Que réserve 2019 pour le climat et l'énergie ? Quels seront les sujets qui feront l'actualité ? Les tendances à suivre ? Comme chaque année, j'ai invité quelques experts à plancher sur la question. Voici leurs réponses :
Affichage des articles dont le libellé est Solidarité internationale. Afficher tous les articles
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Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la
signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers
son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de
cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
Même si certains systèmes d'échange préexistaient (comme la compensation volontaire), le développement rapide des marchés du carbone à partir des années 2000 a été une des conséquences les plus remarquables du Protocole de Kyoto. Alors que l'Accord de Paris se prépare à lui succéder, on peut se demander quel est le bilan de ces outils et s'ils ont un avenir dans le régime climatique crée par la COP21.
J'ai posé la question à Renaud Bettin qui travaille sur ces sujets pour le GERES, probablement l'association française la plus active dans le domaine de la compensation. Il est également chef de projet d'infoCC, une plateforme d'information spécialisée.
Il existe 2 mécanismes de compensation carbone, ceux réglementés qui ont été instaurés par le protocole de Kyoto – MOC et MDP – et ceux dits volontaires, régis par les labels de certifications type Gold Standard ou VCS.
Le MDP, Mécanisme de Développement Propre mis en œuvre dans les pays du Sud, a un bilan chiffré très correct : 1,5 milliards de TeqCO2 évitées pour 7578 projets dans 94 pays. Côté MOC, son jumeau mis en œuvre entre pays de l’OCDE, le bilan est plus maigre avec 850 millions de TeqCO2 évitées pour 604 projets, dont 20 en France. Le tout depuis 2008.
Sur le marché volontaire, on comptabilise environ 900 millions de TéqCO2 évitées en 10 ans.
Différence notable entre le dispositif réglementé et le volontaire, le prix du crédit de compensation : moins de 0,50 € aujourd’hui sur le marché de la compensation Kyoto et 5 € en moyenne pour des projets volontaires.
Si ces chiffres peuvent être flatteurs, ils cachent souvent une réalité de terrain moins glorieuse, notamment au Sud : droits humains bafoués, terres confisquées, opacité quant au partage de cette richesse carbone et au final un développement local bradé au profit de la quantité de carbone évitées.
Ce qui marche, ce sont les porteurs de projets qui s’appuient sur la compensation pour aller plus loin que leurs objectifs initiaux de développement. La compensation n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. C’est dans ces cas précis où le carbone prend une valeur plutôt que d’afficher un prix.
Ce qu’il faut éviter c’est penser que compenser nos émissions nous donne le droit d’émettre toujours plus, une sorte d’impunité climatique : la compensation doit toujours être associée à des efforts de réduction de notre propre impact sur le climat. Je conseillerais d’ailleurs aux entreprises de ne jamais viser la neutralité carbone, c’est-à-dire compenser 100 % de leurs émissions. Cette neutralité est un mythe.
L’article 6 esquisse plusieurs mécanismes de réduction et de compensation. A ce stade nous ne savons pas à quoi vont correspondre ces ITMOs (Internationally Transferred Mitigation Outcomes) et si les crédits carbone de compensation vont perdurer. Comme il n’y a pas d’engagement de réduction des pays qui servent de plafonnement d’émissions dans les marchés carbone actuels, la base d’échange de discussion sera les INDC et non des marchés. Tout ceci reste assez flou. Les prochaines COP devraient nous donner plus de détails.
Cela étant dit, les marchés de type cap and trade ont de beaux jours devant eux ! Il en existe de plus en plus à travers le monde et d’autres sont en projet. Ils existeront en parallèle du cadre de l’Accord de Paris et seront probablement un jour connectés entre eux. D’autant que ce qui donne aujourd’hui un prix au carbone, c’est le marché !
Par ailleurs, on oublie trop souvent la fiscalité écologique qui peut aussi donner un prix au carbone. Un prix évolutif, avec par conséquent plus de visibilité pour les investisseurs.
Une fiscalité écologique solide doit être mise en œuvre par les politiques et acceptée par l’opinion publique.
Quant à la compensation, elle reste selon moi à la marge un outil au service de la solidarité et de la transition. Une meilleure information et une éducation est nécessaire pour la défaire de cette image d’achat de bonne conscience.
Dans tous les cas, le carbone doit se teinter d’une valeur sociale et cesser de n’être réduit qu’à un prix dans un marché.
Publié le 19 avril 2016 par Thibault Laconde
Illustration : By Andrew Ciscel (originally posted to Flickr as LaRouche supporters) [CC-BY-SA-2.0], via Wikimedia Commons
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les implications économiques et technologiques à long-terme de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
Même si certains systèmes d'échange préexistaient (comme la compensation volontaire), le développement rapide des marchés du carbone à partir des années 2000 a été une des conséquences les plus remarquables du Protocole de Kyoto. Alors que l'Accord de Paris se prépare à lui succéder, on peut se demander quel est le bilan de ces outils et s'ils ont un avenir dans le régime climatique crée par la COP21.
J'ai posé la question à Renaud Bettin qui travaille sur ces sujets pour le GERES, probablement l'association française la plus active dans le domaine de la compensation. Il est également chef de projet d'infoCC, une plateforme d'information spécialisée.
Le marché du carbone et la compensation, qui permettent de réduire ses émissions contre un payement, ont souvent été critiqué depuis leur apparition. Quel est réellement leur bilan ?
Le marché européen du carbone affiche un prix du quota (c'est-à-dire d'un droit à émettre du CO2) au plus bas à 5 € la tonne. Cela reflète un échec et un succès. Un succès car un prix bas signifie qu’il y a moins de demandes à émettre sur le marché et donc que les objectifs de réduction d’émissions ont été atteints. Mais surtout un échec car à 5€ la tonne de carbone, la transition vers une économie plus durable s’éloigne et un tel prix ne reflète en aucun cas les dommages des émissions de CO2 anthropiques sur notre société.| Le principe de la compensation carbone (source : InfoCC) |
Le MDP, Mécanisme de Développement Propre mis en œuvre dans les pays du Sud, a un bilan chiffré très correct : 1,5 milliards de TeqCO2 évitées pour 7578 projets dans 94 pays. Côté MOC, son jumeau mis en œuvre entre pays de l’OCDE, le bilan est plus maigre avec 850 millions de TeqCO2 évitées pour 604 projets, dont 20 en France. Le tout depuis 2008.
Sur le marché volontaire, on comptabilise environ 900 millions de TéqCO2 évitées en 10 ans.
Différence notable entre le dispositif réglementé et le volontaire, le prix du crédit de compensation : moins de 0,50 € aujourd’hui sur le marché de la compensation Kyoto et 5 € en moyenne pour des projets volontaires.
Si ces chiffres peuvent être flatteurs, ils cachent souvent une réalité de terrain moins glorieuse, notamment au Sud : droits humains bafoués, terres confisquées, opacité quant au partage de cette richesse carbone et au final un développement local bradé au profit de la quantité de carbone évitées.
"La compensation carbone peut être un acte de solidarité avec le Sud et un soutien à la transition énergétique."
Quels sont les principaux retours d'expérience ? Qu'est-ce qui marche ? Et que faut-il éviter ?
La première chose, et c’était le souhait des Parties à Kyoto, est que cette finance carbone a créé un levier de coopération entre le Nord et le Sud. Ensuite, elle a permis à certains projets de s’inscrire dans le moyen terme et de viser des objectifs largement supérieurs à ce qu’ils auraient été avec un financement classique (aide au développement + financement privé). Enfin, et c’est un constat amer, la compensation reste cantonnée à l’annulation d’un méfait ici au Nord, alors qu’elle peut réellement être un acte de solidarité envers le Sud et un soutien à la transition écologique au Nord.Ce qui marche, ce sont les porteurs de projets qui s’appuient sur la compensation pour aller plus loin que leurs objectifs initiaux de développement. La compensation n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. C’est dans ces cas précis où le carbone prend une valeur plutôt que d’afficher un prix.
Ce qu’il faut éviter c’est penser que compenser nos émissions nous donne le droit d’émettre toujours plus, une sorte d’impunité climatique : la compensation doit toujours être associée à des efforts de réduction de notre propre impact sur le climat. Je conseillerais d’ailleurs aux entreprises de ne jamais viser la neutralité carbone, c’est-à-dire compenser 100 % de leurs émissions. Cette neutralité est un mythe.
Quel peut être l'avenir des systèmes d'échange d'émissions dans le cadre de l'Accord de Paris ?
L’Accord de Paris ne mentionne pas de mécanismes de marché à proprement parler. C'est plutôt l'inverse : à la demande de la Bolivie, il parle d'un mécanisme non fondé sur le marché (non-market based approach) !L’article 6 esquisse plusieurs mécanismes de réduction et de compensation. A ce stade nous ne savons pas à quoi vont correspondre ces ITMOs (Internationally Transferred Mitigation Outcomes) et si les crédits carbone de compensation vont perdurer. Comme il n’y a pas d’engagement de réduction des pays qui servent de plafonnement d’émissions dans les marchés carbone actuels, la base d’échange de discussion sera les INDC et non des marchés. Tout ceci reste assez flou. Les prochaines COP devraient nous donner plus de détails.
Cela étant dit, les marchés de type cap and trade ont de beaux jours devant eux ! Il en existe de plus en plus à travers le monde et d’autres sont en projet. Ils existeront en parallèle du cadre de l’Accord de Paris et seront probablement un jour connectés entre eux. D’autant que ce qui donne aujourd’hui un prix au carbone, c’est le marché !
Par ailleurs, on oublie trop souvent la fiscalité écologique qui peut aussi donner un prix au carbone. Un prix évolutif, avec par conséquent plus de visibilité pour les investisseurs.
"Donner un prix au carbone n'est pas suffisant : il faut qu'il ait une valeur sociale."
Comment ces outils pourraient-ils évoluer pour être plus efficaces ?
Je pense que tous ces outils doivent coexister. Les systèmes d’échanges de quotas, c’est-à-dire les marchés, doivent intégrer des mécanismes ponctuels de régulations publiques qui interviennent lorsque des facteurs extérieurs (crises économiques, météo) les rendent obsolètes.Une fiscalité écologique solide doit être mise en œuvre par les politiques et acceptée par l’opinion publique.
