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Privatisation de Saudi Aramco : et le climat dans tout ça ?

Au debut du mois de décembre, Saudi Aramco devrait faire son entrée à la Bourse de Riyadh. Attendue depuis près de 4 ans, la privatisation partielle de la compagnie pétrolière nationale saoudienne a enchaîné les accrocs et les contretemps. L'entreprise a renoncé à être cotée dans une bourse internationale et ses futurs actionnaires devraient se recruter principalement parmi les investisseurs locaux ou des fonds d'investissement "amis" venus de Russie ou de Chine.
Les fonds internationaux ont bien des raisons de bouder l'opération : le prix jugé trop élevé, la vulnérabilité des installations face à des attaques comme celles de septembre, la crainte d'une instrumentalisation politique de l'entreprise... Il y cependant un autre risque qui n'a apparemment pas été pris en compte : l'effet du changement climatique sur l'activité de Saudi Aramco.

> Cet article est basé sur une étude plus complète effets du changement climatique pour Saudi Aramco. Le rapport complet est accessibles ici : Saudi Aramco : évaluation préliminaire des risques climatiques.


Trop chaud pour produire du pétrole ?


La compagnie pétrolière saoudienne, Saudi Aramco, reconnait que le déreglement climatique peut avoir un effet négatif sur ses résultats
Les infrastructures exploitées par les compagnies pétrolières ont une durée de vie longue, les construire ou les modifier coûte très cher. Elles sont donc vulnérables à une évolution du climat qui rendrait obsolète les hypothèses utilisées à leur conception.
Et comme les procédés pétroliers sont complexes et très interdépendants, la défaillance d'un équipement sensible peut avoir des effets disproportionnés et menacer le fonctionnement d'une installation beaucoup plus vaste voire de l'ensemble de l'ensemble des activités avales.

Il n'est donc pas inutile de se demander s'il dans les installations pétrolières des équipements dont le fonctionnement peut être perturbé par l'évolution du climat.

Pour la température, la réponse est oui : de nombreuses infrastructures utilisées dans le transport et le raffinage des hydrocarbures sont sensibles aux fortes chaleurs.

La liquéfaction du gaz en vue de son transport est un bon exemple : elle nécessite de le refroidir jusqu'à -162°C. Il est facile de comprendre que plus la température ambiante est élevée plus cette opération est difficile à réaliser. Les trains de liquéfaction sont dimensionnés pour fonctionner jusqu'à une température maximale et les adapter à des température plus élevées n'a rien d'évident. Quand on sait que la température moyenne en Arabie Saoudite augmente de l'ordre de 0.5°C par décennie depuis les années 1980, il est est probable que les seuils de température seront de plus en plus souvent dépassés.
Le même problème se pose évidemment pour d'autres systèmes de réfrigération, par exemple les unités de condensation dans les raffineries. Et d'autres équipements sont sensibles à la température, par exemple les séparateurs et les infrastructures électriques. Les incident dans ce domaine ne sont pas de la science fiction : pendant l'été 2017, un transformateur a pris feu dans une raffinerie située sur la côte de la Mer Rouge apparemment à cause de la chaleur.

Réchauffement climatique : évolution de la température en Arabie Saoudite
Température moyenne à l'horizon 2020-2050 comparée à 1976-2005 pour le scénario RCP8.5 (gauche) et RCP4.5 (droite)

La hausse de la température a aussi un effet indirect sur l'industrie pétrolière au travers de ses travailleurs. L'effet négatif de la chaleur sur la productivité et la santé est bien connu mais il est particulièrement important dans un pays comme l'Arabie Saoudite qui est déjà soumis à des températures extrêmes.
Dans l'est de l'Arabie Saoudite, où se trouvent les principaux gisements exploités par Saudi Aramco, la température pourrait dépasser 50°C plusieurs jours par an d'ici une dizaine d'années. Avec de telles vagues de chaleur, intervenir en extérieur devient pratiquement impossible. D'ailleurs, la réglementation saoudienne interdit le travail à l'extérieur lorsque la température dépasse 50°C et entre 12h et 15h en été (mais cette dernière règle ne s'applique pas dans le secteur pétrolier).


Trop d'eau... ou pas assez


L'Arabie Saoudite a beau ne posséder aucun cours d'eau permanent, les inondations sont considérées comme le principal risque naturel dans le pays. La côte de la Mer Rouge en particulier reçoit régulièrement des pluies violentes qui viennent remplir les oueds et causent des inondations dévastatrices. Les observations météorologiques montrent une intensification de ces épisodes pluvieux et la tendance devrait se poursuivre.
Certaines des installations exploitées par Aramco sont à proximité immédiate de ces zones à risques : le complexe pétrochimique de Yanbu par exemple a été partiellement inondé en 2011. C'est aussi le cas de Port Arthur, la plus grande raffinerie des États-Unis dont Saudi Aramco a achevé le rachat en 2017 : elle a été inondée en 2016 et 2017, au point que les projets d'extension ont été abandonnés.

