très souvent répondre aux mêmes questions mais dans des endroits différents : quel est le risque de canicule à Paris, Royan ou Entraygues-sur-Truyère ? et le risque d'inondation ? de sécheresse ? de submersion marine ? etc.

Si vous concevez chacune de ces évaluations comme un projet indépendant, Paris pourra se payer votre expertise mais probablement pas Entraygues et ses 900 habitants. De la même façon, vous pourrez aussi faire des choses super intéressantes pour des entreprises du CAC40 mais jamais aider une petite PME à s'adapter. 

La solution c'est de concevoir d'emblée chaque évaluation des risques climatiques pour qu'elle soit généralisable. Evidemment, cela nécessite un investissement (un peu comme développer Excel quand on vous paie pour une addition) mais vous pourrez rendre votre travail beaucoup plus accessible. 

Cette vision est à l'origine de Callendar.

Le passage à l'échelle est-il réaliste ?

Si vous me suivez ici ou sur les réseaux sociaux, vous en connaissez sans doute déjà quelques concrétisations de ce projet. Par exemple ce test réalisé il y a un an à l'occasion des élections municipales. En 2 semaines, Callendar (ou plutôt notre appli) avait produit un peu plus de 200 rapports sur les risques climatique dans 178 communes.

Pas mal, mais encore beaucoup trop peu pour être accessible à tous quand on sait qu'il y a quelques 35.000 communes, 2.500.000 entreprises et 36.000.000 logements en France. Est-il vraiment possible de massifier notre approche, de fournir une information locale de qualité sur les risques climatiques non pas à des centaines mais à des milliers voire des millions d'utilisateurs ?

Cette étude de cas est importante pour moi parce qu'elle répond à cette question. Pour la réaliser, nous avons calculé la fréquence d'inondation pour presque un million de transformateurs répartis sur tout le territoire (927.753 exactement). 

Poste de transformation inondé
 

Rêvons un peu...

Cette application reste relativement simple puisqu'elle porte sur un seul phénomène (le risque d'inondation) alors que nous savons en quantifier au moins une vingtaine. Mais elle confirme qu'évaluer l'impact du climat sur près d'un millions de sites est réalisable.

Les perspectives pour l'adaptation au changement climatique sont immenses. Si le volume n'est pas un obstacle, il devient possible de quantifier et de réduire la vulnérabilité d'infrastructures étendues, de grands portefeuilles d'actifs, de chaine d'approvisionnement complexes...

Pourquoi pas, même, un "cadastre climat" avec l'évaluation des effets du changement climatique bâtiment par bâtiment sur l'ensemble du territoire ?

Le record dans ce domaine est apparemment détenu par une entreprise australienne qui a évalué les risque d'inondation, d'incendie et de sécheresse pour 15 millions de biens immobiliers. Après cette première expérience sur un million de sites, je suis certain que Callendar pourrait en faire autant voire plus en France.

 Publié le 26 mars 2021 par Thibault Laconde

Réglementation des rejets thermiques dans l'industrie : le nucléaire et au-delà

risque d'indisponibilité industrielles en cas de canicule ou de sécheresse
Depuis presque un mois, la centrale nucléaire de Saint Alban connait une série d'indisponibilités partielles. Pourquoi ? Parce qu'avec un débit réduit et une température élevée de fin d'été, le Rhône ne peut plus refroidir les réacteurs sans se réchauffer au-delà de la limite autorisée en aval de la centrale.
C'est souvent ce phénomène qui est à l'origine des arrêts de réacteurs pendant les canicules ou les sécheresses. Leurs turbines électriques ont besoin d'eau et, en fonctionnant, réchauffent la mer ou le fleuve dont elles dépendent, mais elles ne peuvent pas le faire indéfiniment : la température de l'eau après mélange doit rester dans les limites définies par un texte réglementaire. Ces arrêtés de rejets, propres à chaque installation nucléaire, peuvent se révèler contraignants pour les centrales fluviales et donner l'impression qu'elles subissent des contraintes disproportionnées, ou en tous cas uniques. 
 
En réalité, les autres industries qui utilisent les fleuves comme source de refroidissement - centrales fossiles, papeteries, raffineries, etc. - sont aussi soumises à des limites de température. Quelles sont ces limites ? D'où viennent-elles ? Sont-elles plus souples que celles des installations nucléaires ? C'est ce que je vous propose de discuter dans cet article.

 

Les limites de température imposées aux centrales nucléaires

Chaque centrale nucléaire française fait l'objet d'un arrêté de rejets qui lui est propre. Callendar les a compilé ici :

Les seuils et les règles de calcul varient donc d'une installation à l'autre mais si voulez retenir un chiffre, retenez 28°C. En règle générale, c'est la la température maximale autorisée en aval d'une centrale nucléaire pendant la période estivale. 

Encore une fois, c'est loin d'être une règle absolue. Pour Bugey, le seuil est de 26°C - nous verrons pourquoi plus bas. Pour Blayais, qui est située sur l'estuaire de la Gironde à un endroit où il n'y a presque plus d'aval, la limite est de 36.5°C... Quant aux centrales situées autour de la Loire (Civaux, Chinon, St Laurent, Dampierre et Belleville) elle n'ont que des limites d'échauffement : ce n'est pas la température en aval qui est limitée mais la différence de température entre l'aval et l'amont. Il y a des exception, donc... mais retenons ce chiffre de 28°C et voyons d'où il vient.

Historiquement, le besoin d'une réglementation des rejets thermiques apparait très vite après la Seconde Guerre Mondiale. Avec le développement de grande installations industrielles et de centrales électriques beaucoup plus puissantes, les systèmes de refroidissement commencent à modifier significativemet la température des fleuves. Un encadrement devient nécessaire, ne serait-ce que pour éviter que le réchauffement de l'eau par les centrales amonts perturbe le fonctionnement de celles situées en aval.

La limite est initialement fixée à 30°C pour la température de l'eau rejetée. Pendant la décennie de 1970, EDF conduit de nombreuses études sur les cours d'eau accueillant des centrales nucléaires ou fossiles (Montereau, Porcherville, etc.) et ces évaluations montrent que l'échauffement de l'eau a des impacts écologiques significatifs avant 30°C. A la fin des années 70, une série d'arrêtés de rejets est prise et introduit une nouvelle limite : 28°C pour l'eau du fleuve après mélange (ce qui dans de nombreux cas en fait moins contraignant que 30°C au rejet).

 

Le droit commun des rejets thermiques

Cette limite de 28°C ne sort pas de nulle part. Elle vient en fait d'une directive européenne de 1978 "relative à la qualité des eaux douces aptes à la vie des poissons". Ce texte distingue deux cas en fonction de la population du cours d'eau : 

  • les eaux salmonicoles dans lesquelles on peut trouver des saumons, truites, ombres, etc. : ce sont des cours d'eau rapides et froids, en général assez bien préservés, la directive leur attribue une température maximale de 21.5°C.
  • les eaux cyprinicoles dans lesquelles on trouve des carpes, silures ou brochets : il s'agit en général de grandes rivières ou de fleuves en plaine, leur température doit être au maximum de 28°C.

Ces règles, comme toutes les directives européennes, ne s'appliquent qu'aux Etats-membres. Elles vont cependant être largement reprises dans la réglementation française, applicable elle aux utilisateurs des fleuves.

