Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles

Retour sur les inondations thailandaises de 2011

Inondation de l'usine western digital en thailande en 2011

Il y a une dizaine d'années, je travaillais comme analyste au ministère de la défense, aujourd'hui je dirige une jeune entreprise qui cherche à démocratiser l'évaluation des risques climatiques. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Avec une bonne dose de hasards, de rencontres fortuites et d'opportunités improbables, c'est sur... Pourtant je peux situer un moment d'inflexion dans ma trajectoire, un moment où ont commencé à naitre des interrogations qui, au fil des années, se sont muées en projets puis en réalités.

Et ce moment, c'est l'inondation de la Thaïlande en 2011.

Parmi les nombreux anniversaires qui ponctuent cette année, celui-ci est sans doute assez discret mais j'aimerais tout de même en profiter pour revenir sur cet événement. Et partagez les raisons pour lesquelles il m'a tant marqué.

 

Thaïlande, 2011 : plus de 5 mois d'inondations


En Thailande, 2010 est déjà une année humide, avec des inondation en octobre et novembre. Au début de l'année suivante, les sols sont encore détrempés et 2011 va être l'année la plus pluvieuse enregistrée depuis le début des mesures en 1951. Des précipitations anormalement élevées ont lieu en mars, puis arrive la mousson. A la fin de l'été, le système de retenues d'eau destiné à prévenir les inondations sature. Le déluge se poursuit avec des tempêtes tropicales qui viennent se dissiper dans le nord du pays, et les barrages n'ont d'autre choix que de laisser passer l'eau.

Celle-ci s'écoule vers le bassin du Chao Phraya, dans lequel se trouve la capitale, un tiers des habitants et l'essentiel de l'industrie. C'est une vaste plaine presque complètement plate : le denivelé n'y est en moyenne que de 1.5 mètres par 100 km. Le drainage est donc très mauvais et la situation est encore aggravée par le niveau élévé de la mer dans le Golfe de Thaïlande.

Les cours d'eau débordent et l'eau stagne dans la plaine. L'inondation va durer 158 jours.

Etendue des inondations thailandaises de 2011
Zone inondée mi-octobre 2011
(source : Reliefweb)

C'est cette durée qui est exceptionnelle. Car le temps de retour des débits enregistrés n'est finalement que de 10 à 20 ans et la surface inondée (97.000km²) est très inférieure à celles d'inondations précédentes (par exemple 444.000km² en 1995).

Les dommages directs sont estimés entre 30 et 50 milliards de dollars, soit au moins 10% du produit intérieur brut de l'époque.

Désastre local, conséquences mondiales

Cependant si les inondations thailandaises ont fait autant parler d'elles, c'est avant tout pour leur impact indirect en particulier sur le marché électronique : elles sont responsables d'une pénurie mondiales de disques durs qui a fait augmenter les prix mondiaux et destabilisé le marché informatique pendant près de deux ans.

Pourquoi ?

Entre le 4 et le 20 octobre 2011, 7 zones industrielles sont inondées. Au total ce sont près de 700 usines qui sont submergées ou contraintes de s'arrêter. Selon les endroits, l'eau met un à deux mois pour se retirer. Et, dans de nombreux cas, il faut encore attendre plusieurs mois après la décrue pour que la production reprenne.

Par exemple, dans la zone industrielle de Nava Nakorn qui acceuillait 190 entreprises et 227 usines, l'eau a achevé de se retirer le 8 décembre après 53 jours d'inondation. Cependant au 1er juin 2012, les opérations n'avaient complètement reprises que dans 55 usines, 57 étaient encore à l'arrêt et 8 avaient mis la clé sous la porte, les autres fonctionnaient partiellement. 

Résultat : la production industrielle Thailandaise s'effondre : en novembre 2011, elle est divisée par deux par rapport à l'année précédente. Pour la production de disques durs, la chute est de 77% mais le cas n'est pas isolé : la production de semi-conducteurs tombe à zéro, l'industrie automobile est aussi pratiquement à l'arrêt (-84%), etc.

Ce qui distingue les disques durs, c'est la concentration de la production : à l'époque, 43% de la production mondiale venait de Thailande. L'arrêt brutal de cette production se répercute à l'industrie informatique puis, via l'augmentation du prix des ordinateurs, serveurs, etc., à l'ensemble de l'économie mondiale.

"Incident géographique fortuit" ou impréparation ?

Si les principaux producteurs de disques durs sont tous présents en Thailande et ont tous été affectés, l'histoire n'est pas la même pour tout le monde. Prenez Western Digital, le plus gros producteur mondial avant les inondations : ses revenus baissent de 35% mais son rival, Seagate, voit au contraire ses profits augmenter de 36%...

Comment expliquer une telle différence ? Pas de mystère : la production de Western Digital est située juste au nord de Bangkok, dans la zone industrielle de Bang Pa-in qui a été inondée du 14 octobre au 17 novembre. Le niveau de l'eau dans les installations est monté jusqu'à près de 2 mètres et l'entreprise a du faire intervenir des plongeurs pour sauver les équipements qui pouvaient encore l'être.

Au contraire, la production de Seagate est située à Teparuk, sur les contreforts du plateau de Khorat. Le site n'a été affectée qu'indirectement, via l'inondation de fournisseurs, et la production est revenue à la normale dès la décrue. Les expéditions n'ont baissé que de 8% au quatrième trimestre ce qui a permis à Seagate de profiter de l'augmentation des prix causé par la pénurie.

Grâce à quelques mètres d'élévation supplémentaire, Seagate prend ainis à Western Digital la place de premier producteur mondial de disques durs... "un incident géographique fortuit" écrit à l'époque un expert.

Sauf qu'il n'y a rien de fortuit ici : le risque d'inondation dans le bassin du Chao Phraya n'est pas nouveau, il était facile de prévoir que le site choisi par Western Digital était exposé. Non seulement l'entreprise a mis tous ses oeufs dans un panier bien hasardeux, mais en plus les mesures les plus élementaires pour réduire la vulnérabilité, comme l'utilisation des étages supérieurs pour les activités nécessitant les équipements les plus couteux, n'ont été prises qu'après la catastrophe. La facture de cette imprevoyance est de l'ordre de la centaine de millions de dollars, sans compter les pertes de production.

Ce que les inondations thailandaises disent des risques climatiques

En sens inverse, n'est-ce que par chance que Seagate a choisi un site moins exposé ? Si c'est le cas, tant mieux pour eux. Mais, dans un monde où les catastrophes climatiques deviennent plus fréquentes et plus sévères, peut-on encore laisser de telles décisions au hasard ? 

Ce qu'ont démontré les inondations thaïlandaises de 2011, c'est d'abord un niveau d'impréparation à peine croyable. Même dans des entreprises parmi les plus prospères de la planète, dans un secteur extrêmement compétitif, des risques climatiques bien connus sont négligées, les mesures les plus simples de réduction de la vulnérabilité ne sont pas prises... et ces négligences grossières se paient en pertes de part de marché et en dommage à hauteur de dizaine voire de centaine de millions !