Mais même si le changement climatique pourrait apporter plus d'eau sur le territoire saoudien, cette augmentation des précipitation devrait être compensée par l'augmentation des températures donc de l'évaporation. Dans le meilleure des cas, l'aridité du pays devrait rester à peu près la même alors que sa consommation en eau augmente rapidement et que les ressources fossiles se réduisent.
L'accès à l'eau, indispensable à la production et au raffinage du pétrole, pourrait donc devenir plus compliqué. L'industrie pétrolière saoudienne dépend déjà largement d'usines de dessalement pour son fonctionnement, un mécanisme digne des shadocks : produire du pétrole, le brûler pour produire de l'électricité, utiliser l'électricité pour produire de l'eau, utiliser l'eau pour produire du pétrole... Il n'est pas évident que ce système soit soutenable sur les prochaines décennies. Et il va dans tous les cas représenter un coût énergétique et financier important.

Et puis il y a bien sur la hausse du niveau de la mer. Selon les projections, elle devrait être d'une quinzaine de centimètres entre 2030 et 2000. L'impact exact de cette hausse devrait être très important compte-tenu de la faible élévation des côtes saoudiennes.
Dès 2030, par exemple, la péninsule de Ras Tanura pourrait devenir... une île. Or c'est là qu'est situé un des plus importants terminaux pétrolier du pays et une raffinerie d'une capacité de 550.000 barils par jour. Même si ces installations ne sont pas menacées directement, difficile d'envisager qu'elles puissent continuer à fonctionner comme si de rien n'était alors que leur environnement change à ce point.

Températures extrêmes, éolution des précipitations, niveau de la mer : les principaux risques climatiques pour Saudi Aramco


Un problème pour Saudi Aramco mais aussi pour les investisseurs


A ce stade, la question que l'on m'a beaucoup posé ces derniers jours est : d'accord, mais qu'est-ce que ça signifie d'un point de vue financier ? Combien de millions ou de milliards de dollars valent ces risques ? Et qu'est-ce que ça signifie sur la la valorisation en bourse de Saudi Aramco ?

Franchement, je n'en sais rien : une telle évaluation est pratiquement impossible sans la collaboration de l'entreprise elle-même. Et même si Saudi Aramco reconnaît dans les documents accompagnant son entrée en bourse (p. 21) que le changement climatique peut avoir un impact négatif sur son activité, la compagnie ne communique aucun détail.
Peut-on sérieusement espérer se vendre pour près de 2000 milliards de dollars avec un angle mort aussi gros ?

Et peut-on réellement envisager d'investir dans une entreprise qui ne démontre pas qu'elle connaît et gère ces risques ?
Il me semble qu'il y a là un vrai problème pour les gestionnaires de fonds. Au-delà des pertes que pourraient entraîner ces investissements (et on a vu, par exemple avec PG&E, que les choses peuvent aller très vite), leur responsabilité peut être engagée. En droit anglosaxon notamment, les fonds doivent gérer les sommes qui leurs sont confiées en "personne prudente", c'est un composant de ce qu'on appelle leur responsabilité fiduciaire.
Il me parait difficile d'imaginer, en 2019, que quelqu'un d'un tant soit peu prudent et informé accepte de mettre son argent dans une entreprise déjà exposée à un climat extrême si elle ne démontre pas qu'elle est activement engagée dans l'adaptation de son activité à l'évolution du climat.


Publié le 22 novembre 2019 par Thibault Laconde



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[Infographie] Le carburant est-il vraiment cher ?

Comme tous le monde, j'observe l'agitation autour du prix des carburants. Et du coup je m'interroge : est-ce que le prix du carburant est vraiment élevé ? Pour répondre à cette question, j'ai comparé le carburant à d'autres produits de consommation courante avec l'aide des données de l'INSEE sur les prix moyens de vente au détail :

Infographie : le carburant est-il trop cher ? Comparaison du prix de l'essence à d'autres produits du quotidiens
Cliquez pour agrandir

Le résultat me parait sans appel : non, le carburant n'est pas cher. Au contraire.

Parmi les liquides que nous consommons au quotidien, seuls l'eau et le lait sont meilleur marché. Lorsqu'on songe à tout le travail qui est nécessaire pour amener un litre de pétrole dans votre réservoir - financement, exploration, extraction, transport sur des milliers de kilomètres, raffinage..., il semble même incroyable qu'en bout de chaîne le prix au litre soit inférieur, par exemple, à celui de l'huile de tournesol qui est un produit local et infiniment moins technique.

Si vous vous dites que ça vous fait une belle jambe parce que vous avez beaucoup plus besoin d'essence ou de diesel que de lait ou d'huile, c'est peut-être de là que vient votre problème et non du prix.

Publié le 15 novembre 2018 par Thibault Laconde

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[Infographie] Fin de l'exploitation d'hydrocarbures en France : on en reparle en 2040 ?

Vous avez fait quoi ce week-end ? Un peu de bricolage ? Une petite ballade en forêt ? Ou simplement la grasse matinée ? Hé bien, pendant que vous vous prélassiez, le gouvernement, lui, travaillait dur pour le soutenir la production pétrolière française !

Infographie : concession et permis d'exploration de pétrole et de gaz renouvellés, étendus ou prolongés en France

Le Journal Officiel daté du dimanche 2 février ferait presque passer la France pour un pays pétrolier : on y trouve 3 décrets accordant de nouvelles concessions pour l'exploitation de pétrole et de gaz - ce qui porte à 65 le nombre total de concessions en France.
Par ailleurs, 2 autres décrets prolongent des concessions existantes et une dernière est étendue. Et il y a aussi la prolongation de 3 permis pour la recherche d'hydrocarbures (qui s'ajoute à celle de 6 autres fin décembre) ainsi qu'une réforme du droit minier en outre-mer visant à faciliter les activités pétrolières en Guyane.