Peu de temps auparavant, la loi du 19 juillet 1976 a créé le système des installations classées pour la protection de l'environnement et de nombreuses catégories d'ICPE vont se voir fixer des limites de rejets thermiques reprenant les définitions et les seuils de la directive de 1978.
C'est le cas notamment des catégories 2910 et 3110, c'est-à-dire des installations de combustion dont la puissance thermique est supérieure à 20MW y compris toutes les centrales électriques fossiles un peu importantes, mais aussi des catégories 2930 (ateliers automobiles), 2564 (nettoyage, dégraissage, décapage), 2565 (revêtements métalliques), 2730 (traitement de produits animaux), etc.

Là aussi le détail varie mais, schématiquement, les prescriptions générales applicables à ces installations prévoient, d'une part, que la température des effluents rejetés ne peut pas excéder 30°C et, d'autre part, que ces effluent de doivent pas conduire :

  • pour les eaux salmonicoles : à une élévation de la température supérieure à 1.5°C ou à une température avale supérieure à 21.5°C,
  • pour les eaux cyprinicoles : à une élévation de la température supérieure à 3°C ou à une température avale supérieure à 28°C,
  • pour les eaux destinées à la production d'eau potable : à une température avale supérieure à 25°C.

 

Une préoccupation aussi sanitaire et technique

Peut-être vous demandez-vous d'où sort ce dernier seuil qui ne figure pas dans la directive de 1978. C'est qu'en France métropolitaine, une ressource en eau dont la température dépasse 25°C ne peut pas être utilisée pour produire de l'eau destinée à la consommation humaine. L'origine de cette limite est à la fois biologique et chimique :

  1. Une température élevée favorise la prolifération de pathogènes, notamment legionelles et amibes, un effet qui avait déjà été identifié dans les études des années 70 conduites par EDF.
  2. Le chlore libre, qui est la principale méthode de potabilisation en France, n'est plus stable après 25°C, si l'eau dépasse cette température il n'est donc pas possible de garantir sa qualité dans le temps. Et il n'existe pas d'alternative simple au chlore.

Il me parait donc important de comprendre que, si la réglementation des rejets thermiques emprunte encore une bonne partie de son vocabulaire à la protection de la biodiversité, ces règles servent aussi des objectifs techniques et sanitaires. 

Un exemple ? La centrale nucléaire de Nogent utilise la Seine pour son refroidissement. Une centaine de kilomètres en aval, le captage d'Orly assure un quart de l'approvisionnement en eau potable de la capitale. Ce n'est évidemment pas seulement pour le bien-être des poissons que les rejets de cette installation sont strictement encadrés et controlés. Comme ceux, bien sur, des autres industries qui utilisent le fleuve.

 

Puisque la réglementation est comparable, pourquoi parle-t-on autant du nucléaire et si peu des autres industries ?

Si on compare maintenant les règles applicables au nucléaire et celles en vigueur pour les autres secteurs industriels, il est clair qu'il n'y a pas de traitement de faveur pour ces derniers. Les arrêtés de rejets des centrales nucléaires fixent des limites qui sont en général conformes aux règles de droit commun et parfois sensiblement plus favorables : Bugey, par exemple, se trouve sur une section du Rhône qui est salmonicole mais bénéficie d'une autorisation de rejet à 24°C en hiver et 26°C en été.

Mais alors, vous demandez-vous peut-être, comment se fait-il que l'on voie régulièrement des réacteurs à l'arrêt mais qu'on n'entende jamais parler de raffineries ou d'usines métallurgiques stopées à cause de la chaleur ?

Si on cherche bien, on peut s'apercevoir que des problèmes existent. Cela se devine par exemple à l'activité des entreprises qui louent des capacités de refroidissement industrielles : elles sont, au moins de temps en temps, sollicitées pour éviter des arrêts de productions pendant des période de fortes chaleur. Ca a été le cas par exemple dans la pétrochimie en Italie ou dans la métallurgie en Belgique.

Je crois que la raison pour laquelle ces problèmes sont très peu connus est tout simplement que ces industries ne sont pas soumises aux mêmes obligations de transparence que le secteur électrique. Quand la centrale nucléaire de St Alban se déclare indisponible en raison de la température du Rhône, il est difficile d'imaginer, par exemple, que l'usine chimique de Salaise sur Sanne, 6 kilomètres en aval, ou la papeterie de Laveyron, 15 kilomètres plus loin, puissent fonctionner normalement. Mais nous n'en saurons rien...

Je comprend que ça puisse être frustrant mais, à mon avis, c'est une raison supplémentaire pour s'intéresser aux indisponibilités climatiques des centrales françaises. Avec le réchauffement du climat, on peut s'attendre à ce que la chaleur perturbe de plus en plus régulièrement le fonctionnement des activités industrielles et le nucléaire est le canari dans la mine : un indice bien visible d'un risque beaucoup plus général.


Publié le 21 septembre 2020 par Thibault Laconde

Thanos est une andouille (ou pourquoi un demi-génocide ne résoudra pas les problèmes écologiques)

Spoiler alert : ce billet fait référence au film "Avengers : Infinity War" actuellement en salles. Je ne crois pas y dévoiler des éléments importants de l'intrigue mais si vous ne voulez pas prendre le risque, passez votre chemin.
Bref... Donc je suis allé voir le dernier Avengers. Et j'ai quelques observations à faire sur le plan du grand méchant, Thanos. C'est ce monsieur violet :

Avengers Infinity War Thanos
Source : Wikipedia
Notre super-villain projette de détruire la moitié de la population de l'univers. On découvre au fil du film qu'il espère ainsi régler un problème de surpopulation et offrir une meilleure existence à la motié restante.
En d'autres termes, il souhaite mettre en place une politique malthusienne agressive à l'échelle interplanétaire ce qui, curieusement, ne suscite pas une adhésion massive des premiers intéressés. Le film nous raconte comment il cherche un moyen de se passer de leur avis.

Il me semble cependant que le bon Thanos, dont sa fiche Wikipedia nous apprend qu'il est "un supergénie dans pratiquement tous les domaines connus de la science", n'a pas dû réfléchir son plan jusqu'au bout.


Pourquoi pas... Mais pourquoi seulement la moitié ?


Ce que Thanos a oublié, comme le font souvent les malthusianistes, c'est que la pression écologique qu'un groupe excerce sur son environnement ne dépend pas seulement du nombre d'individus mais mais aussi de leur consommation. C'est ce qui différencie fondamentalement une civilisation développée d'une population de bactéries dans une boite de Petri ou de rennes sur une île du Pacifique.

Supposons que Thanos réussisse et que la population soit divisée par deux. Supposons même que, instruits par cette aventure, les peuples de l'univers s'arrangent pour avoir désormais  une croissance démographique nulle. Tout est réglé ?
Non : si on imagine que l'univers a une croissance économique de l'ordre de 3% - ce qui correspond à peu près à la moyenne des dernières décennies sur notre planète. A technologie constante, c'est-à-dire si la consommation de ressources, la pollution, etc. croissent au même rythme que l'économie, la pression écologique aura retrouvé son niveau pré-génocide en seulement 24 ans...