Quant à la compensation, elle reste selon moi à la marge un outil au service de la solidarité et de la transition. Une meilleure information et une éducation est nécessaire pour la défaire de cette image d’achat de bonne conscience.
Dans tous les cas, le carbone doit se teinter d’une valeur sociale et cesser de n’être réduit qu’à un prix dans un marché.
Publié le 19 avril 2016 par Thibault Laconde
Illustration : By Andrew Ciscel (originally posted to Flickr as LaRouche supporters) [CC-BY-SA-2.0], via Wikimedia Commons
Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
Les objectifs adoptés par la communauté internationale lors de la COP21 ne pourrons être atteint que pas une baisse rapide des émissions. Cette baisse implique notamment un usage plus économe de l'énergie. Mais il ne faut pas oublier qu'une partie importante de l'humanité n'a toujours pas accès à l'électricité et souffre régulièrement de pénuries d'énergie. Dans ce cas n'y a-t-il pas une contradiction entre la lutte contre le changement climatique et l'accès universel à l'énergie, qui fait aussi partie des objectifs de la communauté internationale ?
J'ai posé la question à Clara Kayser-Bril. Clara est ingénieure et consultante, spécialiste de l'accès à l'énergie dans les pays en développement, elle est intervenue sur des projets dans une vingtaine de pays.
Aujourd’hui, 1.1 milliard de personnes n’ont toujours pas l’électricité et 2.9 milliards n’ont pas accès à des énergies propres et modernes pour cuisiner. C’est énorme, mais cela reflète une réalité très disparate. Sur le plan de l’électrification par exemple, certains pays ont fait d’importants progrès au cours des dernières années – l’Inde par exemple, où près de 80% de la population est maintenant électrifiée, ou encore le Rwanda où le taux d’accès est passé de 6% à 16% en cinq ans. Derrière ces chiffres, il y a des politiques publiques volontaristes qui ont permis d’étendre le réseau vers des zones plus reculées et de proposer des tarifs spécifiques pour les plus pauvres. Le soutien financier et technique des grands bailleurs de fonds internationaux a aussi joué un rôle.
Dans le même temps, dans de nombreux autres pays et notamment en Afrique sub-saharienne, la situation a stagné et s’est même par endroit dégradée : mathématiquement, le taux d’accès recule lorsque les efforts d’électrification n’arrivent pas à suivre le rythme de la croissance démographique. Cette situation est souvent le reflet de graves problèmes de gouvernance : l’électricité se trouve de fait réservée à une petite élite urbaine tandis que les zones périurbaines et rurales sont laissées pour compte. Il faut également accepter le fait que l’électrification coûte cher, d’autant plus cher que l’habitat est dispersé et reculé. Les avancées technologiques récentes, dont le boom des kits solaires individuels est une belle illustration, permettent de réduire ce coût. Mais mettre l’électricité à la portée des plus pauvres requiert d’importants efforts financiers que nombre de pays ne sont pas en état de fournir.
Le problème se pose différemment sur le plan des énergies de cuisson : alors que l’électrification d’un ménage rural revient typiquement à 500-1500 dollars, 50 dollars peuvent suffire pour améliorer nettement les conditions en cuisine. La diffusion des foyers et combustibles améliorés est cependant très lente, malgré d’importants efforts entrepris depuis plus de trente ans. C’est qu’il n’est pas aisé de changer ses habitudes en ce qui concerne la préparation des repas. Mais on constate aussi, trop souvent, que l’énergie de cuisson est la grande absente des politiques énergétiques : il est plus valorisant de s’attaquer à la construction de grandes infrastructures que de se lancer dans la résolution de ce problème diffus, éminemment domestique, et très majoritairement féminin.
L’accès universel à l’énergie ne signifie pas que 100% de l’humanité va subitement consommer autant d’énergie que les habitants des pays riches. Les personnes aujourd’hui privées d’accès appartiennent typiquement à des populations pauvres, aux moyens limités. Une famille rurale au Népal ou en Tanzanie, si elle est raccordée au réseau électrique, consommera de l’ordre de 300 à 500 kWh par an. Sur la base de cet ordre de grandeur, si les 1.1 milliards de personne qui en sont aujourd’hui privées bénéficiaient demain de l’électricité, quand bien même la totalité de cette électricité proviendrait de centrales au charbon (les plus polluantes), l’impact sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre serait de +0,2%. Il n’y a donc aucune incompatibilité entre accès à l’énergie et réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Les pays en développement s’engagent de plus en plus sur la voie des énergies renouvelables. Souvent dotés de potentiels importants pour le photovoltaïque (Afrique sahélienne), l’hydroélectricité (Afrique équatoriale, Asie du Sud-Est), ou encore la géothermie (Afrique de l’Est, Philippines), ces pays pourraient ainsi bénéficier d’une énergie sûre, produite localement, et préservée des fluctuations des marchés internationaux.
Mais il faut éviter le dogme du "tout renouvelable" pour les pays en développement. Construire de nouvelles capacités d’électricité renouvelable est complexe et risqué. Il s’agit de projets très gourmands en capitaux, l’essentiel des coûts correspondant à la construction de la centrale avec peu de coûts d’exploitation ensuite. Or la capacité d’investissement des pays en développement est limitée : les budgets publics sont faibles, l’endettement déjà élevé. Dans des contextes souvent marqués par les incertitudes politiques, mobiliser les importantes sommes nécessaires à la construction d’une centrale hydroélectrique ou d’une ferme solaire est parfois "mission impossible". Par ailleurs, l’électricité renouvelable peut être intermittente (photovoltaïque, éolien) ou marquée par une forte saisonnalité (hydroélectricité, biomasse). Certains pays qui ont tout misé sur l’hydro se retrouvent en situation de crise énergétique en cas de sécheresse. Ceux qui en ont les moyens se tournent alors massivement vers les générateurs diesel individuels hautement polluants. Cette production thermique gagnerait à être centralisée pour en diminuer les émissions et les coûts.
Il est illusoire, et contreproductif, d’attendre des pays en développement la mise en place de politiques d’électrification 100% verte. Il faut certes poser les bases de la croissance verte, mais en privilégiant les complémentarités entre différentes sources – comme le font depuis des décennies les pays industrialisés.
On parle beaucoup d’électricité renouvelable mais il ne faudrait pas oublier les questions d’efficacité énergétique et plus globalement, d’utilisation rationnelle de l’énergie. A quoi sert-il de produire une électricité 100% verte, si elle est immédiatement engloutie par des climatiseurs inefficaces qui tournent à plein régime dans des pièces mal isolées ? Les constructions modernes tout-béton qui poussent comme des champignons dans les pays en développement sont un véritable non-sens énergétique. A mon avis, les techniques qui devraient être le plus soutenues sont celles qui permettent de réduire d’entrée de jeu le besoin, à commencer par l’architecture – bioclimatique, matériaux traditionnels etc. Le chauffe-eau solaire, très répandu en Chine par exemple, est encore balbutiant en Afrique alors que c’est une solution abordable, robuste et efficace. Ce n’est pas de la high-tech, c’est sûrement moins sexy qu’une éolienne ou un panneau photovoltaïque, mais ça marche !
Sur le plan de la production d’électricité, l’Accord de Paris va certainement permettre de poursuivre le soutien apporté à travers le monde à l’électrification décentralisée. Des technologies bien établies comme la petite hydroélectricité, d’autres en plein essor comme les hybrides photovoltaïque-diesel ou les gasifieurs biomasse de petite taille, devraient se développer. A l’échelle domestique, les solutions photovoltaïques individuelles (lanternes, kits solaires) devraient poursuivre leur progression en bénéficiant d’un soutien plus marqué – couplé au développement des appareils très économes en énergie, comme les lampes à LED.
Publié le 18 avril 2016 par Thibault Laconde
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les effets à long-terme de l'Accord de Paris, notamment sur l'économie et les choix technologiques. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
Les objectifs adoptés par la communauté internationale lors de la COP21 ne pourrons être atteint que pas une baisse rapide des émissions. Cette baisse implique notamment un usage plus économe de l'énergie. Mais il ne faut pas oublier qu'une partie importante de l'humanité n'a toujours pas accès à l'électricité et souffre régulièrement de pénuries d'énergie. Dans ce cas n'y a-t-il pas une contradiction entre la lutte contre le changement climatique et l'accès universel à l'énergie, qui fait aussi partie des objectifs de la communauté internationale ?
J'ai posé la question à Clara Kayser-Bril. Clara est ingénieure et consultante, spécialiste de l'accès à l'énergie dans les pays en développement, elle est intervenue sur des projets dans une vingtaine de pays.
Quelle est la situation actuelle en matière d'accès à l'énergie ?
Aujourd’hui, 1.1 milliard de personnes n’ont toujours pas l’électricité et 2.9 milliards n’ont pas accès à des énergies propres et modernes pour cuisiner. C’est énorme, mais cela reflète une réalité très disparate. Sur le plan de l’électrification par exemple, certains pays ont fait d’importants progrès au cours des dernières années – l’Inde par exemple, où près de 80% de la population est maintenant électrifiée, ou encore le Rwanda où le taux d’accès est passé de 6% à 16% en cinq ans. Derrière ces chiffres, il y a des politiques publiques volontaristes qui ont permis d’étendre le réseau vers des zones plus reculées et de proposer des tarifs spécifiques pour les plus pauvres. Le soutien financier et technique des grands bailleurs de fonds internationaux a aussi joué un rôle.
Dans le même temps, dans de nombreux autres pays et notamment en Afrique sub-saharienne, la situation a stagné et s’est même par endroit dégradée : mathématiquement, le taux d’accès recule lorsque les efforts d’électrification n’arrivent pas à suivre le rythme de la croissance démographique. Cette situation est souvent le reflet de graves problèmes de gouvernance : l’électricité se trouve de fait réservée à une petite élite urbaine tandis que les zones périurbaines et rurales sont laissées pour compte. Il faut également accepter le fait que l’électrification coûte cher, d’autant plus cher que l’habitat est dispersé et reculé. Les avancées technologiques récentes, dont le boom des kits solaires individuels est une belle illustration, permettent de réduire ce coût. Mais mettre l’électricité à la portée des plus pauvres requiert d’importants efforts financiers que nombre de pays ne sont pas en état de fournir.