Après un tel événement, inutile d'être particulièrement visionnaire pour comprendre qu'un bon outil de gestion des risques climatiques va devenir un facteur de compétivité pour les entreprises. Non seulement pour éviter des dommages physiques et les coûts associés mais aussi, par exemple, pour accéder aux capitaux et convaincre des investisseurs. 

Mais tout le monde n'a pas d'usine dans une plaine inondable soumise à un climat de mousson. C'est vrai mais ça ne veut pas dire que vous êtes à l'abri. C'est le deuxième enseignement de la crise thaïlandaise : la concentration de la production et la mondialisation des chaines d'approvisionnement font que les risques peuvent se propager très au-delà des zones et des secteurs directement affectées

Mais le changement climatique dans tout ça ? Il est possible qu'il ait rendu plus probable les inondations de 2011 - ce point est débattu et au fond qu'importe : quand votre usine est inondée, savoir si la crue est attribuable ou non au changement climatique n'est pas une grande consolation... La maitrise des risques climatiques est avant tout une démarche pragmatique.

Publié le 12 octobre 2021 par Thibault Laconde

Hors série : l'inondation de la centrale nucléaire de Blayais pendant la tempête de décembre 1999

A l'occasion de la tempête Miguel qui frappé les côtes bretonnes et normandes la semaine dernières, j'ai consacré un long fil sur Twitter à l'inondation de la centrale nucléaire de Blayais lors de la tempête Martin il y a 20 ans.

Le cas de Blayais est un des exemples qui peut illustrer la série d'articles que je consacre en ce moment à la vulnérabilité climatique du secteur de l'énergie. Comme je n'aurais pas la possibilité de revenir aussi en détail dans l'article que je vais consacrer au nucléaire et que tous le monde ne lit pas Twitter, je trouve qu'il est intéressant de reproduire ce fil ici :

L'inondation de la centrale de Blayais et ses causes


L'inondation de la centrale nucléaire de Blayais pendant la tempete de 99 illustre l'impact d'un phénomène météorologique extrème sur une installation atomiqueVoici le décor : la centrale de Blayais est située sur l'estuaire de la Gironde une cinquantaine de kilomètres au nord de Bordeaux. Elle compte 4 réacteurs de 900MW mis en service au début des années 80.
Le 27 décembre 1999, le site de la centrale est inondé. Les tranches 1 et 2 subissent des entrées d'eau importantes qui détruisent des systèmes de sécurités. L'évènement, sans conséquence radiologique, a été classé au niveau 2 sur l'échelle INES. Que s'est-il passé ?

Même si elle est située sur un estuaire, d'un point de vue hydrologique, Blayais ressemble plus à une centrale nucléaire côtière qu'à une centrale fluviale.
Son dispositif de protection contre les inondations est conçu en conséquence : la centrale est protégée par une digue dont la hauteur est calculée sur la base de la marée maximale (coefficient 120). A cette hauteur, il faut ajouter une surcôte pour faire face aux aléas météos : basses pressions (qui "aspirent" l'eau), vent… C'est là que le bât blesse.

A l'époque, comme aujourd'hui, cette surcôte est extrapolée à partir de valeurs historiques. Le niveau le plus élevé connu de la station marégraphique la plus proche date de 1979, c'est 4.12 m. La digue de la centrale fait entre 5.2 et 4.75 m.
Ce ne sera pas suffisant : le 27 décembre 1999, la marée est limitée (coefficient 77) mais un vent exceptionnellement fort pousse des vagues dans l'estuaire. La même station mesure une hauteur d'eau de 4.46 m, juste avant de rendre l'âme. A posteriori, la crue a été estimée entre 5 et 5.3 mètres.

La digue va donc être submergée dans la soirée du 27 décembre, d'autant que les paquets d'eau ont déplacé les enrochements, l'ouvrage en terre se retrouve exposé et érodé par les eaux de la Gironde. Mais à ce moment-là la centrale subit déjà les effets de la tempête...


Déroulement de la nuit du 27 au 28 décembre 1999


A 18h, la chute d'un arbre prive la centrale de son alimentation auxiliaire en électricité. Vers 21h, une surtension oblige les réacteurs 2 et 4 à se déconnecter du réseau, ils ne peuvent donc plus être alimentées en électricité de l'extérieur.
Or paradoxalement un réacteur nucléaire a besoin d'électricité pour fonctionner (et pas qu'un peu). Les deux réacteurs tentent un îlotage (c'est-à-dire qu'ils essaient de s'alimenter eux-même) mais échouent. Arrêt automatique.

Ce premier incident est indépendant de l'inondation.

A 19h30, la présence d'eau sur le site est signalée. Les déplacements deviennent dangereux (il y a un blessé dans la soirée : jambe cassée). A 20h, c'est la route menant à la centrale qui est submergée. La relève des équipes et l'arrivée éventuelle de secours sont comprises.
A 22h, la marée est haute. Un poste d'observation alerte le réacteur 4 - qui n'en tient pas compte, les 3 autres réacteurs ne sont pas alertés. Au même moment l'eau commence à envahir le sous-sol des réacteurs 1 et 2.

A 23h, la marée commence à redescendre le gros est passé mais de l'ordre de 100.000m3 d'eau sont rentrés sur le site.
Par endroit la hauteur d'eau atteint 30cm. Plusieurs systèmes de secours sont noyés sur les réacteurs 1 et 2. Heureusement, ils ne seront pas nécessaires.

Peu après minuit, des débris obstruent le circuit de refroidissement de la partie électrique du réacteur 1. Arrêt automatique. L'ensemble de la centrale est maintenant arrêtée.

A ce moment là, la route d'accès à la centrale commence à être dégagée. EDF décide de faire appel aux renforts d'astreinte. Mais problème : une bonne partie du sud-ouest est dans le noir et beaucoup de téléphones ont besoin d'électricité pour fonctionner...
Le système d'audioconférence qui doit relier les équipes de crise de l'IRSN à Fontenay, d'EDF à Saint-Denis et de la centrale, ne fonctionne pas non plus. Il est pourtant supposé être sécurisé.

Vers 3h du matin le plan d’urgence interne est activé au niveau 1 (c'est-à-dire à l'échelle locale). Il passe au niveau 2 (national) à 9h. Ce délai a été critiqué, son origine semble dans un cafouillage de procédure : l'équipe de la centrale ne savait pas qu'elle devait demander l'activation du PUI niveau 2.

Finalement, l'inondation de la centrale de Blayais n'a pas eu de conséquences graves. Mais cela ne signifie pas qu'elle n'est pas intéressante au moment où le dérèglement du climat rend ce type d'incident plus probable (dans le nucléaire comme ailleurs). Qu'en retenir ?


Quelques leçon de l'inondation de Blayais pour la gestion des risques climatiques


Il y a d'abord le dimensionnent insuffisant de la digue. Lors de l'inondation des travaux de rehaussement jusqu'à 5.7 m étaient prévus pour 2002. Il n'est pas évident que cela aurait suffit à éviter l'inondation. Cette digue a depuis été rehaussée à 6.2 m et renforcée.