Se donner la peine de tuer la moitié de l'univers pour une génération de répit... Comme dirait l'autre :

Tuer la moitié de la population pour sauver le reste : not a great plan

A un moment du film, Thanos explique à Gamora, un personnage qu'il a recueilli enfant au moment où il massacrait la moitié des habitants de sa planète, que "les enfants nés depuis ne connaissent plus la faim et profitent d'un ciel limpide". Mais, si on admet que Gamora a mis au moins une vingtaine d'années à passer à l'âge adulte (c'est une alien, allez savoir...), c'est forcément faux : soit sa planète a stagné économiquement, soit elle se trouve à peu près dans le même état qu'avant le massacre. Dans les deux cas, les survivants n'ont pas connu la prospérité et la vie facile promises par Thanos...

En fait, cet échange nous montre surtout que Thanos poursuit probablement son plan depuis quelques décennies. S'il parvient à le mener à bien, il y a donc de grandes chances que celà ne ramène même pas la pression de la population sur l'environnement au niveau qu'elle avait lorsqu'il a commencé. Tu parles d'un super-génie...


Profession : genocide-planner


Alors de combien faudrait-il réduire la population pour résoudre durablement les problèmes écologiques ? Faisons un calcul avec un modèle simple : l'équation IPAT.

L'équation IPAT est une création du biologiste américain Barry Commoner, elle s'écrit :
Equation IPAT
Ce que nous dit cette équation, c'est que l'impact d'une société sur son environnement est le produit :
  • Du nombre d'individus : la population,
  • De la consommation par individu : "affluence" que l'on peut traduire en français par richesse,
  • De l'impact par unité de consommation qui varie avec le progrès technique.
Sur Terre, la population croit à peu près de 1% par an, le PIB par habitant de 3% en moyenne. Le dernier terme est plus difficile à évaluer parce qu'il peut varier fortement en fonction des impacts considérés. Si on prend par exemple la consommation d'énergie : l'intensité énergétique du PIB mondial décroît en moyenne de 1.5% environ depuis les années 90.

Avec ces valeurs, la pression écologique croit de 2,47% par an et retrouverait en 29 ans son niveau de départ si la population était divisée par 2.

Prenons le problème à l'envers : de combien faudrait-il réduire la population pour que son impact sur l'environnement reste inférieur pendant, disons, un siècle à ce qu'il était au départ ? Avec ce modèle, on peut calculer qu'il faudrait tuer non pas 1 personne sur 2 mais 11 personnes sur 12.
Et si on veut être tranquille pendant 200 ans, il faut exterminer un peu plus de 99% des habitants de l'univers - 99,24% pour être exact.
500 ans ? Il faudra ne laisser en vie qu'une personne sur 200.000, ce qui ramenrait la population de la Terre à peu près au niveau de celle de Montluçon, autour de 35.000 habitants.

En projetant l'assassinat de la moitié de la population, Thanos vise donc beaucoup trop bas ! Les plans de John Brightling dans Rainbow Six (qui veut ramener la population de la planète sous 500.000 habitants), de Bertrand Zobrist dans Inferno ou de Richmond Valentine dans Kingsman semblent beaucoup, beaucoup plus raisonnables !

A ce stade vous l'aurez compris : le néo-malthusianisme est un cliché de fiction. Il donne à des auteurs qui n'ont pas trop d'imagination de bons antagonistes : complétement immoraux dans leurs actions mais sensés, voire sympathiques, dans leurs motivations.
On pourrait quand même se demander pourquoi tous ces super-vilains s'attaquent toujours au premier terme de l'équation IPAT, la population, et jamais au second, la consommation. Ce serait vraiment trop méchant ?


Publié le 18 mai 2018 par Thibault Laconde


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Rétrospective 2017 : les 5 articles les plus lus... et 5 autres qui mériteraient d'être (re)découverts

Quelle année, mes aïeux ! Entre l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, les élections françaises, allemandes et britanniques, les ouragans... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on n'a pas eu le temps de s'ennuyer. Pendant qu'on attend 2018 de pied ferme, pourquoi ne pas jeter un coup d'œil en arrière et voir ce qui vous a le plus intéressé...
 

Le TOP5 des articles de 2017


En 2017, j'ai publié 52 articles (and counting...) et, sauf inattendu notoire, le blog aura accueilli environ 750.000 lecteurs. Voici les 5 articles qui ont eu le plus de succès.

N°1 : Le programme énergie d'Emmanuel Macron

A tout seigneur tout honneur, c'est mon analyse de la politique énergétique proposée par le futur président de la République qui remporte d'assez loin la palme de l'article le plus lu cette année.
Lire l'article : Programme d'Emmanuel Macron : les renouvelables et le nucléaire à la loupe

N°2 : Les conséquences du Brexit pour le secteur de l'énergie

Si David Davis, le ministre anglais en charge du Brexit, a récemment reconnu qu'aucune étude d'impact sectorielle n'avait été faite, vous et moi nous sommes intéressés de près à ses implications pour la politique énergétique et climatique britannique et européenne..
Lire l'article : Brexit : quels effets pour le secteur de l'énergie

N°3 : RIP les 50% de nucléaire en 2025

Les nouveaux élus de la majorité se sont empressés d'abandonner cette promesse au nom de "nouveaux éléments" apparus depuis la campagne. Ils auraient pu gagner du temps en lisant cet article de mars 2017...
Lire l'article : 50% de nucléaire : pourquoi l'objectif est mauvais et par quoi le remplacer

N°4 : Energiewende, pourquoi tant de haine ?

Succès de scandale pour cet article. Mais il reste néanmoins parfaitement d'actualité au moment où une nouvelle manche du débat sur le nucléaire s'annonce.
Lire l'article : Notes aux haters de la transition énergétique allemande

N°5 : Nucléaire et renouvelables sont-ils compatibles ?

Ce dernier article est une surprise. Relativement récent et assez technique il trouve tout de même sa place dans ce top5. C'est sans doute que je ne suis pas le seul à me poser cette question.
Lire l'article : Le nucléaire est-il flexible ?



Le FLOP5 : 5 articles que vous avez ignoré mais que je vous invite à (re-)lire


Le succès ou l'échec d'un article est souvent une surprise, il arrive que quelques idées assemblées sur un coin de table connaissent un grand succès et parfois c'est l'inverse... Parmi ces articles qui n'ont pas trouvé leur public, en voici 5 que je vous recommande.

N°1 : Les précurseurs de la climatologie

Des Lumières au début du XIXe, cette série de 9 portraits publiés dans le creux de l'été est faite pour prendre un peu de recul sur l'épopée scientifique qu'a été la compréhension du climat et de son évolution.
Lire l'article : Sommaire de la série

N°2 : Comment lire les statistiques sur les énergies renouvelables

Nous allons bientôt voir fleurir les statistiques sur la transition énergétique et le développement des renouvelables pour 2017. Voici deux erreurs fréquentes à éviter si vous souhaitez les comprendre et les commenter.
Lire l'article : L'art et la manière de lire les statistiques sur les EnR

N°3 : Questions-réponses sur la décision américaine de sortir de l'Accord de Paris

L'annonce du retrait américain de l'Accord de Paris a été un des événement marquant de cette année et on n'a pas fini d'en voir les conséquences. Six mois après, cet article est toujours autant d'actualité...
Lire l'article : Tout ce qu'il faut savoir sur le retrait amérucain de l'Accord de Paris

N°4 : Harvey au Texas, le point un mois après

Publié un mois après l'ouragan Harvey, cet article montre comment une telle catastrophe a des effets durables même dans un pays aussi développé que les États-Unis.
Lire l'article : Comment, un mois après, l'ouragan Harvey continue à faire des dégats

N°5 : Ni oui, ni non, ni Berlin, ni Fukushima

En France les discussions sur le nucléaire ont souvent tendance à tourner en rond. Dans cet article, je vous propose un petit jeu pour essayer de renouveler le débat.
Lire l'article : Débat sur le nucléaire : et si on jouait à un jeu ?