Le problème se pose différemment sur le plan des énergies de cuisson : alors que l’électrification d’un ménage rural revient typiquement à 500-1500 dollars, 50 dollars peuvent suffire pour améliorer nettement les conditions en cuisine. La diffusion des foyers et combustibles améliorés est cependant très lente, malgré d’importants efforts entrepris depuis plus de trente ans. C’est qu’il n’est pas aisé de changer ses habitudes en ce qui concerne la préparation des repas. Mais on constate aussi, trop souvent, que l’énergie de cuisson est la grande absente des politiques énergétiques : il est plus valorisant de s’attaquer à la construction de grandes infrastructures que de se lancer dans la résolution de ce problème diffus, éminemment domestique, et très majoritairement féminin.
"L'accès universel à l'électricité, même la plus polluante, n'augmenterait les émissions mondiales de CO2 que de 0.2%."
L'objectif d'une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre inscrit dans l'Accord de Paris est-il compatible avec l'accès à l'énergie pour tous ?
L’accès universel à l’énergie ne signifie pas que 100% de l’humanité va subitement consommer autant d’énergie que les habitants des pays riches. Les personnes aujourd’hui privées d’accès appartiennent typiquement à des populations pauvres, aux moyens limités. Une famille rurale au Népal ou en Tanzanie, si elle est raccordée au réseau électrique, consommera de l’ordre de 300 à 500 kWh par an. Sur la base de cet ordre de grandeur, si les 1.1 milliards de personne qui en sont aujourd’hui privées bénéficiaient demain de l’électricité, quand bien même la totalité de cette électricité proviendrait de centrales au charbon (les plus polluantes), l’impact sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre serait de +0,2%. Il n’y a donc aucune incompatibilité entre accès à l’énergie et réduction des émissions de gaz à effet de serre.
"Il faut éviter le dogme de l'électrification 100% renouvelable et privilégier la complémentarité des sources."
Quels sont les retours d’expérience en matière d'électrification bas-carbone ? Qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qu'il faut éviter ?
Les pays en développement s’engagent de plus en plus sur la voie des énergies renouvelables. Souvent dotés de potentiels importants pour le photovoltaïque (Afrique sahélienne), l’hydroélectricité (Afrique équatoriale, Asie du Sud-Est), ou encore la géothermie (Afrique de l’Est, Philippines), ces pays pourraient ainsi bénéficier d’une énergie sûre, produite localement, et préservée des fluctuations des marchés internationaux.
Mais il faut éviter le dogme du "tout renouvelable" pour les pays en développement. Construire de nouvelles capacités d’électricité renouvelable est complexe et risqué. Il s’agit de projets très gourmands en capitaux, l’essentiel des coûts correspondant à la construction de la centrale avec peu de coûts d’exploitation ensuite. Or la capacité d’investissement des pays en développement est limitée : les budgets publics sont faibles, l’endettement déjà élevé. Dans des contextes souvent marqués par les incertitudes politiques, mobiliser les importantes sommes nécessaires à la construction d’une centrale hydroélectrique ou d’une ferme solaire est parfois "mission impossible". Par ailleurs, l’électricité renouvelable peut être intermittente (photovoltaïque, éolien) ou marquée par une forte saisonnalité (hydroélectricité, biomasse). Certains pays qui ont tout misé sur l’hydro se retrouvent en situation de crise énergétique en cas de sécheresse. Ceux qui en ont les moyens se tournent alors massivement vers les générateurs diesel individuels hautement polluants. Cette production thermique gagnerait à être centralisée pour en diminuer les émissions et les coûts.
Il est illusoire, et contreproductif, d’attendre des pays en développement la mise en place de politiques d’électrification 100% verte. Il faut certes poser les bases de la croissance verte, mais en privilégiant les complémentarités entre différentes sources – comme le font depuis des décennies les pays industrialisés.
"Au-delà de la production, l'utilisation rationnelle de l'énergie doit être une priorité dans les pays en développement."
Selon vous, quelles technologies ou quelles méthodes ont le plus de chance de se développer dans le cadre de la mise en œuvre de l'Accord de Paris ?
On parle beaucoup d’électricité renouvelable mais il ne faudrait pas oublier les questions d’efficacité énergétique et plus globalement, d’utilisation rationnelle de l’énergie. A quoi sert-il de produire une électricité 100% verte, si elle est immédiatement engloutie par des climatiseurs inefficaces qui tournent à plein régime dans des pièces mal isolées ? Les constructions modernes tout-béton qui poussent comme des champignons dans les pays en développement sont un véritable non-sens énergétique. A mon avis, les techniques qui devraient être le plus soutenues sont celles qui permettent de réduire d’entrée de jeu le besoin, à commencer par l’architecture – bioclimatique, matériaux traditionnels etc. Le chauffe-eau solaire, très répandu en Chine par exemple, est encore balbutiant en Afrique alors que c’est une solution abordable, robuste et efficace. Ce n’est pas de la high-tech, c’est sûrement moins sexy qu’une éolienne ou un panneau photovoltaïque, mais ça marche !
Sur le plan de la production d’électricité, l’Accord de Paris va certainement permettre de poursuivre le soutien apporté à travers le monde à l’électrification décentralisée. Des technologies bien établies comme la petite hydroélectricité, d’autres en plein essor comme les hybrides photovoltaïque-diesel ou les gasifieurs biomasse de petite taille, devraient se développer. A l’échelle domestique, les solutions photovoltaïques individuelles (lanternes, kits solaires) devraient poursuivre leur progression en bénéficiant d’un soutien plus marqué – couplé au développement des appareils très économes en énergie, comme les lampes à LED.
Publié le 18 avril 2016 par Thibault Laconde
Entre le 3 et le 13 décembre, j'ai publié tous les matins à 9h un point des négociations sur le climat et un bref résumé des événements de la veille à la COP21. En voici la version intégrale avec juste quelques modifications destinées à éviter les répétitions...
Pour plus de détails sur le Conférence de Paris, vous pouvez également consulter :
La première semaine de la conférence est déjà à moitié derrière nous.
Après l'agitation de premiers jours, ponctués de discours et
d'annonces, on glisse doucement dans les pourparlers. Ces discussions
complexes (et souvent derrière des portes closes) sont frustrantes pour
tout le monde, sauf les diplomates qui semblent aimer ça. Pour un
observateur distrait, elles peuvent même donner l'impression qu'il ne se
passe plus grand chose et que la conférence s'enfonce dans
l'anecdotique.
Nous sommes au contraire dans une phase décisive où il faut bâtir sur l'impulsion des premiers jours et effacer le maximum de points de blocage, un travail de fourmi qui conditionne ce qui va se passer la semaine prochaine.
Un projet de texte doit être remis à la présidence de la COP21 samedi 5 décembre, à midi. Pour que les ministres puissent travailler efficacement la semaine prochaine, il faudrait que le maximum de désaccords aient été éliminés d'ici-là. Compte-tenu du rythme actuel des négociations, il existe un risque que le texte de samedi soit encore trop inabouti... Mais il reste deux jours de travail : de nouveaux brouillons devraient être publiés ce soir et demain soir.
Nous sommes déjà vendredi, les négociateurs sont au travail depuis presque une semaine... Hier, on pouvait croire que les discussions étaient en train de s'engourdir mais voilà le première montée d'adrénaline de cette COP : un projet de texte doit être remis demain à midi à la présidence. S'il reste en l'état, long et indécis (le dernier brouillon comptait 50 pages et 1412 crochets !), les ministres qui arrivent la semaine prochaine risquent de s'enliser dans d'interminables querelles... et on voit déjà le spectre de Copenhague pointer le bout de son nez.
Si, au contraire, les négociateurs parviennent à un texte simplifié dans les prochaines 24 heures, alors l'accord historique qu'on nous a promis sera en vue.
Une nouvelle organisation a été mise en place hier avec moins de "spin-off group", les groupes travaillant en parallèle sur des questions précises. Il faudra encore attendre un peu pour savoir si elle est efficace : le prochain brouillon du texte est attendu dans la matinée, il sera être accompagné d'une proposition de consensus proposé par les co-présidents et les facilitateurs.
Le même processus se répétera aujourd'hui : spin-off groups dans la journée puis synthèse dans la soirée et la nuit, pour aboutir avant la date limite de samedi.
Hier, je vous promettais la première montée d'adrénaline de cette COP... Après les discours de lundi et l'enthousiasme exceptionnel des premiers jours, les discussions s'étaient tendues en milieu de semaine. On craignait déjà l'enlisement quand le premier coup de théâtre de la conférence a eu lieu. Et il est positif : d'un seul coup, la moitié des incertitudes ont été éliminées du projet d'accord !
Dans quelques heures, la première semaine de négociation se refermera par la remise du texte à la présidence. On pourra sans doute la considérer comme un succès. Peut-être est-ce trop tôt, mais j'ai aussi l'impression que cette COP ne ressemblera à aucune de celles qui ont précédé. Touchons du bois...
Hier matin, deux nouveaux textes ont été publiés : celui issu des négociations de la veille, dans lequel il y avait un peu moins de pages qu'avant (46 contre 50) mais toujours autant de passages entre crochets (1400), et une proposition de compromis mise au point par les co-présidents avec "seulement" 38 pages et 750 crochets. Dans l'après-midi, à l'initiative du G77+Chine, ce deuxième texte a été accepté comme base de discussion. Belle accélération : En 24h, la moitié des incertitudes ont ainsi été éliminées !
Ce coup de théatre oblige aussi les réfractaires à sortir du bois. Sans surprise, il s'agit des pays pétroliers, en particulier de l'Arabie Saoudite et du Vénézuela, qui tentent de plus en plus ouvertement de réduire l'ambition de l'accord et de ralentir les négociations.
Les travaux se sont poursuivis cette nuit et un nouveau projet doit être remis à la présidence aujourd'hui à midi.