Vous trouvez que ça fait beaucoup pour un pays qui a adopté il y a un mois une loi prévoyant l'arret en 2040 de la production de pétrole et de gaz en France ? En fait, lors du vote de cette loi, Nicolas Hulot avait insisté : elle ne signifie pas que le gouvernement n'autorisera plus d'activités pétrolières en France et encore moins que les permis existants seront révoqués.
On se souvient que l'annulation des permis pour la recherche de gaz et pétrole de schiste après la loi de 2011 bannissant la fracturation hydraulique a été contesté en justice, lançant un feuilleton judiciaire qui se poursuit encore. Laisser les concessions existantes courir jusqu'à leur terme est donc, a priori, de bonne politique. Les prolonger ou en accorder de nouvelles est plus surprenant...

En fait, cet épisode me semble révélateur d'un  phénomène beaucoup plus large : à l'image de l'Accord de Paris qui vise zéro émission nette dans la seconde moitié du siècle, un peu partout dans le monde, les politiques énergétiques et climatiques commencent à se donner des objectifs à long-terme très ambitieux, mais dans le même temps on constate un relâchement à court-terme. Comme si l'engagement de devenir propre vers 2050 rendait moins nécessaires les efforts aujourd'hui.
La France en donne un parfait exemple : héraut de l'Accord de Paris mais laissant ses émissions croître, premier pays à fixer dans la loi la fin des énergies fossiles mais accélérant la recherche et l'exploitation d'hydrocarbures sur son territoire... Nous sommes le poivrot qui décide d'arrêter demain et s'offre un verre pour fêter ça !

Et il n'y a pas que nous : l'Allemagne va certainement rater ses objectifs d'émissions pour 2020, la Grande Bretagne devrait louper les siens en 2025, la Belgique ne fait pas mieux, les émissions du Japon s'envolent, on pourrait continuer... Il est peut-être temps de sortir de l'autosatisfaction et de réaliser que le vrai danger pour l'action climatique, ce ne sont pas les délires climatosceptiques d'un Trump mais notre propre laisser-aller.

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Pour ceux que ça intéressent, voici le détail des concessions et des permis de recherche modifiés le 2 février 2018 :

Trois nouvelles concessions :
  • Concession d'Amaltheus : Concession de 37km² dans la Marne et accordée à IPC France, le deuxième producteur de pétrole en France filiale du groupe suédois Lundin, jusqu’au 1er janvier 2040. 
  • Concession d'Avon-la-Pèze : Concession de 56km² située dans l’Aube et accordée pour 15 ans à Société pétrolière de production et d'exploitation (SPPE), une PME.
  • Concession de la Conquillie : Concession de 36km² située en Seine-et-Marne et accordée pour 15 ans à Vermilion, un groupe canadien et le premier producteur de pétrole en France avec environ 11.000 barils par jour.
Deux concessions prolongées :
  • Concession de Saint-Germain-Laxis : Concession de 20km² située en Seine-et-Marne et prolongée jusqu’au 28 septembre 2031.
  • Concession d’Eschau : Concession de 5km² située dans le Bas-Rhin et prolongée jusqu’au 10 octobre 2031.
Une concession étendue :
  • Concession de de Champotran : Cette concession située en Seine-et-Marne et accordée jusqu’au 14 août 2038, est étendue de 123km².
Trois "permis exclusif de recherches de mines d'hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux" sont prolongés :
  • Permis d’Aquila : Ce permis, accordé à Vermilion pour une zone de 283km² située sur la côte de la Gironde, est prolongé jusqu’au 21 juillet 2020. Une demande de prolongation pour ce permis avait été rejetée en mars 2017.
  • Permis de Forcelles : Ce permis d’exploration sur une zone de 20km² située en Meurthe-et-Moselle est prolongé jusqu’au 7 septembre 2021.
  • Permis de La Folie de Paris : Portant sur une zone située à l'intersection de l’Aube, de la Marne et de la Seine-et-Marne, ce permis est prolongé jusqu’au 7 août 2021 mais sur une surface réduite à 199km².
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Publié le 5 février 2017 par Thibault Laconde



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L'énergie du futur n'est plus ce qu'elle était

J'ai regardé récemment la bande annonce de Blade Runner 2049. Et on ne se refait pas : j'ai été frappé par la façon dont le film représente la production d'énergie dans ce futur proche.

Observatoire de la fracturation hydraulique - juin 2017

Chaque mois, retrouvez l'Observatoire de la fracturation hydraulique : les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont touché la production de gaz et pétrole de schiste.

> Télécharger la version complète en pdf

> Voir les mois précédents


Observatoire de la fracturation hydraulique et des hydrocarbures non-conventionnels



Dans l'actualité ce mois-ci :
  • Focus : le gaz de schiste a-t-il encore un avenir en Grande Bretagne après la défaite des conservateurs ?
  • La production américaine de pétrole et de gaz non-conventionnels atteint un niveau record mais la situation reste fragile.
  • L'Office of Fossil Energy, qui a joué un rôle important dans l'émergence des hydrocarbures non-conventionnels aux Etats-Unis, devrait voir son budget réduit de 58% l'année prochaine.
  • En Colombie Britannique, les résultats des élections provinciale du 9 mai pourraient contrarier les projets de Shell.