Publié le 20 décembre 2017 par Thibault Laconde


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Comment, un mois après, l'ouragan Harvey n'a pas fini de faire des dégâts

Dans les médias, les cyclones ne durent pas : ils se forment, se déplacent pendant quelques jours puis frappent. Les journaux se remplissent alors de photos de toits arrachés et de maisons innondées, les politiques vont sur place, on déplore les victimes et puis les envoyés spéciaux font leurs valises et on passe à autre chose.

Et c'est ainsi qu'est entretenue l'illusion qu'on peut se remettre facilement d'une telle catastrophe. C'est complétement faux.
La crise dure bien après qu'elle ait cessé de faire les gros titres : même dans un pays développé, il faut des semaines pour revenir à une situation à peu près normale et la reconstruction peut prendre des années.

L'ouragan Harvey, qui a touché le sud du Texas il y a exactement un mois, en offre un exemple : malgré toute la puissance des Etats-Unis, les plaies sont loins d'être pansées. Voici 6 raisons pour lesquelles Harvey continue, et va continuer, à affecter Houston.


> Pour les sources ou plus de détails : cliquez ici.



1. De nombreux habitants pourront difficilement reconstruire leurs maisons

Le cyclone Harvey au-dessus des côtes du Texas en août 2017Tenez-vous bien : 185.000 maisons ont été endommagées dont 9000 sont entièrement détruites. Des pans entiers de la ville sont à reconstruire.
Le problème c'est que, aux Etats-Unis, les risques d'innondation ne sont pas couverts par les contrats d'assurance habitation. Il est possible de souscrire un assurance spécifique mais très peu de propriétaires s'en donnent la peine : à Houston seuls 15% étaient assurés contre les innondations. Même dans les zones considérées à haut risque, où cette assurance est en théorie obligatoire, moins d'un batiment sur 3 était couvert...

Par ailleurs Houston est une "ville sanctuaire", refusant d'appliquer la politique du gouvernement Trump en matière d'immigration. Elle héberge une des plus importante population d'immigrés clandestins aux Etats-Unis : 10% de la population environ est sans-papier. Ces habitants n'ont en général pas accès à des aides. Le contexte politique risque de toute façon de les dissuader de chercher de l'assistance : le Texas a mis récemment hors-la-loi les villes sanctuaires.


2. Le système d'assurance contre les innondations est en faillite

Les assurances contre les innondations, parlons-en...
Aux Etats-Unis, presque aucun assureur privé ne se risque sur ce marché. La très grandes majorité des assurances contre les innondations passent par un système public mis en place en 1968 : le National Flood Insurance Program. Même la propriété de Donald Trump à Mar-a-Lago s'est assurée auprès du NFIP !

Sauf que le NFIP est moribond. Il ne s'est jamais remis des ouragans qui ont touché la Nouvelle Orléans en 2005 et New-York en 2012, lui laissant une dette de 25 milliards de dollars. Le programme devait expirer le 30 septembre et semblait bien parti pour être réformé à la hache.
Mais avec 3 ouragans de catégorie 3 ou plus qui ont touché coup sur coup le Texas (Harvey), la Floride (Irma) et Puerto-Rico (Maria), il était difficile de laisser mourir l'assurance innondation de centaines de milliers d'américain. Donald Trump s'est donc entendu avec les représentants démocrates au Sénat le 8 septembre pour prolonger le NFIP... de 3 mois !

Cela promet d'intéressantes discussions en décembre, quand la dette du NFIP se sera encore creusée de quelques dizaines de milliards.


3. Le prix de l'essence n'est toujours pas redescenu

Houston est le coeur de l'industrie pétrolière américaine. Sans surprise, l'arrivée de l'ouragan a fait monter en flèche les cours de l'essence : le prix de gros est passé d'environ 1.6 dollar le gallon à 2.17 à son point le plus haut. Il est ensuite très vite redescendu.

Mais ce n'est pas le cas pour les prix à la pompe : ils ont augmenté dans tout le pays et commencent à peine à baisser. Le 21 août, l'automobiliste américain payait en moyenne 2.33$/gallon pour son carburant, le 31 août 2.45$ et 2.65$ le 5 septembre alors que les prix de gros étaient déjà retombés à leur niveau normal.
Un mois après le passage de Harvey, le prix à la pompe est toujours de 2.57$ par gallon en moyenne. Le retour à la normal devrait prendre des semaines... Pour les automobilistes américains, qui consomment 12 milliards de gallons de carburant par mois, la facture va se compter en milliards de dollars.


4. Le trafic est durablement perturbé autour du 2e port des Etats-Unis

Le port de Houston est le deuxième port américain en tonnage et le premier pour le trafic international. Il a été fermé pendant 5 jours ce qui a entrainé le déroutement d'une soixantaine de navires.
Les ports de Corpus Christi et Beaumont (qui font partis des 10 plus importants aux Etats-Unis) ont aussi été fermés, comme ceux un peu moins importants de Port Arthur et Texas City.

Les ports ont été relativement épargnés mais ce n'est pas le cas des canaux qui relient Houston au Golfe du Mexique : la pluie y a amené tellement de débris et de sédiments qu'ils ont perdu environ un mètre de profondeur. Résultat : le tirant d'eau des bateaux rejoignant Houston doit être réduit jusqu'à ce que les canaux soient dragués.
Les canaux de l'intracoastal reliant Houston à Corpus Christi plus au sud ont aussi été obstrués. Pour l'instant seules les péniches vides peuvent les emprunter et ils ne devraient pas redevenir opérationnel avant 2 mois.


5. L'activité industrielle est toujours perturbée

Ces voies naviguables sont normalement très utilisées pour les échanges entre raffineries et usines pétrochimiques, qui font la richesse de Houston. Mais la logistique n'est pas le seul problème pour faire rédémarrer l'économie locale.
Les activités industrielles ont été presque totalement interrompues pendant le cyclone : 80% des capacités de raffinage ont été mises à l'arrêt, ce qui représente quand même presque un quart des raffineries américaines...

Et la remise en service s'est avérée plus difficile que prévu. Seules 2 raffineries sur 19 ont réussi à revenir à pleine capacité en moins de 2 semaines. Aujourd'hui, la raffinerie Total de Port Arthur est encore à l'arret et 8 autres tournent toujours au ralenti.


