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Climat : les émissions de gaz à effet de serre des 10 plus gros pollueurs de la planète entre 1990 et 2030

A la veille de la COP21, tous les pays participant à la Conférence de Paris ont été invités à remettre leurs propositions pour lutter contre le changement climatique. Malgré quelques réfractaires (notamment les pays exportateurs de pétrole), la grande majorité s'est acquitté de cette formalité dans les temps.
Ces documents (appelés INDC) contiennent les objectifs de chaque pays pour 2030. Avec un peu de patience, leur analyse permet de calculer les futures émissions de gaz à effet de serre et de dessiner la géopolitique du carbone pour les 20 ans à venir...

Dans cet article, je vous propose mes propres calculs pour les 10 plus gros émetteurs de la planète : Chine, États-Unis, Union Européenne à 27, Inde, Russie, Japon, Brésil Canada, Indonésie et Australie.
Comme d'habitude, l'ensemble des calculs et les hypothèses utilisées sont accessibles. Je vous recommande de les consulter si vous souhaitez réutiliser ces chiffres.

Pour un aperçu rapide, cette infographie présente l'évolution des émissions de gaz à effet de serre par habitants entre 1990 et 2030 :
Infographie : emissions de gaz à effet de serre par habitant pour les 10 plus gros pollueurs en 1990, 2010 et 2030 (d'après les INDC remises avant la COP21)


Évolution des émissions de gaz à effet de serre en valeur absolue


Commençons par les émissions totales de gaz à effet de serre. En 2030, les dix plus gros pollueurs de la planète devraient émettre un peu plus de 35 milliards de tonnes équivalent-CO2 contre 28GTeqCO2 en 2010.
La répartition est la suivante :
Emissions de gaz à effet de serre des 10 plus gros pollueurs de la planète, historique et projection à 2030

On voit qu'en 2030, le classement est très largement dominé par la Chine et l'Inde, responsables des 2/3 du total. Suivent de loin les États-Unis puis l'Union Européenne. L'Indonésie qui était dernière de ce top10 en 1990 atteint la 5e place. La Russie poursuit sa régression et est dépassée par le Japon. En bas de classement, on trouve le Brésil, le Canada et l'Australie.


Les émissions de CO2 par habitant


Mais les émissions totales ne sont pas un très bon indicateur : Comment comparer, par exemple, l'Australie et le Brésil alors que le second est dix fois plus peuplé ?
Pour se faire une idée plus exacte des efforts réalisés par chacun, il faut calculer les émissions par habitant. Et celles-ci racontent une autre histoire :
Emissions de CO2 par habitant passées et futures (prospective à 2030) dans les 10 pays les plus polluants du monde
L'Australie et le Canada qui étaient en queue de classement se retrouvent premier et deuxième, suivis des États-Unis. Malgré une baisse sensible de leurs émissions, la hiérarchie des pires pollueurs de la planète n'est pas modifié : ces trois pays sont déjà sur le podium aujourd'hui...
Arrive ensuite la Chine dont les émissions par habitant s'approchent de celle des États-Unis ! Les émissions indiennes aussi connaissent un bond spectaculaire : elles sont multipliée par 3 en 20 ans.

Dans le sens inverse, les européens polluent de moins en moins : avec des émissions par habitant pratiquement divisée par 2 entre 1990 et 2030, ils se trouvent en 2030 derrière l'Inde ou l'Indonésie.
Enfin, il faut saluer l'ambition brésilienne : compte-tenu de la croissance de sa population, il réalise un effort considérable. Si les objectifs définis dans son INDC sont tenus, ses émissions par habitant devraient avoir baissé de moitié en 2030 par rapport à 2010 !

Que signifient ces évolutions pour les négociations internationales sur le climat ? C'est l'objet d'un autre article que vous pouvez retrouver ici.


Publié le 5 octobre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 19 juillet 2016. 


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COP21 : Qu'est-ce que le principe de différenciation et pourquoi ça coince ?

Prenez un sujet qui bloque les négociations en ce moment même à la COP21 (les financements, le mécanisme de revoyure, etc.) et creusez un petit peu... Vous tomberez presque toujours sur le même problème : la différenciation.

Ce principe, qui remonte aux origines des négociations sur le climat, a empoisonné les discussions depuis deux décennies. Même s'il a été largement assoupli lors des préparatifs de la conférence de Paris, il continue à poser problème... 