Publié le  14 juin 2017 par Thibault Laconde


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Observatoire de la fracturation hydraulique - mai 2017

Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique : les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont touché la production de gaz et pétrole de schiste.

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Observatoire de la fracturation hydraulique et des hydrocarbures non-conventionnels

 


Dans l'actualité ce mois-ci :
  • Focus : une expérience japonaise pourrait ouvrir la voie à l'exploitation des hydrates de méthane.
  • L'OPEP va-t-elle renouveler ses quotas de production ? Pour l'instant, ils ont fait le jeu des producteurs alternatifs notamment américains...
  • Donald Trump échoue à faire révoquer la "BLM rule", réglementation des émissions de méthane mise en place par Barack Obama.

Publié le  17 mai 2017 par Thibault Laconde


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François Fillon veut l'arrêt total de la production électrique fossile. Est-ce crédible ?

Depuis quelques jours, François Fillon semble muscler son discours sur l'énergie. Dans une interview au Monde puis encore ce matin sur France Inter, il a promis "l'arrêt de toute forme de production d’électricité à partir d’énergies fossiles".
Cet engagement est presque exotique : il est rare de voir la production électrique fossile évoquée dans le débat politique français, tant il est dominé par le nucléaire. Mais il a aussi surpris parce qu'un petit parc thermique est souvent jugé indispensable pour faire fonctionner un réseau électrique. Alors que faut-il penser de la promesse de François Fillon ?


Production électrique fossile en France : de quoi parle-t-on ?


La production électrique fossile comprend la production d'électricité à partir de charbon, de gaz naturel et de produits pétroliers. Ces trois combustibles sont à l'origine de plus des deux tiers l'électricité mondiale : environ 40% pour le charbon, un peu plus de 20% pour le gaz et de l'ordre de 5% pour le fioul.

En France, la proportion d'électricité produite à partir des énergies fossiles est beaucoup plus faible. Elle varie d'une année à l'autre mais bon an mal an, elle se situe entre 5 et 9%. En 2016, le gaz représentait de l'ordre des trois-quart de cette production suivi, loin derrière, par le charbon puis le fioul.
Cette faible part des fossiles est une originalité française qui s'explique par le rôle très important du nucléaire. Celui-ci assure environ les trois quart de notre production électrique. Ajoutez que la France dispose d'un parc hydroélectrique relativement important et il reste peu de place aux énergies fossiles.


Peut-on s'en passer ? En métropole, peut-être.


Mais même dans ces conditions, quelques centrales utilisant les énergies fossiles restent utiles. En effet, pour qu'un réseau électrique fonctionne, la production doit être en permanence égale à la consommation. Or un réacteur nucléaire est peu manœuvrable : il peut difficilement augmenter et réduire sa production pour s'adapter aux variations de la demande. C'est d'autant plus gênant que, avec le développement du solaire et de l'éolien, la production peut varier en fonction de la météo, il faut donc pouvoir ajuster les autres moyens de production à la hausse comme à la baisse.
C'est ici que les centrales thermiques entrent en scène. Contrairement aux centrales nucléaires, elles sont souvent souples d'utilisation. C’est particulièrement le cas pour les turbines à gaz : elles peuvent démarrer en quelques minutes et leur production peut varier très rapidement.
Bien sur les fossiles ne sont pas la seule solution : les barrages hydroélectriques sont également très performants de ce point de vue et il est aussi envisageable d'agir sur la demande.

Un problème supplémentaire se pose en Corse et en Outre-mer où le réseau électrique est isolé et trop petit pour accueillir une production nucléaire. Là, les fossiles sont pratiquement incontournables.
En Guyane, grâce à l'hydroélectricité, la dépendance aux fossiles n'est que de 40%. Mais en Corse elle dépasse 50%, à la Réunion c'est de l'ordre de 60% et en Martinique ou à Saint Pierre et Miquelon plus de 90% de l'électricité est d'origine fossile...

Centrale thermique de Bouchain, près de Valencienne

Une promesse pas impossible à tenir mais peu crédible à moyen-terme


En bref, il n'est pas techniquement impossible de se passer d'électricité d'origine fossile, mais seulement en métropole. Et c'est un objectif qui nécessiterait une dose de volontarisme et d'innovation.

Les trouve-t-on dans le programme de François Fillon ? Il ne fournit pas de détail ni de date mais propose "d'éliminer les énergies fossiles de la production d’électricité avec un prix plancher de la tonne de carbone de 30 euros minimum".
Relever le prix du carbone est certainement une bonne mesure. Là où c'est techniquement faisable, un plancher à 30€ par tonne suffirait sans doute à éliminer la production à partir du charbon, puisque la Grande Bretagne y parvient en ce moment avec un prix du même ordre. Mais il ne renchérirait le coût du kilowattheure produit à partir du gaz que de l'ordre de 1 centime d'euro, difficile d'imaginer que cela suffise...