Derrière le cas particulier de la digue de Blayais, il y a 2 problèmes majeurs qui se posent dans les démarches de réduction des risques climatiques :
  1. La localisation d'infrastructures critiques 
  2. La caractérisation des extrêmes
Sur le premier point, beaucoup d'infrastructures sont situées dans des zones qui sont, ou vont devenir, fondamentalement vulnérables. C'est vrai pour Blayais mais aussi pour de nombreux sites industriels et réseaux (routiers, ferroviaire, électriques, télécoms...). Or il est très coûteux voire impossible de les déplacer.
Pour les nouveaux projets, il est indispensable de bien évaluer les risques, y compris futurs, y compris incertains. Dans ce domaine, l'optimisme se paye de longs regrets.

Pour les installations existantes, il faut les protéger. Mais les protéger contre quoi exactement ?
C'est là qu'on arrive au deuxième point. Le cas de Blayais avec sa digue plus haute que la plus haute crue connue mais encore insuffisante illustre bien la difficulté.
Même avec l'hypothèse d'un climat stable, déterminer le "pire événement possible" sur lequel se dimensionner est compliqué d'un point de vue statistique comme pratique (disponibilité des observations, utilisation d'archives historiques...). Alors avec un climat qui change...
La solution est sans doute dans l'utilisation combinée d'observations passées et de projections futures, avec des méthodologies adaptées type "stress test". Elle reste cependant largement à trouver.

Un autre enseignement de Blayais, c'est l'indisponibilité de la route et du téléphone. Pas vraiment surprenant vous me direz. Mais ce n'est pas forcément pris en compte dans l'évaluation d'un risque où on raisonne souvent "toutes choses égales par ailleurs".
C'est d'ailleurs une caractéristique des phénomènes climatiques : ils touchent simultanément une large zone géographique et peuvent affecter plusieurs installations qui, consciemment ou non, comptent les unes sur les autres pour assurer leur résilience. D'où la nécessité de penser la vulnérabilité climatique d'une installation dans le système territorial dont elle dépend. Pas facile...

Cet article fait partie d'une série estivale consacrée aux risques climatiques et à l'adaptation dans le secteur électrique.
Retrouvez tous les articles de cette série ici :



Publié le 11 juin 2019 par Thibault Laconde

Illustration : Jack ma [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons  



Ma Newsletter

Vous avez aimé cet article ?
N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



Le climat dans l'ombre des révolutions ?

Avec ce dernier article, cette série va se terminer là où elle aurait pu commencer : 1789. La Révolution française est, en effet, un des exemples les plus fameux d'influence de la météo sur l'histoire. Peut-être même trop fameux pour être honnête...

Orage de grêle (illustration de 1708)

Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Un climat de révolte


Au XVIIIe siècle, la France connaît un climat chaotique, tantôt favorable tantôt pourri. La décennie 1780 ne fait pas exception. Elle commence bien : 1780 et 1781 fournissent de belles récoltes qui ont peut-être facilité l'engagement du royaume dans la Guerre d'Indépendance des États-Unis, ou du moins limité les effets inflationnistes de ce conflit. Les années suivantes cependant sont plus mitigées et quand 1788 arrive les calamités semblent s'enchaîner...

"Un an avant la prise de la Bastille, le 13 juillet 1788, un orage de grêle traverse le nord de la France détruisant des récoltes déjà endommagées par une année trop chaude."




L'hiver 1787-1788, d'abord, a été doux et comme dit le proverbe : "il vaut mieux voir un voleur dans son grenier qu’un paysan en chemise en janvier"... Avec environ 2 degrés de plus que la normale, l'hiver favorise la prolifération des insectes ravageurs et des mauvaises herbes.

Vient ensuite une fin de printemps elle aussi trop chaude. Or les journées ensoleillées n'annoncent pas toujours de belles récoltes pour le blé : si un coup de chaleur survient lorsque les grains sont encore fragiles, ils peut interrompre la croissance et ruiner les cultures en quelques jours seulement. C'est ce qui arrive en 1788 : le blé est échaudé comme le confirment les observations de l'époque et des récoltes précoces et faibles.

C'est alors que survient, un an presque jour pour jour avant la prise de la Bastille, le fameux orage du 13 juillet 1788. Cette véritable tempête accompagnée de grêle abondande a marqué les esprits du temps par sa violence : au château de Rambouillet, où séjourne Louis XVI, 11 749 vitres et ardoises sont brisées ! Dans la bassin parisien et jusqu'aux Flandres, les récoltes sont malmenées.

En se cumulant, ces aléas météorologiques entrainent des récoltes inférieures de 20 à 30% à la normale - le niveau le plus bas depuis la Guerre de Farines de 1775. Le prix du pain monte. D'autant qu'ignorant la crise qui s'annonce Louis XVI a renouvelé en juin les autorisations d'exportation de blé. Malgré leur suspension à la fin de l'été, la population gronde.
Phénomène classique, l'agitation s'amplifie au fur et à mesure que la période de soudure - le moment où la récolte de l'année précédente est épuisée et où celle de l'année est encore sur pied - s'approche. Nous connaissons tous la suite...


Les historiens et la grêle de 1788 : expliquer ou exorciser ?


Assez vite, l'orage de 1788 devient un classique de l'histoire de la Révolution. Dès 1789, Bernadin de Saint Pierre (dans Voeux d'un solitaire) en fait, sinon une cause, du moins une métaphore des troubles révolutionnaires.
On retrouve à sa suite la grêle de juillet chez Chateaubriand (Mémoire d'outre-tombe, 1841) ou Michelet (Histoire de la Révolution, 1853) et jusqu'à aujourd'hui, par exemple chez Onfray (La Religion du poignard, 2009).

"Les historiens, qui prêtent en général peu d'attention au climat, ont retenu la météo de 1788. Mais s'agit-il d'expliquer la Révolution française ou d'exorciser un événement trop brutal ?"




Pourtant l'orage du 13 juillet n'est probablement pas aussi déterminant que cette littérature le laisse entendre : la grêle est un phénomène localisé et malgré son ampleur celle de 1788 a épargné la grande majorité du territoire.
De la même façon, l'éruption du Laki en Islande en 1783 et le refroidissement qui a suivi sont souvent cités comme prémices de la Révolution. Là encore le lien n'est pas évident : l'effet des éruptions volcaniques sur le climat dure 2 à 3 ans, en 1789 l'ombre du Laki est dissipée depuis longtemps. D'ailleurs les malheurs de 1788 sont plus liés à la chaleur qu'au froid...

Fondées ou non, ces thèses sont omniprésentes chez les grands historiens de la Révolution - Georges Lefebvre, Georges Duby, Albert Soboul, Ernest Labrousse, etc. Voilà qui a de quoi surprendre : d'ordinaire, les historiens s'attardent peu sur le climat lorsque le lien de causalité n'est pas évident.

Ne serait-ce pas parce que l'événement paraissait trop inattendu, trop inconcevable que les contemporains, suivis par des générations d'historiens, ont cherché des causes et des signes qui rendraient la rupture moins brutale ? François Furet parle à ce sujet d'une "illusion rétrospective" qui rend tous les événements précédant la Révolution annonciateurs de la Révolution elle-même.
Ou bien est-ce parce que les hommes du temps ne parviennent pas à admettre qu'il a suffit d'une poignée d'individus pour renverser en quelques mois mille ans de monarchie ? Les penseurs contre-révolutionnaires comme de Maistre, qui fait des révolutionnaires les simples instruments d'une providence qui les dépasse, s'illustrent tout particulièrement dans cette recherche de causes cachées.