Si nous récapitulions cette première semaine ?
L'objectif est désormais de parvenir à un texte définitif pour jeudi 10 au matin, ce qui laissera environ 36h pour les traductions et les vérifications juridiques. L'adoption devrait avoir lieu vendredi 11 au soir.
Ensuite, le texte devra être ratifié par chaque signataire selon la procédure en prévue par son droit national. L'accord de Paris devrait entrer en vigueur en 2020.
Dans sa bulle extraterritoriale du Bourget, très loin de l'agitation politicienne du premier tour des régionales, la COP21 continue... Elle entre dans son "segment de haut niveau", la seconde semaine pendant laquelle les négociateurs sont rejoints par leurs ministres.
Lors des COP précédentes, cette phase a rarement conduit à des progrès sur le fond : apparemment, les politiques préfèrent débattre sur la forme et s'aligner sur le plus petit dénominateur commun pour le reste... A leur décharge, lors des COP précédentes, les ministres trouvaient généralement des négociations déjà bien embourbées avec des textes qui faisaient souvent plus de 150 pages. Est-ce que les choses peuvent se passer différemment à Paris après une bonne première semaine et avec un projet d'accord qui ne fait qu'une vingtaine de pages ?
Aujourd'hui, c'est le jour des hasards de calendrier. D'abord le 8 décembre est la journée mondiale du climat, ce qui tombe plutôt a propos.
Ensuite Ecofin, le conseil des ministres des finances de l'Union Européenne, se tient à Bruxelles... Précisément au moment où les négociations climatiques achoppent sur la question des financements. Une annonce des ministres européens pourrait aider à débloquer la situation : la taxe sur les transactions financières, dont la France veut faire une des sources de financement du Fond Vert pour le Climat, est justement au sujet de cette réunion.
On reproche souvent aux négociations sur le climat d'être trop isolées des autres discussions internationales. Pour une fois, le calendrier est favorable, reste à voir si les européens saisiront cette occasion de joindre les actes à la parole.
Les ministres ont eu, hier matin, l'occasion de s'exprimer comme l'avaient fait les chefs d'Etat la semaine dernière. Ensuite, une nouvelle organisation s'est mise en place avec des consultations sur quatres sujets précis : les moyens (financements, transferts de technologie...), la différenciation, les ambitions (notamment l'objectif de long-terme et le mécanisme de revoyure) et les actions pré-2020. Chacune de ces discussions est animée par un binome de ministres (un du Nord, un du Sud).
Ils ont présenté leurs premiers rapports hier soir au "Comité de Paris", un groupe informel dont la tâche est de préparer le texte final. Cette première réunion a abouti... au lancement de plus de consultations (sur le préambule, l'adaptation, les forêts...).
Il reste désormais à peine plus de 24h pour trouver accord. Les minutes sont comptées, et pourtant tout semble aller si lentement ! Pendant cette deuxième semaine, les discussions se font aussi plus discrètes. Si peu d'informations filtrent qu'on ne sait plus très bien si une crise couve en coulisse ou si au contraire un compromis est sur le point d'être trouvé... Dans l'incertitude, beaucoup d'observateurs commencent à craindre un accord sans envergure - et il faut bien reconnaitre que l'expérience des 20 COP précédentes n'incite pas l'optimisme.
Nous approchons du paroxysme de cette conférence. Et on se sent partagé entre l'envie de conclure et la crainte de voir apparaître un texte minimal. Encore quelques heures de suspense.
Les "facilitateurs" chargés des consultations sur les sujets qui restent en débat ont fait leur rapport au Comité de Paris hier en fin d'après-midi. Et nombre d'entre-eux semblent piétiner, c'est notamment le cas pour les pertes et dommages et la différentiation.
La présidence de la COP a cependant annoncé un nouveau texte pour aujourd'hui 13h (on imagine qu'ils n'ont pas beaucoup dormi cette nuit) et une réunion du Comité de Paris à 17h. L'objectif est toujours de parvenir à un texte définitif demain pour une adoption vendredi soir au plus tard.
"Votre texte est équilibré, la preuve : personne n'est content." Le délégué malais a parfaitement résumé la journée (et surtout la soirée) d'hier. Un nouveau texte a été présenté dans l'après-midi, il a été accepté comme base de négociation mais...
En fait le texte d'hier parvient à faire consensus en laissant ouvertes des options radicalement opposées. Résultat : l'accord reste encore très indécis, il peut être à la hauteur si les options ambitieuses sont choisies mais tout peut aussi s'effondrer dans les prochaines heures...
Normalement, le texte définitif de l'accord de Paris devrait être publié aujourd'hui. Sauf coup de théatre, ce ne sera pas le cas. Par conséquent, l'adoption formelle du texte, qui était prévue pour demain soir, risque aussi d'être retardée.
Un nouveau brouillon a été publié aujourd'hui, la version précédente datait déjà de samedi... une éternité. On ne peut pas nier que des progrès ont été faits. L'accord lui-même (hors décisions et annexes) est passé de 20 à 14 pages avec 200 passages entre crochets contre près de 500 dans la version précédente. Mais lorsqu'on regarde en détail, le texte reste très ouvert : sur les points cruciaux des options volontaristes cohabitent encore avec d'autres sans envergure.
Ambiance gueule de bois ce matin...
Hier dans la soirée un nouveau projet de texte a été publié. Le nombre d'options avait été radicalement réduit (il ne restait plus qu'une quarantaine de passages entre crochets) tout en préservant l'essentiel de l'ambition... Un accord satisfaisant semblait réellement à portée de main aujourd'hui.
Mais au lieu de régler les derniers détails, les consultations de la nuit ont réouverts des points qui semblaient acquis. Plusieurs pays ont donné l'impression de rehausser leurs exigences.
La nuit a été longue et difficile mais je crois que rien d'irréversible n'a été commis. Un accord reste possible, au plus tôt samedi.
La réunion du Comité de Paris, mercredi soir, a donné à une longue série de prises de parole (une cinquantaine de pays pendant près de 3h). Les discussions se sont poursuivies sur un format réduit (ou Indaba) pendant la nuit de mercredi à jeudi.
Elles ont abouti à un nouveau projet d'accord, présenté hier soir à 21h. Ce texte semblait pratiquement finalisé avec seulement 48 passages entre crochets (contre ~400 avant-hier) et 18 options (contre 83 dans la précédente version). Malgré l'effort de synthèse, les points essentiels du projet avait été préservés.
La prochaine version sera présentée demain 9h. Ce sera normalement la dernière et elle sera proposée directement à l'adoption samedi. La COP21 peut s'écrouler à ce moment-là, avec comme cas le plus extrême une fin de la conférence sans accord si le texte présenté ne parvient pas à recueillir l'unanimité, mais une issue positive reste possible...
Les discussions des prochaines 24h vont être décisives mais discrètes : nous ne saurons où nous en sommes que demain au réveil.
Grosse fatigue...
Le projet d'accord publié jeudi soir représentait un réel progrès : le nombre
d'options avait été radicalement réduit (seulement une
quarantaine de passages restaient entre crochets) tout en préservant l'essentiel de l'ambition, mais
au lieu de régler les derniers détails, les consultations de la nuit
ont taillé en pièces cette proposition.
Les consultations ont continué en bilatéral toute la journée d'hier mais rien ou presque n'a filtré. C'est extrêmement frustrant : ce que nous vivons est, au moins, l'équivalent diplomatique d'une finale de coupe du monde. Et on nous fait attendre le score final, sans le son ni l'image...
De nombreuses discussions bilatérales ont eu lieu vendredi, elles auront sans doute été décisives mais nous n'en savons rien... Les quelques ministres aux traits tirés qui se sont aventurés à donner une conférence de presse sont restés énigmatiques. Nous ne saurons où nous en sommes que samedi à 11h30, lorsque le texte sera présenté au Comité de Paris. Le Comité de Paris n'étant qu'un groupe informel de consultation, il faudra ensuite une réunion de la COP (qui n'est pas encore annoncé à l'heure actuelle) pour l'adopter formellement. Dans le meillleur des cas, on peut espérer que la COP21 se terminera avec l'Accord de Paris dans l'après-midi.
C'est fait !
Le texte final de ce qui est désormais l'Accord de Paris a été publié peu après 13h30 samedi, il était en réalité très proche de la version précédente. Une dernière réunion du Comité de Paris a été programmée à 14h45, reculée à 18h30 pour ne commencer finalement que vers 20h15. Tout est allé extremement vite ensuite et l'Accord a été formellement adopté peu après 20h30.
Il reste évidemment beaucoup de travail... Pour analyser le texte final de l'Accord de Paris, pour le préciser et le rendre opérationnel lors des prochaines conférences sur le climat, pour le ratifier, et bien sur pour traduire en actes, en décisions politiques ou en choix industriels ce qui n'est encore qu'une série de promesses... Mais quelles promesses ! Le premier accord international sur le climat depuis presque 20 ans, sans doute le plus ambitieux jamais adopté !
Comme l'a dit la ministre sud-africaine de l'environnement hier soir : Aujourd'hui, prenons le temps de mesurer le chemin parcouru et de profiter de l'instant. Mais dès demain, il faudra se remettre en route...
Publié le 3 décembre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 13 décembre 2015
Pour plus de détails sur le Conférence de Paris, vous pouvez également consulter :
Jeudi 3 décembre
La première semaine de la conférence est déjà à moitié derrière nous.
Après l'agitation de premiers jours, ponctués de discours et
d'annonces, on glisse doucement dans les pourparlers. Ces discussions
complexes (et souvent derrière des portes closes) sont frustrantes pour
tout le monde, sauf les diplomates qui semblent aimer ça. Pour un
observateur distrait, elles peuvent même donner l'impression qu'il ne se
passe plus grand chose et que la conférence s'enfonce dans
l'anecdotique.Nous sommes au contraire dans une phase décisive où il faut bâtir sur l'impulsion des premiers jours et effacer le maximum de points de blocage, un travail de fourmi qui conditionne ce qui va se passer la semaine prochaine.