> Pour aller plus loin, , vous pouvez desormais consulter mon analyse de l'Accord de Paris et de ses conséquences technologiques et économiques



La différenciation : Kezako ?


La différenciation, ou la CBDR ("Common But Differentiated Responsability") est un des principes inscrits dans la Déclaration de Rio, adoptée lors du Sommet de la Terre de 1992 (pdf) :

"Étant donné la diversité des rôles joués dans la dégradation de l'environnement mondial, les États ont des responsabilités communes mais différenciées. Les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l'effort international en faveur du développement durable, compte tenu des pressions que leurs sociétés exercent sur l'environnement mondial et des techniques et des ressources financières dont ils disposent."

En gros, ce principe affirme que la protection de l'environnement est une responsabilité mondiale mais que les efforts des différents pays doivent être modulés en fonction :
  • De leur responsabilité historique : les pays qui se sont industrialisés plus tôt et qui ont contribué depuis plus longtemps à la dégradation de la planète doivent faire plus d'effort.
  • Des moyens techniques et financiers dont ils disposent.

Ce principe joue un rôle important dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le texte fondateur des négociations sur le climat qui a aussi été adopté pendant le Sommet de la Terre. Mais la Convention va plus loin. Non seulement elle invoque trois fois ce principe mais elle divise les pays en deux groupes, développé ou non, et fixe des obligations plus importantes pour les premiers qu'elle liste dans son annexe I.
Quelques années plus tard, le protocole de Kyoto va encore plus loin dans la différenciation : les 38 pays énumérés dans l'annexe I de la Convention s'engagent à réduire leurs émissions alors que les autres n'ont aucune obligation.


Et alors, c'est quoi le problème ?


La différenciation, telle qu'elle est énoncée par la Déclaration de Rio, est un principe de justice et de bon sens. Mais avec la Convention-Climat puis le protocole de Kyoto, il a dérivé dangereusement :
  • D'une part, la convention a gravé dans le marbre la liste des pays de l'annexe I qui sont supposés responsables et capables d'agir, une liste qui ne peut que devenir de plus en plus artificielle avec le temps. Presque un quart de siècle après, beaucoup de gros émetteurs ne figurent pas dans l'annexe I et certains dépassent des pays "développés" en richesse par habitant.
  • D'autre part, le Protocole de Kyoto donne une interprétation extrême de ce principe puisque la différenciation devient une absence totale d'engagement pour les pays hors-annexe I.
A posteriori, cette dérive est largement responsable des échecs de la communauté internationale sur les questions climatiques. C'est notamment parce qu'il refusait de s'engager sans contrepartie des pays en développement que le Sénat américain n'a pas ratifié le Protocole de Kyoto en 1997. Et c'est en grande partie parce qu'ils ne voulaient pas renoncer à ce privilège que les grands émergent ont fait capoter le Sommet de Copenhage en 2009...

Aujourd'hui, la différenciation se retrouve encore au coeur des débats avec plusieurs problèmes sur :
  • Les financements : Qui doit payer et qui doit recevoir ? On peut difficilement s'empêcher de sourire lorsqu'on voit le Qatar réclamer l'aide internationale...
  • Les "pertes et dommages" : les pays les plus vulnérables souffrent du réchauffement climatique alors qu'ils n'en sont pas responsables et réclament des compensations. Mais pour ça, il faudrait pouvoir définir qui sont les victimes du changement climatique, et qui sont les coupables. 
  • Les réductions d'émissions : en 2030, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre seront la Chine et l'Inde et leurs émissions par habitant seront supérieures à celles de l'Europe. L'accord ne devrait-il pas refléter l'avenir plutôt que le passé ? Le mécanisme de revoyure pose le même problème mais de façon encore plus aiguë...

Que va-t-on faire de la CBDR ?


Inscrit dans le texte fondateur des négociations climatiques, le principe de différentiation est pratiquement intouchable. D'autant qu'il cimente le G77+Chine, la puissante coalition des pays en développement. Sans surprise, les tentatives de gommer ce principe du projet d'accord de Paris ont provoqué une levée de boucliers des grands émergent mais aussi des pays les moins développés.