Climat et liberté


Les révolutions suivantes permettent de prendre du recul sur la question. Il semble bien exister une "météo des révolutions" : Les années 1827 à 1831 sont froides et humides, les récoltes déficitaires... Et tant pis pour Charles X. Pendant les années de 1845 à 1848, les hivers sont neigeux (avec un maximum glaciaire dans les Alpes), les étés humides favorisent la propagation du mildiou qui ruine la culture de la pomme de terre et 1846 est aussi une année d'échaudage du blé, tout celà concourt à la crise de 1846-1847 et annonce le Printemps des peuples l'année suivante.
Mais ces conditions ne sont pas suffisantes : 1840, par exemple, remplit aussi les conditions agro-météorologiques pour devenir une année révolutionnaire, il n'en sera rien malgré des émeutes de subsistance dans le centre et l'ouest de la France.

Les conditions météorologiques défavorables sont une cause d'agitation populaire mais celle-ci ne devient révolutionnaire que si elle rencontre un mouvement politique contestant l'ordre établi. Le soulèvement populaire lui apporte alors la force du nombre et la nécessité d'une action immédiate. De ce point de vue, le climat peut amplifier les convulsions historiques mais il ne les crée pas.

"Le climat fait partie du cadre physique dans lequel les hommes agissent, il ne nous prive ni de notre autonomie ni de nos responsabilités. "




Si on se tourne maintenant vers l'avenir : l'évolution du climat détermine-t-elle déjà notre destin comme il a pu influencer certains événements passés ? Ou pour le dire plus brutalement : sommes nous encore libres au moment où nous nous engageons dans un changement climatique sans précédent ?
La réponse est bien évidemment oui : le contraire serait aussi absurde que de dire que la gravité ou l'alternance jour-nuit limite notre libre arbitre.

D'une manière plus générale, le climat fournit un cadre physique dans lequel les hommes agissent mais il ne les prive pas de leur autonomie. Et ne les exonère pas de leur responsabilité.
Même si ce cadre change, nous y restons libres aussi longtemps que nous ne nous résignons pas à le subir : étudier l'évolution du climat et la façon dont il interagit avec nous, ce n'est pas accepter une fatalité. Bien au contraire, c'est chercher à découvrir de nouveaux moyens d'action, de nouveaux possibles...

Alors au boulot !


Les principales sources de cet article sont :
  • Trente-trois questions sur l'histoire du climat d'Emmanuel Le Roy Ladurie et Anouchka Vasak (en particulier les questions 21, 22 et 23)
  • L'article de Anouchka Vasak, L'orage du 13 juillet 1788, publié en 2004

Publié le 22 août 2018 par Thibault Laconde


Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.


Le printemps 1907 : y a-t-il de bons changements climatiques ?

Pour le quatrième épisode de cette série d'été consacrée à l'influence de la météo et du climat dans l'histoire, j'aimerais aborder une question que vous vous êtes peut-être posée en lisant les articles précédents. Jusqu'à présent nous avons parlé de vagues de chaleur, d'un refroidissement multiséculaire et d'un hiver volcanique. Que de tels événements aient de lourdes conséquences pour ceux qui les subissent, voilà qui ne devrait surprendre personne. Mais que se passerait-t-il si, au contraire, le climat changeait pour devenir plus tempéré, plus stable... bref, a priori, plus favorable ?
Dans cet épisodes nous allons voir au travers d'un exemple que ces variations apparemment positives du climat  peuvent être tout autant destabilisantes que les autres.

Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

Le réchauffement du début du XXe siècle et son effet sur la vigne


Nous sommes à l'aube du XXe siècle. En Europe occidentale, le climat se réchauffe sensiblement depuis les années 1890. Les derniers frimas du petit âge glaciaire se sont estompés et le mercure commence lentement à monter sous l'effet des émissions de gaz à effet de serre de la Révolution Industrielle.
Ce changement climatique reste pour l'instant insoupçonné : il faudra attendre Guy Callendar pour le démontrer en 1938. Mais même imperceptible pour nos sens, il commence à avoir des effets sur l'environnement, en particulier pour une plantes que l'humanité observe avec espoirs et anxiétés depuis au moins cinq millénaires : la vigne.

Ces années chaudes et sèches entraînent des vendanges précoces (en 1904, 1905 et 1906) et chargent le raisin en sucre ce qui donne en général de bon millésimes (1900 et 1906, en particulier, sont restés dans les mémoires).
L'effet sur les volumes est encore plus remarquable, d'autant qu'il est cumulatif : une année chaude renforce la vigne et annonce en général une belle récolte pour l'année suivante. Entre 1902-1903 et 1904-1907, le rendement à l'hectare double presque. La production de vin française s'envole : en 1902, elle est de 39 millions d'hectolitres, 35 en 1903, 60 en 1904, 57 en 1905, 52 en 1906, 66 en 1907...

Ces bonnes vendanges vont-elles réjouir les vignerons, stimuler les régions viticoles encore marquées par la grande crise du phylloxéra et, puisque la France est déjà à l'époque le premier producteur mondial de vin, profiter à notre pays ?
Hé bien non, tout au contraire : ces belles années loin de la bénédiction que l'on aurait pu en attendre annoncent une des pires crises de la Troisième République.


L'Europe est noyée sous le vin...


Le problème, c'est que les conditions climatiques favorables à la vigne sont aussi présentes en Espagne (production en hausse de 48% en 1904), en Italie (+ 16%) et globalement dans tous les pays producteurs d'Europe : Portugal, Autriche, Suisse, Hongrie, Grèce, etc. battent des records de production. Le continent est littéralement noyé sous le vin...
Cette situation tire les cours vers le bas. Dans le sud de la France, le prix du vin est divisé par 4 sous l'effet de la surproduction... et même bradé il  se vend mal.

Des curieux observent une pièce rare : une demi-barrique de vin qui a trouvé preneur (caricature de 1906)
Comme souvent, les déterminants climatiques de la crise restent dans l'ombre et on trouve d'autres responsables. Dès 1905, le sud de la France s'agite contre le vin importé et les "falsificateurs" qui mouillent ou sucrent le vin - il faut dire que la loi du 28 janvier 1903 a abaissé les taxes sur le sucre et favorisé la chaptalisation.

En février 1907, les vignerons de Baixas, dans les Pyrénées Orientales, se mettent en grève fiscale. C'est le début de la révolte : de village en village, comme une trainée de poudre, le mouvement s'étend jusqu'à embraser tout le midi de la France.
Le 12 mai, lors d'une manifestation qui réunit 150.000 personnes à Béziers, les meneurs du mouvement lancent un ultimatum exigeant du gouvernement qu'il relève les cours du vin avant le 10 juin. Le 19 mai, 170.000 manifestants défilent à Perpignan. A Carcassonne, le 26 mai : 220.000. A Nîmes, le 2 juin : 300.000. Le 9 juin 1907, il y a au moins 500.000 manifestants à Montpelier... C'est la plus grande manifestation de la Troisième République. Ce jour-là, un habitant de la région sur deux est dans la rue !