Un projet de texte doit être remis à la présidence de la COP21 samedi 5 décembre, à midi. Pour que les ministres puissent travailler efficacement la semaine prochaine, il faudrait que le maximum de désaccords aient été éliminés d'ici-là. Compte-tenu du rythme actuel des négociations, il existe un risque que le texte de samedi soit encore trop inabouti... Mais il reste deux jours de travail : de nouveaux brouillons devraient être publiés ce soir et demain soir.
Ce qui reste en débat :
- Le mécanisme de revoyure semble en bonne voie. Les engagements pris pendant la conférence de Paris ne suffiront sans doute pas de limiter le réchauffement de la planète à 2°C comme le souhaite la communauté internationale. Il faut donc prévoir les futures réunions qui permettront de prendre des engagements plus ambitieux. On s'oriente vers une révision tous les 5 ans à partir de 2020, les pays en développement souhaitent que les financements soient revus en même temps.
- Quel objectif la communauté internationale va-t-elle se fixer à long-terme ? Cette question fait l'objet d'une querelle de wording : "Zéro émission" ? "Décarbonation de l'économie" ? "Neutralité climatique" ? Les discussions évoluent vers cette dernière (et très vague) formulation.
- Dans les limbes : l'objectif de 1.5°C et les "pertes et dommages". Il s'agit de deux points qui tiennent particulièrement à coeur des pays les plus vulnérables : d'une part mentionner dans l'accord l'objectif de limiter la hausse de la température moyenne à 1.5°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle (même si cet objectif semble largement hors de portée), de l'autre obtenir une compensation pour les dommages subis à cause d'émissions de gaz à effet de serre dont ils ne sont pas responsables.
Ce qui semble acquis :
- L'impulsion de début de conférence qui valide la stratégie adoptée par la France d'inviter les chefs d'Etat et de gouvernement le premier jour plutôt qu'à la fin.
Vendredi 4 décembre
Nous sommes déjà vendredi, les négociateurs sont au travail depuis presque une semaine... Hier, on pouvait croire que les discussions étaient en train de s'engourdir mais voilà le première montée d'adrénaline de cette COP : un projet de texte doit être remis demain à midi à la présidence. S'il reste en l'état, long et indécis (le dernier brouillon comptait 50 pages et 1412 crochets !), les ministres qui arrivent la semaine prochaine risquent de s'enliser dans d'interminables querelles... et on voit déjà le spectre de Copenhague pointer le bout de son nez.
Si, au contraire, les négociateurs parviennent à un texte simplifié dans les prochaines 24 heures, alors l'accord historique qu'on nous a promis sera en vue.
Une nouvelle organisation a été mise en place hier avec moins de "spin-off group", les groupes travaillant en parallèle sur des questions précises. Il faudra encore attendre un peu pour savoir si elle est efficace : le prochain brouillon du texte est attendu dans la matinée, il sera être accompagné d'une proposition de consensus proposé par les co-présidents et les facilitateurs.
Le même processus se répétera aujourd'hui : spin-off groups dans la journée puis synthèse dans la soirée et la nuit, pour aboutir avant la date limite de samedi.
Samedi 5 décembre
Hier, je vous promettais la première montée d'adrénaline de cette COP... Après les discours de lundi et l'enthousiasme exceptionnel des premiers jours, les discussions s'étaient tendues en milieu de semaine. On craignait déjà l'enlisement quand le premier coup de théâtre de la conférence a eu lieu. Et il est positif : d'un seul coup, la moitié des incertitudes ont été éliminées du projet d'accord !
Dans quelques heures, la première semaine de négociation se refermera par la remise du texte à la présidence. On pourra sans doute la considérer comme un succès. Peut-être est-ce trop tôt, mais j'ai aussi l'impression que cette COP ne ressemblera à aucune de celles qui ont précédé. Touchons du bois...
Hier matin, deux nouveaux textes ont été publiés : celui issu des négociations de la veille, dans lequel il y avait un peu moins de pages qu'avant (46 contre 50) mais toujours autant de passages entre crochets (1400), et une proposition de compromis mise au point par les co-présidents avec "seulement" 38 pages et 750 crochets. Dans l'après-midi, à l'initiative du G77+Chine, ce deuxième texte a été accepté comme base de discussion. Belle accélération : En 24h, la moitié des incertitudes ont ainsi été éliminées !
Ce coup de théatre oblige aussi les réfractaires à sortir du bois. Sans surprise, il s'agit des pays pétroliers, en particulier de l'Arabie Saoudite et du Vénézuela, qui tentent de plus en plus ouvertement de réduire l'ambition de l'accord et de ralentir les négociations.
Les travaux se sont poursuivis cette nuit et un nouveau projet doit être remis à la présidence aujourd'hui à midi.
Dimanche 6 décembre
Si nous récapitulions cette première semaine ?
- Un début en fanfare : plus de 150 chefs d'Etat qui appellent à l'action, avec aussi quelques annonces intéressantes.
- Un coup de théatre : en milieu de semaine, les négociations se tendente et les progrès sont très lent. Mais vendredi, les pays perviennent à s'entendre sur une proposition de compromis qui marque une brusque accélération.
- Un objectif relativement atteint : le projet d'accord bien abouti a été remis dans les temps.
L'objectif est désormais de parvenir à un texte définitif pour jeudi 10 au matin, ce qui laissera environ 36h pour les traductions et les vérifications juridiques. L'adoption devrait avoir lieu vendredi 11 au soir.
Ensuite, le texte devra être ratifié par chaque signataire selon la procédure en prévue par son droit national. L'accord de Paris devrait entrer en vigueur en 2020.
Ce qui coince encore :
- La différenciation s'annonce comme un point dur de la seconde semaine. Ce principe, inscrit dans la Convention Climat de 1992, veut que certains pays listés dans l'Annexe I (Europe, Amérique du Nord, Japon, Australie... ) aient une responsabilité historique et portent l'essentiel des efforts. Aujourd'hui, les participants se divisent entre ceux qui en défendent une interprétation stricte du texte de 92 et ceux qui veulent assouplir ce principe pour l'adapter aux évolutions du monde depuis 20 ans. (rappelons qu'aujourd'hui un Chinois moyen émet plus de gaz à effet de serre plus qu'un Français et que le salaire minimum en Chine est supérieur à celui de certains pays européens).
- Les questions financières, très liées au point précédent, restent aussi largement en suspens. En particulier les pertes et dommages, c'est-à-dire les compensations réclamées par certains pays qui souffrent d'un phénomène dont ils ne sont pas responsables.
- L'objectif de long-terme ("Zéro émission" ? "Décarbonation de l'économie" ? "Neutralité climatique" ?) reste en débat. La mention de l'objectif de l'objectif de 1.5°C, réclamé par les pays les plus vulnérables même si il n'est plus atteignable, pose également problème.
Ce qui semble acquis à ce stade :
- La révision tous les 5 ans des engagements d'émissions est en bonne voie. Ce point est capital : les engagements pris pendant la conférence de Paris ne suffiront sans doute pas de limiter le réchauffement de la planète à 2°C
comme le souhaite la communauté internationale, il faut donc
d'ores-et-déjà prévoir
les futures réunions qui permettront de prendre des engagements plus
ambitieux. Par contre, les détails restent à régler : quand aura lieu la
première révision ? Les objectifs financiers seront-ils revus en même
temps que les objectifs d'émission ?
- L'impulsion de début de conférence qui valide la stratégie adoptée par la France d'inviter les chefs d'Etat et de gouvernement le premier jour plutôt qu'à la fin.
Lundi 7 décembre
Dans sa bulle extraterritoriale du Bourget, très loin de l'agitation politicienne du premier tour des régionales, la COP21 continue... Elle entre dans son "segment de haut niveau", la seconde semaine pendant laquelle les négociateurs sont rejoints par leurs ministres.
Lors des COP précédentes, cette phase a rarement conduit à des progrès sur le fond : apparemment, les politiques préfèrent débattre sur la forme et s'aligner sur le plus petit dénominateur commun pour le reste... A leur décharge, lors des COP précédentes, les ministres trouvaient généralement des négociations déjà bien embourbées avec des textes qui faisaient souvent plus de 150 pages. Est-ce que les choses peuvent se passer différemment à Paris après une bonne première semaine et avec un projet d'accord qui ne fait qu'une vingtaine de pages ?
Mardi 8 décembre
Aujourd'hui, c'est le jour des hasards de calendrier. D'abord le 8 décembre est la journée mondiale du climat, ce qui tombe plutôt a propos.
Ensuite Ecofin, le conseil des ministres des finances de l'Union Européenne, se tient à Bruxelles... Précisément au moment où les négociations climatiques achoppent sur la question des financements. Une annonce des ministres européens pourrait aider à débloquer la situation : la taxe sur les transactions financières, dont la France veut faire une des sources de financement du Fond Vert pour le Climat, est justement au sujet de cette réunion.
On reproche souvent aux négociations sur le climat d'être trop isolées des autres discussions internationales. Pour une fois, le calendrier est favorable, reste à voir si les européens saisiront cette occasion de joindre les actes à la parole.
Les ministres ont eu, hier matin, l'occasion de s'exprimer comme l'avaient fait les chefs d'Etat la semaine dernière. Ensuite, une nouvelle organisation s'est mise en place avec des consultations sur quatres sujets précis : les moyens (financements, transferts de technologie...), la différenciation, les ambitions (notamment l'objectif de long-terme et le mécanisme de revoyure) et les actions pré-2020. Chacune de ces discussions est animée par un binome de ministres (un du Nord, un du Sud).
Ils ont présenté leurs premiers rapports hier soir au "Comité de Paris", un groupe informel dont la tâche est de préparer le texte final. Cette première réunion a abouti... au lancement de plus de consultations (sur le préambule, l'adaptation, les forêts...).
Mercredi 9 décembre
Il reste désormais à peine plus de 24h pour trouver accord. Les minutes sont comptées, et pourtant tout semble aller si lentement ! Pendant cette deuxième semaine, les discussions se font aussi plus discrètes. Si peu d'informations filtrent qu'on ne sait plus très bien si une crise couve en coulisse ou si au contraire un compromis est sur le point d'être trouvé... Dans l'incertitude, beaucoup d'observateurs commencent à craindre un accord sans envergure - et il faut bien reconnaitre que l'expérience des 20 COP précédentes n'incite pas l'optimisme.