D'autant que, du fait de leur souplesse et de leurs émissions trois fois moins élevées que celles des centrales à charbon, les turbines à gaz sont souvent vues comme le complément idéal pour le nucléaire et les renouvelables dans le cadre d'un mix électrique bas carbone.
Ce n'est pas un hasard si 11 turbines à gaz, totalisant une puissance de 5GW, ont été construites en France depuis 2010. Parmi celles-ci la toute récente centrale à cycle combiné au gaz de Bouchain, inaugurée en juin 2016, détient le record du monde d'efficacité avec un rendement de 62.2%. La preuve qu'EDF voit un avenir à cette filière et souhaite y investir...

François Fillon, qui refuse l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim alors qu'elle est vieille de quarante ans, est-il vraiment crédible lorsqu'il s'engage à faire fermer par EDF mais aussi Engie, EON, Alpiq et Poweo des centrales thermiques presque neuves ?
Interrogée à ce sujet, son équipe se montre nettement plus mesurée :

https://twitter.com/EnergieDevlpmt/status/849886481837678592



Publié le 6 avril 2017 par Thibault Laconde

Illustration : By Serge Ottaviani (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons



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[infographie] Le prix du pétrole est (toujours) ridiculement bas.

Ces dernières années, le  marché du pétrole a connu de nombreux rebondissements : en 2015, le baril s'est effondré passant de 60 à 30$, en 2016 il a repris péniblement le chemin des 50 puis des 60$ lorsque l'OPEP s'est entendue avec la Russie pour limiter la production mais, au début du mois de mars, il est de nouveau retombé aux alentours de 50$. Pendant ces deux années, une chose cependant n'a pas changé : un litre de pétrole a toujours été moins cher qu'un litre d'eau en bouteille !

L'art et la manière de lire les statistiques sur la transition énergétique et les renouvelables

A part la grippe et la fin des bonnes résolutions, vous savez ce qui arrive à ce moment de l'année ? Les comptes, statistiques et autres bilans quantitatifs de l'an passé.
L'énergie n'y échappe pas mais se distingue souvent par une mauvaise compréhension des chiffres voire de grossières erreurs dans leur interprétation. Voici deux pièges dans lesquels les commentateurs tombent régulièrement.


Premier piège : puissance n'est pas énergie, capacité n'est pas production


Une première erreur trèèèèèèès classique lorsque l'on parle de renouvelables consiste à mélanger puissance et énergie.
La différence entre puissance et énergie est un peu la même que celle entre distance et vitesse :  la puissance est l'énergie fournie par unité de temps comme la vitesse est la distance parcourue par unité de temps. L'énergie produite est le service réellement rendu par une centrale électrique, la puissance maximale mesure sa capacité théorique à rendre ce service. Il existe un lien entre les deux mais il n'est pas simple : la puissance vous renseigne autant sur la production réelle d'énergie que les 190km/h en pointe de votre voiture vous renseignent sur le temps qu'il faut pour traverser Paris un vendredi soir.
De plus, la puissance d'une éolienne ou d'un panneau solaire, contrairement à celle d'une centrale thermique ou d'une turbine hydroélectrique, dépend largement de facteurs extérieurs. Par conséquent, les chiffres annoncés par les constructeurs (par exemple les watt-crêtes d'un panneau solaire) sont évalués dans des conditions standards rarement atteintes dans la vraie vie.

Et pourtant, lorsqu'on quantifie les renouvelables, on entend beaucoup plus souvent parler de puissance que d'énergie. Pourquoi ?
Tout simplement parce que ce chiffre est plus flatteur que la production réelle. Les "nouvelles énergies" ont en général un facteur de charge plus faible que les autres, c'est-à-dire que, à puissance équivalente, l'énergie produite est inférieure. En usage normal, une centrale thermique ou nucléaire de 1GW produit de l'ordre de 7000GWh par an, un parc éolien de même puissance fournira plutôt 2500GWh et ce sera encore moins pour le solaire.
Parler de puissance plutôt que d'énergie est donc un "truc" pour embellir ses efforts (les indiens, par exemple, l'avaient fait lors de la COP21) ou donner à bon compte l'impression flatteuse d'une transition énergétique en marche. Ainsi, en 2014 le solaire et l'éolien fournissaient en tout et pour tout 5% de l'électricité mondiale... mais représentaient 12% de la puissance installée. En sens inverse, le nucléaire, par exemple, représentait 7% de la capacité mais 11% de la production réelle d'électricité.

Jusqu'à là c'est de bonne guerre. Mais il arrive aussi fréquemment que des chiffres concernant la puissance se transforment soudainement en données sur la production réelle d'énergie.
Pour un exemple (parmi beaucoup d'autres) comparez le titre de cet article à sa première phrase :

Exemple d'erreur sur les chiffres des renouvelables : confondre énergie et puissance

Pour résumer :
  • Si on vous parle "énergie", "production" ou "électricité" et que l'unité est le Watt-heure (ou le kWh, MWh, GWh, TWh...) : il s'agit d'une production réelle sur une période de temps donnée. La comparaison entre différentes sources est possible, sur la même période de temps évidemment. 
  • Si on vous parle "puissance" ou "capacité" et que l'unité est le Watt (ou le kW, MW, GW), il s'agit d'une production instantanée théorique : Prudence ! Sans autres détails, ce chiffre ne vous apprend pas grand chose et les comparaisons entre différentes sources sont risquées. 
...Et si les deux sont mélangés, il est temps de changer de journal.