"Au début du XXe siècle, une succession d'années favorables à la vigne... met à genoux les régions viticoles, causant une des plus graves crises de la Troisième République."




Juin 1907 : le Languedoc est au bord de l'insurrection


De Paris, le mouvement est observé avec condescendance. George Clémenceau, alors président du conseil, affirme que "tout ça finira par un banquet"... Le 10 juin, pourtant, l'ultimatum expire sans solution. Près de 450 maires démissionnent, la désobéissance civique est déclarée. Les affrontements se multiplient.
Le 17 juin, le Languedoc est occupé par 12 régiments de cavalerie et 22 régiments d'infanterie. L'arrestation des meneurs, le 19 juin, met le feu aux poudres. Des barricades sont dressées, l'armée ouvre le feu. Le 20 juin, la préfecture de Perpignan est attaquée. Le 21, le 17e régiment d'infanterie de ligne, cantonné à Agde, se mutine. Les soldats, parmi lesquels de nombreux fils de vignerons, pillent l'armurerie et prennent la direction de Béziers où ils fraternisent avec les habitants. Les voies ferrés sont coupées pour ralentir l'arrivée de renforts. A Lodève, le sous-préfet est pris en otage. L'insurrection générale semble imminente.

"Conditions climatiques favorables, surproduction, crise politique... En 1907, cet engrenage amène le midi de la France au bord de l'insurrection générale."




C'est alors que Marcelin Albert, un des derniers meneurs du mouvement encore en liberté, fait son apparition à Paris. Il demande, sans succès, à être reçu à l'Assemblée. Clémenceau lui ouvre sa porte. Lors de cet entretien le président du conseil lui remet un sauf-conduit et 100 francs pour regagner le midi. L'épisode savamment détaillé à la presse décrédibilise Albert aux yeux de ses camarades. Les leaders sont soit emprisonnés, soit vendus... le mouvement se débande.
D'autant plus facilement que le gouvernement et les parlementaires prennent enfin des mesures. Le 29 juin, une loi contre le mouillage et l'abus de sucrage des vins est promulguée, elle est complétée par plusieurs textes réglementaires dont le décret du 21 octobre 1907 qui crée le service de répression des fraudes. En prime, les vignerons sont exemptés d'impôts sur les récoltes de 1904 à 1906.


Y a-t-il de bons changements climatiques ?



N'est-il pas paradoxal ou au moins inattendu que de beaux étés, en stimulant la production de vin, finissent par pousser les régions viticoles à la révolte ?
Le climat était certes favorable à la production de vin, mais parce que celle-ci s'intègre dans un système économique plus large ce qui semblait a priori une bénédiction s'est transformé en malheur. Le mouvement des vignerons a un slogan que je trouve particulièrement révélateur : "Abèré tant de boun bi et pas pourré mangea de pan", "nous avons tant de bon vin mais pas de pain à manger". Comment dire mieux l'ironie cruelle de cette situation !

"Nous avons tant de bon vin mais pas de pain à manger"
Plus généralement, nous pensons intuitivement que l'impact d'un phénomène sur une collectivité est l'addition de l'effet qu'il aurait sur chacun de ses membres pris individuellement. C'est faux, on le voit bien en 1907 : trois années ensoleillées dans le Languedoc auraient été une bonne nouvelle mais étendues à toute l'Europe elle deviennent une catastrophe...

"Nos sociétés se sont construites autour d'un climat relativement stable. Toutes les perturbations bousculent cet équilibre : il n'y a pas de bon changement climatique."




Nous ne pouvons donc pas juger de l'impact, positif comme négatif, d'un changement climatique à l'aune de notre expérience individuelle. Il faut se méfier de nos intuitions : si elle sont correctes à notre échelle elles ne peuvent pas s'extrapoler simplement à l'ensemble de la société. 
Et justement si on revient à notre réchauffement climatique contemporain, il n'est pas rare d'entendre qu'un peu de chaleur en plus n'est pas un mal. Déjà au tournant du XIXe et du XXe siècle, le suédois Svante Arrenhius, un des précurseurs de la climatologie, espérait que "nos descendants [...] vivraient sous un ciel plus chaud et dans un environnement moins hostile que celui qui nous a été donné". Cette idée nourrit notre insouciance...

Pour ma part, je pense qu'il n'existe pas de changement climatique positif : toutes les sociétés se sont construites autour d'un climat relativement stable auquel elles se sont lentement adaptées. De notre régime alimentaire à notre architecture en passante par les rythmes de travail, de nombreux éléments de notre vie quotidiennes sont destinés à tirer le meilleurs parti du climat sous lequel nos ancêtres ont vécu. Un écart par rapport au climat historique, quel qu'en soit la nature et le sens, ne peut que perturber le fonctionnement de cette machinerie complexe.

Publié le 16 août 2018 par Thibault Laconde,

Illustration : via Wikipedia



Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.


Hiver volcanique et litterature fantastique

Victor Frankenstein et sa créature, illustration du roman de Mary ShelleyLe 5 avril 1815, en Indonésie, un panache de fumée de 30 kilomètres de haut s'élève au-dessus du mont Tambora. C'est le début d'une des éruptions volcaniques les plus violentes que l'humanité ait connu.
Comme toutes les grandes éruptions, celle-ci va causer un bref refroidissement climatique et, par ce biais, avoir des répercussions mondiales : par un enchaînement inattendu, le Tambora va même contribuer à donner naissance à quelques uns des personnages les plus connus de la littératures fantastique moderne...


Cet article fait partie d'une série d'été consacrée au rôle du climat dans l'histoire. Retrouvez un nouvel article mercredi prochain et, en attendant, les articles déjà parus :

L'éruption du mont Tambora


Cinq jour après le réveil du Tambora, le 10 avril 1816, trois colonnes de flammes s'élèvent au-dessus du volcan puis fusionnent dans une éruption cataclysmique. Tous les flancs du volcan sont recouverts par une nuée ardente qui annihile les villages environnant, 90.000 personnes sont tuées.
L'explosion est entendue jusqu'à Sumatra, à 2600 kilomètres de là. En un instant, le volcan perd 1500 mètres de hauteur : son sommet est remplacé par une caldera de 6 kilomètres de diamètre. L'éruption a atteint un indice d'explosivité volcanique de 7 "méga-colossal" sur une échelle qui en compte 8.

Le plus spectaculaire est passé mais les chutes de cendres se poursuivent encore 3 mois, jusqu'au 15 juillet, et les émissions de fumées continuent jusqu'au 23 août. Au total, 150 km³ de poussières ont été rejetés dans l'atmosphère - 60.000 fois le volume de la grande pyramide de Gizeh...

Comme c'est le cas après chaque grande éruption volcanique, cette immense masse de particules ne retombe pas tous de suite. Elle reste un temps dans l'atmosphère et, pendant quelques mois, empêche une partie du rayonnement solaire d'atteindre la surface de notre planète. Ce phénomène entraîne un hiver volcanique, un refroidissement sensible du climat qui peut durer quelques années après l'éruption.