6. Personne ne connait réellement les conséquences environnementales

Arkema, ça vous dit quelque chose ? Non ? Les habitants de Houston, eux, connaissent...
Arkema, c'est le premier groupe de chimie français, une ancienne filiale de Total. Pendant l'ouragan une usine du groupe située un peu à l'ouest de Houston a perdu son alimentation électrique principale puis son alimentation de secours. Or l'usine stockait des produits chimiques très instables qui devaient impérativement être maintenus à basse température... Pas d'électricité, pas de réfrigération. Le 31 août deux chargements ont explosé. Le lendemain l'exploitant a décidé de mettre le feu aux 8 chargements restants plutôt que d'attendre qu'ils explosent.
D'après Arkema, les explosions et les incendies ont rejeté un peu plus de 40 tonnes de polluants atmosphériques. Des pompiers et policiers présents sur place sont tombés malades peu après et ont porté plainte contre l'entreprise française, des riverains et les autoritées locales se sont joints à la plainte.

Si les industries ont tellement de mal à repartir c'est que beaucoup ont été innondées ou ont subi d'autres dommages pendant l'ouragan. Ces dégats ont aussi eu pour conséquence un pic de pollution.
Selon les déclarations initiales des exploitants, les rejets non-autorisés ont atteint 2500T pendant l'ouragan et les deux semaines qui ont suivi. C'est presque autant que pour toute l'année 2016... Ajoutons que ces premières déclarations sont probablement très sous-estimées et que l'Agence américaine de protection de l'environnement ne semble pas faire preuve de zèle.


En guise de conclusion

Cet inventaire n'est certainement pas exhaustif. Même si on n'en parle plus guère, il faudra probablement beaucoup de temps à Houston pour se remettre du passage de Harvey. Et ce n'est pas un cas à part. Pour ne citer qu'un exemple : plus de 10 ans après Katrina, la Nouvelle Orléans n'a toujours pas retrouvé sa population de 2005 !
En France, les dégats causés par Irma dans Antilles ont provoqué une petite polémique. Le gouvernement a été accusé... de quoi au juste ? La réalité c'est que ces phénomènes climatiques sont catastrophiques même pour un pays développé et qu'il faut des années et des milliards pour s'en remettre.

Alors que les projections nous disent que ces évenements violents vont devenir plus fréquents avec le changement climatique, nous sommes bien plus vulnérable que nous voulons l'admettre.


(Cet article est inspiré d'un retour d'expérience sur l'ouragan Harvey que j'ai publié récemment. Vous pouvez lire la note complète ici)


Publié le 29 septembre 2017 par Thibault Laconde


Illustration : By Ludovic Péron (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons



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100 mots, expressions et acronymes pour comprendre les négociations climatiques et les COP

Vocabulaire, expression, acronymes sur le changement climatique et la COP21"Les INDC sont un bon signe pour la COP mais ça ne veut pas dire que le groupe parapluie et le G77+Chine accepteront d'en faire des QELROs, pour l'instant tout ça reste entre crochets." Vous suivez ?
Si vous vous intéressez aux négociations internationales sur le climat, vous vous êtes sans doute déjà gratté la tête devant ce type de propos ésotériques. Il n'y a pourtant rien de bien secret là dedans : il suffit de connaître les acronymes et les expressions employées par les négociateurs pour que tout s'éclaire...

D'où l'intérêt d'un bon glossaire !

Accès rapide :
A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z

(Tous les mots en italique dans cet article font l'objet d'une entrée dans le lexique)

A


AAU  (Assigned Amount Unit) - Une AAU est un permis d'émission négociable attribué à un État dans le cadre du Protocole de Kyoto. A la fin d'une période d'engagement, chaque État doit posséder autant d'AAU qu'il a émis de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre, s'il en possède plus il peut les vendre, s'il lui en manque il peut en acheter ou en obtenir via les mécanismes de flexibilité (MOC et MDP). Ne pas confondre avec EUA, CER ou ERU.

Adaptation - L'adaptation désigne l'ensemble des actions, individuelles ou collectives, qui ont pour effet de réduire la vulnérabilité d'une communauté au changement climatique (par opposition à l'atténuation qui vise à réduire l'ampleur du phénomène lui-même).

Additionalité - Une action est dite additionnelle par rapport à un mécanisme si elle n'aurait pas pu avoir lieu sans recours à ce mécanisme. L'additionnalité est une condition centrale dans l'attribution de crédit-carbone que ce soit des CER, des ERU ou des opérations de compensation volontaire. Par exemple, un projet de réduction des émissions mené dans le cadre du MDP doit démontrer qu'il n'aurait pas pu atteindre l'équilibre financier sans la revente des CER. Le terme est parfois aussi utilisé dans le domaine de l'aide publique au développement, dans ce cas il est tout simplement synonyme de nouveaux financements (par opposition à la réaffectation d'un budget déjà prévu).

Annexe I - L'annexe 1 de la Convention-Climat liste les pays considérés comme développés. Ils sont au nombre de 42 (+ l'UE) dont les pays industrialisés et les "économies en transition".Cette liste est centrale dans l'application du principe de responsabilité commune mais différenciée (ou CBDR).

Annexe II - L'annexe II regroupe les 23 pays de l'annexe I également membres de l'OCDE (+ l'UE). Ces pays dit "industrialisés" sont supposés aider les autres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s'adapter au changement climatique.

Annexe B - L'annexe B est composée des pays de l'annexe I auxquels ont été attribués des objectifs d'émissions dans le cadre de la première ou de la deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto.

AOSIS (Alliance of Small Island States, Alliance des petits États Insulaires) - Coalition de 44 pays insulaires ou côtiers très exposés aux effets du changement climatique. Ce groupe est très actif pour réclamer un accord ambitieux notamment en matière d'atténuation et de pertes et dommages. Les pays de l'AOSIS sont également membres du G77 mais ils s'en distinguent régulièrement par un discours plus volontariste.

APA (Ad Hoc Working Group on the Paris Agreement) - Groupe de travail spécial chargé de préparer la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Il doit terminer ses travaux en 2018.

APD (aide publique au développement) - Dons et prêts à conditions préférentielles versés par les pays développés aux pays en développement. L'APD est un moyen à la disposition des pays de l'annexe II pour s'acquiter de leur obligation d'aider les pays en développement dans leurs efforts d'adaptation au changement climatique mais les aides dans ce domaines sont rarement additionnelles.

Atténuation - L'atténuation ("mitigation" en anglais) regroupe l'ensemble des actions qui visent à réduire l'ampleur du changement climatique, c'est-à-dire à contrôler des émissions de gaz à effet de serre (par opposition à l'adaptation qui cherche à réduire la vulnérabilité).

AWG-ADP (Ad-hoc working group on the Durban Platform for enhanced action) - Groupe de travail établi lors de la conférence de Durban (COP17) pour préparer l'Accord de Paris.

B


BINGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif BINGO regroupe les entreprises et leurs groupements. L'Union internationale des chemins de fer, l'Organisation internationale des constructeurs d'automobiles ou la Chambre de commerce internationale sont quelques-unes de organisations françaises au sein de ce collectif. Aujourd'hui, 15% environ des organisations accréditées pour les conférences de l'ONU appartiennent au collectif BINGO.