Nous approchons du paroxysme de cette conférence. Et on se sent partagé entre l'envie de conclure et la crainte de voir apparaître un texte minimal. Encore quelques heures de suspense.
Les "facilitateurs" chargés des consultations sur les sujets qui restent en débat ont fait leur rapport au Comité de Paris hier en fin d'après-midi. Et nombre d'entre-eux semblent piétiner, c'est notamment le cas pour les pertes et dommages et la différentiation.
La présidence de la COP a cependant annoncé un nouveau texte pour aujourd'hui 13h (on imagine qu'ils n'ont pas beaucoup dormi cette nuit) et une réunion du Comité de Paris à 17h. L'objectif est toujours de parvenir à un texte définitif demain pour une adoption vendredi soir au plus tard.
Jeudi 10 décembre
"Votre texte est équilibré, la preuve : personne n'est content." Le délégué malais a parfaitement résumé la journée (et surtout la soirée) d'hier. Un nouveau texte a été présenté dans l'après-midi, il a été accepté comme base de négociation mais...
En fait le texte d'hier parvient à faire consensus en laissant ouvertes des options radicalement opposées. Résultat : l'accord reste encore très indécis, il peut être à la hauteur si les options ambitieuses sont choisies mais tout peut aussi s'effondrer dans les prochaines heures...
Normalement, le texte définitif de l'accord de Paris devrait être publié aujourd'hui. Sauf coup de théatre, ce ne sera pas le cas. Par conséquent, l'adoption formelle du texte, qui était prévue pour demain soir, risque aussi d'être retardée.
Un nouveau brouillon a été publié aujourd'hui, la version précédente datait déjà de samedi... une éternité. On ne peut pas nier que des progrès ont été faits. L'accord lui-même (hors décisions et annexes) est passé de 20 à 14 pages avec 200 passages entre crochets contre près de 500 dans la version précédente. Mais lorsqu'on regarde en détail, le texte reste très ouvert : sur les points cruciaux des options volontaristes cohabitent encore avec d'autres sans envergure.
Vendredi 11 décembre
Ambiance gueule de bois ce matin...Hier dans la soirée un nouveau projet de texte a été publié. Le nombre d'options avait été radicalement réduit (il ne restait plus qu'une quarantaine de passages entre crochets) tout en préservant l'essentiel de l'ambition... Un accord satisfaisant semblait réellement à portée de main aujourd'hui.
Mais au lieu de régler les derniers détails, les consultations de la nuit ont réouverts des points qui semblaient acquis. Plusieurs pays ont donné l'impression de rehausser leurs exigences.
La nuit a été longue et difficile mais je crois que rien d'irréversible n'a été commis. Un accord reste possible, au plus tôt samedi.
La réunion du Comité de Paris, mercredi soir, a donné à une longue série de prises de parole (une cinquantaine de pays pendant près de 3h). Les discussions se sont poursuivies sur un format réduit (ou Indaba) pendant la nuit de mercredi à jeudi.
Elles ont abouti à un nouveau projet d'accord, présenté hier soir à 21h. Ce texte semblait pratiquement finalisé avec seulement 48 passages entre crochets (contre ~400 avant-hier) et 18 options (contre 83 dans la précédente version). Malgré l'effort de synthèse, les points essentiels du projet avait été préservés.
En particulier, ce qui semblait acquis dans le texte d'hier :
- Un objectif "bien en dessous de 2°C" avec une mention du seuil de 1.5°C : depuis la conférence de Copenhague, l'objectif officiel de la communauté internationale est de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle. Mais les pays les plus vulnérables réclament une limite plus basse à 1.5°C, la formulation retenue est entre les deux et évite sagement de fixer un objectif de température irréaliste.
- Un objectif de long-terme relativement ambitieux : Pic des émissions dès que possible suivie d'une réduction rapide pour arriver à la "neutralité des émissions de gaz à effet de serre" dans la seconde moitié du XXIe siècle.
- La révision des engagements tous les 5 ans à partir de 2023. Ce point est capital : les engagements pris pendant la conférence de Paris ne suffiront sans doute pas à limiter le réchauffement de la planète à 2°C comme le souhaite la communauté internationale, il faut donc d'ores-et-déjà prévoir les futures réunions qui permettront de prendre des engagements plus ambitieux. Certaines parties (dont l'Union Européenne) souhaitaient une première révision plus tôt.
Cinq points importants restaient en suspens :
- Le mécanisme de flexibilité de l'article 3ter : cet article pourrait créer un système de marché des permis d'émissions comparable à celui qui existait dans le protocole de Kyoto. Les propositions qui restent sur le table comprennent un mécanisme portant uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre ou un système plus large, réservés ou non aux pays en développement...
- Les pertes et dommages, c'est-à-dire les compensations demandées par les pays en développement qui souffrent du changement climatique aux pays industrialisés (art. 5). Trois grandes options restent ouvertes : une simple déclaration de principe, un nouveau mécanisme ou la continuation du mécanisme existant, crée lors de la COP19 de Varsovie.
- Une guerre de wording fait rage sur les financements destinés aux pays en développement (art. 6) : doivent-ils être nouveaux, additionnels, adéquates, prévisibles, accessibles, durables et/ou renforcés ?
- La définition de cas particuliers pour certains groupes de pays : les États insulaire, les pays les moins avancés et/ou les pays africains pourraient bénéficier d'un régime de faveur (obligations réduites, accès facilité aux financements...). Ces options se retrouvent dans de nombreux passages du projet d'accord (articles 3, 4, 6...), il s'agit d'une façon de contourner l'intransigeance des pays émergents sur la différentiation.
- Les conditions d'entrée en vigueur de l'accord restent indécises (art. 18). Quelles proportion des émissions doivent représenter les pays qui ont ratifié l'accord pour qu'il entre en vigueur (55%, 70%...) ? Si ce seuil est atteint, l'accord pourra-t-il entrer en vigueur avant 2020 ? Le sujet n'est pas anecdotique : un seuil élevé donne un quasi droit de veto aux gros émetteurs... On se souvient que c'est ce qui avait retardé l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto jusqu'en 2005.
La prochaine version sera présentée demain 9h. Ce sera normalement la dernière et elle sera proposée directement à l'adoption samedi. La COP21 peut s'écrouler à ce moment-là, avec comme cas le plus extrême une fin de la conférence sans accord si le texte présenté ne parvient pas à recueillir l'unanimité, mais une issue positive reste possible...
Les discussions des prochaines 24h vont être décisives mais discrètes : nous ne saurons où nous en sommes que demain au réveil.
Samedi 12 décembre
Grosse fatigue...
Le projet d'accord publié jeudi soir représentait un réel progrès : le nombre
d'options avait été radicalement réduit (seulement une
quarantaine de passages restaient entre crochets) tout en préservant l'essentiel de l'ambition, mais
au lieu de régler les derniers détails, les consultations de la nuit
ont taillé en pièces cette proposition.Les consultations ont continué en bilatéral toute la journée d'hier mais rien ou presque n'a filtré. C'est extrêmement frustrant : ce que nous vivons est, au moins, l'équivalent diplomatique d'une finale de coupe du monde. Et on nous fait attendre le score final, sans le son ni l'image...
De nombreuses discussions bilatérales ont eu lieu vendredi, elles auront sans doute été décisives mais nous n'en savons rien... Les quelques ministres aux traits tirés qui se sont aventurés à donner une conférence de presse sont restés énigmatiques. Nous ne saurons où nous en sommes que samedi à 11h30, lorsque le texte sera présenté au Comité de Paris. Le Comité de Paris n'étant qu'un groupe informel de consultation, il faudra ensuite une réunion de la COP (qui n'est pas encore annoncé à l'heure actuelle) pour l'adopter formellement. Dans le meillleur des cas, on peut espérer que la COP21 se terminera avec l'Accord de Paris dans l'après-midi.
Dimanche 13 décembre
C'est fait !
Le texte final de ce qui est désormais l'Accord de Paris a été publié peu après 13h30 samedi, il était en réalité très proche de la version précédente. Une dernière réunion du Comité de Paris a été programmée à 14h45, reculée à 18h30 pour ne commencer finalement que vers 20h15. Tout est allé extremement vite ensuite et l'Accord a été formellement adopté peu après 20h30.
Il reste évidemment beaucoup de travail... Pour analyser le texte final de l'Accord de Paris, pour le préciser et le rendre opérationnel lors des prochaines conférences sur le climat, pour le ratifier, et bien sur pour traduire en actes, en décisions politiques ou en choix industriels ce qui n'est encore qu'une série de promesses... Mais quelles promesses ! Le premier accord international sur le climat depuis presque 20 ans, sans doute le plus ambitieux jamais adopté !
Comme l'a dit la ministre sud-africaine de l'environnement hier soir : Aujourd'hui, prenons le temps de mesurer le chemin parcouru et de profiter de l'instant. Mais dès demain, il faudra se remettre en route...
Publié le 3 décembre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 13 décembre 2015
Depuis la conférence de Copenhague en 2009, la communauté internationale s'est fixé comme but de limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle. Les pays les plus exposés au changement climatique jugent depuis longtemps cet objectif insuffisant et demandent de ne pas dépasser 1.5°C.

Ce débat se retrouve à la COP21 dans l'article 2 du futur accord de Paris. A ce stade plusieurs options restent ouvertes :
Compte-tenu des propositions des États, nous nous trouvons actuellement sur la trajectoire d'un réchauffement à 3°C environ. Limiter la hausse moyenne de la température à 2°C reste possible mais uniquement au prix d'efforts héroïques - et improbables (c'est pas moi qui le dit, c'est l'éditorial du numéro spécial de la revue Nature pour la COP21).
L'objectif de 1.5°C, lui, est largement hors d'atteinte. En effet, d'après le 5e rapport du GIEC (voir p. 64), pour avoir une probabilité de 66% de rester en dessous de 1.5°C, il faut que l'ensemble des émissions humaines ne dépassent pas 2250 milliards de tonnes équivalent-CO2 (GTeqCO2). Compte-tenu de ce qui a déjà été émis il ne nous restait plus en 2011 que 400GTeqCO2 à émettre... Au rythme actuel, nous dépasseront ce seuil autour de 2020.