Même si la liste de pays établie en 1992 est manifestement obsolète, il n'est donc pas question de la remettre en cause frontalement, plutôt de l'assouplir. Le principe restera mais tous les pays seront encouragés à contribuer en fonction de leurs moyens.
Même si la mention de cet assouplissement dans l'accord de Paris reste problématique, beaucoup de travail a déjà été fait dans ce sens : tous les pays ont été invité à communiquer des objectifs volontaires de réduction des émissions (les fameuses INDC), certains pays hors annexe I ont d'ores-et-déjà accepté de contribuer au Fond Vert...

De son coté, le G77 devrait aussi faire la police dans ses rangs pour éviter l'instrumentalisation du principe de différenciation par des pays qui cherchent manifestement à échapper à leurs responsabilités ou à ralentir les négociations.

Publié le 8 décembre 2015 par Thibault Laconde



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La COP21 sera-t-elle un succès ? (et autres tentatives plus ou moins imprudentes de divination)

prévoir le déroulement de la COP21 et ses résultats pour le climat
Demain s'ouvre officiellement la conférence de Paris sur le Climat. Ses objectifs sont connus - ils ont été fixés par le mandat de Durban : il s'agit d'une part de trouver un nouvel accord permettant de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C et d'autre part de financer l'adaptation des pays en développement.

Mais que va-t-il vraiment se passer pendant ces deux semaines. Comme disait l'autre, "la prédiction est un art difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir", mais il faut savoir vivre dangereusement...

Voici donc en 4 questions, ce qui va vraisemblablement se passer et pourquoi :
Rendez-vous dans deux semaines pour vérifier...

[Edit] Pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la COP21, vous pouvez desormais télécharger mon analyse de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques



Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ?

Oui, mais pas entièrement.


Les pays ne se séparent presque jamais après une COP sans un accord (la seule exception est la COP6 de La Haye). La question n'est donc pas s'il y aura un accord à la COP21 mais à quoi il ressemblera. Et en particulier : la conférence de Paris pourra-t-elle aboutir à un texte juridiquement contraignant ?

Un accord juridiquement contraignant s'impose sur le droit national des pays qui le ratifient : une fois que vous vous êtes engagé, vous ne pouvez plus revenir en arrière même en modifiant votre  loi ou votre constitution. C'est donc, en théorie, un engagement très fort. Et comme les règles de l'ONU impose l'unanimité, il est toujours difficile d'y parvenir.

Mais si l'accord de Paris ne sera pas entièrement juridiquement contraignant, c'est pour une autre raison : Barack Obama n'a ni le temps, ni les moyens politiques d'obtenir le vote des deux-tiers du Sénat, comme l'impose la Constitution américaine pour la ratification des accords internationaux.
Il peut s'en sortir par une pirouette juridique : le président des États-Unis peut engager son pays sans passer par le Sénat avec un "executive agreement". De nombreux juristes ont planché sur la question et le consensus qui se dégage est qu'Obama pourrait signer sans l'accord du Sénat à condition que le texte ne contienne pas d'engagement d'émission ni de financement.
Évidemment, cela réduit fortement les ambitions... Mais a-t-on le choix ? Les États-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète et il est peu probable que les grands pays émergents, Inde (3e émetteur) et Chine (1ère) en tête, signent s'ils ont un doute sur l'engagement américain.

Sauf à créer une coquille vide, la communauté internationale est donc obligée de tailler un texte sur mesure pour les États-Unis. Cette contrainte exclut un accord entièrement juridiquement contraignant, il est probable que le texte qui sortira de la COP21 sera hybride : avec des parties contraignantes (probablement la procédure de révision des engagements) complétés par des engagements politiques (sur les émissions et les financements).


Est-ce que l'accord permettra de rester sous le seuil de 2°C ?

Non.


C'est l'autre point-clé du mandat de Durban, hérité de la conférence de Copenhague : la communauté internationale veut limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle.
Les engagements de réduction des émissions qui seront pris à Paris (et qui n'auront pas de valeur juridique, cf. paragraphe précédent) seront sans doute insuffisants pour atteindre cet objectif. En effet, en amont de la conférence, les participants ont été invités à communiquer les engagement qu'ils sont prêts à prendre (aussi appelés INDC). Lorsque l'on agrège ces chiffres et qu'on les entre dans un modèle climatique, on voit qu'on se trouve sur la trajectoire d'une hausse de 3°C plutôt que de 2.