"L'année sans été"


En 1816, le refroidissement est de l'ordre de 0.5°C. Comme la semaine dernière, cette baisse de température vous paraîtra peut-être négligeable, et pourtant ! Elle a des conséquences dramatiques : l'Europe connaît une de ses dernières grandes famines, aux États-Unis, les mauvaises récoltes poussent les fermiers vers le Middle-West engageant un siècle de conquêtes, en Chine, le dérèglement de la mousson entraîne des inondations catastrophiques dans la vallée du Yangtze... 

"L'éruption du Tambora en 1815 entraîne l'année suivante un refroidissement climatique de 0,5°C et une des dernières grandes famines européennes."



Mais ce refroidissement va aussi avoir des conséquences plus imprévisibles : dans les mémoires, l'année 1816 est restée comme "l'année sans été". Or, l'été, c'est ce qu'une bande d'aristocrates britanniques était justement venu chercher cette année là sur les bords du lac de Genève...

Nous avons là Lord Byron, 6e du nom : poète romantique, amant scandaleux, dandy insolvable et révolutionnaire d'opérette... il finira par trouver une mort sans gloire en 1824 pendant la guerre d'indépendance grecque. A ses cotés, John Polidori, son médecin personnel et souffre-douleur, il ne tardera pas être renvoyé - à moins qu'il se soit enfuit, et mourra 5 ans plus tard, accablé de dettes et probablement suicidé.
Il y a encore Percy Bysshe Shelley, poète lui aussi, tout aussi scandaleux mais un peu moins mémorable que Byron, il va se noyer en 1822 peu avant son trentième anniversaire. Enfin voici Mary Wollstonecraft Godwin. Cette jeune fille, qui n'a pas 20 ans, est celle qui va faire passer cette réunion dans les mémoires. Son nom ne vous dis rien ? C'est sans doute que vous ne la connaissez que sous son éphémère nom de mariage : Mary Shelley.
Notre histoire commence en mai 1816 : Percy Shelley, Mary et leur jeune fils voyagent en Suisse - il ne fait pas bon à Londres pour Percy qui est marié à une autre femme. Ils sont accompagnés de la belle soeur de Mary, Clara Clairmont, qui se trouve être la maîtresse du moment de lord Byron.
Byron lui-même arrive peu après sur les bords du lac Leman où il loue pour 5 mois la villa Diodati. Percy et Mary ont tôt fait de s'inviter.


Quelques nuits d'ennui, des créations inoubliables


Mais voilà, selon les mots de Mary Shelley : "l'été se révéla humide et désagréable, la pluie incessante nous retenait parfois des jours à l'intérieur". Depuis l'autre coté de la terre, ce foutu volcan indonésien vient gâcher la fête !
Que peuvent faire ces jeunes gens cloîtrés par le mauvais temps ? Dans la villa traînent quelques romans fantastiques allemands traduits en français qu'ils lisent pour tuer le temps. Et voici finalement Byron qui propose un jeu : chaque membre de la compagnie devra inventer à son tour une histoire de fantôme.

Mary peine d'abord à relever ce défi. Mais inspirée par des discussions autour des travaux d'Erasmus Darwin (le grand père de Charles) et de Luigi Galvani, elle finit par donner naissance pendant une nuit d'insomnie à une créature monstrueuse composée de morceaux d'êtres humains ramenés à la vie par la science. Encouragée par ses compagnons, elle développe l'histoire et bientôt elle donne au monstre un créateur peut-être plus hideux encore : le professeur Victor Frankenstein.
Deux ans plus tard parait Frankenstein ou le Prométhée moderne. Peu apprécié des critiques de l'époque, le roman a pourtant un succès extraordinaires et des centaines d'adaptations et de pastiches en librairie, au théâtre, au cinéma...

"Frankenstein et le vampire moderne sont nés au même endroit : dans une villa suisse où une bande d'aristocrates britanniques étaient retenus par le mauvais temps."




Mais ce n'est pas tout. Vous vous souvenez du petit docteur Polidori ? Hé bien, lui aussi participe au jeu. Son histoire met en scène un lord britannique captivant et dépravé - peut-être inspiré de Byron... mais aussi immortel et se nourrissant du sang de ses conquêtes. Elle deviendra une nouvelle publiée en 1819 sous le titre The Vampyre.
Les vampires, c'est entendu, n'ont pas été inventés par Polidori. Loin de là... Mais sa nouvelle est généralement créditée pour avoir popularisé le thème et surtout elle a créé l'archétype du vampire contemporain : froid, séduisant et aristocratique.

The Vampyre, nouvelle de John Polidori, qui créé l'archétype moderne du vampire
The Vampyre, édition de 1884 (attribuée à tort à Byron)
C'est ainsi que l'année froide et ténébreuse engendrée par l'éruption du Tambora a contribué à donner naissance à deux des personnages les plus incontournables de notre imaginaire. Comment ne pas voir dans les oeuvres de Shelley et Polidori un échos du monde assombri dans lequel elles ont été conçues ?

"L'évolution de l'environnement influence la façon dont les artistes voient le monde, et en retour la façon dont nous nous voyons nous même. Le changement climatique actuel aura des conséquences culturelles..."




Et est-ce surprenant ? Après tout, comme le disait Buffon (le monde est petit) : "toutes les idées des arts ont leurs modèles dans la production de la nature". Un changement climatique est probablement le phénomène le plus violent et généralisé qui puisse affecter notre environnement, il est normal qu'on en retrouve la trace dans la façon dont les artistes voient le monde, et par ricochet dont nous nous voyons nous-même.
De même, je suis convaincu que le changement climatique dans lequel nous nous engageons aujourd'hui aura, au-delà de ses impacts écologiques, économiques et sociaux, des conséquences culturelles massives.


Les principales sources pour cet article sont :

Publié le 8 août 2018 par Thibault Laconde



Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.


Série d'été : le climat comme force historique

Comme chaque année, ce blog va s'offrir quelques semaines de vacances. Nous nous retrouverons à la rentrée, frais et dispos pour commenter le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie. Mais pas de panique : je vous ai préparé une série d'articles pour meubler votre été.

Comme l'année dernière, j'aimerais profiter de cette occasion pour prendre un peu de recul.
En 2017, je vous avez raconté comment les scientifiques du XVIIIe à la première moitié du XXe siècle ont abordé les questions climatiques (série que je vous invite évidemment à découvrir si vous ne l'avez pas encore lue !). Cette année, nous allons voir comment la météo a pu parfois influencer le cours de l'histoire et essayer d'en apprendre quelque chose sur la façon dont nous pouvons à notre tour gérer les variations du climat.


La question de l'adaption aux changements climatiques


Mais profitons-en d'abord, cher lecteur qui ne me connaît qu'au travers de ce blog, pour répondre à une question que tu te poses peut-être : comment je gagne ma vie ?
Hé bien, de plus en plus souvent, en aidant des organisations - entreprises, collectivités, ONG... - à réfléchir sur l'impact que le changement climatique va avoir pour elles ou pour leurs projets (si vous voulez en savoir plus, je vous invite à visiter ce site).