Même en acceptant de n'avoir qu'une chance sur deux rester en dessous de 2°C, notre budget carbone ne serait que de 150GTeqCO2 de plus, soit un sursis de 3 ou 4 ans.
Le monde peut-il parvenir à une économie zéro-carbone avant 2025 ? A ma connaissance, personne ne l'envisage, aucune ONG ne fait campagne là-dessus, aucun scénario n'a été proposé, aucune technologie actuelle ou en développement ne suffit à atteindre cet objectif sans baisse brutale du niveau de vie...
La communauté internationale s'apprête donc à se donner un objectif qu'elle sait pertinemment ne pas pouvoir atteindre.
J'entends parfaitement le désespoir croissant des pays qui subissent déjà les effets du changement climatique et les arguments humanitaires et éthiques en faveur de cet objectif, même inatteignable. Mais qu'il soit quand même permis de se demander ce qu'il implique pour le futur accord de Paris.
A ce sujet, j'ai au moins trois préoccupations :
Les bons textes internationaux sont faits pour durer... Les difficiles négociations qui sont en cours autour de la différenciation montrent qu'une principe inattaquable au moment de son adoption peut, s'il n'est pas assez flexible, se changer quelques années plus tard en obstacle à l'action. N'est-on pas en train de refaire la même erreur en inscrivant un objectif de 1.5°C dans l'accord de Paris ?
Publié le 10 décembre 2015 par Thibault Laconde

Ce débat se retrouve à la COP21 dans l'article 2 du futur accord de Paris. A ce stade plusieurs options restent ouvertes :
- L'objectif de Copenhague : "Contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels",
- La demande des pays vulnérables : "en dessous de 1,5 °C",
- Et une formulation intermédiaire : "bien en dessous de 2 °C" avec une mention de la limite de 1.5°C.
> Pour plus de détails, vous pouvez desormais consulter mon analyse du texte final de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques
1.5°C... promesse d'ivrogne
Compte-tenu des propositions des États, nous nous trouvons actuellement sur la trajectoire d'un réchauffement à 3°C environ. Limiter la hausse moyenne de la température à 2°C reste possible mais uniquement au prix d'efforts héroïques - et improbables (c'est pas moi qui le dit, c'est l'éditorial du numéro spécial de la revue Nature pour la COP21).
L'objectif de 1.5°C, lui, est largement hors d'atteinte. En effet, d'après le 5e rapport du GIEC (voir p. 64), pour avoir une probabilité de 66% de rester en dessous de 1.5°C, il faut que l'ensemble des émissions humaines ne dépassent pas 2250 milliards de tonnes équivalent-CO2 (GTeqCO2). Compte-tenu de ce qui a déjà été émis il ne nous restait plus en 2011 que 400GTeqCO2 à émettre... Au rythme actuel, nous dépasseront ce seuil autour de 2020.
Même en acceptant de n'avoir qu'une chance sur deux rester en dessous de 2°C, notre budget carbone ne serait que de 150GTeqCO2 de plus, soit un sursis de 3 ou 4 ans.
| Budget carbone (GIEC AR5) |
La communauté internationale s'apprête donc à se donner un objectif qu'elle sait pertinemment ne pas pouvoir atteindre.
Un objectif qui risque d'affaiblir l'accord
J'entends parfaitement le désespoir croissant des pays qui subissent déjà les effets du changement climatique et les arguments humanitaires et éthiques en faveur de cet objectif, même inatteignable. Mais qu'il soit quand même permis de se demander ce qu'il implique pour le futur accord de Paris.
A ce sujet, j'ai au moins trois préoccupations :
- Imaginons, comme cela semble le plus probable aujourd'hui, que l'accord fixe un objectif de 1.5°C et une révision des engagements nationaux en 2023 ou 2024. Cela signifie que cette première révision aura sans doute lieu alors que l'objectif fixé par l'accord sera déjà dépassé. Il me semble prévisible que ce calendrier légitimera un discours de laisser-faire : "de toute façon, c'est déjà trop tard, pourquoi devrions-nous faire plus d'efforts ?" Cela ne peux que nuire à l'ambition de la communauté internationale, voire entamer la portée juridique de l'accord qui sera partiellement obsolète au moment même où il doit supposé produire son effet.
- Puisque l'objectif n'est pas atteignable par une réduction des émissions, il me semble aussi qu'il fait le lit d'idées dangereuses comme le dépassement temporaire ("overshoot") et d'hypothétiques solutions technologiques pour refroidir le climat.
- En cas de non-respect, l'accord de Paris pourrait servir de base à des actions en justice contre les États qui le ratifieront, soit de leurs citoyens (comme récemment aux Pays Bas ou au Pakistan) soit de pays-tiers. S'il contient un objectif irréaliste, cela ne va-t-il pas nuire au processus de ratifications ou inciter des pays à se retirer de l'accord pour éviter des poursuites ?
Les bons textes internationaux sont faits pour durer... Les difficiles négociations qui sont en cours autour de la différenciation montrent qu'une principe inattaquable au moment de son adoption peut, s'il n'est pas assez flexible, se changer quelques années plus tard en obstacle à l'action. N'est-on pas en train de refaire la même erreur en inscrivant un objectif de 1.5°C dans l'accord de Paris ?
Publié le 10 décembre 2015 par Thibault Laconde
Demain s'ouvre officiellement la conférence de Paris sur le Climat. Ses objectifs sont connus - ils ont été fixés par le mandat de Durban : il s'agit d'une part de trouver un nouvel accord permettant de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C et d'autre part de financer l'adaptation des pays en développement.
Mais que va-t-il vraiment se passer pendant ces deux semaines. Comme disait l'autre, "la prédiction est un art difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir", mais il faut savoir vivre dangereusement...
Voici donc en 4 questions, ce qui va vraisemblablement se passer et pourquoi :
Les pays ne se séparent presque jamais après une COP sans un accord (la seule exception est la COP6 de La Haye). La question n'est donc pas s'il y aura un accord à la COP21 mais à quoi il ressemblera. Et en particulier : la conférence de Paris pourra-t-elle aboutir à un texte juridiquement contraignant ?
Un accord juridiquement contraignant s'impose sur le droit national des pays qui le ratifient : une fois que vous vous êtes engagé, vous ne pouvez plus revenir en arrière même en modifiant votre loi ou votre constitution. C'est donc, en théorie, un engagement très fort. Et comme les règles de l'ONU impose l'unanimité, il est toujours difficile d'y parvenir.
Mais si l'accord de Paris ne sera pas entièrement juridiquement contraignant, c'est pour une autre raison : Barack Obama n'a ni le temps, ni les moyens politiques d'obtenir le vote des deux-tiers du Sénat, comme l'impose la Constitution américaine pour la ratification des accords internationaux.
Il peut s'en sortir par une pirouette juridique : le président des États-Unis peut engager son pays sans passer par le Sénat avec un "executive agreement". De nombreux juristes ont planché sur la question et le consensus qui se dégage est qu'Obama pourrait signer sans l'accord du Sénat à condition que le texte ne contienne pas d'engagement d'émission ni de financement.
Évidemment, cela réduit fortement les ambitions... Mais a-t-on le choix ? Les États-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète et il est peu probable que les grands pays émergents, Inde (3e émetteur) et Chine (1ère) en tête, signent s'ils ont un doute sur l'engagement américain.
Sauf à créer une coquille vide, la communauté internationale est donc obligée de tailler un texte sur mesure pour les États-Unis. Cette contrainte exclut un accord entièrement juridiquement contraignant, il est probable que le texte qui sortira de la COP21 sera hybride : avec des parties contraignantes (probablement la procédure de révision des engagements) complétés par des engagements politiques (sur les émissions et les financements).
C'est l'autre point-clé du mandat de Durban, hérité de la conférence de Copenhague : la communauté internationale veut limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle.
Vous l'aurez compris à ce stade, il y aura vraisemblablement un accord le 11 décembre mais il sera insuffisant et très en recul par rapport aux objectifs affichés par le mandat de Durban.
Mais que va-t-il vraiment se passer pendant ces deux semaines. Comme disait l'autre, "la prédiction est un art difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir", mais il faut savoir vivre dangereusement...
Voici donc en 4 questions, ce qui va vraisemblablement se passer et pourquoi :
- Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ?
- Sera-t-il suffisant pour rester sous le seuil des 2°C ?
- Qui seront les pays au centre des discussions ?
- Et pour finir, est-ce que la COP21 sera un succès ?
[Edit] Pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la COP21, vous pouvez desormais télécharger mon analyse de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques
Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ?
Oui, mais pas entièrement.
Les pays ne se séparent presque jamais après une COP sans un accord (la seule exception est la COP6 de La Haye). La question n'est donc pas s'il y aura un accord à la COP21 mais à quoi il ressemblera. Et en particulier : la conférence de Paris pourra-t-elle aboutir à un texte juridiquement contraignant ?
Un accord juridiquement contraignant s'impose sur le droit national des pays qui le ratifient : une fois que vous vous êtes engagé, vous ne pouvez plus revenir en arrière même en modifiant votre loi ou votre constitution. C'est donc, en théorie, un engagement très fort. Et comme les règles de l'ONU impose l'unanimité, il est toujours difficile d'y parvenir.
Mais si l'accord de Paris ne sera pas entièrement juridiquement contraignant, c'est pour une autre raison : Barack Obama n'a ni le temps, ni les moyens politiques d'obtenir le vote des deux-tiers du Sénat, comme l'impose la Constitution américaine pour la ratification des accords internationaux.
Il peut s'en sortir par une pirouette juridique : le président des États-Unis peut engager son pays sans passer par le Sénat avec un "executive agreement". De nombreux juristes ont planché sur la question et le consensus qui se dégage est qu'Obama pourrait signer sans l'accord du Sénat à condition que le texte ne contienne pas d'engagement d'émission ni de financement.