Un degrés de plus, ça peut paraître peu mais cela correspond à plusieurs centaines de milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Même si on est pas à l'abri d'une bonne surprise et d'engagements plus ambitieux annoncés pendant la conférence, il est peu probable qu'ils soient suffisants. C'est la raison pour laquelle il est important que l'accord contienne des clauses de revoyure, prévoyant un examen et une révision régulière des engagements.


Quels pays vont bloquer ? Quels pays vont être au centre des discussions ?

Les pays pétroliers et les grands émergents


Les INDC permettent également de deviner le rôle des différents pays, et deux choses semblent évidentes :
  • Les pays pétroliers n'ont pas caché leurs mauvaise volonté : seuls deux pays membres de l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole ont publié leurs INDC dans les temps (l'Algérie et l'Equateur). Et lorsque, comme l'Arabie Saoudite, ils ont fini par rendre leurs copies elles se sont révélées très décevantes.
  • La Chine et l'Inde sont désormais au coeur du problème. Au début des années 90, le changement climatique était surtout un problème européen et américain. Depuis la Chine a connu un développement fulgurant et elle est devenue le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en 2007, l'Inde suit aujourd'hui le même chemin. D'après les INDC, en 2030, l'Inde et la Chine devraient être les deux premiers pollueurs de la planète très loin devant les États-Unis et l'Union Européenne.

    prévision d'émission de GES pour les principaux pays en 2030 : pourquoi la Chine et l'Inde seront les pays-clé de la COP21

    D'ici 15 ans, les émissions de ces deux pays devraient écraser celles des autres grandes économies : la Chine émettra 5 fois plus que l'Europe, l'Inde 3 fois plus. Et les émissions australiennes, par exemple, ne représenteront plus que 3% des émissions chinoises... Dans ces conditions, la Chine et l'Inde vont se retrouver au coeur des discussions : compte-tenu des volumes en jeu un effort supplémentaire de leur part, même quelques dixièmes de pourcents, sera significatif ! La position de l'Inde, qui est traditionnellement très attachée au droit au développement, sera particulièrement observée.
Ces deux groupes de pays sont, a priori, protégés par le principe de responsabilité commune mais différenciée. Un principe inscrit dans la Convention Climat signée en 1992 et qui veut que les pays industrialisés (listés dans l'annexe I) soient les principaux responsables du changement climatique et doivent porter l'essentiel des efforts. On peut donc prévoir que ce principe de différencienciation sera au coeur des discussions.


Alors, la COP21 sera un succès ou un échec ?

Tout dépend ce qu'on en attend...


Vous l'aurez compris à ce stade, il y aura vraisemblablement un accord le 11 décembre mais il sera insuffisant et très en recul par rapport aux objectifs affichés par le mandat de Durban.
Mais d'un autre coté, le texte qui sortira de la COP21 sera sans doute le plus ambitieux et le plus complet de l'histoire des négociations climatiques : pour la première fois tous les pays devraient être à bord et s'engager sur une trajectoire de réchauffement beaucoup plus basse que les 4 à 5°C que nous aurions si nous ne faisions rien. La conférence de Paris devrait aussi permettre de redéfinir une méthode et des principes qui remettent les discussions sur les rails après 20 ans d'échec.

Alors est-ce que ça en fait un échec ou un succès ? Une chose est sure : la question du changement climatique ne sera pas résolue à la fin du sommet : les engagements pris devront être vérifiés et revus régulièrement, ils devront être déclinés dans les politiques nationales, mis en oeuvre par les collectivités, les entreprises et les consommateurs... Même si je m'attend à un succès, la conférence de Paris sera plus un nouveau départ qu'un aboutissement.

Publié le 29 novembre 2015 par Thibault Laconde


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Concours d'approximations sur les propositions indiennes avant la COP21

Elle s'est fait attendre mais elle est finalement arrivée : l'INDC indienne est tombée le 1er octobre dans la soirée alors que la date-butoir était fixée à minuit. L'Inde a été le dernier pays du G20 a s'acquitter de cette formalité.
Dans son document, l'Inde détaille les engagements qu'elle est prête à prendre lors de la Conférence de Paris sur le Climat. Il contient essentiellement deux propositions chiffrées :
  1. Faire baisser l'intensité carbone de l'économie indienne de 33 à 35% entre 2005 et 2030,
  2. Augmenter à 40% du total la puissance électrique installée issue de sources non-fossiles en 2030.