Deuxième piège : électricité, énergie finale, énergie primaire


L'électricité c'est bien, mais ce n'est pas tout : nous consommons de l'énergie sous beaucoup d'autres formes. Quelle est la part des renouvelables dans cette consommation totale d'énergie ? On ne fait pas plus simple comme question, non ? Et pourtant...
D'un point de vue physique, on peut parfaitement comparer l'énergie chimique extraite d'un puits de pétrole ou d'une mine de charbon à celle qui sort sous forme électrique d'une éolienne ou d'une centrale nucléaire. Mais, d'un point de vue pratique, on mélange des torchons et des serviettes.

Comment comparer une production éolienne ou solaire à des chiffres sur le pétrole ou le charbon ?A l'exception de la biomasse (bois-énergie, agrocarburant, méthanisation...), les énergies renouvelables produisent presque exclusivement une énergie finale, c'est-à-dire directement utilisable pour satisfaire nos besoins : l'éolien, le photovoltaïque et l'hydraulique fournissent de l'électricité, le solaire thermique de la chaleur...
Ce n'est pas le cas pour les énergies fossiles : il faut d'abord extraire le charbon, le pétrole ou le gaz puis le transformer en chaleur, en électricité ou en mouvement dans un moteur, ce qui demande du temps et entraîne des pertes.
Le nucléaire, lui, est intermédiaire : il faut d'abord extraire la matière fissible mais celle-ci n'est en général pas comptabilisée dans les bilans énergétiques. Comme pour les renouvelables, lorsqu'on parle d'énergie nucléaire, on parle en général d'électricité.

Il n'y a pas de façon incontestable pour comparer la production d'énergie (finale) renouvelable à celle d'énergie (primaire) fossile. Il existe deux philosophies :
  1. Soit on comptabilise l'énergie électrique réellement produite sans se poser de question : 1kWh d'électricité éolienne ou solaire vaut 1kWh de pétrole brut ou de charbon (ou 3.6 millions de Joules ou 0.000086 tonnes équivalent pétrole). Point.
  2. Soit on comptabilise l'énergie finale à hauteur de l'énergie primaire qui aurait été nécessaire pour la produire. Comme le rendement des centrales thermiques est de l'ordre d'un tiers, 1 Joule d'électricité éolienne, par exemple, vaudra donc 3 Joules de pétrole.
Si c'est la première option qui est choisie, évidemment, la part des renouvelables et du nucléaire semblera beaucoup plus faible toute chose égales par ailleurs.

Jusqu'à là vous suivez ?
Très bien, parce que c'est là que ça devient retors : certaines statistiques prennent la seconde option pour le nucléaire mais la première pour les renouvelables. C'est le cas notamment pour les données fournies par l'Agence Internationale de l'Energie et l'administration américaine de l'énergie (EIA). Cette méthode a pour effet de donner une image déformée du mix énergétique au détriment des renouvelables, celles-ci apparaissant bien moins importantes qu'elles sont en réalité.

En conclusion : évaluer la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d'énergie nécessite des conventions de calcul qui peuvent influencer fortement le résultat. Il vaut mieux lire ce qui est écrit en petits caractères avant de tirer des conclusions...


Publié le 30 janvier 2017 par Thibault Laconde


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[Dossier] Brexit : quels effets pour le secteur de l'énergie ?

Lorsque fin mars (au plus tard) le Royaume-Uni lancera officiellement le processus de sortie de l'Union Européenne, à quoi le secteur de l'énergie devra-t-il s'attendre ?

Comme pour beaucoup d'autres sujets, la façon dont l'énergie a été abordée pendant la campagne référendaire (avec des prises de positions aussi fortes que celle pour l'ampoule 60W ou le grille-pain britannique) ne fait pas honneur à la démocratie britannique. Maintenant que le départ de la Grande Bretagne se précise, il est temps de se pencher beaucoup plus en détails sur ses conséquences.


En route vers un "hard Brexit"


Commençons par une question d'ordre général : comment va se dérouler concrètement la sortie de l'Union Européenne ?

Electricité, gaz, pétrole, climat... Quelles seraient les conséquence du brexit pour l'énergie ?La procédure est basée sur l'article 50 du traité de Lisbonne : la Grande Bretagne doit  notifier son intention au Conseil européen, elle dispose ensuite de 2 ans pour négocier les modalités de son retrait. Celui-ci devrait donc prendre effet au plus tard fin mars 2019.

Ce délai, auquel il faut en retirer environ 6 mois pour que l'accord obtenu soit ratifié par le parlement britannique et par les pays membres de l'Union, est horriblement court. En seulement 18 mois, il faudra régler des milliers de questions, souvent très techniques et hautement sensibles - depuis le sort des ressortissants britanniques installés dans l'Union jusqu'à celui de la cave à vin...
Comme si ça ne suffisait pas, la Grande Bretagne et l'UE devront dans le même temps se donner de nouvelles règles notamment pour les échanges commerciaux. Malgré la métaphore souvent employée, le Brexit n'est pas un divorce après lequel chacun va refaire sa vie de son coté, c'est une bouderie entre colocataires : on peut faire en sorte de ne plus se voir mais il faut bien décider qui nettoie la salle de bain et comment on paie l'électricité...