C


CBDR (Common but differenciated responsability, responsabilité commune mais différenciée) - Principe inscrit dans la Convention-Climat selon lequel les pays développés ont une responsabilité plus importante dans le réchauffement climatique et doivent fournir plus d'efforts pour résoudre le problème. Ce principe est à l'origine de la distinction entre pays de l'annexe I et pays hors-annexe I. (Pour plus de détails voir cet article)

CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, ou simplement Convention-climat) - voir UNFCCC

CCS (Carbon capture and storage, capture et stockage du carbone) - Technologies destinées à atténuer le changement climatique en captant le CO2 en sortie des installations industrielles puis en le séquestrant, généralement dans un réservoir souterrain. Ces technologies sont loin d'être matures mais laissent espérer une solution au changement climatique ne nécessitant pas de modifier significativement notre consommation d'énergie et donc nos modes de vie.

CER (Certified emission reduction) - Permis d'émission négociable d'une tonne équivalent CO2 produit grâce au MDP, c'est-à-dire en finançant un projet de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans un pays hors-annexe I. Un CER peut être échangé contre une AAU et permettre à un pays de l'annexe B de remplir ses engagements. Certains CER (les "Green CER") peuvent aussi être échangés contre des EUA et utilisés sur le marché du carbone européen. Ne pas confondre avec AAU, EUA, ou ERU.

CH4 - Formule chimique du méthane (ou "gaz naturel"). Le CH4 est à la fois un combustible et un gaz à effet de serre avec un PRG à 100 ans 28 fois supérieur au dioxyde de carbone. Il fait partie des gaz visés par le Protocole de Kyoto. Il est rejeté essentiellement par les fuites des installations gazières et par l'agriculture.

CMA (COP serving as Meeting of the Parties to the Paris Agreement) - Réunion annuelle des parties à l'Accord de Paris. Elle se tient en même temps que la COP bien que formellement distincte. Les pays qui n'ont pas encore ratifié l'Accord de Paris (par exemple la Russie, l'Australie ou la Grande Bretagne) ne participent pas aux CMA. La première CMA (ou CMA1) aura lieu lors de la COP22 de Marrakech.

CMP (COP serving as Meeting of the Parties to the Kyoto Protocol) - Réunion annuelle des parties au Protocole de Kyoto. Bien que formellement distinctes, les CMP ont lieu en même temps que les COP. Les pays qui n'adhèrent pas au protocole de Kyoto (notamment les Etats-Unis et le Canada) ne participent pas aux CMP même si ils sont étroitement associés. La conférence de Paris sur le Climat était la 11e CMP et la 21e COP, d'où l'appellation COP21/CMP11. On rencontre parfois l'acronyme MOP (Meeting of the Parties).

CO2 - Formule chimique du dioxyde de carbone. C'est le principal gaz à effet de serre d'origine humaine, il est produit notamment par la combustion d'énergies fossiles, la réaction de calcification dans les cimenteries et la déforestation. Il fait partie des gaz visés par le protocole de Kyoto.

Co-bénéfice - On parle de co-bénéfice lorsqu'un projet produit des effets positifs en plus de son objectif principal. Cette notion est souvent utilisée pour "climatiser" l'aide au développement (APD) mais par définition ces projets ne sont pas additionnels (ex : la construction d'un barrage hydroélectrique peut produire un co-bénéfice en matière d'adaptation si elle permet de mieux gérer la ressource en eau et de faire face à des sécheresses plus longues).

Compensation - Transfert d'une réduction d'émission entre deux personnes ou deux projets en général contre paiement. Le principe de la compensation a donné naissance aux marchés volontaires du carbone (voir cette histoire de la compensation carbone).

COP (Conference of the Parties) - Réunion annuelles des parties à l'UNFCCC. La Conférence de Paris sur le Climat était la 21e COP, ou COP21.

Convention-Climat - voir UNFCCC 

Crochétiser (bracketing) - voir entre crochets

D


Décision - Accord entre les parties à l'UNFCCC ou au Protocole de Kyoto, adopté respectivement dans une COP ou une CMP. Les décisions sont juridiquement contraignantes.

Différentiation - voir CBDR

E


EIT (Economy in transition, Économie en transition) - Anciens pays soviétiques de l'Annexe I.

ENGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif ENGO regroupe les organisations de protection de l'environnement (par exemple Greenpeace ou le WWF). C'est, de loin, le plus nombreux : il représente environ 42% des organisations accréditées pour la COP21.

Émissions négatives (Négative emissions) - Gaz à effet de serre retirés de l'atmosphère par des méthodes écologiques (reforestation, gestion des sols...) ou technologiques. L'objectif de zéro émission nette fixé par l'Accord de Paris suppose le développement de ces filières. A ne pas confondre avec la CCS qui consiste à capter les gaz à effet de serre avant leur rejet dans l'atmosphère ou avec la compensation. Pour plus de détails consulter cette interview.

EnR (Énergie renouvelables) - Technologies permettant de produire de l'énergie sans consommer une ressource finie, en particulier sans énergie fossile ou combustible nucléaire.

Entre crochets - Lors des négociations climatiques, les points non-validés ou les variantes figurent entre crochets (par exemple, vous pouvez occuper 200 négociateurs pendant une journée entière en leur soumettant la phrase suivante : "We [shall] [should] do something"). Moins il y a de crochets, plus l'accord est proche...

Équivalent CO2 - Le calcul des PRG permet d'établir des équivalences entre gaz à effet de serre et d'exprimer l'ensemble des émissions par la quantité de CO2 qui aurait le même effet sur le climat à un horizon de temps fixé (en général un siècle). Par exemple, une tonne de méthane a un PRG à 100 ans de 25, donc une tonne de méthane "vaut" 25 tonnes équivalent CO2 (ou 21 TeqCO2).

ERU (Emission Reduction Unit) - Permis d'émission négociable d'une tonne équivalent CO2 produit grâce à la MOC, c'est-à-dire en finançant un projet de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans une économie en transition. Une ERU peut être échangée contre une AAU et permettre à un pays de l'annexe B de remplir ses engagements. Ne pas confondre avec AAU, EUA, ou CER.

ETS (European Trading Scheme) - Marché du carbone européen.

EUA (EU Allowance) - Permis d'émission d'une tonne équivalent CO2 utilisable dans le cadre du marché du carbone européen. Les EUA sont soit attribuées à titre gratuit aux entreprises concernées soit mises aux enchères. A la fin de la période, chaque entreprise doit présenter un nombre d'EUA correspondant à ses émissions de gaz à effet de serre, si elle en possède plus elle peut les vendre, s'il lui en manque elle peut en acheter, convertir des Green CER ou payer une amende. Ne pas confondre avec AAU, CER ou ERU.

F


Facilitateur - Négociateur chargé par le président de la conférence de consulter les différentes parties (généralement sur un sujet précis) puis de lui faire une proposition de consensus. Dans les COP, les facilitateurs travaillent généralement en binome, l'un issu d'un pays industrialisé, l'autre d'un pays en développement.

Fonds vert pour le climat (en anglais, Green Climate Fund) - Mécanisme financier crée lors de la COP16 de Cancun et rattaché à l'UNFCCC. Il a pour objectif de financer les projets d'atténuation et d'adaptation des pays en développement grâce aux fonds versés par les pays développés. Le montant et l'origine exacts des financements destinés au Fonds Vert restent débattus. Son siège se trouve à Songdo en Corée du Sud.