Il s'agit en fait d'une question à tiroir. Prévoir le climat futur - si on entend par là l'évolution globale de variables comme la température ou les précipitations - est relativement facile : n'a-t-on pas "fêté" il y a quelques semaines les 30 ans de la déposition de James Hansen devant le Sénat américain en constatant que ces prévisions formulée dans les années 80 sont très proches de ce que nous avons observé depuis ?

Décliner cette évolution globale à l'échelle locale est plus délicat mais pas impossible : les modèles climatiques ont une résolution spatiale assez grossière, de l'ordre de la centaine de kilomètres, mais d'autres techniques permettent de régionaliser ces projections. Il est tout à fait possible d'évaluer avec un bon niveau de certitude la température qu'il fera en moyenne à l'endroit précis où vous vous trouvez en juillet 2080.

Là où les choses deviennent plus compliquées, c'est lorsqu'on cherche à évaluer les effets de l'évolution des variables climatiques sur notre environnement. Calculer l'évolution de la température dans la Beauce est une chose, savoir dans quelle mesure cela va augmenter le risque pour les recoltes en est une autre...

La dernière étape, et la plus difficile, consiste à imaginer les effets de ces changements sur la société.
Il s'agit bien d'imaginer car même si certaines causalités existent (une augmentation de la température fait diminuer la productivité du travail par exemple) l'organisation de la société (les horaires espagnols) et les décisions que nous prendrons (par exemple sur la rénovation thermique du parc tertiaire) peuvent radicalement changer le résultats. Ici contrairement aux étapes précédentes il n'y a pas de fatalité.


L'impact humain, Graal du risque climatique


Vous me direz peut-être : si rien n'est écrit pourquoi se donner la peine d'essayer de prévoir ce qui peut arriver ? La réponse c'est précisément que rien n'est écrit parce que nous avons une capacité d'anticipation et d'adaptation.
Si nous ne faisons pas l'effort de nous projeter sur l'avenir et de le prendre en compte dès maintenant dans nos décisions, si nous ne nous adaptons qu'en réaction au changement climatique nous renonçons largement à notre liberté de choix. L'adaptation proactive, par opposition à l'adaptation réactive, est le propre de l'homme : c'est elle qui nous permettra d'écrire notre histoire plutôt que de la subir.

Parvenir à imaginer les conséquences du changement climatique pour la société, c'est donc le Graal de l'adaptation.
Mais évidemment, c'est très difficile :  une société est un ensemble complexe avec d'innombrables interdépendances qui forment des rétroactions susceptibles d'amplifier ou de limiter les dommages et de conduire à une trajectoire très non-linéaire. Son évolution est d'ailleurs le résultat de nombreuses dynamiques (climatique mais aussi politique, économique, technologique, etc.) ce qui la rend difficilement prévisible.
Face à cette complexité, l'histoire nous démontre abondamment que nous avons tendance à penser que demain sera à peu de chose près comme aujourd'hui et à ne voir les risques que lorsqu'ils se réalisent.


Parlons concret : regardons le passé plutôt que le futur !


Puisqu'il est si difficile de prévoir l'avenir, pourquoi ne pas commencer en se tournant plutôt vers ce que nous connaissons : le passé ?
Depuis le début des temps historiques, aucune civilisation n'a eu à subir un changement climatique de l'ampleur de celui est en train de produire. Mais cela ne veut pas dire que nos ancêtres n'ont pas connu des variations de leur climat, leur réactions dans ces situations peuvent peut-être nous donner une idée de ce qui nous attend...

Voici donc l'objet de cette série : j'ai sélectionné pour vous quelques moments historiques pendant lesquels la températures ou les précipitations ont varié significativement par rapport à la période précédente, de façon suffisamment durable et intense pour avoir une influence discernable sur le cours des événements.

Deux remarques importantes pour anticiper sur vos commentaires :
  1. Il est évidemment impossible d'établir de façon certaine un lien de causalité entre un événement climatique et un évenement historique, l'idée d'ailleurs nous répugne : si nous admettons que l'homme est désormais une force géologique, imaginer qu'en retour l'environnement puisse être une force historique nous dérange, nous n'aimons pas nous savoir déterminé... C'est précisément cet a priori qu'il s'agit de titiller et pour cela l'existence d'un lien crédible entre climat et histoire (ça ne s'est pas forcément passé comme ça mais ça aurait pu) nous suffira.
  2. Contrairement au changement climatique actuel, les anomalies dont nous allons parler n'ont évidemment pas d'origine humaine : elles peuvent être liées à d'autres causes ou simplement relever de la variabilité naturelle du climat. Peu importe l'origine du phénomène, puisque ce qui nous intéresse c'est la réaction des êtres humains qui y sont soumis : ont-ils consciemment ou non réagi à cette variation ? Sont-ils parvenus à la maîtriser ? Et peut-on en apprendre quelque chose sur la façon dont les sociétés affrontent ce type d'événement ?
Concernant les sources, j'ai fait fond très largement sur Emmanuel Le Roy Ladurie, le précurseur français de l'histoire du climat, notamment son Histoire humaine et comparée du climat. Egalement sur : Des climats et des hommes sous la direction de Jean-François Berger,  History and climate de Philip Jones et A cultural history of climate de Wolfgang Behringer.

Je publierai un nouvel article sur ce sujet chaque mercredi jusqu'à la rentrée. Voici ceux qui sont déjà parus :


        Publié le 17 juillet 2018 par Thibault Laconde

        Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.


        Dans le rétroviseur : le charbon, bientôt propre depuis un siècle

        Dans son premier discours sur l'état de l'union, en janvier, Donald Trump a fait l'éloge du "beau charbon propre" ("beautiful, clean coal") américain.
        Cette oxymore - même dans l'imaginaire collectif le charbon est associé à la saleté - ne surprend même plus. Le charbon propre c'est celui dont la combustion n'émettra plus de gaz à effet de serre, ni d'autres polluants atmosphériques, qui ne produira plus de cendres contaminant les rivières... bref qui ne polluera plus. Il est devenu une des tartes à la crème des discussions sur l'énergie ou le climat.
        Mais l'histoire du "charbon propre" est sans doute plus ancienne que vous l'imaginez...


        Même lavé, le charbon n'est pas propre...


        En France, l'expression "charbon propre" se rencontre depuis le début de la Révolution Industrielle, mais dans le sens originel de l'adjectif : le charbon est propre à tel ou tel usage. Le bois de bourdaine, par exemple permet de produire un charbon léger propre à la fabrication de poudre, raison pour laquelle un arrêté de l'an II en interdit la vente.

        Au début du XXe siècle, un nouveau sens apparaît : dans des publications techniques, charbon propre commence à désigner un charbon à faible teneur en cendre, c'est-à-dire un charbon qui va donner moins de résidus solides après sa combustion et qui, par conséquent, aura une meilleure densité énergétique.
        C'est aussi à cette époque que le terme clean coal apparait dans le monde anglophone avec une signification comparable, comme en témoigne par exemple cette étude parue aux États-Unis en 1918 (et disponible en ligne ici) : "Charbon propre : les effets de la teneur en cendre sur l'efficacité thermique".