Un des enjeux majeur est donc de savoir quels liens commerciaux la Grande Bretagne va établir avec l'Union Européenne. A priori, quatre solutions étaient envisageables : 
  • Revenir au droit commun de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), c'est ce qui se passera si aucun accord n'est trouvé entre l'UE et la Grande Bretagne. Les produits échangés, qui circulent actuellement librement, se verraient alors appliquer des droits de douane (en moyenne 1.5% pour les importations vers l'UE) ainsi que des barrières non-tarifaires (par exemple la vérification de leur conformité aux normes européennes). Le Royaume Uni perdrait aussi le bénéfice des accords commerciaux entre l'UE et des pays tiers, par exemple avec la Corée, l'Afrique du Sud et plusieurs pays d'Amérique Latine. Pire : les services, dont les services financiers, ne sont pas inclus dans les accords de l'OMC, les banques de la City ne pourraient donc plus faire d'affaires en Europe.
  • Adhérer à l'Association européenne de libre échange (AELE), qui permet aux produits d'accéder marché unique à condition de respecter les normes européennes mais ne concerne pas non plus les services.
  • Adhérer à l'Espace économique européen (EEE), la forme d'association la plus étroite adoptée par la Norvège : la Grande Bretagne retournerait dans l'union économique mais serait obligée de contribuer au budget européen et d'appliquer les politiques de l'Union, sans avoir son mot à dire dans leur élaboration. 
  • Négocier un accord bilatéral avec l'Union, une solution flexible adoptée par la Suisse mais nécessitant que Londres s'entendent avec les 27 États restant. 
L'adhésion à l'AELE ou à l'EEE semble exclues parce qu'elle imposerait la libre circulation des personnes, une condition inacceptable pour les leaders pro-Brexit. La Grande Bretagne vise donc un accord billatéral avec l'UE qui lui permettrait de maintenir les échanges commerciaux sans avoir accueillir les citoyens européens, à appliquer les directives communautaires et à contribuer au budget...
Même si on suppose - ce qui demande un effort d'imagination - que tous les pays-membres sont prêts négocier un accord de ce type, il est en pratique impossible d'y parvenir en 18 mois. A titre d'exemple il a fallu 29 mois pour négocier l'accord de libre-échange entre l'UE et la Corée du Sud et 20 mois supplémentaires pour qu'il entre en vigueur.

Il est donc très probable que, à partir d'avril 2019, les échanges entre l'Union Européenne et la Grande Bretagne seront régis par les Accords de l'OMC. Au moins pour quelques années. La suite de cet article s'appuie sur cette hypothèse.



Augmentation des coûts : le parc électrique britannique en péril


L'effet du Brexit à long-terme va en tous cas largement dépendre des négociations entre le gouvernement britannique et ses partenaires éconduits réunis au sein du Conseil Européen. Autant dire plusieurs années (2 ans dans le meilleurs des cas, peut-être une décennie) de pourparlers rugueux avant d'arriver à un nouveau régime stable.
L'incertitude est donc la première conséquence du Brexit. Cette atmosphère a pour effets - observables avant même le referendum - de geler les projets et d'augmenter le coût du capital. L'augmentation des risques pousse les investisseurs à exiger plus de garanties et des rendements plus élevés.
Le secteur de l'énergie, qui nécessite d'immobiliser des capitaux importants, va être particulièrement affecté. D'autant que la sortie de l'UE privera aussi le Royaume Uni des financements de la Banque Européenne d'Investissement (7 milliards d'euros injectés dans l'économie britannique en 2014 dont la moitié dans l'énergie). En cas de non-adhésion à l'EEE, le soutien européen aux projets d’intérêt commun serait également perdu.

Le secteur électrique est très exposé car d'importants investissements sont nécessaires, notamment pour remplacer des réacteurs nucléaires et des centrales à charbon vieillissants. Entre 14 et 19 milliards de livres doivent être investis chaque année d'ici à 2020, soit en plein pendant la période d'inconnu. Le Brexit va donc avoir pour effet immédiat de renchérir le coût du parc électrique britannique. Les filières les plus intensives en capital, comme le nucléaire ou l'éolien off-shore, seront probablement les plus défavorisées.
De plus, la sortie de l'UE a entrainé une dévaluation de la livre sterling et, dans le cadre de l'OMC, des droits de douane devraient être appliqués sur de nombreux produits dont par exemple les transformateurs électriques, les turbines et les batteries. Cela augmentera encore le coût des équipements et services importés. Or le Royaume-Uni en est très dépendant : parmi les six principaux électriciens outre-manche seuls deux, Centrica et SSE, sont britanniques. EON/Uniper et RWE sont allemands, EDF Energy est français et, malgré son nom, Scottish Power appartient à l’espagnol Iberdrola.

Il est peu probable que beaucoup de ces entreprises européennes suivent la voie d'EDF, qui a confirmé son engagement dans le projet de centrale nucléaire d'Hinkley Point. D'autant que la sanction a été immédiate : avec la dévaluation de la Livre, le tarif garanti à l'électricien français est passé de 121€/MWh à la veille du referendum à 108€/MWh aujourd’hui.



Le problème des échanges d'électricité et des interconnexions


Déjà aujourd'hui, la production d'électricité britannique est insuffisante pour satisfaire sa consommation : la Grande Bretagne importe près de 20TWh par an, soit plus de 5% de sa consommation, principalement de France et des Pays Bas. Les lignes électriques reliant les îles britanniques au continent sont vitales pour alimenter et équilibrer le réseau.