Fuite de carbone - Il s'agit des émissions qui se déplacent d'un pays de l'annexe B vers un pays dont les émissions ne sont pas limitées par le protocole de Kyoto, par exemple si le marché du carbone européen conduit des entreprises à délocaliser leurs activités polluantes vers la Chine ou l'Inde.

G


G77 + Chine - Groupe des pays en développement, il a été crée en 1964 par 77 pays, d'où son nom, mais en compte aujourd'hui plus de 130 dont la quasi-totalité des pays africains, sud-américains et asiatiques. C'est une coalition assez lâche avec des intérêts divergents notamment entre les pays les moins avancés ou l'AOSIS et les pays émergents.

GES (Gaz à effet de serre) - Gaz capable d'intercepter une partie du rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre, et ainsi de réchauffer l'atmosphère. Le protocole de Kyoto a pour objectif de réguler les émissions de certains gaz à effet de serre dont le CO2, le CH4, le N2O, des HFC et le SF6, il existe d'autres notamment l'ozone et la vapeur d'eau.

GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) - Organe international crée en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement afin de fournir une information scientifique pertinente aux gouvernements. Co-Prix Nobel de la Paix en 2007.

GHG (Greenhouse gases) - Voir GES

Groupe de l'intégrité environnementale - Coalition comprenant le Mexique, la Corée du Sud et la Suisse, elle se donne pour objectif de faciliter le dialogue entre pays riches et pays en développement.

Groupe parapluie - Coalition informelle regroupant en général les États-Unis, le Japon, la Russie, l’Australie, le Canada, l’Islande, la Nouvelle Zélande, la Norvège, et l’Ukraine. Il a pris la suite du JUSSCANNZ après le sommet de Kyoto. Pourquoi "groupe parapluie" ? Parce que tous les autres noms cool étaient déjà pris.

H


HFC (hydrofluorocarbure) - Famille de gaz qui a progressivement remplacé les CFC lorsque leur effet sur la couche d'ozone a été découvert. Les HFC ne présentent pas d'effet négatif pour l'ozone stratosphérique mais sont des gaz à effet de serre très puissants (avec un PRG parfois supérieur 1000).

High Ambition Coalition - Coalition en faveur d'un accord ambitieux formée dans les mois qui ont précédé la COP21. Elle compte une centaine de pays, notamment issus du G77 et de l'UE, et a été rejointe par le Brésil et les États-Unis pendant le sommet. Elle a été très active pour obtenir un accord juridiquement contraignant, une révision tous les 5 ans des engagements et l'objectif à long terme de zéro émission nette.

Hors-annexe I - Pays réputés en développement et ne figurant pas à l'annexe I de l'UNFCCC. Certains pays hors-annexe I ont un PIB par habitant supérieur à celui de pays de l'annexe I.

Hot air - Nom donné aux AAU excédentaires attribuées aux économies en transition dans le cadre du Protocole de Kyoto : en raison de la crise économique qui a suivi l'effondrement de l'URSS, les ex-pays soviétiques ont vu leurs émissions de gaz à effet de serre baisser rapidement et ont facilement atteint et dépassé leurs objectifs de réduction. Les AAU étant négociables, ils ont pu revendre leurs quotas d'émission à d'autres pays de l'annexe I qui ont ainsi atteint leurs objectifs sans réel effort d'atténuation.

I


Indaba - Mot zoulou désignant une réunion des anciens en vue de trouver un compromis sur un problème important. Il s'agit d'une méthode de consultation proposée pour la première fois par la présidence sud-africaine lors de la Conférence sur le climat de Durban (COP17) et largement utilisé dans la seconde semaine de la Conférence de Paris. Concrètement, c'est une réunion informelle portant généralement sur la recherche d'un compromis sur un sujet précis, à laquelle seuls les ministres ou les chefs de délégations (éventuellement accompagné d'un collaborateur) sont conviés.

INDC (Intended nationally determined contribution, en français : Contribution prévue  déterminée au niveau national, CPDN) - Dans le cadre de la plateforme de Durban (voir AWG-ADP), tous les pays ont été invités à communiquer avant la COP21 les réductions d'émission qu'ils envisagent de réaliser après 2020.  Les INDCs ont commencé à être remises au secrétariat de l'UNFCCC au printemps 2015. Presque tous les pays, dont la Chine, l'Union Européenne, la Russie, le Japon et les États-Unis, se sont acquittés de cette formalité dans les temps.

IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) - Voir GIEC

J


Juridiquement contraignant - En droit international, un accord juridiquement contraignant prime sur les lois nationales des pays qui l'ont ratifié, il peut être accompagné d'un mécanisme de contrôle du respect des engagements. A titre d'exemple, la Convention Européenne des Droits de l'Homme est juridiquement contraignante : si vous estimez qu'elle a été violée, vous pouvez saisir la CEDH et sa décision s'imposera même si elle est contraire aux lois du pays où vous résidez. Les traités internationaux et leurs protocoles additionnels, notamment, sont juridiquement contraignants. A l'inverse, un accord non-contraignant est un simple engagement politique sans valeur juridique. C'est le cas, par exemple, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
Évidemment, dans les COP (comme dans toutes les négociations internationales, d'ailleurs), il est difficile d'obtenir un accord juridiquement contraignant : d'une part, les parties sont réticentes à prendre des engagements fermes, d'autre part un tel accord nécessite en général par une procédure de ratification longue et risquée politiquement (par exemple, aux Etats-Unis, les traités doivent être ratifiés par le Sénat à la majorité des deux-tiers). Lors de la COP17, à Durban, les parties se sont fixées comme objectif de parvenir en 2015 à "un protocole, un autre instrument légal ou une solution concertée ayant une force légale", ce qui laisse en suspens la nature exacte du futur accord de Paris.

JUSSCANNZ - Coalition de pays industrialisés pendant les négociations du protocole de Kyoto, elle a ensuite évolué pour former le groupe parapluie. Le nom vient de  l'acronyme en anglais pour Japon, États-Unis, Suisse, Canada, Australie, Norvège et Nouvelle-Zélande.

L


Landing zone - Terrain d'entente acceptable par tous, compromis respectant les lignes rouges de chaque parties. 

Legally binding - voir juridiquement contraignant

LGMA - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif LGMA regroupe les collectivités locales. Au sein de ce collectif, on trouve par exemple la Fédération des municipalités canadiennes ou la Conseil américains des maires.Ce collectif est peu nombreux : 1% environ des organisations accréditées pour la COP21.

Ligne rouge - Limite au-delà de laquelle un pays n'acceptera pas l'accord, par opposition aux points sur lesquels il peut envisager de transiger. Comme l'unanimité est nécessaire, le succès de la négociation repose souvent sur la capacité des facilitateurs a proposer un terrain d'entente respectant les lignes rouges de toutes les parties.

LULUCF (land use, land-use change and forestry) - Ensemble d'activités liées à l'utilisation des sols (agriculture, déforestation, afforestation...), elles sont suceptibles d'entrainer des émissions de gaz à effet de serre mais aussi de capter du dioxyde de carbone (par exemple dans le cas d'un programme de reforestation).

M


MBM (Mesures basées sur le marché, en anglais : Market-based measures) - Terme employé par l'Organisation de l'Avion Civile Internationale pour désigner toute mesure visant à réduire les émissions sans recours à la réglementation. Cela comprend notamment les marchés du carbone, les taxes et redevance sur les émissions et la compensation .