        Publication de 1918 : "Charbon propre : les effets de la teneur en cendre sur l'efficacité thermique"

        "Charbon propre" est à l'époque plus ou moins un synonyme de "charbon lavé" : à la sortie de la mine, le charbon est plongé dans un liquide de densité assez élevée pour qu'il y flotte alors que les pierres et les impuretés elles tombent. Ce processus, apparu au milieu du XIXe siècle, permet de diminuer les résidus restant après la combustion.
        Mais en dépit du lavage, la teneur en cendre du charbon reste toujours d'au moins quelques pourcents, parfois plus de 10%. La gestion de ce résidu est un des problèmes environnementaux majeurs posés par l'utilisation de charbon : les cendres peuvent contenir de nombreux éléments toxiques comme du plomb ou de l'arsenic. Le charbon même lavé est donc loin d'être propre...

        Même si il est un peu éclipsé par la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre, ce problème n'est pas réglé aujourd'hui : en 2016, les États-Unis ont produit un peu plus de 100 millions de tonnes de cendres de charbon. La moitié environ finissent dans des décharges ou des bassins de rétention et l'administration Trump souhaite autoriser leur rejet dans les rivières...


        Le charbon propre, phénix marketing


        Au début du XXe siècle, le charbon propre est évidemment un argument commercial : un charbon avec une faible teneur en cendre contient plus d'énergie pour le même poids. L'expression "clean coal" se retrouve ainsi dans la publicité. C'est le début d'une longue carrière commerciale pour le "charbon propre" :

        Publicité pour du "charbon propre" (lavé) datant des années 1930

        Propre et préparé avec soin... Ça donne envie, non ? Et c'est de bonne guerre puisque à l'époque l'adjectif propre désigne réellement une caractéristique du charbon vendu.

        L'expression "charbon propre" fait un retour dans les années 70 avec l'apparition de filières concurrentes pour la production d'électricité et la montée des préoccupations écologiques - épuisement des ressources, pluies acides, pollutions atmosphérique et encore marginalement climat.
        Cependant l'expression a changé de sens : elle fait de moins en moins référence à une qualité du charbon et de plus en plus aux performances environnementales supposé de son utilisation. Désormais, tous les charbons peuvent être propres à condition d'employer les bonnes technologies. Par conséquent, le charbon propre cesse d'être un argument mis en avant par une entreprise pour se différencier des autres producteurs et devient le slogan de tout un secteur.
        C'est par exemple le cas avec cette campagne de 1979 :
        Campagne de communication de 1979 en faveur du "charbon propre" aux Etats-Unis
        "Le charbon peut-il être nettoyé avant d'être brûlé ? Oui. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur" clame cette campagne publiée dans le Wall Street Journal. Laver le charbon, nous dit l'annonce, n'est pas nouveau. Mais cela devient plus efficace et plus rentable grâce à une nouvelle méthode - méthode qui certes est encore en phase de test.
        C'est une autre grande caractéristique du charbon propre depuis cette période : il n'est pas encore tout-à-fait propre mais il est va le devenir d'un instant à l'autre...

        En 2003, le discours n'a toujours pas bougé : un encart paru dans le New York Times annonce "aussi bien le Département de l'Energie que les experts du secteur privé pensent qu'une centrale à charbon zéro-pollution sera prête à entrer sur le marché dès 2020" :
        Une publicité de 2003 annonce "une centrale à charbon zéro-pollution sur le marché dès 2020"

        Si le discours reste remarquablement constant, le sens qu'il donne au terme "charbon propre" évolue : dans les années 2000, il est de plus en plus clairement associé à une technologie : la capture et la séquestration du carbone.
        En 2005, GE préfigure le "beautiful coal" de Trump et rend le charbon "plus beau tous les jours" à coup de porno soft sur fond d'une chanson folk de 1946 dénonçant l'exploitation des mineurs. Du grand art...



        En 2007, l'industrie du charbon s'engage même à laver plus blanc que blanc ("beyond clean") :
        L'industrie du charbon lave plus blanc que blanc


        L'heure de gloire du charbon propre


        Cette dernière publicité a été payée par une association appelée Americans for Balanced Energy Choices, littéralement Américains pour des choix énergétiques équilibrés... Vous l'aurez compris il s'agit d'un lobby pro-charbon.
        En 2008, l'association décide de se renommer American Coalition of Clean Coal Electricity (Coalition américaine pour l'électricité au charbon propre). On est en plein dans la campagne présidentielle américaine qui amènera Barack Obama au pouvoir et pendant la préparation de la conférence sur le climat de Copenhague, alors le lobby ne regarde pas à la dépense : l'ACCCE dépense plusieurs dizaines de millions de dollars de pour faire la promotion du charbon propre (dont au moins 35 pour peser sur les élections américaines).

        A défaut de convaincre, cela fait au moins parler : l'historique des recherches sur Google montre que le terme "clean coal" n'a jamais été aussi recherché qu'en 2008 :




        Le charbon propre, chimère politique


        L'intérêt est ensuite retombé rapidement. Il faut dire que derrière l'enthousiasme des communicants, les projets de charbon propre ont une longue tradition d'échec :
        Cette liste n'est certainement pas exhaustive...

        Si malgré ces échecs le charbon propre revient périodiquement à la mode, c'est parce qu'il a une répond à un problème politique bien précis : l'incapacité à faire un choix entre l'évidence du changement climatique et un attachement économique, stratégique ou affectif au charbon. Pour que ces deux réalités puissent coexister, il faut que le charbon propre existe. Et s'il n'existe pas il faut l'inventer.
        C'est particulièrement évident dans cette vidéo australienne :



        C'est également pour cette raison que Donald Trump vante lui aussi le charbon propre. Lorsqu'il a annoncé sa décision de sortir de l'Accord de Paris, il l'a fait au nom des industries fossiles américaines mais sans remettre en cause l'existence du changement climatique. Lui, et son administration, ressentent cette dissonance cognitive, pour la résoudre il faut bien que les énergies fossiles puissent devenir propres.

        Le mythe du "charbon propre" ne disparaîtra qu'avec l'attachement que certains pays et communautés vouent au charbon lui-même. Le problème, c'est que les négociations internationales sur le climat s'efforcent d'être neutres technologiquement : elles prétendent fixer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans jamais parler du sort des activités qui les émettent, et de leurs salariés. Ce non-dit créé une tension propice à l'apparition de fausses solutions comme la capture du carbone.
        S'il y a quelque chose à apprendre de l'attitude de Trump sur le climat et du retrait américain de l'Accord de Paris, c'est peut-être ça : il est temps que les discussions portent aussi sur les moyens.

        __
        Pour une discussion sur la réalité du "charbon propre", vous pouvez consulter cet article. Et celui pour des explications sur les technologies utilisées.
        Plusieurs publicités utilisées dans cette article viennent du musée des horreurs compilé par Greenpeace

        Publié le 2 mai 2018 par Thibault Laconde


        Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.