Six nouveaux projets d'interconnexion avec l'UE et trois avec des membres de l'Espace économique européen sont en cours de développement, pour un total de 9.9GW. De quoi plus que tripler la capacité des lignes électriques relient la Grande Bretagne à ses voisins.
Mais ces projets sont couteux (les nouvelles interconnexions prévues avec la France à elles seules devraient couter près de 2 milliards d'euros) et ils ont un statut international complexe. Ils vont probablement être gelés ou ralentis en attendant que le cadre réglementaire soit clarifié, avec pour effet une dégradation de la sécurité énergétique dans les iles britanniques.

Projet d'interconnexions électriques entre l'UE ou l'EEE et la Grande Bretagne
Interconnexions avec la Grande Bretagne en service ou en projet

Un point positif cependant : même dans le cadre de l'OMC, les échanges d'électricité (tout comme ceux de pétrole, de gaz ou de charbon) entre la Grande Bretagne et l'UE ne seront pas soumis à des droits de douane

Enfin, la sortie de l'Espace économique européen devrait entrainer la sortie du Marché intérieur de l'énergie. Ce système permet notamment le couplage des marchés de l'électricité et facilite l'équilibrage transfrontalier. Quitter le marché intérieur de l'énergie, rendra l'équilibrage du réseau britannique encore plus difficile et tirera les prix de l’électricité vers le haut. Cela devrait aussi augmenter la volatilité, déjà élevée en Grande Bretagne avec des conséquences graves pour les nouveaux fournisseurs d'électricité qui se sont multipliés dans le pays depuis 5 ans et qui connaissent d'importantes difficultés.



Peu d'effets pour le gaz et le pétrole


La Grande Bretagne reste un producteur modeste de gaz et de pétrole : de l'ordre de 1% de la production mondiale pour l'un et l'autre. Ces secteurs vont être confrontés aux mêmes problèmes - incertitude réglementaire, capital et importations plus onéreuses - mais les conséquences du Brexit devraient être plus limitées pour le pétrole et le gaz. En effet, contrairement au parc électrique, les infrastructures pétrolières et gazières de la Grande Bretagne (stockage, interconnexions, terminaux méthaniers...) sont suffisantes.
La production domestique d’hydrocarbures sera la bienvenue pour pour limiter les effets inflationnistes de la baisse de la Livre. Dans un contexte d'épuisement des gisements en Mer du Nord, il est donc probable que le Brexit stimule les projets d'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels. Ces projets sont déjà activement soutenus par le gouvernement britannique.

Londres devrait quand même y laisser son rôle de bourse européenne du gaz. La domination britannique est depuis longtemps sévèrement concurrencée par les Pays Bas. Les volumes échangés sur le marché néerlandais, la Title Transfer Facility, ont dépassé pour la première fois ceux de son homologue anglais en décembre 2015. Les incertitudes et le risque de change lié au Brexit vont certainement achever de faire basculer les échanges de gaz vers le continent.


Climat et environnement


La sortie de l'Union Européenne peut libérer le Royaume Uni des normes environnementales européennes (par exemple la directive sur les énergies renouvelables ou celle sur les émissions industrielles) et d'une partie de ses engagements climatiques.
En particulier, le pays a ratifié l’Accord de Paris mais n’a pas pris d’engagement de réduction de ses émissions, ceux-ci ayant été décidés au niveau européen, il faudra donc que l'UE retire la Grande Bretagne de son INDC et que celle-ci fasse ses propres propositions. De plus, Londres va probablement perdre au moins temporairement son accès au marché européen du carbone - ce qui représente un risque financier pour les entreprises qui détiennent des permis d'émissions.

Même si les objectifs environnementaux du Royaume ont été en partie contractés hors du cadre européen et/ou retranscrits dans la loi nationale, par exemple par le Climate Change Act de 2008, le Brexit ouvre donc là aussi un espace d’incertitude. D'autant que, comme nous l'avons vu, la sortie de l'UE peut encourager le recours à des solutions polluantes : allongement de la durée de vie des centrales thermiques existantes rendu nécessaire par les retards d'investissements dans la production électrique et les interconnexions, exploitation des hydrocarbures non-conventionnels facilités par la baisse la Livre...

Enfin le départ de la Grande Bretagne modifiera les équilibres politiques au sein de l'Union Européenne. La libéralisation des marchés de l'énergie, l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels ou l'ambition climatique, des positions dont Londres s'est depuis longtemps fait l'avocat, seront affaiblies par le départ britannique. La France va aussi perdre un allié de poids face à la position anti-nucléaire de l'Allemagne.


Même si les conséquences de la sortie de l'Union Européenne dépendent largement d’accords qui restent à trouver après activation de l’article 50, une chose est certaine : elles ne seront pas négligeables pour les énergéticiens britanniques et européens. Le Brexit ouvre une période de forte incertitude pour eux, ils doivent s’y préparer et ils ont tout intérêt à s’impliquer dans les négociations qui commenceront au printemps.


Vous pouvez également retrouver les points clés de cet article dans mon interview pour Politiques Énergétiques :



Publié le 20 juin 2016 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 17 janvier 2017.



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Publié le  20 octobre 2016 par Thibault Laconde

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Publié le  14 septembre 2016 par Thibault Laconde

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