MDP (Mécanisme de développement propre, en anglais : Clean development mechanism ou CDM) - Mécanisme de flexibilité du protocole de Kyoto permettant de produire des permis d'émission (en l'occurence des CER) en finançant un projet de réduction des émissions dans un pays hors-annexe 1.

MOC (Mise en œuvre conjointe, en anglais : Joint implementation ou JI) - Mécanisme de flexibilité du protocole de Kyoto permettant de transférer des crédits carbone d'une économie en transition vers un pays industrialisé lorsque celui-ci finance un projet de réduction des émissions sur le territoire du premier. Dans ce cas, le pays financeur se voit attribuer des ERU et le pays dans lequel est mis en œuvre le projet se fait retirer le nombre correspondant d'AAU.

N


N2O - Formule chimique du protoxyde d'azote (alias oxyde nitreux ou "gaz hilarant"). Le N2O fait partie des gaz à effet de serre visés par le protocole de Kyoto, son PRG est de 298 sur un siècle. Il est essentiellement produit par des activités agricoles.

Non-paper - Document officieux publié pendant une conférence pour servir de base de négociation.

P


Partie - Les parties sont les États et les organisations qui ont ratifié un accord international. Dans le contexte des négociations climatiques, il s'agit généralement des parties à la Convention-Climat de 1992.

Pertes et dommages (en anglais : loss and damage) - La Convention-climat reconnait que les pays industrialisés doivent aider les pays en développement à réduire leurs émissions et à s'adapter aux effets du changement climatique, mais il s'agit bien d'une aide et pas d'une compensation pour les dommages subis. Certains pays en développement souhaitent que les pays industrialisés soient tenus pour responsables des "pertes et dommages" qu'ils subissent à cause du réchauffement et qu'un mécanisme soit mis en place pour les indemniser.

PMA (Pays les moins avancés, en anglais : Least developped countries) - Groupe de 48 pays définis par l'ONU comme les plus pauvres de la planète, les PMA sont aussi une coalition dans les négociation internationale sur le climat. Ils sont particulièrement actifs sur les questions d'adaptation.

ppm (partie par million) - Unité de mesure de la concentration, notamment utilisée pour la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère : la concentration de CO2 dépasse aujourd'hui 400ppm alors qu'elle était aux alentours de 280ppm avant le début de l'ère industrielle.

PRG (Pouvoir ou potentiel de réchauffement global) - Il existe de nombreux gaz à effet de serre dont la durée de vie et l'impact sur le climat sont différents. Le PRG est la quantité d'énergie renvoyée vers la surface par une tonne du gaz considéré pendant une période choisie (en général un siècle) divisée par la quantité d'énergie renvoyée vers la surface par une tonne de CO2 pendant la même période. Cette mesure permet de comparer l'effet de différents gaz sur le climat : par exemple, selon le dernier rapport du GIEC, le PRG du CH4 sur un siècle est de 28, sur cette période on peut donc considérer qu'une tonne de méthane (CH4) est équivalente à 28 tonnes de CO2. Il s'agit d'une approximation (en 1995, le GIEC évaluez le PRG du méthane à 21) qui peut, de plus, donner une vision très différente en fonction de l'échelle de temps choisie : sur un siècle, le méthane représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre humaines loins derrière le CO2 (70%) mais sur 20 ans, leurs contributions au changement climatique deviennent à peu près équivalement (respectivement 44 et 50%).

Q


QUELROs (Quantified emissions limitation and reduction objectives) - Il s'agit des objectifs d'émissions attribuées aux parties de l'annexe B par le protocole de Kyoto. Ces objectifs sont quantifiés et juridiquement contraignants.

R


Recommandation - Acte sans valeur juridiquement contraignante adopté lors d'une COP ou d'une CMP.

REDD+ - Mécanisme destiné à réduire les émissions de CO2 liées à la déforestation et de la dégradation des forêts tropicales.

Résolution - Acte adopté lors d'une COP ou d'une CMP mais de portée inférieure à une décision.

RINGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif RINGO regroupe les organisations de recherche et les organisations indépendantes. Concrètement, on y retrouve des universités, des think tanks et des ONG qui ne trouvent pas leurs place parmi les ENGO. ParisTech, l'INRA ou ATTAC font partie des organisations françaises au sein de ce collectif. Après le collectif RINGO est le plus nombreux après les ENGO, il représente 27% environ des organisations accréditée en 2015.

S


SF6 (Hexafluorure de soufre) - Un des gaz à effet de serre visé par le protocole de Kyoto. Son PRG à 100 ans est de 22.200. Il est principalement utilisé comme gaz inerte ou isolant dans l'industrie.

Shall/Should - "Shall" est un verbe anglais dont le sens juridique est ambigu : il peut signifier à la fois une obligation et une possibilité - la Constitution des Etats-Unis fournit des exemples fameux de ces deux sens et les procès visant à les distinguer font depuis longtemps la fortune des avocats. "Should" est la forme conditionnelle de "shall" ajoutant donc un degrès encore plus grand d'incertitude. L'arbitrage entre "shall" et "should" est un running gag des négociations climatiques : cette alternative entre une vague intention et une éventuelle volontée se trouve pratiquement à toutes les lignes des projets d'accord et chaque occurence peut donner lieu à d'interminables argumentations et marchandages entre négociateurs, suscitant la perplexité des observateurs et des non-anglophones.

T


TUNGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif TUNGO regroupe les organisations de travailleurs et les syndicats. C'est l'un des collectif les moins nombreux. La Confédération paysanne ou la Confédération syndicale internationale, par exemple, font partie de ce collectif peu nombreux (seules 13 organisations accréditées pour le COP21).

U


UE (Union Européenne) - Dans les négociations climatiques, l'Union Européenne a un statut qui s'approche de celui d'un État : elle est partie à la convention et au protocole de Kyoto et représentent ses États-membres dans les discussions (par exemple, dans le cadre du protocole de Kyoto, les objectifs de réduction sont fixés au niveau européen). Cependant, elle ne dispose pas de droit de vote.

UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change) - Traité international adopté lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 et destiné à "stabiliser [...] les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique". Il compte aujourd'hui 196 parties. Le terme peut aussi désigner les organes de la convention, notamment le secrétariat de l'UNFCCC basé à Bonn.

V


V20 - Groupe de 20 pays parmi les plus exposés au changement climatique. Il comprend certains membres de l'AOSIS mais aussi le Bangladesh, l'Ethiopie, le Népal, le Vietnam...


Y


YOUNGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif YOUNGO regroupe les organisations de jeunes. Parmi les organisations accréditées au sein du collectif YOUNGO, on trouve, par exemple, l'Organisation mondiale du mouvement scout ou le Réseau français des étudiants pour le développement durable.Ce collectif représente environ 3% des organisations accréditées pour assister à la COP21.

Z


Zéro émission nette - Objectif de long terme fixé par l'article 4 de l'Accord de Paris ("parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la  deuxième  moitié  du  siècle"). Il suppose l'élimination de la plupart de nos émissions de gaz à effet de serre et la compensation du reliquat par des émissions négatives.


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Publié le 27 août 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 1er novembre 2016


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