Évidemment, cela réduit fortement les ambitions... Mais a-t-on le choix ? Les États-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète et il est peu probable que les grands pays émergents, Inde (3e émetteur) et Chine (1ère) en tête, signent s'ils ont un doute sur l'engagement américain.
Sauf à créer une coquille vide, la communauté internationale est donc obligée de tailler un texte sur mesure pour les États-Unis. Cette contrainte exclut un accord entièrement juridiquement contraignant, il est probable que le texte qui sortira de la COP21 sera hybride : avec des parties contraignantes (probablement la procédure de révision des engagements) complétés par des engagements politiques (sur les émissions et les financements).
Est-ce que l'accord permettra de rester sous le seuil de 2°C ?
Non.
C'est l'autre point-clé du mandat de Durban, hérité de la conférence de Copenhague : la communauté internationale veut limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle.
Les engagements de réduction des émissions qui seront pris à Paris (et qui n'auront pas de valeur juridique, cf. paragraphe précédent) seront sans doute insuffisants pour atteindre cet objectif. En effet, en amont de la conférence, les participants ont été invités à communiquer les engagement qu'ils sont prêts à prendre (aussi appelés INDC). Lorsque l'on agrège ces chiffres et qu'on les entre dans un modèle climatique, on voit qu'on se trouve sur la trajectoire d'une hausse de 3°C plutôt que de 2.
Un degrés de plus, ça peut paraître peu mais cela correspond à plusieurs centaines de milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Même si on est pas à l'abri d'une bonne surprise et d'engagements plus ambitieux annoncés pendant la conférence, il est peu probable qu'ils soient suffisants. C'est la raison pour laquelle il est important que l'accord contienne des clauses de revoyure, prévoyant un examen et une révision régulière des engagements.
Quels pays vont bloquer ? Quels pays vont être au centre des discussions ?
Les pays pétroliers et les grands émergents
Les INDC permettent également de deviner le rôle des différents pays, et deux choses semblent évidentes :
- Les pays pétroliers n'ont pas caché leurs mauvaise volonté : seuls deux pays membres de l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole ont publié leurs INDC dans les temps (l'Algérie et l'Equateur). Et lorsque, comme l'Arabie Saoudite, ils ont fini par rendre leurs copies elles se sont révélées très décevantes.
- La Chine et l'Inde sont désormais au coeur du problème. Au début des années 90, le changement climatique était surtout un problème européen et américain. Depuis la Chine a connu un développement fulgurant et elle est devenue le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en 2007, l'Inde suit aujourd'hui le même chemin. D'après les INDC, en 2030, l'Inde et la Chine devraient être les deux premiers pollueurs de la planète très loin devant les États-Unis et l'Union Européenne.
D'ici 15 ans, les émissions de ces deux pays devraient écraser celles des autres grandes économies : la Chine émettra 5 fois plus que l'Europe, l'Inde 3 fois plus. Et les émissions australiennes, par exemple, ne représenteront plus que 3% des émissions chinoises... Dans ces conditions, la Chine et l'Inde vont se retrouver au coeur des discussions : compte-tenu des volumes en jeu un effort supplémentaire de leur part, même quelques dixièmes de pourcents, sera significatif ! La position de l'Inde, qui est traditionnellement très attachée au droit au développement, sera particulièrement observée.
Alors, la COP21 sera un succès ou un échec ?
Tout dépend ce qu'on en attend...
Vous l'aurez compris à ce stade, il y aura vraisemblablement un accord le 11 décembre mais il sera insuffisant et très en recul par rapport aux objectifs affichés par le mandat de Durban.
Mais d'un autre coté, le texte qui sortira de la COP21 sera sans doute le plus ambitieux et le plus complet de l'histoire des négociations climatiques : pour la première fois tous les pays devraient être à bord et s'engager sur une trajectoire de réchauffement beaucoup plus basse que les 4 à 5°C que nous aurions si nous ne faisions rien. La conférence de Paris devrait aussi permettre de redéfinir une méthode et des principes qui remettent les discussions sur les rails après 20 ans d'échec.
Alors est-ce que ça en fait un échec ou un succès ? Une chose est sure : la question du changement climatique ne sera pas résolue à la fin du sommet : les engagements pris devront être vérifiés et revus régulièrement, ils devront être déclinés dans les politiques nationales, mis en oeuvre par les collectivités, les entreprises et les consommateurs... Même si je m'attend à un succès, la conférence de Paris sera plus un nouveau départ qu'un aboutissement.
Publié le 29 novembre 2015 par Thibault Laconde
Publié le 29 novembre 2015 par Thibault Laconde
Passé le moment d'effroi, que faire dans de telles circonstances si ce n'est aller de l'avant ? Alourdi par le deuil, peut-être un peu tremblant, mais ni arrêté, ni ralenti, ni détourné de nos objectifs.Alors voilà... Dans tout juste deux semaines s'ouvrira à Paris la 21e conférence de l'ONU sur le climat. Il ne nous reste que quelques jours pour en faire succès, et quelle meilleure réponse pourrions nous apporter à la barbarie que l'image d'une communauté internationale réunie et solidaire pour faire face aux défis qui l'assaillent ?
La COP21 aura lieu malgré tout
L'annulation ou le report de ce rendez-vous aurait été dramatique. Sans même parler du signal que ce renoncement enverrait à nos agresseurs ou des enjeux de la conférence, c'est une machinerie trop imposante pour être arrêtée à deux semaines de l'ouverture : des années de négociations avec un mandat qui prévoit l'adoption d'un accord avant fin 2015, des centaines d'évènements d'ores-et-déjà prévus, des dizaines de milliers de personnes en route pour Paris...
Pour la même raison, je ne crois pas beaucoup à l'idée de limiter la COP aux seules négociations. Même si il faut déjà réfléchir à de nouvelles formes de mobilisations, même si certains événements vont vraisemblablement être annulés, notamment la marche pour le climat du 29 novembre à Paris où 300.000 personnes étaient attendues ou les concerts dans l'espace public, je pense que la majorité des salons, débats, expositions, etc. se tiendront comme prévus.
L'ambiance de la conférence sera cependant bouleversée. On peut imaginer que le drame de vendredi va conférer à la COP21 une solennité particulière et remettre la diplomatie au premier plan au détriment des autres acteurs notamment des ONG. La Conférence de Paris ne sera pas la fête populaire qu'elle aurait pu être mais au fond, c'est ça la réalité d'une COP : une négociation internationale austère avec des enjeux immenses.
Parler de terrorisme plutôt que de climat ? Pourquoi pas les deux.
Bien sur, les discussions risquent d'être polluées. Il n'a pas fallu attendre bien longtemps avant d'entendre par quelques individus s'offusquer que l'on réunisse les dirigeants de la planète pour discuter du changement climatique plutôt que pour agir face à la menace immédiate du terrorisme :
Substituer un sommet international pour en finir avec Daesh à la Cop21 serait conforme à l'ordre des priorités.
— Dominique Reynié (@DominiqueReynie) 14 Novembre 2015
Mais est-ce réellement incompatible ? La question de la sécurité a toute sa place dans une conférence sur le climat car une chose est certaine : nos émissions de gaz à effet de serre nous préparent un monde dans lequel les grandes sécheresses sont plus fréquentes, les rendements de l'agriculture baissent et la montée du niveau des mers déplace des millions de personnes... Dans beaucoup d'endroits, le siècle qui vient sera sans doute plus instable et plus violent que le précédent.
Quelques cyniques diront peut-être que les habitants de pays les plus pauvres et les plus fragiles sont les premiers concernés et que nous, pays développés, avons les moyens de nous adapter et de préserver nos conditions de vie. Ça n'a rien d'évident : souvenez de Katrina et comment même la première puissance mondiale a pu être déstabilisée par un phénomène climatique. De plus les attaques de vendredi nous rappellent qu'il serait naïf de penser que l'on pourra tenir à distance la violence dans un monde en chaos.
Ce n'est certainement pas un hasard si, aux États-Unis, le Pentagone tire la sonnette d'alarme depuis des années face à l'inertie des politiques !
Le Moyen-Orient, avant-goût du réchauffement climatique
Le Moyen Orient, d'où sont venus les attaques de vendredi, est justement un laboratoire grandeur nature du monde qui pourrait naître d'un réchauffement incontrôlé. Le Croissant Fertile a toujours connu des périodes de sécheresse mais elles sont devenues plus sévères et plus longues avec le changement climatique. Entre 2007 et 2010, la Syrie a connu la plus grave sécheresse jamais enregistré dans le pays. Résultat : 1.5 millions de syriens ont été déplacés, généralement des habitants des campagnes qui sont venus s'entasser en ville dans l'espoir de survivre à la perte de leurs récoltes et de leurs troupeaux.
Combiné à d'autres facteurs économique, politiques et sociaux, ce choc démographique a conduit au soulèvement de Daraa en 2011 et, de fil en aiguille, à la guerre civile et à la montée en puissance de Daech. Il ne s'agit pas là de spéculations mais d'un lien établi par plusieurs études publiées récemment dans des revues scientifiques (notamment celle-ci ou celle-ci).
Autre point commun entre la destabilisation du Moyen Orient et le changement climatique : notre dépendance aux énergies fossiles. Daech tire des centaines de millions de dollars du trafic de pétrole, un pétrole qui après un long chemin en contrebande atterrit... dans nos réservoirs. Directement ou indirectement (via les pays pétroliers du Golfe qui les financent), les groupes terroristes du Moyen-Orient s'enrochisse de notre dépendance aux énergies fossiles.
Plus résolus que jamais !
Évidemment, il ne s'agit pas de dire que le changement climatique est responsable des attaques de vendredi mais prenons cette occasion pour rappeler deux vérités élémentaires :
- Le changement climatique n'est pas une menace lointaine et incertaine, c'est un phénomène en cours qui fait déjà des victimes.
- Limiter l'ampleur du changement climatique ce n'est pas faire plaisir aux arbres et aux petits oiseaux mais tenter de nous protéger, nous et nos sociétés, d'un choc d'une ampleur sans précédent.
Publié le 16 novembre 2015 par Thibault Laconde
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